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27 janvier 2026

Il était une fois l'Amérique

Une histoire de la littérature américaine

Tome 1 Le XIXè siècle

de Catherine Mory

Dessins Jean-Baptiste Hostache

*****

979-1037511096

Après un court prologue rappelant la situation historique de l’Amérique du Nord en ce début de 19ème siècle, nous entamons les biographies de 10 écrivains qui ont posé le socle de sa littérature. Ils sont présentés par ordre chronologique et à chaque fois, leur chef-d’œuvre est résumé, ce qui permet non seulement d’en savoir beaucoup sur ces auteurs mais aussi, d’avoir une petite idée de ce qu’ils ont écrit et de l’héritage fictionnel qu’ils ont laissé. Je pense qu’il y en a plusieurs parmi vous qui désirent savoir qui sont les écrivains présentés et, cela me semble d’autant plus légitime que je n’ai pas moi-même pu en trouver la liste exacte sur le net. A chaque fois, des noms sont cités, mais pas tous. C’est frustrant ! Alors, voilà :

James Fenimore Cooper (Le dernier des Mohicans et le génocide indien)

Nathaniel Hawthorne (les sorcières de Salem)

Edgar Allan Poe (l’invention du roman policier)

Henry David Thoreau (l’invention du nature writing et la lutte anti esclavagiste)

Walt Whitman (la naissance de la poésie et la Guerre de Secession)

Herman Melville (Moby-Dick et la conquête des océans)

Emily Dickinson (le puritanisme)

Mark Twain (l’humour de l’ouest)

Henri James (la confrontation entre l’ancien et le nouveau monde)

Jack London (la ruée vers l’or)

Comme vous le voyez, n’ont été retenus que des auteurs ayant produit toute une œuvre de haute tenue et non seulement un titre marquant. Une seule femme. On appelle ça le plafond de verre, mais il est bon de préciser que c'est du verre blindé.

Chaque chapitre est suivi d’un arbre "généalogique" indiquant ceux que l’on a pu par la suite estimer comme ayant été notablement influencés par l’écrivain présenté. Par exemple :

En arrière plan, au fil de ces biographies, nous découvrons une Amérique du Nord qui se dessine peu à peu et se précise. On la voit évoluer au fil du temps, s’étendre, se bâtir, s’urbaniser… non sans heurts et cahots. Le génocide indien, les guerres d’indépendance, la guerre de Sécession, c'est un monde violent qui a versé beaucoup de sang.

J’ai été totalement convaincue par cet ouvrage extrêmement documenté, où tout est exact et où l’auteur a su choisir puisqu’il est bien sûr impossible de tout dire en 200 pages de BD. Ce travail de résumé et de choix a dû être très difficile, mais j’ai trouvé qu’il avait été plutôt réussi. Le plus important à savoir avait toujours été retenu et rien de majeur ne manquant.

C’est un album qui demande plusieurs heures de lecture mais que vous quitterez beaucoup moins ignorant des passionnants débuts de la littérature nord américaine. Recommandé pour tous ceux qui aiment apprendre, mais pas s'ennuyer. Il y a un tome 2 pour le 20ème siècle.

PS : Je m’engage à ne plus jamais utiliser "Amérique" ou "Américain" pour désigner l’Amérique du Nord et les nord-américains. J’y ai toujours répugné mais je le faisais parfois pour aller plus vite. Cependant, Orwell nous l’a assez répété, les mots ont un sens et c’était une erreur et elle a un prix.

11 janvier 2026


Le démon de Mamie 

ou la sénescence enchantée

de Florence Cestac

*****


978-2205212280

Démarrage un peu difficile avec cette BD parce que je n’appréciais pas trop le dessin (les visages), les gros nez, tout ça… un graphisme que j’estimais « brutal ». C’était mon premier Cestac. Mais je me suis lancée quand même parce que le thème m’amusait, et puis le graphisme, je m’y suis faite et ce, d’autant plus facilement que je me retrouvais dans un humour qui me convenait tout à fait. Cet album m’a souvent fait rire et, chacun le sait, quand on rit, c’est qu’on est séduit. A la fin, j’aimais même bien les dessins. Les gros nez, on s’y habitue quand le scenario est bon. Comme quoi, on est souvent rebuté par ce qui est nouveau et une fois, familiarisé, on voit les charmes/avantages/ qualités (selon le contexte).

