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29 avril 2026

  La vie en rose

l'obsessionnelle poursuite du bonheur

de Florence Cestac 

****

978-2205045901

Pas toute jeune, cette BD, je ne sais pas si elle parle autant aux jeunes femmes d'aujourd'hui (j'aimerais qu'elles me le disent), mais elle nous parle bien à nous, les babyboumeuses. On croit toujours vivre une vie unique et puis, avec le recul, on  discute avec le/la voisin/e et on ne peut que constater la répétitions à quelques variantes, près des mêmes grands types d'histoires. C'est comme ça qu'on apprend l'humilité, mais aussi que l'on a l'assurance de sa légitimité. Bref, comme le dit le titre, le mot d'ordre de l'Européen moderne, c'est "recherche du bonheur". Ceci posé, on fait ce qu'on peut et on se débrouille avec ce qu'on a, et voici ce qu'on avait, nous, à cette époque.

La bande dessinée reprend la vie de la narratrice depuis sa naissance, et même un peu avant, in utero. La petite enfance, l’enfance, l'adolescence, différents débuts d'adulte, et la suite. Ça commence gentillet, pas forcément passionnant, mais ça devient vite plus amusant dès qu'on arrive à l'âge adulte et l'humour bien connu de Florence Cestac, trouve à s'exercer. C'était l'époque où on venait de découvrir la pilule, mais encore fallait-il se la procurer et je peux vous dire que ce n'était pas une mince affaire. Ces messieurs les médecins n'était guère disposés à lâcher leur pouvoir sur la vie des femmes... mais si (ou quand) on finissait par l’avoir... Le monde changeait de face. Ça a été la génération libérée, et puis, est venu le monde des adultes, qui nous a rattrapés, mais dont on peut bien rire aussi. Les expériences, le mariage, la maternité, etc. etc.

J'ai passé un bon moment avec ces moments choisis croqués avec esprit. Souvenirs, souvenirs... en souriant tout le temps et parfois en riant. En me disant "Ah oui, c'était comme ça!", car les petites cases de Florence Cestac touchent très juste et la plupart d'entre nous s'y reverront. Les plus jeunes reconsidèreront peut-être leurs grands-mères...

17 avril 2026

Mamie n’a plus toute sa tête

de Romain Dutreix

***+

978-2205204490

Le titre est un peu trompeur dans la mesure où il laisse supposer qu’il lui en reste une grande partie, ce qui est faux car les rares fois où elle agit normalement, c’est quand elle simule l’orthodoxie pour obéir à ses fantasmes qui le lui conseillent. En clair, même dans ces moments là, elle est givrée ; et en plus, elle n’a plus aucune mémoire et oublie ce qu’elle a fait aussitôt qu’elle a tourné les talons. Elle est persuadée d’être encore pendant la guerre, dans la résistance. Elle occit impitoyablement tous ceux qui se présentent chez elle, croyant que ce sont des nazis qui l’ont démasquée.

Son petit fils se trouve être le dessinateur Dutreix (l’auteur qui ne craint pas de se montrer dans ce rôle suspect) et, en petit fils attentionné, il lui rend régulièrement visite. À chaque fois qu’il tombe sur un corps, il le fait disparaître pour que sa mamie bien aimée n’ait pas d’ennuis. À part ça, les meurtres de tous ces pauvres gens ne semblent pas le troubler particulièrement. Il doit tenir de sa grand-mère par certains côtés. Faudra faire attention quand il sera vieux.

