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17 février 2025

 La loi de la tartine beurrée

J.M. Erre

****


Un livre pour rire. Quand j’ai envie de m’accorder un moment de lecture de pure détente, il n’est pas rare que je me tourne vers J.M. Erre. Il a déjà plusieurs livres sur ce blog. J’ai déjà lu la plupart de ses titres et celui-ci s’est montré à la hauteur de ce que j’en attendais : une bonne récréation. Ce qui n’empêche pas ici une fine (ou pas) analyse des phénomènes de couple.

« - Le couple est l’espace de la tension, murmure Anna. On garde ainsi la colère du citoyen au cœur de la cellule familiale.

- Tant qu’on crie sur son conjoint, chuchote JL, on ne se révolte pas contre le pouvoir.

- L’état ne survit que grâce à la névrose du couple.

- C’est ça, confirme l’intrus. Le pire ce sont les célibataires qui se gâchent la vie en cherchant désespérément à être en couple »

C’est un huis clos. Ca pourrait parfaitement s’interpréter sur une scène de théâtre (et ça fait partie des choses qui m’ont séduite, j’imaginais bien une mini troupe jouant cela comme on faisait du théâtre autrefois). Tout se passe dans l’appartement du couple Godart (avec un T), psychologue/analyste. C’est au réveil d’un lendemain de fiesta. Vous savez comme ces moments-là sont difficiles, celui-là va l’être particulièrement. Monsieur émerge le premier (au sens propre comme au figuré puisqu’il s’extrait péniblement de l’intérieur du divan), Madame apparaîtra plus tard, bien fatiguée elle aussi. Monsieur (JL pour les intimes, spécialiste ayant écrit un livre sur les emmerdements) a d’autant plus de mal à reprendre contact avec la réalité que la première chose qu’il voit en ouvrant les yeux est une tartine beurrée collée au plafond du salon et absolument pas décidée à redescendre. Mais quand elle le fera, de quel coté touchera-t-elle le sol ? (J’en vois chez eux qui font l’expérience, mais attention, il faudra nettoyer).

Débarqueront bientôt plusieurs visiteurs inattendus comme un plombier, des gros bras d’Emmaüs et un inspecteur de police ; débarqueront également l’un après l’autre, une quantité d’objets hétéroclites et surprenants que JL n’a pas souvenir d’avoir commandés mais qui, bel et bien payés et livrés, devront trouver à se caser dans l’appartement qui cesse rapidement de donner cette impression de "logement de magazine" qui plaisait à ses propriétaires. Nous mettrons 200 pages (gros caractères) à assister au désastre, à le comprendre, à craquer

"Qu'est-ce qu’il raconte, ce taré? J’en peux plus, je vais te le balancer par la fenêtre! Dégage, espèce de détraqué du bulbe ! Hurle JL qui, rappelons-le, n’exerce pas le dimanche"

et à en contempler la conclusion.

Les amateurs relèveront en complices séduits l’introduction de titres précédents de l’auteur dans le cours du récit. Les nouveaux lecteurs auront l’occasion de voir si cet humour ni lourd, ni gras qui est la marque de l’auteur est leur tasse de thé.


Merci aux Editions Buchet – Chastel qui m’ont envoyé ce livre.


978-2283040362

09 juillet 2024

 Mamie Luger

de Benoît Philippon

****


J'ai entrepris cette lecture dans un but récréatif et elle a parfaitement rempli son rôle. C'est un polar aussi. Il n'y a pas d’enquête à mener, coupable et victimes vous sont servies sur un plateau, mais il y a bel et bien un nombre conséquent de meurtres et assassinats.

Ça commence fort. Le GIGN est en action, une forcenée armée retranchée dans sa maison a tiré sur son voisin, le blessant et annonce son intention de faire d'autres victimes. Complication: la forcenée a 102 ans, ce qui fait qu'une simple balle dans la tête par un tireur d'élite risque d'être mal perçue par l'opinion publique, surtout avec tous les médias autour. Fort heureusement, elle finit par se rendre et nous ferons alors connaissance de l'inspecteur Ventura, chargé d'interroger la dame et de rédiger le procès-verbal.

Pendant que la grand-mère, au commissariat, commence à expliquer pourquoi elle a tiré sur son voisin, les différents services d'investigation visitent sa maison et font à la cave de bien étranges découvertes... et je ne parle ni de l'alambic, ni de la réserve de gnôle. Ils s'intéressent plutôt à ce qui se trouve dessous... à savoir un, puis plusieurs cadavres (je vous laisse découvrir combien), non décédés de mort naturelle. La mamie ne nie rien et raconte même volontiers cette longue (eh oui, 102 ans, ce n'est pas rien) histoire compliquée (et plutôt violente) qu'a été sa vie. Je ne vous en dis pas plus pour l'histoire, je ne voudrais pas vous gâcher le plaisir de la découverte.

Pour le récit et l’écriture, je lis ici ou là que le style est contesté, eh bien moi, curieusement, je l'ai trouvé très fluide et plutôt agréable, plus par exemple que celui de Jacky Schwartzmann lu peu auparavant. Bien sûr, ce n'est pas du Simenon, mais de ce côté, rien ne m'a trop gênée. Un petit exemple de savoir-faire? Il n’y a qu’à demander :

"- Je disais donc que vous voir pratiquer un travail d'homme était fascinant.

- Vous savez, dans cette maison, y a que des femmes, alors le travail d'homme, c'est pas une nuance qu'on se permet. Y a du travail, et faut le faire, c'est tout.

Et Berthe a ponctué son raisonnement philosophique d'un coup de marteau sec sur un clou récalcitrant, faisant bondir un bout de sein hors de son corsage. Son mamelon rose est apparu brièvement, le temps pour Lucien de s'empourprer comme une tomate un jour de canicule."

Ca n’est pas comme si vous y étiez ?

 Il y a des scènes d'anthologie qu'on visualise particulièrement bien, drôles (comme la demande en mariage du dit Lucien sur un toit) ou violentes. Comme dit l'inspecteur, "Vous êtes un peu soupe au lait quand même."

