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23 mai 2026

Baguettes chinoises 

 de Xinran 

***+

978-2809702309

Une lecture facile pour cette fois, un roman agréable qui se lit rapidement, qui nous donne aussi des infos sur la vie quotidienne en Chine, mais qui, simplifie beaucoup les choses, et qui, malgré les apparences qu’il se donne, n’a pas une vraie profondeur psychologique. La vraisemblance n’a guère été non plus une préoccupation de l’auteure. Quand une, puis trois sœurs, paysannes n’ayant jamais mis un pied en dehors de leur village, débarquent en ville, c’est pour y trouver du premier coup, des protecteurs bienveillants, un gite et un emploi idéal, et ne jamais croiser le moindre prédateur. On est clairement chez les bisounours chinois. Mais cependant, ceci admis, on peut encore trouver de l’intérêt au récit. D’abord pour tout ce qu’il nous dit de la vie dans les villages où le sexisme est toujours absolument monstrueux et où la pression morale de la communauté atteint un niveau que nous autres, Occidentaux, n’imaginons même pas.

Ces trois jeunes femmes, qui dans leur village ne pouvaient être que des « baguettes » sans importance sur lesquelles on ne pouvait compter _ car on estimait qu'on ne pouvait construire quelque chose de solide qu'avec des garçons (les « poutres ») _ ,décident de tenter leur chance en ville. Elles trouvent chacune, le jour même de leur arrivée, un emploi dans le domaine qui leur correspond le mieux. Elles s'épanouissent aussi bien moralement que financièrement. Elles pensent souvent avec amour, à leur mère, toujours étroitement opprimée. Elles pensent à leur père, qu'elles aiment, mais dont elles voient bien la nature tyrannique et égoïste. Plus tard, quand elles reviennent chez elles chargées de cadeaux, elles déclenchent d'autres vocations et contribuent à changer les mentalités du village qui méprisait les filles et valorisait uniquement les garçons. Le père lui-même, un homme dur et exigeant envers sa famille, finit par réaliser qu'un garçon ne lui aurait pas rapporté plus et par changer de regard en voyant la richesse (toute relative) et la réussite de ses filles. Cette histoire montre à quel point la réussite matérielle est importante dans la culture chinoise où elle est perçue comme une preuve de valeur personnelle. A l'inverse, la pauvreté peut être associée à une personnalité médiocre. Cette vision des choses ne correspond pas toujours aux mentalités européennes, ce qui peut parfois provoquer des malentendus lors de rencontres entre les cultures.

Xiran, qui était une sorte de Menie Grégoire chinoise puise dans les anecdotes que lui ont confiées ses auditrices, la matière de ses romans, ce qui fait qu'elle part de la réalité, mais comme je l'ai dit, elle l'agence, puis file sur son histoire sans s'encombrer de toutes les nuances, des incertitudes, erreurs et détails hors sujet qui ne seraient pas directement dans la ligne très simple de son récit. Donc, ce qu'elle nous dit peut être intéressant ou plaisant à lire, mais ce n'est pas la vie.