(Pour info, le bonhomme à droite est son mari, mort depuis presque 40 ans)

Mais à la fin, ça fait tout de même un certain nombre de disparus et la police enquête un peu plus sérieusement malgré une incompétence non négligeable. Mamie va-t-elle se faire serrer ou pourra-t-elle continuer paisiblement a se livrer à ses errances sanglantes (parce que ça se fait quand même à la hache. Faut avoir le cœur bien accroché) ? Et son petit fils complice? Tout cela pourrait bien lui coûter cher…

Pour tout arranger, sa femme, qui commence à trouver que tout ce temps passé « chez sa grand-mère » devient vraiment louche, a engagé un détective privé pour tirer les choses au clair. Vous imaginez sans peine qu'un détective à ses basques ne va pas arranger Dutreix qui pour l'instant, ne se doute de rien. D'autant qu'au passage et sans le savoir, il a contrarié un autre serial killer, moins familial celui-là....

Le dessin est très bon, l’histoire est rigolote mais je n’ai pas eu l’impression que ça dépassait le stade de la blague potache, à moins que quelque pensée particulièrement profonde ne m’ait échappé (vous allez avoir du mal à le croire, mais ça m’arrive). Bref, mauvaise surprise, je découvre à la dernière case que ce n’est pas un one shot et qu’il y a une suite (deux même, renseignement pris)… oui, mais non. C'est bien mais je vais me résigner à ne jamais savoir la fin.


05 avril 2026

Il y a longtemps que je t'aime

de Marie Spénale

****

978-2203276505

Quand Marie Spénale dessinait "Heidi au printemps" ou "Wonder Pony", elle ne s’adressait clairement pas au public visé par ce roman graphique pour les grands. Je préfère prévenir les parents distraits. La contrepartie étant qu’autant "Heidi au printemps" et "Wonder Pony" ne m’intéressaient pas, autant celui-ci, oui.

Que dit l'éditeur ?

"Partie en croisière avec Alain, son mari de longue date, Annie se réveille sur une île déserte après un violent naufrage. Malgré ses peurs, elle survit comme elle peut, seule dans la nature. Face à elle-même, elle commence à questionner le rôle qu'elle s'est assigné dans sa propre vie, et celui qu'elle a laissé son mari jouer. Qui est-elle vraiment, de quoi a-t-elle vraiment envie ? La rencontre inattendue avec un indigène, loin des conventions sociales, va accentuer sa découverte d'elle-même et lui permettre de réinventer son désir."

Ce qui n'est pas assez souligné, je trouve dans cette présentation, c’est qu’Annie commence à être âgée et cela a de l’importance pour la sagacité du regard qu’elle porte sur sa vie sentimentale et sexuelle et pour le type de questions qu'elle se pose. Son âge n’est d’ailleurs pas clair dès le début, la femme qui fait naufrage a les cheveux bruns et les traits peu marqués, au fil des mois de sa vie de naufragée, cheveux blancs et rides du naturel reprendront leurs droits. Et peu à peu, on passe d’un être d’apparence, conditionné par son milieu social à un être bien obligé d’être naturel et à qui cela permettra de faire le tri et découvrir ce qu’elle est et pense vraiment.

Au départ, Annie est bien désemparée sans son mari pour lui dire quoi faire et prendre les décisions, mais il a bien fallu qu’elle cesse de compter sur quelqu’un d’autre et qu’elle se débrouille. Trouver de l’eau, de la nourriture, construire un abri. Le séjour dure… et voilà qu’elle découvre un jour qu’il y a un autre habitant dans l’île, un homme jeune, aussi seul qu’elle mais qui semble consacrer tout son temps à jouir du soleil, des fruits délicieux et du farniente. Ils se rencontrent, se découvrent… et plus.

Tout ce long épisode de robinsonnade est pour Annie, une période de profonde réflexion sur son couple, ses relations de dépendance et de domination avec son mari, sa propre responsabilité dans cet état de choses et les appétits muselés de son corps et de son cœur. Réflexions plus profondes et intéressantes que ne le laisse craindre la sommaire quatrième de couverture (pour info Goldman a bien mieux parlé sur le sujet). Même si Annie ne se voit peut-être pas tout à fait elle-même ; mais c’est souvent le cas.

Un album très intéressant en tout cas.