 Pour la vraisemblance, toi qui entres dans ce livre, abandonne tout espoir. Bien sûr que c'est plein de raccourcis, d'exagérations et d'invraisemblances, mais personnellement, dans les polars, j'aime autant. Les récits détaillés, précis, bien sordides et bien glauques, très peu pour moi. Ca ne m'intéresse pas, j'ai déjà la réalité tout autour. Donc pas tracassée non plus de savoir si une femme de plus en plus âgée au fil du temps et des meurtres peut transporter et enterrer ses victimes dans la caves, s'il est bien normal que les disparus soient si peu recherchés ou toute autre invraisemblance. Le livre fait quand même 450 pages d"'exécutions", alors bien sûr que ça tourne au systématique et grand guignol, que c'est exagéré et que la mamie règle de plus en plus facilement tous ses problèmes à coup de fusil, mais arrivé là, le lecteur est embarqué er ricane sans plus se poser de questions.

Donc, un bon moment de détente pour qui est décidé à ne rien prendre au sérieux et pour tout dire, un joli final, assez inattendu (pour moi du moins).

978-2253241485

30 mai 2024

Testosterror 

de Luz

*****


Voici un gros roman graphique étonnant, extrêmement original et inspiré. C'est l'histoire de Jean-Patrick, beauf de première catégorie, que nous découvrons lors d'un de ses dimanches habituels, préparant le barbecue avec ses copains, la cannette à la main tandis que les épouses bavardent à la cuisine en préparant le reste du repas. Dans son groupe de copains, il n'a pas un rôle dominant. Parmi ceux-ci, il y a Cébé, vendeur à Bricokosto et Jo le coach sportif et patron d'une salle de gym, hyper machos tous les deux. Jean-Pat, lui, est concessionnaire auto, pas méchant, mais jamais il ne lui viendrait à l'idée de participer aux tâches ménagères, de s'occuper des enfants, d'écouter sa femme etc. Bref, tels qu'on les découvre là autour du barbecue, ils sont insupportables. 


Les enfants sont clairement formatés dans leurs rôles genrés respectifs bien que cela pose visiblement problème pour certains, à commencer par 2 des 3 enfants de Jean-Pat. Mais il continue sur sa lancée sans se poser de questions et sans se rendre compte de rien. Mais voilà qu’apparaît une épidémie mondiale d'un genre nouveau: elle touche les hommes, fait chuter leur taux de testostérones, attaque leurs testicules et les rend stériles. Elle est extrêmement contagieuse et se propage dans le monde entier. Elle terrorise tous les hommes, attachés plus que tout à conserver une "virilité" maximum. Bientôt le pays connaît confinement, pénurie, etc. Vous savez comment ça se passe. Et la maladie se répand.

Se sentant menacées dans leur virilités, certains hommes soupçonnent bientôt les "féministes" d'être à l'origine de la maladie et créent un mouvement masculiniste d'hypersexisme. Jo est le leader de ce nouveau mouvement dans lequel Jean-Pat se trouve entraîné et où il fera entrer son fils qui le dépassera bientôt. Plus les hommes sont paniqués par le virus, plus ils ont tendance à rejoindre ces thèses. Dans les pharmacies apparaissent des compléments Testobooster, Testokrem et autres, dont certains agissent comme des drogues. Jean-Pat ne tarde pas à être contaminé par le virus. 

Peu à peu, il réalise que ses performances sexuelles ne sont pas les seules en chute libre, toute sa personnalité est en train de changer. Il se sent de moins en moins perméable aux injonctions masculinistes, de moins en moins obligé d'être agressif, offensif, costaud, dominant, insensible etc. Et il constate qu'il apprécie cette nouvelle façon de voir la vie et son rôle dans le monde. Bien sûr, il ne peut l'avouer à ses copains. Son fils de son côté, prend du galon chez les virilistes.


Parallèlement, Jean Pat a trouvé et adopté un petit chien qui est un vrai obsédé sexuel au point qu'il devient bientôt impossible de le garder tel qu'il est. Ainsi sera-t-il stérilisé, idée que les virilistes ne peuvent admettre bien que le chien, adoré par Jean-Pat, ne semble pas se plaindre lui non plus de son changement de situation.

Comment tout cela finira-t-il? 300 pages d'un roman graphique hyper créatif, plein d'idées originales, de développements imprévus, de péripéties surprenantes, de scènes cultes, de réflexions plutôt profondes et fouillées, mais présentées de façon drôle, iconoclastes, choquantes parfois. Constamment de nouvelles surprises! A la fois de grosses blagues bien crues et un scenario qui ne manque pas de finesse. Jean-Pat nous retourne. On part du pire beauf possible et on voit son évolution involontaire suite à cet accident de testostérones. Son changement de vie.

 Quant au dessin, il est fantastique. On voit tout de suite que cet album a demandé un boulot énorme et que Luz est un ENORME dessinateur. Il nous offre du mouvement partout, les angles de vue les plus surprenants avec toujours une totale exactitude dans les perspectives. Un travail admirable et une totale réussite à mon sens.


978-2226474674


19 avril 2024

Midnight Examiner

de William Kotzwinkle

****+


C'est pour rire !

Ne prenez surtout rien au sérieux dans ce polar surréaliste mettant aux prises la bande de journalistes déjantés d'un groupe de tabloïds sans vergogne et la pègre locale. Non pour des questions de morale, de justice ou de vérité, qu'allez-vous imaginer là ! Mais disons, suite à un conflit d’intérêt qui pouvait d'ailleurs être réglé à l'amiable.

Nous suivons le sympathique mais peu brillant rédacteur en chef du groupe qui édite des revues sur les thèmes les plus divers : sexe, mode, armes à feu, religion, paranormal et tout autre sujet aussi prometteur... en des articles tous plus improbables les uns que les autres, ne se souciant ni de vraisemblance ni de déontologie, le but étant surtout de véhiculer des publicités qui ne font pas que frôler l’escroquerie. Nous verrons d'ailleurs que même quand la réalité pourrait dépasser la fiction, ils la méprisent pour lui préférer une version correspondant à leur créneau éditorial. Par exemple:

« Deux clochards firent leur apparition dans le parc. Ils se battaient à coup de fourchette, comme des escrimeurs, avec feintes et moulinets. L'un d'eux finit par s'écrouler sur la gazon et l'autre reprit son chemin en trottinant, brandissant sa fourchette en signe de victoire, les dents pointées vers le ciel, les pointes étincelantes. Hip sortit son calepin : "Il Descend De Son Ovni Et Blesse Un Passant Avec Une Épée De Lumière". Il prit note, referma soigneusement son calepin et le rempocha. "On rentre?" »

Vous vous doutez bien que les gens susceptibles de travailler là-dedans (en évitant au mieux les fléchettes que le propriétaire, fan inconditionnel de la sarbacane, tire à longueur de journée sur tout ce qui passe à sa portée) ne peuvent qu'être un peu hors normes, ce livre vous le confirmera. 

