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11 octobre 2026

Nos embellies

de Gwénola Morizur

Dessins Marie Duvoisin

****

978-2818944615

Unanimement appréciée sur le net, voici une BD feel-good à laquelle je vais ajouter mes petits bémols.

Les dessins, tout d'abord, très bien, si ce n'étaient ces yeux exagérément grands façon manga et ça, non. Pour moi, c'est moins bien. C'est attendrissant etc. de façon pavlovienne, mais du point de vue dessin, je n'aime pas. Je trouve cela pueril. Mais à part cela, le graphisme est très bon et les couleurs sont belles, bien équilibrées et harmonieuses.

Alors oui, l'histoire est belle et bien réconfortante et vous laisse avec l'impression que tout peut et même va s'arranger. La jeune femme enceinte accidentellement, alors qu'ils sont très lancés dans leurs carrières, son compagnon et elle, et qui ne sait pas ce qu'il convient de faire ; le jeune homosexuel éjecté par sa famille, à la rue, sans argent, sans toit, sans emploi et devant abandonner sa formation de danseur, le fermier montagnard solitaire et vieillissant, comment cela finira-t-il ? Et pour finir, le gamin de sept ans qui vit mal la séparation de ses parents... Quatre personnages, quatre problèmes modernes graves, presque insolubles... et voilà que ces quatre-là se rencontrent. Le hasard les a réunis et ils vont cheminer ensemble un moment et, de façon naturelle, trouver tous une issue au fond de leur impasse, démontrant que chaque problème a sa solution...

Ou ne le démontrant pas d'ailleurs, parce que si l'on réfléchit un peu sur les solutions, on s'aperçoit que ce sont toujours des rencontres accidentelles de personnages providentiels. Et ça, vous allez avoir du mal à le reproduire dans la réalité, même si vous avez bien saisi la grande leçon humaniste de l'album.

Bilan, c'est du feel-good, ça vous laisse le sourire aux lèvres, dans un état un peu vague de satisfaction optimiste et vous a-do-rez cette BD ! et pourquoi pas ? De toute façon, la vie ne va pas être longue à vous remettre les pieds sur terre (hélas). C'est le problème avec le feel-good, l'effet est de courte durée et les exemples non applicables dans la réalité pour cause de non adhérence au réel. Mais bon, c'est comme une petite pommade, ça fait du bien sur le moment.

03 octobre 2026

Brontëana

de Paulina Spucches

****

978-2368466643

Après une BD en noir et blanc, celle-ci, bien au contraire, et un tourbillon de couleurs. J'en suis enchantée, mais pour le coup, c'est le graphisme que je n'aime pas trop (jamais contente). Pure question de goût, il plaira à d'autres.

C'est une biographie des sœurs Brontë, plutôt axée sur la cadette Anne, mais sans exclure les autres (comment les séparer? Elles ont passé leur vie ensemble). On a bel et bien des renseignements sur toutes, et même leur frère. On découvre leur enfance, puis leurs tentatives pour se trouver une situation, leur goût de toujours pour les mondes imaginaires et les récits romanesque et l'écriture pour aboutir à cette rocambolesque aventure des trois frères Bell, à une époque où le simple fait qu'une femme soit capable d'écrire quelque chose qui vaille la peine d’être lu, faisait bien rire.


Dès leur plus jeune âge, le microcosme isolé des enfants Brontë a développé et magnifié leur créativité. Comme toujours, on a considéré a priori que c'était le garçon qui était porteur de talent et c'est de lui qu'on attendait des œuvres et la gloire de la famille, dans la peinture pour lui, mais il a noyé ses capacités dans l'alcool et a vécu aux crochets de sa famille alors que ses sœurs réussissaient une œuvre littéraire de première importance malgré l’étouffement misogyne ambiante. C'est d’ailleurs triste de voir finalement la sœur aînée Charlotte reproduire l'oppression et mettre sous le boisseau le meilleur roman de la cadette sous prétexte qu'il était "choquant". L'asservissement se transmet aussi par celles qui en sont les premières victimes . Bref , je conseille vivement cette biographie dessinée qui, dès l'adolescence et sans limite dans l'autre sens, nous donne tout le principal de ce qu'il y a à savoir sur les sœurs Brontë. Et moi, il va falloir que je lise "La Recluse de Wildfell Hall" (The Tenant of Wildfell Hall) qui, paru en1848, est considéré comme l’un des premiers romans féministes et a, à ce titre, soulevé l'indignation de tous ces messieurs (et aussi, malheureusement de beaucoup de dames). Cette femme qui s'enfuit de chez elle avec son enfant pour échapper à un mari violent ! Quelle indignité... pour elle ! Eh oui.