Cet album - dont je n’ai pas bien compris le titre (ça démarrait fort). Les démons, j'aurais compris, mais le démon... non.– illustre ce qu’est une vie de Mamie, depuis la naissance des merveilleux petits enfants, les méthodes de soin puis d’éducation différentes de celles qu’on pratiquait de son temps, le rôle de baby-sitter, les galères de la garde d’enfants, 

la retraite, l’âge merveilleux où on s’occupe à la fois des vieux parents et des jeunes petits-enfants, les loisirs et occupations, les copines, la mise à l’écart, le corps qui fout le camp, la santé aussi, les disparitions (relatives, des enfants ou définitives d’amis/es), les derniers coups de cœur, l’animal de compagnie, la maison de retraite… la fin. Tant d’occasions de rire, vous vous en doutez bien. Si, si.


Bien placée pour en juger, je peux vous dire que le regard de Florence Cestac tape juste et son humour touche exactement où ça grattouille. Il y a des scènes qu’on a vécues ou que des copines nous ont racontées. On s’y retrouve, c’est nous, ça ! Sacrées mamies ! Je crois que personne ne les comprend en dehors du groupe des mamies. Alors merci à l’auteure de nous rappeler qu’on n’est pas toute seule, il y en a toute une génération, des comme nous, et on ira jusqu’au bout ! Coûte que coûte, et le sourire aux lèvres. Merci Florence !

18 décembre 2025

Pino L'I.A. Émotionnelle

de Takashi Murakami

*****

978-2811674809

"Pino" est un manga et ordinairement je ne lis pas de manga. Je n’en lis pas en premier lieu parce que je n’apprécie pas la façon dont les mangakas dessinent. Cette fois, cependant, je me suis laissé tenter par le billet de Fanja car le thème m’intéressait beaucoup : Les IA peuvent-elles avoir des sentiments ? Vaste sujet. 

En ce qui concerne le graphisme, je n’ai d’ailleurs pas trop à me plaindre. Il est bien un peu figé sur les personnages (surtout ce pauvre M. Iwata) mais, quand on voit les décors, ceux-ci compensent. C’est également la première fois que je lis plus de 300 pages imprimées de droite à gauche, tant pour les pages que pour les lignes et on ne peut pas dire que j’aie apprécié. Quand on interroge sur ce point les fans européens de mangas, ils vous répondent doctement que c’est parce que les textes asiatiques se lisent dans ce sens mais c’est une blague. Pourquoi dans ce cas, imprimer les romans asiatiques ou arabes dans le sens européen de lecture ? Fanja m'explique que pour ce faire, il faudrait inverser les dessins, ce qui est gênant d'un point de vue artistique. 

Voici l’histoire : Dans une époque future, les laboratoires pharmaceutiques pratiquent encore l’expérimentation animale. Ils n’en ont pas vraiment besoin et cela ne leur apporte quasiment aucun avantage, mais "quasiment aucun" n’est pas zéro, et comme ils n’ont pas d’éthique, ils pratiquent. Pour résoudre un peu tous les problèmes qui pourraient se poser, ils les font gérer par un petit robot androïde qui, scellé dans un laboratoire isolé, reste dans sa bulle. Il est conçu pour faire naître, soigner et pratiquer des expériences sur les animaux. Choses qu’il fait parfaitement. Ces androïdes sont appelés PINO. On leur a donné une apparence proche de celle d’un enfant pour des raisons techniques et psychologiques. Un jour, la loi change et toute expérimentation animale est interdite, aussi le groupe pharmaceutique décide-t-il de détruire totalement son laboratoire. PINO est chargé de le faire.

...


Des années plus tard, des PINO sont encore utilisés. C’est la génération 3. Ils sont tout particulièrement dédiés à des tâches de soins aux humains, aux animaux ou aux plantes, mais d’autres peuvent par exemple faire du déminage ou de l’enseignement. Ils sont très efficaces. Nous allons suivre l’un de ces nouveaux PINO qui tient auprès d’une vieille dame sénile, le rôle du petit garçon qu’elle a perdu des décennies plus tôt et qu’elle croit voir en lui. Il est en fait son soignant et son auxiliaire de vie. Nous sommes dans un quartier particulièrement pauvre d’un monde très abîmé. Par ailleurs, nous faisons la connaissance de M. Iwata qui avait fait une enquête sur la destruction du labo pharmaceutique et était parvenu à la conclusion que les problèmes avaient été dus au fait que ce PINO 1ère génération avait éprouvé une émotion. Cette expertise réputée invraisemblable, lui avait immédiatement valu de perdre son emploi. Maintenant chômeur, il poursuit cependant ses recherches pour confirmer ou infirmer que les PINO peuvent éprouver des sentiments. C’est ce que ce manga nous raconte.