La narration ira parfois si loin dans l'approximation et la prise de risque que le seul recours de l'auteur sera de faire appel à la magie noire pour tirer ses personnages de la situation inextricable où il les aura mis. Mais ça tombe bien, ils ont aussi cela en réserve dans leurs publications.

On s'amuse bien en lisant ce titre d'un William Kotzwinkle toujours aussi habile, efficace, et atteignant une sorte de perfection dans ce qu'il produit que cela soit sérieux ou comique. Amateurs de plaisanterie, dénichez-vous vite ce titre !

978-2869304963

08 mars 2024

Lune captive dans un œil mort

Pascal Garnier

*****


Présentation de l'éditeur:

"Martial et Odette viennent d’emménager dans une résidence paradisiaque du sud de la France, loin de leur grise vie de banlieue. Les Conviviales offrent un atout majeur : protection absolue et sécurité garantie – pour seniors uniquement.

Assez vite, les défaillances du gardiennage s’ajoutent à l’ennui de l’isolement. Les premiers voisins s’installent enfin. Le huis clos devient alors un shaker explosif : troubles obsessionnels, blessures secrètes, menaces fantasmées du monde extérieur. Jusqu’à ce que la lune, une nuit plus terrible que les autres, se reflète dans l’œil du gardien…

Avec beaucoup d’humour et de finesse, malgré la noirceur du sujet, Pascal Garnier brosse le portrait d’une génération à qui l’on vend le bonheur comme une marchandise supplémentaire. Une fin de vie à l’épreuve d’un redoutable piège à rêves."


Je suis une fan de Pascal Garnier, sa finesse, son humour noir et même féroce, son talent de narrateur. J'avais presque tout lu de lui, il y a des années et depuis, régulièrement, j'en relis un, pour le plaisir et pour la nostalgie. Ce thème a été beaucoup repris, mais P. Garnier a été un des premiers à le traiter , et de façon tout à fait réussie.

Moi j'ai vu cette histoire comme le récit de la montée de la folie en milieu clos. Ils ont tous une petite fêlure et, l'âge et les circonstances (vase clos)  aidant, cette fêlure devient une crevasse puis un abime dans lequel ils se perdront. L'une croit de plus en plus que son fils n'est pas mort, l'autre est totalement subjugué par l'idée de tuer, un troisième développe une paranoïa aiguë fixée sur les Gitans etc. Sans parler de celle qui est arrivée déjà fêlée... Aucun n'est indemne. Tout dérape bientôt, doucement d'abord puis de plus en plus vite. D'autant que l'élément extérieur qui pourrait les raccrocher à la réalité s'adonne à la fumette de façon compulsive ce qui, tout le monde vous le dira, n'améliore ni la lucidité, ni l'efficacité. Pour tout arranger, l'alcool, d'abord discret, se répand de plus en plus librement sous couvert d'apéritifs et repas entre voisins, et ça non plus, question lucidité et efficacité... ça n'aide pas.

J'ai aussi lu cette histoire comme une histoire drôle, un humour noir et féroce, soit, mais terriblement présent. Certaines scènes (comme le tour de rein de Maxime par exemple) ne vous laisseront certainement pas insensibles. Et même l'explosion finale a un côté grand-guignolesque qui stupéfie les sauveteurs eux-mêmes (à qui il sera quand même bien difficile de tout expliquer).

Non, quoi qu'on fasse, la fin de vie vue par Pascal Garnier -un de ses thèmes favoris- c'est salissant et ça éclabousse un peu.


9782843044656

#Lunecaptivedansunœilmort  #PascalGarni


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24 décembre 2023

Il faut toujours envisager la débâcle

de Laurent Rivelaygue

***+


Un livre pour vous distraire ? Celui-là peut faire l’affaire. Il est léger, hyper fantaisiste et sans queue ni tête. Il vous fera sourire, bien que ce soit d’une enquête sur de multiples viols et meurtres qu’il s’agit. J’ai lu ce livre après en avoir entendu parler sur le blog Tête de lecture.

Le narrateur est, ou plutôt était, journaliste. Alors qu’il se croyait promis aux unes et à la célébrité, il n’a jamais fait mieux que les petites chroniques bouche-trou et même cela, c’est fini maintenant qu’il s’est fait licencier. Il décide 1° de s’empresser de trouver un nouvel emploi 2° d’occuper son temps libre à résoudre la sombre énigme du Grêlé, le serial-violeur qui a sévi dans les années 80 et que l’on n’a jamais réussi à démasquer. Quand il aura résolu ce mystère, il en fera un livre qui sera un best-seller et le rendra enfin célèbre, sans parler du grand pas en avant qu’il aura fait faire à la justice, bien sûr.

Et le travail commence, s’appuyant sur une documentation fouillée (récits amusant des visites à la bibliothèque), sur des enquêtes de terrain et sur la participation très active à un forum internet de passionnés du sujet. Parallèlement, il a décroché un petit travail alimentaire sans gloire… Et surtout, parallèlement, il perd quelque peu la raison et est tellement autocentré que sa vie privée tombe en ruine. Il s’en aperçoit à peine, mais quand sa femme s’en va, il doit bien se rendre à l’évidence, cette face-là de son existence n’est pas non plus une franche réussite. Tout va mal.

Le roman n’avance pas. « J’ignorais tout à fait comment mener un récit avec un début, une fin, et probablement un vrac intermédiaire qui devait mener de l’un à l’autre. J’avais décidé que, pour commencer, je devais créer un environnement propice à la création.»

L’enquête, quant à elle piétine. Il est pourtant bien secondé car, s’il n’a pas retrouvé le Grêlé, il a bel et bien retrouvé Xavier Dupont de Ligonnès que tout le monde cherche partout sans succès et qui tient à l’aider. (Vous me direz, il n’a pas eu grand mérite à le trouver puisque ce dernier se cachait depuis longtemps dans le troisième tiroir de son bureau comme il s’en est enfin rendu compte en rangeant pour créer son « environnement propice à la création.»)