29 septembre 2026

Pizzica Pizzica

de Solène Rebière

*****

978-2754834148

Belle histoire que nous raconte ce roman graphique de presque 200 pages. Je démarrais avec beaucoup de réserves à cause de l'option «gris, noir, blanc» qui avait été choisie, moi qui aime tant les couleurs, mais j'ai peu à peu dû admettre son bien-fondé. C'est vraiment un bel album, harmonieux et expressif. Et c'est vraiment une belle histoire, très humaine et féminine. Si bien qu'au fil des pages, je suis passée des réticences du début aux cinq étoiles de ce bilan.


Apolline, danseuse et chorégraphe, accompagne en Bretagne un groupe d'acteurs afin de les aider à préparer leur prochain spectacle. Comme elle a du temps libre, elle sort et profite de ce qu'elle considère un peu comme des vacances. C'est ainsi qu'elle rencontre Erwan, un très beau brun, et c'est le coup de foudre. Aussitôt, il entame les tactiques classiques du pervers narcissique, mais, sous le charme, elle ne se rend compte de rien et, alors que le lecteur ronchonne et proteste en sourdine, elle le laisse la séparer de ses amis, puis la déplacer géographiquement, puis l'éloigner de sa famille. Trajet classique et ça ira très loin de cette façon, mais je ne vais pas tout vous raconter. Mais tout de même un jour, un geste réflexe lui évite de peu un accident et la ramène à la réalité. Le charme est rompu, ses yeux se dessillent. Encore faut-il se libérer... et cicatriser. Heureusement, Apolline n'est pas faible, elle était sous emprise, ça y ressemble mais c'est fondamentalement différent. La Pizzica aidera cette danseuse qui à ce moment-là, errera dans les Pouilles et lui offrira même un nouveau départ. L'art libère. Souvent du moins. L'Apolline de la fin aura appris beaucoup de choses.


Très beau, très bien vu et raconté sans commentaire, avec beaucoup de justesse (le démontage quand elle essaie de conduire, la plupart des femmes l'ont vécu un jour). Lisez-le ! Pas le choix.


PS : La voilà, la Pizzica, on passera par chez Miss Sunalee

23 juillet 2026


Cerveaux augmentés (humanité diminuée ?)

de Miguel Benasayag et Thierry Murat

***+


978-2413048220

Depuis le temps que je vous dis du bien des album de la collection Découverte- Delcourt, il fallait bien que je rencontre un album qui me conviendrait moins. C'est chose faite. Ça s’appelle "Cerveaux augmentés (Humanité diminuée?)" Tout est dans le point d'interrogation : l'art douteux de dire les choses sans les dire, tout en les disant... Bref, c'est de ma faute, j'avais mal compris le titre. Je pensais qu'on allait parler de l'IA et en fait, oui... mais non. On va tout d'abord parler du mode de fonctionnement du cerveau et de la pensée humaine. Le fonctionnement de notre intelligence à nous, humains. Ensuite seulement, on comparera avec le fonctionnement des ordinateurs pour voir s'ils sont du même ordre (réponse non) et s'ils sont compatibles (réponse faut voir). Le volume est d'un niveau assez soutenu avec le petit problème que tous les mots ne sont pas toujours expliqués, alors demander à l'IA de nous expliquer un mot pour lire un commentaire humain... 😄 charme du paradoxe. Par exemple à un moment, il se met à parler des métavers et je ne savais pas ce que c'était. Mais peut-être ne dois-je m'en prendre qu'à mon ignorance mais donc, internet y a remédié, me rappelant que j'étais souvent bien contente de le trouver.