Comment tout cela finira-t-il ? Et surtout, quelle est exactement notre position vis-à-vis des I.A, émotionnelles ou non ? Que peuvent-ils pu ne peuvent-ils pas faire, être, apporter ? Sont-ils un plus ou un moins pour nous ? Nous, qui sommes à coup sûrs des êtres émotionnels, nous y attachons nous comme à un moulin à café ou comme à un être ? Vous savez, nous, les humains qui avons toujours donné des petits noms à nos voitures ?

Une phrase est à la mode en ce moment. Elle est du poète Pierre Reverdy : "Il n'y a pas d'amour, il n'y a que des preuves d'amour", mais alors, si un robot donnait des preuves d’amour, qu’en serait-il ?

Et d'abord, que sont exactement les sentiments ?

15 décembre 2025

 Rubrique-à-brac (5 volumes)

de Marcel Gotlib

*****

978-2205055726

Je fais partie des anciens enfants élevés avec un abonnement à Pilote ("Le journal qui s'amuse à réfléchir") J’étais fan absolue d’Achille Talon (mais de lui, je vous parlerai une autre fois), de "Cellulite" de Brétécher et des Dingodossiers, dessins Gotlib et textes Goscinny. Les Dingodossiers prétendaient étudier un sujet de façon scientifique en deux pages de ces petites cases pleines de phylactères que nous apprécions tant. L’humour (potache mais irrésistible) provenait, d’une part, du décalage entre le ton objectif et sérieux et la naïveté de l’observation, et, d’autre part, du décalage entre le texte et le dessin.

J’adorais ! Et je n’étais pas la seule, ça marchait bien, mais parallèlement, René Goscinny, avait lancé les aventures d’Astérix et le succès était encore plus énorme et fulgurant, si bien qu’il ne pouvait plus mener les deux opérations de front. A partir de 1968, Gotlib poursuit donc seul la grande tâche éducative et les Dingodossiers laissent la place aux Rubriques à Brac. Le principe reste le même ainsi que les personnages récurrents, et vogue la galère ! Repartie pour de nouvelles aventures hautement pédagogiques.


Mais parlons-en, des personnages récurrents. Chacun avait ses préférés, pour moi, Isaac Newton, qui ne quittait guère le pied de son pommier et sur la tête duquel tombaient les choses les plus incongrues, permettant chaque fois une découverte scientifique de première grandeur. Un autre personnage cher à mon cœur, le Processeur Burp, non pas pour son charme personnel discutable, mais parce qu'il était chargé des pages "sciences naturelles" qui me ravissaient littéralement . Des décennies plus tard, je me réfère encore à l’occasion à "la dure loi de la nature" dont les ravages navrants m’avaient beaucoup fait rire alors. (et encore maintenant, soyons honnête)

Il y avait aussi l'Enfant sauvage, Super-Dupont, l'Ecolier, Tarzan et le duo policier clairement inspiré de Maigret ou des Cinq dernières minutes, Bougret et Charolles et là, je remercie Wikipedia qui m’a appris depuis qu’ils étaient les caricatures respectives de Gébé et Gotlib. Les deux flics menaient des enquêtes totalement surréalistes mais dans lesquels on retrouvait "chaque fois deux suspects : Aristidès Othon Frédéric Wilfrid, caricature de Fred, et Blondeaux Georges Jacques Babylas, caricature de Goscinny, ce dernier se trouvant toujours être le coupable".


Dans le coin des cases, il y avait une petite coccinelle. Simple décoration amusante au départ, elle a beaucoup plu aux lecteurs (et sans doute aussi à l’auteur) si bien que son rôle est allé grandissant, elle portait sur les scènes qu’on nous montrait un regard critique et désabusé qu’elle a même fini par exprimer quand elle a été dotée de la parole.

La Rubrique-à-brac a survécu à Pilote et même aux autres mensuels de bande dessinée qui lui ont succédé. Certaines histoires prenaient trois ou quatre pages et il y a eu des planches en couleur. Elle a été éditée en albums, et il y en a eu cinq, pour les amateurs.

Maintenant, la Rubrique-à-brac est-elle accessible aux jeunes d’aujourd’hui ? Je le voudrais bien, mais je n’en sais rien. Je n’en suis pas sûre. C’est une forme d’humour qui échappe peut-être à leurs radars, il faudrait tester. Vous me direz...