Les investigations reprennent, avec la collaboration des autres membres du forum du Grêlé. Vont-elles aboutir ? Et pendant qu’il est dans les recherches, notre journaliste retrouvera-t-il la raison ? Sa femme ? Un emploi?

Vous le saurez en lisant ce roman pour rire de style délirant.

Un défaut cependant, ce livre (lu sans déplaisir) s’oublie à la vitesse grand V. J’ai tourné la dernière page il y a peu et j’ai déjà le plus grand mal à me souvenir ne serait-ce que des grandes lignes du récit. Les détails, je n’y songe même pas. C’en est même remarquable et suscite l’étonnement. Bravo !


978-2702189023


30 septembre 2023

Les autres ne sont pas des gens comme nous

de J.M. Erre

***

Un livre pour se détendre, un livre pour rire, un livre pour s'amuser. Et pourtant, on partait de loin puisque Julie la narratrice est une jeune femme tétraplégique de naissance. "Je suis prisonnière d'une carcasse inerte, avec le regard torve, la bouche ouverte et la bave abondante comme équipements de série. (...) Je suis clouée à vie à un fauteuil high-tech connecté à un ordinateur que je suis capable de manier grâce à l'unique morceau de ce corps inutile que je parviens à bouger: mon majeur de la main droite, dressé en permanence vers le ciel comme pour lui adresser un message (mais lequel, mystère)." Là, vous vous dites, "Attention à ne pas trop charger non plus", "Peut-on rire de tout?" et toute cette sorte de choses... Voilà que notre narratrice handicapée a décidé de devenir écrivaine. Elle va créer un personnage de femme valide, appelée Mado et lui faire mener une vie normale, elle veut dire, valide, qu'elle fera vivre dans sa petite ville. On ne quitte pourtant pas l'humour noir, parce que Julie a surtout décidé de faire rire pour ne plus avoir a subir les regards navrés qu'on lui lance sans arrêt. Elle fera rire dans ses écrits et dans la vie, le tout dans le plus parfait mauvais goût. On est plus près de l'humour noir et de la blague de carabin que des nonsense et understatement de l'humour anglais. Donc, il faut savoir à quoi s'attendre et si on peut apprécier ou non.

Si vous n'avez pas refermé le livre, notre Julie nous dresse donc une galerie de portraits de personnages rencontrés dans sa ville, et sans trop se soucier de vraisemblance, nous conte quelques anecdotes à leur sujet. Les lecteurs qui ont lu les précédents romans de J.M. Erre, s'apercevront que plusieurs références y sont faites quand ce n'est pas leur héros lui-même que l'on retrouve. Ainsi le premier rencontré, Félix Z, avait-il animé "Série Z". Ces brefs récits sont hantés par l'apparition répétée en arrière plan d'un certain Michel H. "dépressif intégriste", mais que vient-il faire dans cette galère ? Nous le saurons bientôt.

Voilà, je ne vais pas crier au génie et ce n'est pas du tout mon roman préféré chez J.M. Erre, mais si l'outrance ne vous effraie pas et qu'une envie de rire sainement de tout vous vient, c'est une lecture qui peut s'envisager, d'autant que nous n'avons pas tant que ça d'auteurs comiques, surtout si on exclut ceux qui ne savent amuser qu'en agressant autrui (système qui me déplaît fortement).

A vous de voir.

9782283036532

20 juillet 2023

Les bottes rouges 

de  Franz Bartelt

****+

Ce roman de Franz Bartelt est franchement orienté « rigolade », mais attention, dans un registre extrêmement cynique, qui ne va pas plaire à tous. Vous êtes avertis.

Le récit nous en est fait par notre correspondant local. Enfin, quand je dis « nôtre », c'est celui du journal régional, sous-produit d'un grand groupe de presse, et je peux vous dire que pour moi qui vis en province (non, je ne dis pas « en région », pourquoi ?), la peinture de mœurs est plus que très évocatrice. J'en ai vu à l'action, des échotiers comme celui-là ! Mais moins lucides sans doute, ou était-ce juste parce que je n'avais pas accès à leurs pensées réelles ? En tout cas, là, on y a accès, et c'est particulièrement éclairant (et si juste!). Je peux vous dire que ça percute, de l'article pré-écrit multi-publié où il ne reste qu'à changer quelques noms, lieux et dates, à la photo devant comporter le plus grand nombre de personnes car cela entraîne l'achat du journal par toute la famille de chacun, en passant par les buffets de vins d'honneur, tout est criant de vérité. Et drôle. Quant à ses peintures de personnages ! On a les mêmes ! Irrésistibles (cf le peintre local par exemple, puisque je parle de peinture).

Notre échotier est un homme modeste, solitaire et particulièrement allergique aux dépressifs, qui se satisfait au mieux de la vie la plus paisible possible. Il a développé un très bel alcoolisme « mondain » dit-il, « professionnel » dirais-je, qui lui suffit tout à fait comme compagnie. Ça et l'épluchage de pommes de terre, de préférence devant une fenêtre ouverte sur la pluie, qui est son enivrante pratique zen quotidienne. Il a renoncé aux femmes suite à des expériences malencontreuses et ne s'en porte pas plus mal. Surtout quand il regarde son voisin et seul « ami » qui a bien du souci avec la sienne. Ce sont d'ailleurs les mésaventures de ce pauvre voisin, magasinier de son état et fier de l'être, qui vont faire le corps de ce roman.

Basile, le magasinier, a eu une brève faiblesse pour une petite stagiaire (la promotion canapé est effleurée sans y penser, comme le sera plus tard le viol, j'avais prévenu qu'il ne faut pas prendre les choses au sérieux). Bref, son épouse, pourtant pas irréprochable non plus, l'a su et a entrepris une grande action dramatique qui va occuper les 200 pages suivantes avec beaucoup de rebondissements et de scènes tonitruantes, absurdes et comiques. Les raisonnements spécieux mais très argumentés y feront florès (comme celui démontrant que « personne n’apprécie à sa juste valeur le fait d'être trompé par son conjoint » par exemple). Drôle aussi, la philosophie strictement non interventionniste de notre narrateur, homme prudent et tenant à sa tranquillité, s'il en est.