Avec tout ça je ne vous ai pas parlé du graphisme vraiment travaillé et qui emporte l'adhésion à certains moments et moins à d'autres. Je n'ai pas parlé non plus du peps de la gamme fluo choisie, mais il y est aussi, et ce n’est pas rien.




28 mars 2026

Bug

d’Enki Bilal

*****

978-2203105782

Bande dessinée de science-fiction.

Vous connaissez Bilal, les dessins sont de vraies œuvres d’art. Reconnaissables au premier coup d’œil, ils sont au-dessus de toute critique et rien n’est plus satisfaisant que de plonger dans son univers graphique. C’est comme cela que mon regard, puis ma main ont été accrochés par cet album. Je n’ai pas été déçue.

Quand Gemma et sa mère se réveillent, c’est pour constater que leurs divers appareils ne se connectent pas. Elles parviennent à capter un canal hertzien de télévision pour apprendre que le problème est mondial. Sans aucune explication et en un instant, tout le contenu de la toile numérique mondiale a disparu. Or, le monde est arrivé à un stade (pas si lointain) où absolument tout fonctionne au moins partiellement avec l’informatique. Résultat, de la plus simple à la plus sophistiquée, plus aucune machine ne fonctionne. Et comme il y a longtemps que l’on a cessé de noter quoi que ce soit sur papier ou de le mémoriser. Même les numéros de téléphone de nos proches nous sont inconnus, enregistrés qu’ils sont dans nos smartphones. Notre force actuelle est aussi notre talon d’Achille. Beaucoup mènent une vie tout à fait normale grâce à des implants médicaux informatisés qui vont soudain cesser de fonctionner. Au fil des ans, tous ont désappris l'orthographe, à rédiger, à compter, à s'orienter, à mémoriser quoi que ce soit. Toutes les données, tous les liens, toutes les archives et informations ont disparu, quant aux sauvegardes, s’il y en avait, elles étaient numériques aussi, donc : il n’y en a plus.

Quand cette brutale et incompréhensible catastrophe arrive, il y a même des stations et fusées dans l’espace et si nous nous sommes intéressés à Gemma, c’est qu’elle est la fille de Kameron Obb et que ledit Obb est le seul survivant retrouvé dans une station en orbite et qu’il ne sait pas ce qui s’est passé, mais on découvre avec stupeur qu’il dispose en lui, d’absolument toutes les connaissances disparues. Il a sur le visage, une inexplicable tache bleue. Il a également en lui un minuscule corps étranger, pour l'instant sous sa 3ème vertèbre cervicale, mais susceptible de se déplacer...

Il est devenu l’homme le plus précieux du monde.

Et la puissance qui disposera de lui, qu’elle soit actuellement petite ou grande, gouvernera le monde. Évidemment, c’est la ruée, sur lui et sur ses proches qui seraient des moyens de pression. Obb lui-même en a parfaitement conscience et à la première occasion sitôt sur terre, efficacement aidé par ses nouveaux pouvoirs, il disparaît.

Moi qui me plains souvent du manque d’imagination des auteurs ou du manque d’ampleur de ladite imagination, je suis comblée avec Bilal. Mais quelle idée géniale ! Un tel point de départ, à la fois si proche de nos quotidiens et des éventualités réelles, et si vaste par ses implications les plus imprévues ! J’en attends le meilleur. Mais attendre, hélas, est le mot qui blesse car, je n’ai emprunté que le premier tome à la bibli (je ne savais même pas que c’était une série) et, pire encore, le cinquième et dernier tome n’est pas encore publié !!! Même pas de date indiquée. Donc, j’ai beau être pleinement convaincue par ce tome 1, je ne vais pas lire pour le moment les T 2-3 et 4, je vais attendre que tout soit là pour me lancer. Néanmoins, ayant été mise en appétit, je n’exclus pas de dévorer une autre série (complète celle-là) de Bilal en attendant.