16 novembre 2025

Canardo premières enquêtes

de Sokal

*****


978-2203335547

Vous allez me dire qu’en ce moment je fréquente beaucoup le peu recommandable Canardo, et vous aurez raison. C’est pourquoi j’ai pensé qu’il serait temps de mieux me renseigner sur le personnage et quoi de mieux pour ce faire que de découvrir ses débuts ? Rien. (c’était une question rhétorique) et voici donc ses premières enquêtes. Canardo officie dans les basse-cours et autres corps de ferme et c'est un personnage particulièrement peu recommandable, alcoolique, dangereux, vénal… mais cela ne l’empêche pas de gagner sa vie en résolvant (ou pas) quelques mystères dans un monde d’animaux anthropomorphes particulièrement glauque et violent.


Pour ses loisirs, il fréquente les bouges et c’est là qu’il rencontrera une certaine grue cendrée aux charmes de laquelle il ne restera pas indifférent… (c'est peu dire) et que nous retrouverons quelques albums plus tard dans "La marque de Raspoutine".



Il sera aussi confronté à un dangereux gang de rats. Donc, accrochez-vous, Canardo a commencé très fort. Dans cet album il a connu une passion amoureuse, il est passé devant les juges, il a tué plusieurs "personnes", il a lui-même "encaissé" plusieurs balles. Il s’est même marié et rangé des voitures, et puis aussi suicidé, non ?



Sacré Canardo ! Il nous avait déjà tout fait dès ces premières enquêtes, qu’a-t-il bien pu mettre dans tous les albums suivants ???

(Nouvelle question rhétorique)

Bref, c’est noir de chez noir, ambiance "Le chien debout", mais très nerveux, sans filtre, et ça part dans tous les sens. Le graphisme est déjà sublimissime. Quel maître, ce Sokal !

08 novembre 2025

Aristote

de Tassos Apostolidis

Dessins : Alecos Papadatos

*****


978-2505082965

Voilà une excellente manière de vous cultiver sans vous ennuyer et, si vous avez des ados, de les cultiver sans les ennuyer. Autant il m’est arrivé de me plaindre du manque de précision de certaines biographies en bande dessinée, autant ce ne sera pas le cas ici. Au contraire ! C'est parfait. Il faut dire que nous en avons tout de même pour 216 pages et que le texte a été rédigé par quelqu'un qui maîtrise tout à fait le sujet.

Les auteurs se sont intéressés et nous ont intéressés à tout ce qui a fait la vie d'Aristote, histoire, œuvres et vie de famille inclus. Nous suivons donc ici le philosophe, depuis son arrivée comme élève dans l'école de Platon auprès de qui il va rester vingt ans, jusqu'à sa mort, en passant par sa rencontre avec Alexandre le Grand dont il sera le précepteur, la création de sa propre école. Dès son jeune âge, il se fait remarquer par son insatiable appétit de savoir à une époque où les mêmes savants étudiaient aussi bien et en même temps, la physique, la géographie, la biologie, l'anatomie ou la botanique que la philosophie.



Aristote était un pragmatique. Pour lui, la connaissance naît de l'observation qui permettra des remarques sur lesquelles s'appuieront les théories. Ainsi Aristote ne se cantonne-t-il pas aux grandes idées, il sait que la pratique compte et quand il va créer son lycée, il s'intéressera non seulement au contenu de son enseignement mais aussi à la façon dont il le transmettra et la façon dont son lycée fonctionnera.

Fidèle à sa méthode, c'est sur cette base vécue qu'il élaborera ses théories pédagogiques et même ses conseils politiques pour un système d'enseignements ouvert à tous ceux qui désirent apprendre.

L'ouvrage est par ailleurs éclairé de cartes géographiques simplifiées mais claires, permettant de comprendre un peu les tenants et aboutissants des luttes entre Athéniens, Macédoniens, Perses etc. qui ont constamment modelé la vie du savant.

Le dessin, en pages bicolores, est vivant et expressif et non dénué de pointes d'humour qui allègent le cours que nous prenons dans ce livre. Ils montrent aussi, à l'arrière plan, la façon de vivre et les objets du quotidien de cette époque.

Ouvrage hautement recommandable !