« estimant que si Rose, percluse d'un insurmontable chagrin, en était venue à vouloir s'euthanasier, il n'entrait pas dans mes compétences de restreindre, par une hâte trop violemment salvatrice, ses chances d'atteindre son objectif. »

Drôle enfin l'incongru rencontré à chaque coin de page « En travaillant, il fredonne quelques chansons dans une langue qui mêle le breton et le maori, hommage à Gauguin. ».

Quant au style, on voudra bien excuser la crudité de certains propos « J'ouvre une parenthèse ici, non pour me justifier, mais parce que je pense que l'emploi insistant d'un langage brut et malgracieux peut apparaître comme une facilité et choquer les esprits nobles qui se seraient égarés dans cet ouvrage. Personnellement, je ne me priverais guère en censurant ces pages de tout ce qu'elles contiennent de minauderies alvines et de références rectales.(...) Seule la vérité des faits et des paroles me guide. » On le comprendra.

En conclusion, ne vous dispensez pas de cette récréation rabelaisienne qui n'a pas remporté pour rien le Grand Prix de l'Humour noir 2001.



978-2070759132



19 octobre 2022

La conjuration des imbéciles 

de John Kennedy Toole

*****


 L’imbécile conjuration qui eut raison de lui.

Bon. J’avoue que pour mon titre, j’ai cédé au charme du jeu de mots et qu’il n’y a sans doute pas eu la moindre conjuration contre Toole. La force d’inertie, la malchance suffisent. Mais ce titre me plaisait bien. Pourquoi se priver?

John Kennedy Toole était enseignant, mais plus encore, du fond de son cœur et de tout temps, il était écrivain. Parce qu’il était le seul à le penser, avec sa mère, parce que tous les éditeurs refusaient son livre et qu’il avait fini par douter lui-même, bien que n’ayant rien d’autre à quoi se raccrocher, il s’est tué à 32 ans, en inhalant les gaz d’échappement de sa voiture.

Sa mère reprit le livre et sa quête d’éditeur et s’acharna tant qu’elle finit par parvenir à le faire éditer. Et l’on vit que ces messieurs de la Profession s’étaient bien mis le doigt dans l’œil car, tout de suite, le roman séduisit les foules et le monde littéraire aussi puisqu’il reçut le prix Pulitzer.

Plus tard, poussé par la demande du public, on publia même « la Bible de néon », un roman que J.K Toole avait écrit à l’âge de 16 ans, et dont je ne puis vous parler car je ne l’ai pas lu.

Parce qu’on avait dit et écrit partout et avec admiration que la conjuration des imbéciles était une œuvre majeure du 20ème siècle, certains ont compris que cela signifiait que c’était là ouvrage à prendre avec le plus grand sérieux et se sont quelque peu ridiculisés à soutenir que Ignatius J. Reilly était un homme admirable ou à s’étonner au contraire de ne le point trouver sympathique. Or, tout cela est absurde. Certes, ce livre est une œuvre majeure, mais cela ne l’empêche pas d’être tout autant une farce truculente et grand-guignolesque. Ou, pour être plus exact, une tragi-comédie.

Reprenons donc en essayant de respecter la place des choses.

Ignatius, bien que ni son passé, ni son caractère, ni ses compétences, ni ses souhaits ne l’y prédisposent, doit, à 30 ans, exercer une occupation salariée. C’est tout au long de cette aventure que nous le suivons avec un intérêt et une jubilation qui ne se démentent pas un instant, dans des péripéties totalement imprévues, grotesques et invraisemblables.

Cette lecture est un régal et, l’ouvrage a beau être copieux (480 pages), je ne me suis pas lassée une seconde de cette histoire délirante et fine. J’en conseille absolument la lecture, sans doute pas dans l’espoir de grands éclats de rire (quoique…), mais pour la jubilation réelle qu’elle est susceptible de causer à son lecteur.

9782221100172



09 octobre 2022


 Samouraï 

de Fabrice Caro

***+


Quatrième de couverture :

""Tu veux pas écrire un roman sérieux ?" a conseillé Lisa à Alan, avant de le quitter pour un universitaire spécialiste de Ronsard. Depuis, Alan cherche un sujet de "roman sérieux". Il veut profiter de l'été qui commence pour se plonger avec la discipline d'un guerrier samouraï dans l'écriture d'un livre profond et poignant. Ça et aussi s'occuper de la piscine des voisins partis en vacances. Or bientôt l'eau du bassin se met à verdir, de drôles d'insectes appelés notonectes se multiplient à la surface...Il y a chez Fabrice Caro une grâce douce-amère, une façon unique et désopilante de raconter l'absurde de nos vies. "


Roman fantaisiste, roman pour s'amuser, se détendre, roman léger pour passer un moment agréable le sourire aux lèvres.

Et c'est exactement ce qui se passe, on s'intéresse à l'action et on n'a pas trop de mal à suivre notre loser jusqu'au bout. Beaucoup de choses touchent juste, même les plus improbables (je me suis par exemple retrouvée dans sa phobie des salles de spectacle) et sa perplexité gênée face aux intempestifs "je t'aime" à l’américaine. Bien que certaines soient un peu trop sans surprise et déjà beaucoup vues (le théâtre actuel, les "installations" etc.).

Quant à y voir une satire de notre société... il y a loin, à mon avis. On est dans le récréatif et on y reste.

Par ailleurs, j'ai trouvé dommage de prendre un écrivain comme personnage principal. Des écrivains qui racontent les (més)aventures d'un écrivain, j'en ai un peu trop lus. J'ai comme une lassitude. D'autant qu'il a des préoccupations de showman, pas de littérateur. C'est ma seconde réserve après l'originalité modérée.

Voilà. Amusant oui, mais pas surprenant. C'était une récréation plaisante mais je crains de ne pas m'en souvenir longtemps.


Luocine l'a lu aussi.

978-2072988110


15 août 2022

Comment je suis devenu stupide

de Martin Page

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Petit (125 pages) roman à ranger dans la catégorie "Rire et sourire". 