Cet album est présenté comme "le prolongement de l'ouvrage de Miguel Bensayag" du même titre. Miguel Benasayag est un philosophe, psychanalyste, chercheur en épistémologie franco-argentin. "Ses recherches tournent, depuis plus de vingt ans, sur les conséquences de la révolution digitale et les phénomènes d'hybridation avec le vivant, et se penchent particulièrement sur les processus de colonisation techno-scientifique de la vie" (Wikipedia) Thierry Murat , est un auteur de bande dessinée. Je pensais donc que Thierry Murat avait ici illustré l'ouvrage de M. Benasayag pour le rendre plus facile d’accès. Mais ce n'est pas exactement cela. M. Murat a voulu "prolonger" l'ouvrage du philosophe en collaboration avec lui, mais ça n'a pas été clair au début pour la lectrice que je suis. Je me demandais qui parlait et avec quelle autorité. Et vraiment, ce n'est pas évident.

D'abord, on "perd" les 20 premières pages à attendre que les deux protagonistes parviennent à communiquer. Bon, ça a peut-être été long et pas simple, pour des raisons de géographie ou d'emploi du temps, mais moi, ça, ça ne m'intéresse pas du tout. Tout ça pour finalement communiquer par des moyens virtuels ! Je n'ai absolument pas compris ce démarrage, ni les deux pages en plein milieu pour nous raconter qu'il prend le train, ni les diverses digressions, les films qu'il regarde, les élections... On s'éparpille. Heureusement, tout de suite après, on passe à des choses plus captivantes comme la perception, l'aperception et la connaissance. Ça m'a un peu consolée. Et j'ai rencontré quelques notions nouvelles pour moi et très intéressantes, par exemple que l'irruption de l'informatique dans notre vie équivaut à une révolution de l'ordre de l'invention de l'écriture. Cette remarque m'a frappée par sa justesse et par tout ce qu'elle impliquait. Plus on avance dans le livre, plus c'est intéressant mais je n'ai jamais pu adhérer totalement au traitement. Je n'ai pas aimé le graphisme. T. Murat a poussé à l’extrême ce que je n'aime déjà pas trop dans ses BD habituelles. Il y a aussi des projections ici ou là de citations en latin sans aucun rapport avec ce qui est dit (pas compris le but de la manœuvre).

Tout ça pour finir par se laisser séduire par une IA de dessin... Je ne conteste pas leur charme, au contraire, mais faudrait savoir ce qu'on veut. Après presque 200 pages à critiquer l'IA, ça surprend. Surtout de la part d'un dessinateur.

Bref, cet album m'a intéressée mais ma position n'a pas changé. Pour moi, l'IA est, comme l'argent "un bon serviteur et un mauvais maître", mais saurons nous le maintenir à sa place ?


15 juillet 2026

Slava - T 2 & 3 - Les nouveaux Russes

& Un enfer pour un autre

de Pierre-Henry Gomont

*****

Après tout le bien que j'avais dit de cette trilogie russe et les cinq étoiles que je lui avais collées, vous deviez bien vous douter que la suite ne tarderait pas à arriver (encore a-t-elle été plusieurs fois reportée pour cause de Pavé à laisser passer). Eh bien je vous rassure tout de suite : je n'ai absolument pas été déçue par la suite. Attention, ne lisez pas la suite avant d'avoir fini le tome 1, je commence par un spoiler à son sujet.


Slava - Tome 2 -

978-2505119821

Toujours dans les années 90 en Russie. Nous avions laissé Lavrine pour mort... eh bien, il ne l'était pas. Il s'en était sorti, pas intégralement, comme vous verrez, mais sorti quand même et c'est le principal. Mais Slava et lui se sont maintenant perdus de vue. Slava, resté à la mine, coule des jours heureux avec Nina et a repris la peinture. Il a même trouvé son mentor.


Nina et Volodia s'occupent de faire tourner la mine et ce n'est pas facile quand deux requins lorgnent sur vous.

Les rebondissements et les sentiments forts sont toujours nombreux. Il y a des luttes, ouvertes ou sournoises (les deux tuent)... Il y a des amis fidèles et des ennemis fort dangereux...