Pour résumer :


25 octobre 2025

Dali

Texte de Julie Birmant

Dessins de Clément Oubrerie

***

978-2205202762 & 978-2205206210


Tome 1 - Avant Gala

J'avais emprunté cette bande dessinée parce que sachant peu de choses de la biographie de Salvador Dali, j'espérais en sortir moins ignorante. De ce point de vue, j'ai été déçue par ce premier volume qui ne dépasse pas ce que tout le monde sait sur Dali . On n'aura pas de détails supplémentaires. Par exemple : le déjà excentrique Salvador débarque de Figueras à l'école des Beaux Arts de Madrid où il ne connaît personne et d'entrée de jeu, rencontre une bande de trois amis qui se trouvent être Bunuel, Pepín Bello et Federico García Lorca qui l’intègrent immédiatement à leur petit groupe. Bon. C'est bien réducteur mais admettons. Ensuite, peu de choses précises. A chaque fois qu'une précision serait utile, on glisse dans le fantasme, ce qui peut se comprendre avec Dali mais moins avec une biographie. On sent néanmoins que, s'il leur cède volontiers, l'original artiste ne maîtrise pas non plus forcément ses extravagances. Bref, la période madrilène et estudiantine s’achève et nous voilà partis pour Paris, mais ce sera pour le tome 2.


Tome 2 - Gala

Dans le tome 2, Salvador est un jeune adulte, son originalité revendiquée ne parvient plus à cacher totalement les déséquilibres mentaux. Un psychiatre saurait sûrement mettre une étiquette sur leurs différentes manifestations mais ce n'est pas mon cas. En tout cas, Un chien Andalou est écrit, tourné et présenté. Dali rencontre les Surréalistes et a sa première exposition à Paris. Il est toujours puceau et s'il voit du sexe partout et aime choquer avec ses mots et ses représentations, il cache en réalité une vraie panique face aux femmes et une impuissance presque complète. Ce tome deux est un peu moins avare en renseignements biographiques mais sans atteindre à une grande précision. Par exemple, dans le cas de sa première expo, aucune précision sur les œuvres exposées. Pas davantage sur ce qu'il peint à ce moment-là. Idem pour le reste de sa vie. On dirait que Salvador a bien réussi à brouiller les pistes et à se cacher derrière ses mises en scène. Il gambade, saute sur le devant de la scène puis, toujours prêt à s'enfuir, il disparaît. Pusillanime et velléitaire, il n'assume rien. On le croit ici, il est ailleurs. Ajoutez à cela hallucinations et "faux souvenirs"... Mais moi, ce qui m'aurait intéressée, c'est Dali-Peintre et là... pas grand chose.

Je n'ai pas grand reproche à faire au dessin, il y a même des moments où il m'a plu. L'interprétation de Clément Oubrerie a des qualités indéniables. Je salue le travail.

Comme ce tome deux ne va pas plus loin que le laborieux dépucelage du héros (merci Gala), il est très possible que vienne un tome 3, mais très possible aussi que je ne le lise pas. On verra. Mais j'aimerais quand même en apprendre un peu plus sur la genèse de ses œuvres les plus marquantes...

16 octobre 2025

Les Fauves

Scénario d’ Aurelle Gaillard

Dessin de Francesca Marinelli

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9782344062135


Quatrième de couverture :

"Aïdée, Pénélope et Zora habitent en colocation. Un jour, Aïdée se heurte aux propos machistes de son prof des Beaux-Arts. Elle se confie à Pénélope et Zora. Les jeunes femmes refusent de laisser passer cet incident… Elles taguent leur première vulve chez le professeur. Galvanisées par cette expérience, Aïdée, Pénélope et Zora savent désormais comment réagir face aux comportements machistes. Peu à peu, les vulves fleurissent là où la violence de genre frappe une femme, une sœur, une voisine… "

Comme souvent, une quatrième de couverture qui en dit bien trop sur une histoire que vous préféreriez découvrir comme l’auteur a choisi de vous la raconter, aussi ai-je préféré n’en citer que les premières lignes. J’avais repéré cette BD sortie début 2025 sur un blog ami, mais lequel ?? Je n’arrive pas à le retrouver malgré mes recherches. Si c’est le vôtre, dites-le, nous échangerons nos liens.

C’est l’histoire de trois jeunes femmes, colocataires, qui se heurtent au machisme. Zora est serveuse dans un bar, Pénélope, activiste de toutes les bonnes causes, travaille dans un centre social et Aïdée, élève aux Beaux Arts, subit la ségrégation d’un vieux barbon qui est sûr que les femmes ne peuvent être des artistes. Bref, un soir de trop plein de brimades, elles décident de se défouler sur le mur dudit barbon et cela leur fait beaucoup de bien. Un peu trop même peut-être, car elles y prennent goût et se mettent à taguer de plus en plus, avec moins de discernement et en augmentant inconsidérément la prise de risque. Ce qui devait arriver arrive et tout cela finit par mal tourner. Très mal, même. Comment nos trois aventurières vont-elles se sortir de ce mauvais pas ?