Antoine, autodidacte sans plan de carrière, collectionnant les diplômes de façon hétéroclite (au moment de l'action, araméen, biologie, cinéma "ainsi qu'une multitude de morceaux de diplômes") en arrive à un triste constat: il n'est pas heureux. Mais pas du tout. On pourrait même dire malheureux. Il gagnait assez maigrement sa vie grâce à son travail de traduction de La Recherche du temps perdu en araméen, mais "depuis que la projet avait été abandonné à la suite de l'étonnante faillite de l'éditeur, ses finances étaient au plus bas."  Pour ce qui est de sa vie sociale, il a quelques amis assez originaux eux aussi, et cela le soutient un peu, mais cela ne suffit plus, alors Antoine, intellectuel et systématique comme toujours, va chercher une solution.

Evidemment, il commence par l'étape où l'on cherche à cerner la cause du problème... et il en arrive à la conclusion qu'il est trop intelligent, trop intellectuel, trop réfléchi. Si les autres sont plus heureux, c'est qu'ils ne se posent pas tant de questions, ne réfléchissent pas tant aux causes et conséquences. Or Antoine est incapable d'agir de la sorte. Il va devoir employer les grands moyens pour faire taire cette réflexion permanente. Le premier qui lui vient à l'esprit est l'alcoolisme, et le voilà parti à la recherche de bistrots et d'alcooliques patentés, susceptibles de l'aider à se former, mais auparavant, il a bien sûr potassé tous les livres qu'il a pu trouver sur les alcools et même leur histoire car il "ne veut pas devenir alcoolique n'importe comment". Il ne tarde pas à se trouver un mentor en la personne de Léonard qui tout de suite, est catégorique : "A trop lire, tu ne deviendras jamais alcoolique". Il faut que notre Antoine quitte le havre des bibliothèques pour entamer les travaux pratiques...  Hélas l'envol sera de courte durée, une radicale allergie à l'alcool l'envoyant aux urgences sans même passer par la case ivresse, avant la moitié de sa première bière.

A son réveil, il doit admettre que la solution ne viendra pas de l'alcool, et n'en trouvant aucune autre et toujours aussi peu de goût à la vie, il décide de se suicider. Là encore, cela ne vous surprendra pas, il commence par étudier à fond le sujet. Il finit par avoir toutes les connaissances requises et par constater qu'en fait il n'est pas tenté par la réalisation. Une troisième solution sera donc nécessaire, et ce sera celle du titre, ce qui, s'ajoutant à la rencontre d'un ami de jeunesse ayant très bien réussi, va le mettre sur la bonne voie.

  Ou pas.

C'est intelligent, sympathique, drôle. On passe un excellent moment de détente le sourire aux lèvres, ce qui fait du bien de temps en temps. Je conseille.



9782290319871

20 juin 2022

  La septième fonction du langage

Laurent Binet

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Illocutoire ou perlocutoire ?

Le 25 février 1980, le sémiologue Roland Barthes est heurté par une camionnette ; gravement blessé, il est hospitalisé et son état reste longtemps incertain ; néanmoins, il décède finalement un mois plus tard. Cet accident est survenu alors qu'il sortait d'un entretien avec François Mitterrand. Là, nous sommes dans la réalité, ensuite, l'auteur laisse divaguer son imagination et nous entrons dans la fiction. 

Il semblerait qu'au moment de l'accident, Barthes était en possession d'un document extrêmement précieux dont beaucoup veulent s'emparer (cela commence dès l'accident) ou, à défaut, empêcher les autres de s'emparer. Le commissaire Jacques Bayard est chargé de cette mission par V. Giscard D'Estaing, alors Président de la République. Se sentant un peu démuni dans le contexte de grands intellectuels que cette enquête lui impose, il s'adjoint autoritairement les services d'un jeune thésard Simon Herzog, qui a assuré des cours de sémiologie. En effet, son flair lui permet de tout de suite sentir que c'est autour de ces questions (au demeurant ardues) que tourne toute l'affaire. Il apparaît rapidement que le document disparu a à voir avec la septième fonction du langage, évoquée par Jacobson... 

Et c'est bien à une palpitante enquête que le lecteur va avoir droit, avec même une société secrète très ancienne et très puissante dont les duels sont brillants et captivants (surtout le premier). Il ne manque pas non plus de  moment torrides, d'autres très brutaux, et d'un suspens tout à fait efficace, d'autant que Bayard et Simon ne tardent pas à entraîner dans leur sillage deux gros moustachus à l'accent bulgare (vous vous souvenez du parapluie bulgare?) et deux Japonais en Fuego bleue...

 Et néanmoins, le décor de cette enquête est la sémiologie ! Rien de moins. Dans sa version tout à fait réelle et sérieuse, avec des énoncés, des démonstrations, reprenant et explicitant les thèses de Saussure, de Jakobson, Derrida, Althuser, Chomsky, Searle etc. Des notions complexes y sont abordées de façon passionnante mais exacte. On retrouve tous les grands intellectuels internationaux de cette époque (et ceux qui voudraient bien en être, mais la chemise ne suffit pas). C'est un autre des points forts de ce roman : la plupart des personnages sont des personnalités du monde réel, dans des circonstances et attitudes réelles ou presque. Umberto Eco a ainsi un rôle important ici, tout comme le turbulent Michel Foucault et tous ceux dont j'ai déjà cité les noms, et d'autres encore, que vous aurez plaisir à découvrir. Ce roman, bourré d'occasions de trembler, de s'instruire, de soupirer, de sourire, de se lamenter, se dévore.

« La septième fonction du langage » fait aussi partie de ces romans qu'on a envie de relire à peine la dernière page tournée, parce que l'on sait que l'on en comprendrait davantage à une seconde lecture. Ce n'est pas parce que l'on a saisi le clin d’œil à Jean Bernard Pouy, ou repéré les jumeaux en tenue de cosmonaute, qu'on les a saisis tous. Il y avait sûrement un tas de choses que l'on n'a pas vues, et parmi elles, un certain nombre qu'on aurait pu voir.

Quand une lecture est à ce point distrayante et intelligente, je suis comblée.