La/e lectrice/teur n'est pas volé/e et fonce sur le tome 3.


Slava - Tome 3 -

978-2505126324

Ce dernier tome prend une profondeur humaine plus grave. Le drame se profile derrière tous les succès qui pourtant s'affichent. Ceux qui savent regarder comprendront peu à peu les mobiles secrets de Lavrine qui confirme l'intelligence et le courage qu'il a toujours manifestés. Un peu moins clownesque et un peu plus poignant que les tomes précédents (et même carrément plus car plusieurs catastrophes surviendront), ce tome 3 tient son lecteur jusqu'au bout pour un final de toute beauté ! Ne sautez pas une ligne jusqu'à la fin de la dernière page.

Cinq étoiles confirmées sur les trois albums et je vais aller regarder ce que la bibliothèque a d'autre de Pierre-Henry Gomont .




07 juillet 2026

 French Theory: Itinéraires d'une pensée rebelle

de François Cusset

Illustrations : Thomas Daquin

****

9782413082927

Depuis quelque temps, je m'intéresse à la collection La Decouverte Delcourt qui nous propose des bandes dessinées de plus de 200 pages, traitant de façon très sérieuse et documentée, des sujets qui correspondent tout à fait à mes centres d’intérêt. D’eux, j'avais déjà lu "La Distinction - librement inspiré du livre de Pierre Bourdieu" par Tiphaine Rivière et je viens seulement de repérer que ma bibliothèque avait plusieurs titres de cette collection. Vous pouvez donc vous attendre à me voir revenir avec d'autres chroniques. Les thèmes dépendront de ce qui est mis à ma disposition, tout m'intéresse. J'apprécie beaucoup cette technique de faire porter des documentaires sérieux et précis par une bande dessinée, ce qui permet à ces ouvrages de ne plus être du tout austères, tout en gardant leur côté informatif de qualité. Bien sûr, il n'y a pas autant de renseignements que dans un ouvrages de deux ou trois cents pages, mais, cela permet au moins d'avoir un vernis de connaissances sur le sujet. On peut toujours approfondir après si on le désire, au moins, on sait vers quoi se tourner.

D'après ce que je vois, ces ouvrages sont toujours rédigés par de vrais spécialistes reconnus de la question traitée. Qui saurait mieux qu'eux tirer les idées maîtresses, les formules chocs, les événements significatifs et les confier au dessinateur pour qu'il leur donne vie ? Certains de ces ouvrages s'adressent aux étudiants et tous aux éternels étudiants de la vie dont je fais partie, toujours près et curieux d'apprendre, quelque soit leur âge. Pour eux, ces albums sont une mine d'or. Je suis tellement enthousiaste que je pense qu'il est temps de préciser que je n'ai aucun lien commercial ou non-commercial avec cette collection ou maison d'édition. Même pas le moindre spécimen, mais ça, s'ils désirent y remédier, c'est quand ils veulent. :-)

Bref, revenons à notre album consacré à la French theory. Comme je trouve que la présentation du titre par l'éditeur sur les sites de vente est nulle, bête tentative d'être accrocheuse (ah zut ! C'est foutu pour le spécimen! Bon, tant pis, continuons), je vais plutôt recopier ce qui est vraiment au dos de l'album, ça vous situera l'ouvrage :

"C'est l'histoire folle de quelques philosophes français de la fin du XX~e siècle (Michel Foucault, Jacques Derrida, Gilles Deleuze, Felix Gattari, Jean Baudrillard...) dont l'Amérique a adopté les textes, les idées et l'insolence. Avec eux, elle a inventé des gestes politiques, une boite à outils critique, une pensée de la minorité pour les minorités qui débouche aujourd'hui sur ce "virus" woke dont les réactionnaires du monde entier veulent nous guérir. C'est l'histoire de substances philo-actives puissantes qui font tourner les tetes, qui ont permis de voir le monde autrement et qui, aujourd'hui, nous aident à comprendre le dernier demi-siècle et à mieux résister à l'obscurantisme. Véritable kit de déconstruction, cet essai graphique raconte l'histoire de ces penseurs et penseuses et de leurs drôles de concepts."