BD très colorée, au dessin plaisant et enlevé qui aborde frontalement plein de problèmes et les met en action. Les filles ne sont pas au-dessus de toute critique (et tant mieux) mais elles luttent et elles se battent bien. Une aventure qui captive et qui montre bien des facettes d’un problème toujours d’actualité et qu’il n’est pas toujours bien vu de dénoncer (paraît qu'on abuse): le machisme, qui est toujours là pourtant, malgré les progrès qui ont été faits.

A lire.


07 octobre 2025


Palmer dans le rouge

Une enquête en bord de Médoc

Scénario : René Pétillon

Dessin : Manu Larcenet

*****

9782205214871

On pensait (et moi la première) que la brillante carrière du fameux détective Jack Palmer avait pris fin en 2013 avec «Palmer en Bretagne», son créateur René Pétillon étant décédé, mais son éditeur lui offre aujourd’hui l’occasion de venir pour un rappel. Grâce à un scenario que Pétillon avait pratiquement terminé, une dernière BD pouvait naître. Mais qui oserait se lancer dans cette aventure? «Grand admirateur du travail de Pétillon, Manu Larcenet a accepté avec enthousiasme de la dessiner avec son propre style.»

Même en retrouvant Palmer, s’il y a quelqu’un que je pensais par contre ne jamais revoir, c’est bien Ange Leoni, que notre détective avait si longuement cherché dans «l’Enquête corse», et pourtant, le revoilà ici dans le Médoc (Mais «limite de Bordelais»!) chez sa cousine et son mari, viticulteurs, producteurs d’un vin qui ne fait pas l’admiration de tous. Mais là n’est pas le problème. Le problème est qu’à la veille d’épouser l’héritier d’un grand vignoble californien, Bénédicte, la fille, a disparu en laissant une lettre indiquant qu’elle ne désirait plus se marier. Cependant, ses parents refusent d’y croire et engagent notre héros pour la retrouver. Or, lors de son enquête, notre brillant détective, n’hésitant pas à payer de sa personne dans les différents chais et foires vinicoles, découvre que la demoiselle venait aussi de démasquer un vin trafiqué.


Alors ? S’était-elle mise en danger ? Fugue volontaire ou disparition inquiétante ? Les parents, le fiancé américain, Palmer et tonton Leoni se mettent en chasse. Ce qui n’ira pas sans quelques accidents (Palmer n’est pas le roi du volant)


ni sans quelques actions violentes, sans parler des passages plus ou moins prolongés au commissariat.

J’appréhendais un peu, comme c’est sans doute toujours le cas quand on se risque à la reprise d’un héros légendaire. Surtout que pour tout dire, je n’adore pas la couverture qui baigne dans le gros rouge, mais bon, elle se justifie. Par contre, je faisais d’emblée assez confiance à Larcenet pour nous faire du bon travail et je n’avais pas tort. Sans chercher à imiter le style Pétillon, il ne l’a pourtant jamais trahi et a remarquablement su redonner vie au digne héritier de Philip Marlowe pour cette «Étude en (gros) rouge».

Et bravo pour le beau jeu de mot final !

*👀Violette l'a lu

28 septembre 2025


La marque de Raspoutine

Sokal

*****


978-2203335066

Deuxième vraie aventure de Canardo qui se cale enfin bien fermement dans son personnage de détective dur à cuire, violent, cynique, mais ayant une éthique. Il est beaucoup moins déjeté que dans sa première aventure avec le chien debout où il errait un peu, mais ça y est, voilà, nous avons notre Canardo. Qui est, comme Jack Palmer, une variation sur le thème du "Privé". Il a d’ailleurs un peu le même imperméable, mais le sien n’est jamais fermé. Il a dû remarquer que ça n’avantageait pas les petits ventres ronds, ce que Palmer n’a toujours pas vu, ou alors, il s’en fiche.

Un énorme chat sauvage de Sibérie, Raspoutine, est devenu une espèce de boyard, seigneur incontesté d’une bande de mercenaires sans scrupules. Il règne en despote absolu et manifeste un goût marqué pour la cruauté.

Il est vaguement secondé par une cigogne qui se la joue diva russe et un autre volatile (perroquet ?) qui lui sert de médecin. Ce sont les seuls qu’il tolère, mais en fait, il n’écoute personne et n’en fait qu’à sa tête pour le plus grand malheur des populations sur lesquelles s’étend son pouvoir.