 978-2253066248



26 mai 2022

Portrait du baron d'Handrax 

de Bernard Quiriny

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Si vous avez besoin de légèreté mais d'intelligence, de poésie mais d'esprit pratique, de fantaisie et de charme, plongez dans ce court roman de Bernard Quiriny, vous serez comblés. Il nous y raconte comment il a connu puis est devenu un des plus proches amis du Baron d'Handrax, hobereau richissime (vu que dans la famille, on n'arrive pas à se ruiner...) à qui cette grande liberté qu'apporte la fortune a permis, non pas de se livrer sans retenue à la vacuité et à la rapacité, mais de se conformer à son propre système de valeurs et de mener une existence dont il a pensé et choisi chaque élément. Ecrivain amateur et discret, il a cependant fait paraître un recueil de pensées, d’anecdotes et d'aphorismes qui ira sûrement rejoindre sur nos étagères le brillant ouvrage de Jean-Baptiste Botul.

Nous verrons que le baron a développé certaines habitudes qui ensoleillent sa vie, mais qui peuvent surprendre. Par exemple, dans son village, il rachète les maisons restées dans leur jus, pour venir de temps en temps y passer quelques heures ou plus, pour se remettre dans l'ambiance de l'époque. Il arrive qu'elles soient hantées.  Il organise par ailleurs, des dîners de sosies de célébrités actuelles ou passées, initiant ainsi des conversations étonnantes. Il retourne parfois séjourner au pensionnat, menant l'existence d'un collégien pendant quelques jours. Il recherche les morts au flair ou pratique des "journées interrogatives"... Je ne vous en dis pas plus pour vous laisser la découverte d'autres excentricités du baron qui, pour étonnantes qu'elles soient, n'en demeurent pas moins parfaitement fondées... selon une certaine logique. Et c'est un plaisir d'esthète de découvrir ainsi toutes les petites failles de la routine dans lesquelles l'originalité et l'invention peuvent s'installer, et il y a de quoi faire! Vous apprécierez aussi des déclarations sibyllines qui emportent l'adhésion et ouvrent des horizons qu'on n'avait pas encore vus. Par exemple  : "Je suis un Bartleby non pratiquant." m'a enthousiasmée.

Bref, un régal pour le cœur, l'humeur et l'esprit. Ne vous en privez pas, c'est à vous que vous ferez du bien.

9782743654993 



16 mai 2022

  Vingt et un 

de Jean-François Kierzkowski

***+


Le blog "Sur mes brizées" ayant évoqué cet auteur que je ne connaissais pas, j'ai voulu en savoir plus à son sujet. Je n'ai pas trouvé le roman dont il était question dans la chronique (« Deux fois dans le même fleuve ») mais j'ai trouvé celui-ci: "Vingt et un".

C'est un assez court roman (150 pages) nous racontant les mésaventures un rien déjantées du dénommé Jean, paysan esseulé depuis la mort de sa femme.

"Mon épouse est décédée il y a cinq ans. La vie a bien changé depuis. C'est fou ce qu'on s'ennuie après avoir perdu sa femme! A vrai dire, je m'ennuyais déjà quand elle était là, mais pas de la même manière. Avant, je disais que c'était de sa faute si je ne savais pas quoi faire, c'est elle qui m’empêchait d'avoir les occupations que je voulais. A sa mort, il n'y a plus eu personne pour me défendre quoi que ce soit et c'est là que j'ai commencé à trouver le temps long."

Ses contacts humains se sont peu à peu limités au café du village et ses activités agricoles se sont réduites également car il a vendu ses bêtes à son voisin. Il ne lui reste plus que quelques poules. Il y a un peu d'amertume dans ces ventes qu'il a pourtant décidées lui-même. Bref, il est seul et inoccupé ce qui lui a laissé le temps de découvrir au fil des jours des choses étranges sur sa propriété. Des petites choses, d'apparence anodines, mais qui ne lui paraissent pas naturelles. Une idée en entraînant une autre, il se persuade bientôt que ces anomalies sont même franchement inquiétantes et significatives (mais de quoi?...) , si bien que le jour où une de ses poules pond un œuf vraiment énorme, il n'en doute plus, quelque chose se passe. Un signe? Un mauvais sort? il ne sait et malgré ses mines de libre penseur, il s'empresse de faire venir un magnétiseur. Le bonhomme ne paie guère de mine -c'est un euphémisme- mais qu'à cela ne tienne, il faut le laisser faire ses preuves. Et pour le laisser, Jean va le laisser puisqu'il va même le laisser s'installer à demeure, d'autant qu'il annonce du lourd: d'après lui, ces anomalies annoncent tout simplement l'apocalypse imminente qui partira d'ici même...

Une histoire bien déjantée comme je les adore ! Mi-drôle, mi-sérieuse. Bien menée, bien écrite, avec des personnages hyper bien campés, on partait pour une adhésion à 100% de ma part... et puis, le problème: L'entrée en scène d'un personnage trisomique crée ma gène. Ça me semble soudain moins drôle. Il est utilisé sans trop de vergogne par nos deux compères eux-mêmes loin d'être des prix Nobel, et je suis de plus en plus réservée... Je prends moins de plaisir au récit. Bref, je ne sais pas si j'ai raison ou non, si c'est une question d'époque, de politiquement correct (le livre a quinze ans), normalement, j'aime bien les transgressions, mais là, je bloque et ne me régale plus autant de l'histoire.

Conclusion, il faut que je lise un autre livre de cet auteur.

En attendant, citations :

"L'apocalypse, je la connais déjà: les taches brunes qui apparaissent sur mes mains, la cataracte qui embue mes yeux, mes os douloureux et ma mémoire difficile sont autant de cavaliers annonciateurs. Le corps qui se déglingue, qui se fane comme une fleur, voilà la véritable apocalypse. Le texte de la bible aurait mieux fait de s'intituler La Vieillesse, on aurait mieux compris."


"Je me forçais à être positif mais, à mon age, je sais que l'envie d'être seul se ressent toujours à l'arrivée d'un visiteur. L'instant d'avant on se morfond d'être abandonné de tous. L'instant d'après, on se demande quand l'intrus va partir."