Vous l'avez compris : Il faut aller lire ça !

Et plutôt deux fois qu'une. Je dis ça parce que, ayant tourné la dernière page, j'ai réalisé qu'il y avait tellement de renseignements et d'idées dans cet album qu'il ne serait pas mauvais que je le relise entièrement pour m'assurer que je n'avais rien raté. Ce que j'ai fait.


PS : Oui, moi aussi, le nom du dessinateur m'a troublée :-D


13 juin 2026

Résistances queer   

d' Antoine Idier

Dessins : Philippe Pochep

*****

978-2413048596

J'ai pris cet album tout d'abord parce que j'aime bien cette collection "Découvertes - Delcourt" qui m'apporte un vernis de connaissances dans des domaines variés, et ensuite parce que je m’emmêle un peu dans les lettres du célèbre acronyme et parce je ne refuserais pas une définition claire du mot "queer". Mais évidemment, ce qui est complexe n'est pas simple, alors pour la définition simple... enfin bref.

Si le titre fait penser à l'histoire la plus récente des mouvements LGBTQI+, c'est bien l’historique complet du mouvement de manifestation, puis de revendication, qui est examiné en détail, depuis ses débuts et pas seulement la dernière période. Mais je comprends bien que l'éditeur préfère "Résistances Queer" qui accroche le chaland simple curieux à "Histoire des mouvements revendicatifs homosexuels". Ceci étant dit, l'album (144 pages) est agréable à lire et plein d'enseignement. Les dessins de Pochep sont plaisants, vifs et naturels. Pour donner vie à l'évocation des faits dans leur chronologie qui aurait pu être rébarbative, il a mis en scène trois personnages principaux (et un chat, qui fait un peu office de bâton de parole ou de boule antistress). Les personnages sont deux jeunes gays qui viennent de se rencontrer dans le quartier du Marais grâce à une appli de rencontres homo et un homosexuel vieillissant qui va croiser leur chemin et qui va entreprendre de leur raconter toute l'histoire du mouvement homosexuel. Il les invite chez lui (en échange, ils lui montent ses paquets) et entreprend de leur raconter toute l'histoire, un verre à la main, et même plusieurs. C'est un spécialiste, il a même monté un musée des mouvements homosexuels Et tout de suite, il est question de mots. Nommer, c'est faire exister mais c'est aussi cerner. Ce qui n'a pas de nom n'existe pas vraiment, on ne peut pas réfléchir dessus, mais ce qui en a un est défini par ses limites. Il y a ce qui est lui, "lesbienne" par exemple et ce qui ne l'est pas. Mais une fois qu'on a ouvert le cadenas des conduites normées, et invité chacun a suivre sa pente la plus naturelle, ça part dans tous les sens. Et chaque orientation différente a de même besoin d'un nom pour exister et est limité à ce que désigne exactement ce nom. Et ce, dans le meilleur des cas. Je veux dire, si ne s'y accole aucune hiérarchie ou jugement de valeur, comme aiment à en établir les "sachants", médecins, psy, etc.


Ce qui explique que l'acronyme ait accumulé les lettres Lesbiennes, Gay, Bi, Trans, Queer, Intersexe et finalement + pour indiquer que la liste n'est pas close. Queer, finalement, si j'ai bien compris, désigne toute personne non hétéro. Les mots sont importants, mais une fois la chose bien établie, on peut être moins pointilleux, surtout que les frontières sont poreuses.

Donc : "+", parce que sinon :


N'oublions pas que ce n'est qu'en 1982 (il y a moins de 50 ans!), avec R. Badinter, qu'est passée la loi dépénalisant l'homosexualité.

Bilan : un album bien fait, et très instructif, que je conseille à tous, hétéros ou non.

PS : un titre emblématique du mouvement gay est évoqué : "You make me feel mighty real" J'aime l’interprétation de Jimmy Somerville.

PPS : Et il y a des clins d'œil, aussi: Qui je vois à la manif??? 


