Le pigeon
de Patrick Süskind
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978-2253047421
On n'a parfois pas besoin de beaucoup de pages pour faire un chef-d’œuvre, du moins, quand on s'appelle Patrick Süskind. Ici, il en a utilisé moins de cent.
Nous allons suivre monsieur Jonathan Noël, son personnage, pendant toute une journée, mais quelle journée ! Celle qui détruira son monde et lui permettra d'avoir passé une marche et de ne plus être tout à fait le même le lendemain. Monsieur Noël, la cinquantaine assumée, est vigile à la banque. Son travail consiste à stationner impeccablement, debout toute la journée à côté de la porte en fixant l'horizon. Et il y parvient sans trop de mal (ce que j'admire). Ce que nous découvrirons au fil de ce récit, c'est qu'il a eu une enfance très traumatisante et un début malheureux dans l'age adulte, qui l'ont laissé avec un très profond sentiment d'insécurité qu'il ne peut surmonter que dans la solitude et par une organisation pointilleuse de sa vie. Empêchements, frayeurs, routine apaisante, phobies. Il vit dans le cauchemar de tout perdre, aussi, est-il très heureux d'occuper une minuscule pièce sous les toits qu'il est même en train d'acheter au prix de gros efforts financiers, pour s'assurer (croit-il) de ne pas risquer de perdre au moins un toit.
Toujours tiré à quatre épingles, Monsieur Noël quitte chaque matin sa chambrette pour se rendre à la banque, y stationner pendant des heures et rentrer le soir après quelques courses alimentaires. Il est heureux comme cela, entendez qu'il maintient ses angoisses à un niveau acceptable. Mais ce matin-là ! Ce matin-là, en ouvrant la porte de sa chambre, il se trouve face à un pigeon dans le couloir où il a pénétré on ne sait comment. Or, la terreur de M. Noël face à ce volatile est totale. Il ne peut s'y confronter. Et c'est l'heure d'aller au travail.
Je ne vais pas tout vous raconter, mais il finit par arriver à sortir. Seulement, il est incapable d'envisager de revenir affronter ce pigeon, tout comme il sait qu'il ne peut demander d'aide à personne. Aussi, ce matin-là, en quittant son immeuble, Jonathan a-t-il perdu son sacro-saint « toit » et se voit-il comme SDF. Sa vie s'effondre.
Je pense que vous comprendrez mieux ce récit si vous avez vous-même une phobie car il vous paraîtra plus vraisemblable. Dans ce cas, imaginez-la à la place du malheureux pigeon.
Enfin, une lecture hors des sentiers battus. Cent pages d'une justesse et d'une tension remarquables. Cent pages qui se dévorent. Du grand art.


J'ai tellement détesté "Le parfum" que je pense que je ne lirai plus jamais un livre de lui !
RépondreSupprimerDommage
SupprimerUn livre que j'ai toujours voulu lire depuis Le parfum que j'avais adoré, avec la crainte de ne pas aimer autant. Apparemment pas de risque d'être déçue. J'essaierai d'y penser si tu le relances les gravillons cet hiver.
RépondreSupprimerAlors tu peux déjà te le procurer ;-)
SupprimerTiens, une petite curiosité qui me plairait bien, je pense ! Parfait pour les gravillons en plus ...
RépondreSupprimerOui, probablement, c'est tellement juste! Et pour info, ce n'est pas le seul gravillon chez Suskind ;-)
SupprimerJ'étais persuadée d'avoir lu ce titre mais je n'en trouve trace nulle part. En plus du Parfum, j'avais adoré La Contrebasse.
RépondreSupprimerLecture prévue pour les gravillons, La contrebasse
SupprimerPreuve qu'il faut parfois peu de pages pour frapper fort. J'ai déjà beaucoup d'empathie pour M. Noël que je compte bien découvrir un jour.
RépondreSupprimerPeut-être cet hiver pour les Gravillons?
SupprimerJ'avais adoré "le parfum" et je note celui-ci pour plus tard, pour les gravillons peut-être ?
RépondreSupprimerTu ne le regretteras pas.
SupprimerUn livre lu il y a plus de trente ans, et dont je me souviens pourtant assez nettement. C'est dire...
RépondreSupprimerPas étonnée. Je pense que moi aussi, je m'en souviendrai longtemps alors que j'en ai déjà oublié plusieurs du mois dernier... :-)
SupprimerGamin, je me rappelle avoir été assiégé dans les toilettes loin de ma chambre d'une location chez l'habitant avec mes parents, la nuit, par un ENORME chat qui feulait méchamment toutes les fois que j'essayais d'en sortir pour regagner ma chambre... Je crois que c'est passé plusieurs heures comme ça, cette nuit-là!
RépondreSupprimer(s) ta d loi du cine, "squatter" chez dasola
Il y a une différence entre un danger et une phobie. Si cela avait été un pigeon, tu serais sorti sans problème.
SupprimerCoucou ! J'avais été particulièrement marquée par Le Parfum, lu il y a plus de vingt ans. C'est simple, je suis devenue très attentive aux odeurs, plus qu'avant. Je pourrais donc me laisser tenter par celui-ci !
RépondreSupprimerJ'avais lu le parfum à sa sortie, ce qui est dire que ça date quelque peu et je n'en ai pas un souvenir précis. Mais je me suis justement dit que je pourrais peut-être le relire.
SupprimerCoucou ! Oui, ça serait l'occasion ! Après ce roman m'a beaucoup marquée, mais je me doute que si je le relisais maintenant mon regard féministe serait plus acerbe.
SupprimerAh! :-) Le mien l'avait déjà été à l'époque :-D
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