24 mars 2026

Une éducation orientale

de Charles Berberian

****

978-2203273610

Sans doute plutôt moyen-orientale. 

Comme nous prévient la quatrième de couverture, "Il n'est sans doute pas facile de se définir lorsqu'on est né à Bagdad d'une mère d'origine grecque et d'un père arménien, et qu'on a grandi à Beyrouth jusqu'à l'âge de 10 ans, juste avant que n'éclate la guerre civile au Liban."

En effet, aussi, plutôt que de se définir, Charles Berberian a-t-il choisi de se raconter.

Paris, le confinement, il est dessinateur et il travaille sur l’illustration d’un livre. Le confinement lui donne beaucoup de temps pour travailler tranquillement mais fait également remonter des souvenirs d’enfance, d’autres confinements, quand enfant, à Beyrouth, les débuts chaotiques de la guerre civile obligeaient toute la famille à se réfugier dans un couloir au centre de l’appartement et à ne pas en bouger.

Il nous raconte ainsi sa vie dans une famille aisée et unie mais constamment bouleversée par la situation instable et inflammable du pays. Il s’est toujours vu comme un dessinateur et sa vocation n’a pas été contrecarrée mais autour de lui, c’est le chaos, l’incertitude et les déménagement incessants.


Le récit n’est pas linéaire mais fait des bonds au fil des souvenirs des années 70, 2005 et actuellement, avec des comparaisons. C’est un témoignage. Nous pouvons essayer de comprendre la complexe évolution politique de la région à travers cette histoire mais le focus est plutôt familial.

J’ai aimé les portraits affectueux de sa grand-mère chez qui il a vécu six ans de son enfance (guerre oblige) et de son grand frère Alain Berberian qui deviendra lui, réalisateur et scénariste, et la façon qu’a cette famille de s’adapter à tout sans perdre son temps à se plaindre ou à haïr.

Du point de vue graphique, ce que j’ai adoré, c’est que, loin de chercher l’homogénéité, l’auteur a, au fil de son inspiration, utilisé un tas de techniques graphiques différentes. Cela donne une belle liberté d’expression. Vraiment, j’ai apprécié ça.

27 janvier 2026

Il était une fois l'Amérique

Une histoire de la littérature américaine

Tome 1 Le XIXè siècle

de Catherine Mory

Dessins Jean-Baptiste Hostache

*****

979-1037511096

Après un court prologue rappelant la situation historique de l’Amérique du Nord en ce début de 19ème siècle, nous entamons les biographies de 10 écrivains qui ont posé le socle de sa littérature. Ils sont présentés par ordre chronologique et à chaque fois, leur chef-d’œuvre est résumé, ce qui permet non seulement d’en savoir beaucoup sur ces auteurs mais aussi, d’avoir une petite idée de ce qu’ils ont écrit et de l’héritage fictionnel qu’ils ont laissé. Je pense qu’il y en a plusieurs parmi vous qui désirent savoir qui sont les écrivains présentés et, cela me semble d’autant plus légitime que je n’ai pas moi-même pu en trouver la liste exacte sur le net. A chaque fois, des noms sont cités, mais pas tous. C’est frustrant ! Alors, voilà :

James Fenimore Cooper (Le dernier des Mohicans et le génocide indien)

Nathaniel Hawthorne (les sorcières de Salem)

Edgar Allan Poe (l’invention du roman policier)

Henry David Thoreau (l’invention du nature writing et la lutte anti esclavagiste)

Walt Whitman (la naissance de la poésie et la Guerre de Secession)

Herman Melville (Moby-Dick et la conquête des océans)

Emily Dickinson (le puritanisme)

Mark Twain (l’humour de l’ouest)

Henri James (la confrontation entre l’ancien et le nouveau monde)

Jack London (la ruée vers l’or)

Comme vous le voyez, n’ont été retenus que des auteurs ayant produit toute une œuvre de haute tenue et non seulement un titre marquant. Une seule femme. On appelle ça le plafond de verre, mais il est bon de préciser que c'est du verre blindé.