   




09 juin 2026

Slava - T1 - Après la chute

de Pierre-Henry Gomont

*****


978-2505115250

Premier tome d’une trilogie qui a pour cadre, et parle de la Russie post soviétique. Nous sommes dans les années 90, les années Eltsine. Le gros gâteau a été mis sur la table et les rapaces ont sauté dessus. Les plus forts, les plus rapides, les mieux organisés se sont taillé la part du lion mais il reste encore des miettes et la lutte des appétits continue. Les non-rapaces assistent à la curée impuissants et tentent de préserver quelque chose pour eux… C’est le règne du système D.

Nous faisons connaissance de Slava, un homme jeune, un artiste peintre qui se cherche. Il a connu le succès, mais il avait un goût amer. Il cherche autre chose, alors il a tout arreté et il « zone » et fait des magouilles avec un ami d’enfance retrouvé, Lavrine. Lavrine, lui, c’est tout le contraire, il n’a rien d’un artiste, mais le sens des affaires, par contre, il l’a. Il l’a toujours eu, même enfant, et maintenant, on peut dire que la période s’y prête. La corruption et la voracité règnent en maîtresses. Il a des connaissances dans les nouveaux milieux huppés et écume tous les lieux susceptibles de contenir des objet d’art, les pille, et vend au plus offrant. Il a embauché Slava. Ils sillonnent le pays, qui est loin d’être vraiment sûr, et ça se passe parfois bien et facilement, et d’autres fois… beaucoup moins. Çà sera le cas pour le pillage d’aujourd’hui qui avait pourtant toutes les apparences d’un coup en or. Oui, je sais, c’est souvent comme ça.

Pendant ce temps, tout est à vendre dans le pays, et pour pas cher. Si vous voulez savoir comment ça marche (parce que ça a aussi servi ailleurs), c'est parfaitement expliqué en moins d'une page, tant il est vrai qu'un petit dessin vaut mieux qu'un long discours.


Quand le chemin de nos deux pieds nickelés croise celui des mineurs qui viennent d'apprendre qu'ils vont se retrouver sans ressources parce qu'ils ont perdu leur mine au petit jeu décrit plus haut,, l'histoire va prendre une autre tournure.

Cette BD, entièrement faite par Pierre-Henry Gomont, est une vraie réussite. A la fois passionnante par ses rebondissements, amusante par ses personnages hauts en couleur, nombreux et remarquables, et instructive par tout ce qu’elle nous montre de l’intérieur. C’est fascinant. Toutes les aventures (et mésaventures) sont possibles. Comme dit l’auteur « libérée du joug communiste, la Russie est livrée en pâture au capitalisme le plus sauvage ; l’idéal égalitaire n’est remplacé par rien. »

Cependant, le métier de hyène n’est pas sans danger, d’autant que, comme on pouvait sans douter, Lavrine, s’il ne manque ni d’audace, ni de courage, ne joue pas souvent franc jeu… certains n'apprécient pas.

Allez-y, c’est un conseil, moi, je saute sur les tomes 2 et 3.



19 mai 2026

La jeune femme et la mer 

 de Catherine Meurisse

****

978-2205089691

Inspiré d'éléments autobiographiques, voici un beau conte philosophique qui intéressera aussi bien les ados que les adultes. La dessinatrice de l'histoire, se rend au Japon dans une résidence d'artistes. Son idée est de s'imprégner de la nature et si possible de l'esprit nippon, mais ce dernier point est difficile, d'autant que bien sûr, elle ne parle pas la langue. Elle est dans un village typique, en bord de mer. Le paysage est à couper le souffle.

Dès le premier jour, la voilà qui se lance à la découverte des environs, son carnet de croquis à la main. Elle arpente monts et chemins, regarde tout et marche sans fin. C'est une randonneuse infatigable. Elle marche, mais ne dessine pas. Partout, elle compare les paysages à ceux de sa campagne natale. C'est permanent. Sans doute, le faisons-nous tous. Elle rencontre également quelques personnes et personnages car voilà que bientôt ; les frontières du réel se fondent un peu et deviennent poreuses aux fantasmes. L'onirisme s'invite. Certaines de ces rencontres sont bien réelles, et d'autres bien imaginaires, mais pour d'autres encore, il est difficile voire impossible de trancher. Existe-t-il, ce peintre qui veut peintre UNE femme, mais ne produit que des haïkus? Existe-t-elle Nami, cette étrange aubergiste qui parle à la mer et envoie ses maris de passage réparer le monde?