Ce tyran cache pourtant une profonde blessure secrète : il n’a pas de descendant. Il en a eu autrefois après s’être introduit dans un prestigieux élevage de chats Bleus russes, mais l’éleveur les a tous tués, les considérant comme des bâtards sans valeur. Il ne s’est jamais remis de cette perte, d’autant qu’il n’a plus eu ensuite de chatons. Il se sent vieillir et vit de plus en plus mal la situation. Aussi, quand il apprend inopinément qu’il y a eu une survivante parmi ses descendants bleus, il n’a plus qu’une idée en tête, la retrouver, la faire venir près de lui et lui transmettre un jour son royaume. Tout ce qu’il sait d’elle, c’est qu’elle se trouve en Europe.

Or, c’est à Paris qu’elle se trouve. Elle est magnifique, bleue, avec sur le front les rayures de son père, la marque de Raspoutine. Elle chante dans un cabaret et il se trouve que dans ce cabaret, Canardo a ses habitudes. C’est ainsi qu’il se trouve sur place quand elle est victime d’une tentative d’assassinat et qu’il intervient, fort heureusement aidé par un intervenant inattendu…

Excellent volume que ce numéro 2 ! Vraiment, un de mes préférés. Flamboyant, mortel, plein de dangers et de rebondissements, il s’appuie sur des personnages hors du commun, excessifs à la russe, tout particulièrement réussis. Le dessin, mais là, c’est comme toujours, est remarquable. Oui vraiment ! 5 étoiles sans hésiter une seconde pour cette Marque de Raspoutine. Adeptes du Canardo, si vous ne l’avez pas, il vous le faut.

Je découvre par la même occasion que la série Canardo comprend 25 tomes et que je ne les ai pas tous. Le dernier tome de la série (Un con en hiver) est paru en 2018.

25 septembre 2025

Le chien debout 

de Sokal

*****

9782203335035

Canardo n’a pas eu des débuts faciles. Faut pas croire. Ce « chien debout » est le tome 1 de la longue série des aventures dangereuses de L’inspecteur Canardo. Inspecteur, il ne l’a d’ailleurs été que dans le tome 0, édité chez Pepperland et que je n’ai malheureusement pas encore lu. Dans ce tome 1, Canardo n’est même pas le personnage principal, bien que son intervention ponctuelle soit déterminante.

Le personnage principal, c’est Fernand, ce chien qui marche sur deux pattes et porte un vieux manteau à capuche. Tel que nous le découvrons, Fernand, clochard alcoolique, revient au pays voir s’il n’y retrouverait pas celle dont il est toujours amoureux, la belle Gilberte. Mais les choses vont mal au pays. Le chien du douanier fait sa loi avec sa bande de sous-fifres et prospère, tandis que de nombreux cabots disparaissent. La violence et la crainte règnent pour un danger qu’on n’ose même pas évoquer. Que se passe-t-il ? Fernand, qui ne cherche pourtant rien d’autre que Gilberte, ne va pas tarder à le découvrir.

Faut savoir qu’on évolue dans un monde où on s’entre-tue facilement. D’entrée de jeu, cette série commence avec un Canardo coriace qui se soucie fort peu de la loi, un univers très très noir, un monde féroce, sans illusion et un peu d'ironie douloureuse dans le récit. Tout ce qui nous a fait aimer ce volatile, quoi, et pour cet épisode, un savant fou, des expériences atroces, des junkies, beaucoup de victimes etc. Canardo commençait noir de chez noir. Un poil trop même, mais bon… c’est de la fiction. Les canards ne se promènent pas vraiment armés jusqu’au bec.

11 septembre 2025

Journal inquiet d’Istanbul T2

de Ersin Karabulut

*****

  
9782205210996

Quatrième de couverture :

"L'histoire vraie d'un dessinateur de presse et du journal satirique le plus célèbre de son pays, en lutte contre le régime autoritaire turc."

J’avais beaucoup aimé et j’avais été très intéressée par le tome 1 du «Journal inquiet d’Istanbul» de Ersin Karabulut, donc, quand j’ai vu que le tome 2 était sorti et qu’il se trouvait déjà à la bibliothèque, je me suis empressée de l’emprunter. Ensuite, je me suis aperçue que j’avais trop oublié le tome 1 (deux ans, déjà) pour reprendre dans de bonnes conditions, alors vite, retour à la bibli et réemprunt du tome 1 qui par chance, était disponible. Je vous raconte ça pour que vous pensiez à emprunter les deux si vous vous trouvez dans la même situation.