Chaque chapitre est suivi d’un arbre "généalogique" indiquant ceux que l’on a pu par la suite estimer comme ayant été notablement influencés par l’écrivain présenté. Par exemple :

En arrière plan, au fil de ces biographies, nous découvrons une Amérique du Nord qui se dessine peu à peu et se précise. On la voit évoluer au fil du temps, s’étendre, se bâtir, s’urbaniser… non sans heurts et cahots. Le génocide indien, les guerres d’indépendance, la guerre de Sécession, c'est un monde violent qui a versé beaucoup de sang.

J’ai été totalement convaincue par cet ouvrage extrêmement documenté, où tout est exact et où l’auteur a su choisir puisqu’il est bien sûr impossible de tout dire en 200 pages de BD. Ce travail de résumé et de choix a dû être très difficile, mais j’ai trouvé qu’il avait été plutôt réussi. Le plus important à savoir avait toujours été retenu et rien de majeur ne manquant.

C’est un album qui demande plusieurs heures de lecture mais que vous quitterez beaucoup moins ignorant des passionnants débuts de la littérature nord américaine. Recommandé pour tous ceux qui aiment apprendre, mais pas s'ennuyer. Il y a un tome 2 pour le 20ème siècle.

PS : Je m’engage à ne plus jamais utiliser "Amérique" ou "Américain" pour désigner l’Amérique du Nord et les nord-américains. J’y ai toujours répugné mais je le faisais parfois pour aller plus vite. Cependant, Orwell nous l’a assez répété, les mots ont un sens et c’était une erreur et elle a un prix.


11 janvier 2026


Le démon de Mamie 

ou la sénescence enchantée

de Florence Cestac

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978-2205212280

Démarrage un peu difficile avec cette BD parce que je n’appréciais pas trop le dessin (les visages), les gros nez, tout ça… un graphisme que j’estimais « brutal ». C’était mon premier Cestac. Mais je me suis lancée quand même parce que le thème m’amusait, et puis le graphisme, je m’y suis faite et ce, d’autant plus facilement que je me retrouvais dans un humour qui me convenait tout à fait. Cet album m’a souvent fait rire et, chacun le sait, quand on rit, c’est qu’on est séduit. A la fin, j’aimais même bien les dessins. Les gros nez, on s’y habitue quand le scenario est bon. Comme quoi, on est souvent rebuté par ce qui est nouveau et une fois, familiarisé, on voit les charmes/avantages/ qualités (selon le contexte).

Cet album - dont je n’ai pas bien compris le titre (ça démarrait fort). Les démons, j'aurais compris, mais le démon... non.– illustre ce qu’est une vie de Mamie, depuis la naissance des merveilleux petits enfants, les méthodes de soin puis d’éducation différentes de celles qu’on pratiquait de son temps, le rôle de baby-sitter, les galères de la garde d’enfants, 

la retraite, l’âge merveilleux où on s’occupe à la fois des vieux parents et des jeunes petits-enfants, les loisirs et occupations, les copines, la mise à l’écart, le corps qui fout le camp, la santé aussi, les disparitions (relatives, des enfants ou définitives d’amis/es), les derniers coups de cœur, l’animal de compagnie, la maison de retraite… la fin. Tant d’occasions de rire, vous vous en doutez bien. Si, si.


Bien placée pour en juger, je peux vous dire que le regard de Florence Cestac tape juste et son humour touche exactement où ça grattouille. Il y a des scènes qu’on a vécues ou que des copines nous ont racontées. On s’y retrouve, c’est nous, ça ! Sacrées mamies ! Je crois que personne ne les comprend en dehors du groupe des mamies. Alors merci à l’auteure de nous rappeler qu’on n’est pas toute seule, il y en a toute une génération, des comme nous, et on ira jusqu’au bout ! Coûte que coûte, et le sourire aux lèvres. Merci Florence !