Parmi les rencontres fantasmées : le tanuki (il a fallu que j'aille voir sur Wikipédia à quoi au juste, j'avais affaire). Tanuki philosophe, guide touristique et conseiller artistique, malheureuse victime de l'exploitation de sa fourrure, mais ça, on n'en parle pas. Peut-être, l'auteure l'ignorait-elle... Pour l'heure, il lui offre volontairement un pinceau de luxe.



 Elle apprendra aussi que les occidentaux ne peuvent pas vraiment comprendre ou produire des haïkus, ce dont elle ne se soucie guère, car ce qu'elle veut, c'est peindre... et peu à peu... on y vient, en croisant au passage d'autres peintres, plus célèbres, japonais ou non.

Bel album intelligent et poétique. Je vais en chercher et lire d'autres de cette autrice.


PS : cette case m'a permis de mieux comprendre un roman de Kazuo Ishiguro. 


***

Le Lectures sans frontières l'a lu aussi. 




07 mai 2026

Demain les chats

de Bernard Werber

Adaptation & dialogues POG

Dessins Naïs Quin 

****


978-2226449306

Clifford Simak avait écrit "Demain les chiens", Bernard Werber s'est chargé de "Demain les chats" . Si "Demain les poissons rouges" vous tente, allez-y, je crois que le titre est encore libre.

Nous avons ici la version BD du roman de Bernard Werber et j'ai aimé les dessins beaux et sans mièvrerie de Naïs Quin. J'avais beaucoup lu Werber à ses débuts, "les fourmis" etc. Puis je m'en suis détournée pour cause de réincarnations... Ce sont donc des retrouvailles par adaptation interposée pour ce tome 1 de la trilogie des chats. Je souligne à cette occasion que l'éditeur s'est bien gardé d'indiquer sur l'album que c'est le premier volume d'une trilogie. Les lecteurs qui le prennent en pensant avoir un récit complet doivent être nombreux. Je trouve cela un peu malhonnête. Juste mon avis.

Bernard Werber a toujours marqué un grand intérêt pour les animaux, aussi cette trilogie axée sur les chats et les rats, ne doit-elle pas surprendre. C'est un conte apocalyptique. Au début, les chats vivent encore chez les humains. Bastet, (en couverture) vit chez sa servante Nathalie et découvre bientôt un étrange voisin en la personne de Pythagore, qui vit avec Sophie, chercheuse dans le laboratoire d'où il vient et qui lui a greffé un port usb dans le crâne (merci Sophie).

A l’extérieur, la guerre civile fait rage, les libertés sont écrasées. La violence et les famines sont tellement répandues que la population diminue. Les rats profitent du chaos général pour croître et se multiplier, et voilà qu'un jour, la peste dont ils sont les vecteurs s'abat sur les humains dont on peut même craindre l’extinction. Pythagore convainc Bastet qu'il faut conserver les humains car ils leur sont très utiles et qu'il faut combattre les rats. Ils décident de regrouper les chats et d'entreprendre le combat.


Cycle des chats

Demain les chats

Sa Majesté des chats

La Planète des chats





29 avril 2026

  La vie en rose

l'obsessionnelle poursuite du bonheur

de Florence Cestac 

****

978-2205045901

Pas toute jeune, cette BD, je ne sais pas si elle parle autant aux jeunes femmes d'aujourd'hui (j'aimerais qu'elles me le disent), mais elle nous parle bien à nous, les babyboumeuses. On croit toujours vivre une vie unique et puis, avec le recul, on  discute avec le/la voisin/e et on ne peut que constater la répétitions à quelques variantes, près des mêmes grands types d'histoires. C'est comme ça qu'on apprend l'humilité, mais aussi que l'on a l'assurance de sa légitimité. Bref, comme le dit le titre, le mot d'ordre de l'Européen moderne, c'est "recherche du bonheur". Ceci posé, on fait ce qu'on peut et on se débrouille avec ce qu'on a, et voici ce qu'on avait, nous, à cette époque.