 9782915596328



25 février 2022

Invasion

de Luke Rhinehart


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Billy Morton est patron pêcheur à Long Island. Sur son vieux rafiot et aidé de deux matelots pas trop performants, il gagne de quoi faire vivre sa petite famille car, s'il a dépassé les soixante-dix ans, Billy n'en a pas moins épousé une femme bien plus jeune avec laquelle il a eu deux enfants. Les Morton coulent des jours paisibles. Mais la vie de Billy n'a pas toujours été paisible. Américain de base, convaincu des valeurs de la mère patrie, il est parti au Vietnam quasiment la fleur au fusil. C’était il y a bien longtemps, bien longtemps donc que ses yeux se sont décillés sur l'impérialisme de son pays et le capitalisme qui exploite les millions de gens comme lui. Après le Vietnam, il y a eu beaucoup de manifs, de revendications, de drogues, d’alcool et de filles et puis, cela aussi a passé et il est resté un vieux philosophe à la lucidité et au sens critique aiguisés, retiré au bord de la mer et vivant de sa pêche.

Mais voilà qu'un jour, à l'heure de rentrer au port, un étrange ballon de fourrure saute sur le bateau et y revient aussitôt quand les matelots le jugeant non comestible, le rejettent à la mer. Comme il est impossible de s'en débarrasser, les marins choisissent de l'ignorer. Une fois rentrés au port, les matelots s'en vont et Billy également mais le ballon le suit et monte avec lui dans sa camionnette. C'est ainsi que débutent les relations entre la famille Morton et un extraterrestre qu'ils vont baptiser Louie. Louie semble n'avoir qu'une occupation et qu'un but dans la vie : jouer. Option pas prévue par les pontes du Pentagone... Je vous laisse découvrir la suite des évènements qui nous est racontée par des extraits du récit qu'en fera Billy Morton intercalés entre des extraits tirés de « L'Histoire officielle de l'invasion des Extraterrestres » en plusieurs volumes.

Ce roman est un pur régal. D'abord, on ne s'y ennuie pas une seconde avec ces E.T aux réactions complètement imprévisibles ; ensuite, Rhinehart n'a pas son pareil pour utiliser cette trame pour démonter le fonctionnement mortifère de son pays. On se régale d'autant plus qu'il a choisi de le faire par l'humour et non par la charge. C'est bien plus efficace et tout aussi assassin, plus, sans doute même. Le ton aussi, qui est la façon dont Billy s'exprime et raconte, est on ne peut plus jubilatoire. Il se révèle être un homme extrêmement sympathique (à mes yeux, du moins),

"Avec les années, je me suis rendu compte que pour tous les êtres humains, avoir raison, c'est une mauvaise stratégie.Plus je suis convaincu d'avoir raison, plus je rends les autres autour de moi malheureux, plus je me rends moi-même malheureux. Si j'aime bien débiter des conneries, c'est que justement, pendant que je les radote, il n'y a aucune chance que je m'imagine avoir raison."

plein d'humour

« Pour une fois, c'était moi qui ne disais rien,. J'avais besoin d'un petit moment pour organiser mes idées. Ce qui aurait pu prendre plusieurs heures, si j'avais beaucoup d'idées à organiser, mais heureusement j'en avais que deux ou trois alors j'ai tout réglé en moins de huit secondes. »

et de ressources et n'ayant pas froid aux yeux (sans parler de son impitoyable lucidité). Quant aux ballons de fourrures, quels lanceurs d'alertes! Ou plutôt, ils en serianet s'ils ne préféraient pas aller jouer.

« Et votre univers est seulement le deuxième où on a trouvé des créatures ayant développé des armes capables d'anéantir presque toute vie sur leur planète, tout en ayant une intelligence tellement sous-développée qu'elles songent à utiliser ces armes. »

Croyez-moi, vous ne pouvez pas vous dispenser de cette lecture et je laisserai le mot de la fin aux E.T. :

"Si les êtres humains pouvaient juste laisser tomber cette idée d'être le centre de tout, à la fois en tant qu'individu et en tant qu'espèce, vous seriez guéris. Vous seriez enfin unis par l'envie de vivre, d'apprécier la vie, comme toutes ces créatures que nous pouvons voir jouer autour de nous. Mais non. Il y a trois ou quatre mille ans, pour je ne sais trop quelle raison, vous avez décidé que vous étiez le peuple de Dieu, que vous étiez le centre de la création.

Et les résultats sont désastreux."


PS : En cours de route, une petite allusion masquée à l'homme-dé que je vous laisse découvrir.





15 février 2022

Le Peintre du dimanche 

de David Zaoui

**+


Super facile et agréable à lire, ce roman nous raconte de façon plaisante une histoire charmante mettant en scène des personnages ne pouvant exister dans des situations également impossibles, le tout se situant dans un monde où "tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil". Alors, si vous avez besoin de récréation, ou d'une petite lobotomie temporaire dans ce monde si complexe et frustrant qui est le nôtre, foncez ! Ça se lit très bien. Ça dégouline tout partout de bons sentiments bien sucrés, et même d'un peu de bondieuseries. Tout cela est tellement bienveillant ! Il y a un papa doux et aimant, une maman qui passe sa vie à faire des gâteaux que tout le monde mange à longueur de journée sans développer de diabète, une adorable grand-mère qui a Alzheimer, mais sans déranger du tout sa famille. Il y a même un animal mignon. Il s'agit d'un singe capucin. Ce singe peint et ses toiles sont très appréciées, mais attention ! Ne vous attendez pas à une critique acerbe de l'art abstrait qui serait une fumisterie. Pas du tout. Ce n'est pas le genre de livre où l'on critique ou revendique. D'ailleurs le héros aussi peint de l'abstrait. Il a juste moins de succès.

La quatrième de couverture cite Psychologie Magazine qui aurait dit "Ce livre est un bonbon qui pique" . J'ai bien trouvé le bonbon, mais pas le piquant. Je ne vois même pas où il était censé être... C'était plutôt de la guimauve. Pour ne pas être en reste, Franz-Olivier Giesbert aurait qualifié l'auteur d' "enfant de Philip Roth et de Woody Allen". !!! Je dois avouer que ce dernier argument avait déclenché mon désir de découvrir cet improbable hybride. A l'arrivée bien sûr, je pensais plutôt aux mécanismes de renvois d'ascenseurs littéraires qu'Enrique Serna décrit si bien dans "La peur des bêtes".

Voilà. Je ne trouve pas grand chose d'autre à dire de ce «gentil roman» choisi dans un rayonnage parce qu'il me fallait pour un jeu, lire un livre dont le titre évoquait l'art. Eh oui. Je sais que plusieurs étaient en train de se demander pourquoi, comment j'avais pu... eh bien, vous avez la réponse. ;-)

978-2253240679