Nous retrouvons donc Ersin Karabulut qui démarre à Istanbul sa carrière de dessinateur politique. Il faut savoir que les fanzines satiriques sont nombreux là-bas et très lus. Ses parents désapprouvent depuis toujours son choix de carrière car ils voient monter l’intégrisme et savent eux, de quoi ces gens sont capables. Mais, depuis qu’il est enfant, rien ne peut faire dévier Ersin de sa trajectoire. Peu à peu sa carrière se développe et il monte même son propre journal avec des amis même si ce n’est pas simple. Parallèlement, celle de Erdogan se développe aussi. Les promesses démocratiques ne lui ont pas coûté cher et ne pèseront pas plus dans l’évolution du pays. Partout, insidieusement, les choses changent. Les barbus se multiplient et jouent tout à l’intimidation, dans le non-dit bien réel et pesant tout de même. La société change en Turquie, même à Istanbul. On voit le pourrissement sournois de la situation malgré les tentatives de résistance de la part la plus évoluée de la société. Les manifestations de plus en plus brutalement réprimées ne pourront rien. 


On voit Ersin Karabulut qui s’exprime dans son journal, de plus en plus obligé de choisir son camp et donc, de plus en plus en danger. Sa vie, comme celle des autres Turcs et particulièrement les intellectuels ou les femmes, est impactée par l’emprise croissante d’Erdogan sur le pays. Les procès sous divers prétextes commencent leur travail de sape...

Ce tome 2 nous montre un pays qui bascule lentement dans le totalitarisme religieux tout en proclamant le contraire. L’auteur m’est très sympathique. C’est un humaniste et un rêveur mais qui va jusqu’à inventer et proposer des solutions (naïves et douces).

Il faut que tout le monde comprenne comment ces choses-là arrivent et se font. Personne n’est à l’abri. Ce sont des albums que j’offrirai. Je me précipiterai sur le tome trois dès qu’il paraîtra, et je souhaite à Karabulut de retomber toujours sur ses pieds, comme les chats qu’il semble aimer.


02 septembre 2025

Ce qu'il faut de terre à l'homme

de Léon Tolstoï - Dessins de Martin Veyron

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9782205072471

Rien de tel que la BD et un bon roman graphique bien fidèle pour faire aimer les classiques et les (parfois arides) auteurs russes à tout le monde ! Martin Veyron l’a prouvé avec cette fidèle adaptation de la nouvelle éponyme de Léon Tolstoï. Cette bande dessinée n’est pas récente mais elle n’en reste pas moins hautement recommandable. Il n’y a pas que les nouveautés dans la vie.

Un pauvre paysan vit une vie très modeste mais néanmoins plutôt heureuse avec femme et enfant en exploitant ses quelques terres, d’autant qu’ainsi que tous les autres villageois, il arrondit ses revenus en volant allègrement sur les terres de la barine. Celle-ci, vieillissante, ne s’en occupe plus guère et c’est son fils qui surveille un peu, mais il ne réside pas sur place. Il finit cependant par s’apercevoir des vols et décide d’installer un régisseur sévère pour y mettre fin. La vie devient plus difficile pour les paysans qui envisagent même une réponse radicale au régisseur. Mais pire encore, la barine vieillissant toujours, décide de vendre pour aller vivre à la ville pour plus de confort, de compagnie et de distractions. Le régisseur se porte immédiatement acquéreur. Ça va être un vrai enfer pour les villageois. Ils décident donc de se réunir pour acheter eux-mêmes les terres de la barine…

De fil en aiguille, notre paysan qui a un beau-frère négociant citadin qui lui conseille d’être plus ambitieux et de tenter de s’agrandir plutôt que de se contenter de ce qu’il a, se lance dans ce qu’on pourrait appeler maintenant une politique expansionniste, bien que sa femme ne semble pas enthousiasmée par ces changements. Nous allons le voir se donner à fond et déployer vraiment un courage et une ardeur au travail illimités pour devenir toujours plus riche.

Rendons hommage à Martin Veyron qui a parfaitement su illustrer ce récit et en a fait un album vraiment captivant. On passe un excellent moment avec ce conte moral dont la conclusion peut convaincre ou non. Pour ma part, je rejoins plutôt l’idée bouddhique selon laquelle l’homme est un arc, trop tendu, il casse, mais pas assez, la flèche tombe à tes pieds… Tashi Delek !