La bande dessinée reprend la vie de la narratrice depuis sa naissance, et même un peu avant, in utero. La petite enfance, l’enfance, l'adolescence, différents débuts d'adulte, et la suite. Ça commence gentillet, pas forcément passionnant, mais ça devient vite plus amusant dès qu'on arrive à l'âge adulte et l'humour bien connu de Florence Cestac, trouve à s'exercer. C'était l'époque où on venait de découvrir la pilule, mais encore fallait-il se la procurer et je peux vous dire que ce n'était pas une mince affaire. Ces messieurs les médecins n'était guère disposés à lâcher leur pouvoir sur la vie des femmes... mais si (ou quand) on finissait par l’avoir... Le monde changeait de face. Ça a été la génération libérée, et puis, est venu le monde des adultes, qui nous a rattrapés, mais dont on peut bien rire aussi. Les expériences, le mariage, la maternité, etc. etc.

J'ai passé un bon moment avec ces moments choisis croqués avec esprit. Souvenirs, souvenirs... en souriant tout le temps et parfois en riant. En me disant "Ah oui, c'était comme ça!", car les petites cases de Florence Cestac touchent très juste et la plupart d'entre nous s'y reverront. Les plus jeunes reconsidèreront peut-être leurs grands-mères...




17 avril 2026

Mamie n’a plus toute sa tête

de Romain Dutreix

***+

978-2205204490

Le titre est un peu trompeur dans la mesure où il laisse supposer qu’il lui en reste une grande partie, ce qui est faux car les rares fois où elle agit normalement, c’est quand elle simule l’orthodoxie pour obéir à ses fantasmes qui le lui conseillent. En clair, même dans ces moments là, elle est givrée ; et en plus, elle n’a plus aucune mémoire et oublie ce qu’elle a fait aussitôt qu’elle a tourné les talons. Elle est persuadée d’être encore pendant la guerre, dans la résistance. Elle occit impitoyablement tous ceux qui se présentent chez elle, croyant que ce sont des nazis qui l’ont démasquée.

Son petit fils se trouve être le dessinateur Dutreix (l’auteur qui ne craint pas de se montrer dans ce rôle suspect) et, en petit fils attentionné, il lui rend régulièrement visite. À chaque fois qu’il tombe sur un corps, il le fait disparaître pour que sa mamie bien aimée n’ait pas d’ennuis. À part ça, les meurtres de tous ces pauvres gens ne semblent pas le troubler particulièrement. Il doit tenir de sa grand-mère par certains côtés. Faudra faire attention quand il sera vieux.

(Pour info, le bonhomme à droite est son mari, mort depuis presque 40 ans)

Mais à la fin, ça fait tout de même un certain nombre de disparus et la police enquête un peu plus sérieusement malgré une incompétence non négligeable. Mamie va-t-elle se faire serrer ou pourra-t-elle continuer paisiblement a se livrer à ses errances sanglantes (parce que ça se fait quand même à la hache. Faut avoir le cœur bien accroché) ? Et son petit fils complice? Tout cela pourrait bien lui coûter cher…

Pour tout arranger, sa femme, qui commence à trouver que tout ce temps passé « chez sa grand-mère » devient vraiment louche, a engagé un détective privé pour tirer les choses au clair. Vous imaginez sans peine qu'un détective à ses basques ne va pas arranger Dutreix qui pour l'instant, ne se doute de rien. D'autant qu'au passage et sans le savoir, il a contrarié un autre serial killer, moins familial celui-là....

Le dessin est très bon, l’histoire est rigolote mais je n’ai pas eu l’impression que ça dépassait le stade de la blague potache, à moins que quelque pensée particulièrement profonde ne m’ait échappé (vous allez avoir du mal à le croire, mais ça m’arrive). Bref, mauvaise surprise, je découvre à la dernière case que ce n’est pas un one shot et qu’il y a une suite (deux même, renseignement pris)… oui, mais non. C'est bien mais je vais me résigner à ne jamais savoir la fin.