18 décembre 2025

Pino L'I.A. Émotionnelle

de Takashi Murakami

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978-2811674809

"Pino" est un manga et ordinairement je ne lis pas de manga. Je n’en lis pas en premier lieu parce que je n’apprécie pas la façon dont les mangakas dessinent. Cette fois, cependant, je me suis laissé tenter par le billet de Fanja car le thème m’intéressait beaucoup : Les IA peuvent-elles avoir des sentiments ? Vaste sujet. 

En ce qui concerne le graphisme, je n’ai d’ailleurs pas trop à me plaindre. Il est bien un peu figé sur les personnages (surtout ce pauvre M. Iwata) mais, quand on voit les décors, ceux-ci compensent. C’est également la première fois que je lis plus de 300 pages imprimées de droite à gauche, tant pour les pages que pour les lignes et on ne peut pas dire que j’aie apprécié. Quand on interroge sur ce point les fans européens de mangas, ils vous répondent doctement que c’est parce que les textes asiatiques se lisent dans ce sens mais c’est une blague. Pourquoi dans ce cas, imprimer les romans asiatiques ou arabes dans le sens européen de lecture ? Fanja m'explique que pour ce faire, il faudrait inverser les dessins, ce qui est gênant d'un point de vue artistique. 

Voici l’histoire : Dans une époque future, les laboratoires pharmaceutiques pratiquent encore l’expérimentation animale. Ils n’en ont pas vraiment besoin et cela ne leur apporte quasiment aucun avantage, mais "quasiment aucun" n’est pas zéro, et comme ils n’ont pas d’éthique, ils pratiquent. Pour résoudre un peu tous les problèmes qui pourraient se poser, ils les font gérer par un petit robot androïde qui, scellé dans un laboratoire isolé, reste dans sa bulle. Il est conçu pour faire naître, soigner et pratiquer des expériences sur les animaux. Choses qu’il fait parfaitement. Ces androïdes sont appelés PINO. On leur a donné une apparence proche de celle d’un enfant pour des raisons techniques et psychologiques. Un jour, la loi change et toute expérimentation animale est interdite, aussi le groupe pharmaceutique décide-t-il de détruire totalement son laboratoire. PINO est chargé de le faire.

...


Des années plus tard, des PINO sont encore utilisés. C’est la génération 3. Ils sont tout particulièrement dédiés à des tâches de soins aux humains, aux animaux ou aux plantes, mais d’autres peuvent par exemple faire du déminage ou de l’enseignement. Ils sont très efficaces. Nous allons suivre l’un de ces nouveaux PINO qui tient auprès d’une vieille dame sénile, le rôle du petit garçon qu’elle a perdu des décennies plus tôt et qu’elle croit voir en lui. Il est en fait son soignant et son auxiliaire de vie. Nous sommes dans un quartier particulièrement pauvre d’un monde très abîmé. Par ailleurs, nous faisons la connaissance de M. Iwata qui avait fait une enquête sur la destruction du labo pharmaceutique et était parvenu à la conclusion que les problèmes avaient été dus au fait que ce PINO 1ère génération avait éprouvé une émotion. Cette expertise réputée invraisemblable, lui avait immédiatement valu de perdre son emploi. Maintenant chômeur, il poursuit cependant ses recherches pour confirmer ou infirmer que les PINO peuvent éprouver des sentiments. C’est ce que ce manga nous raconte.


Comment tout cela finira-t-il ? Et surtout, quelle est exactement notre position vis-à-vis des I.A, émotionnelles ou non ? Que peuvent-ils pu ne peuvent-ils pas faire, être, apporter ? Sont-ils un plus ou un moins pour nous ? Nous, qui sommes à coup sûrs des êtres émotionnels, nous y attachons nous comme à un moulin à café ou comme à un être ? Vous savez, nous, les humains qui avons toujours donné des petits noms à nos voitures ?

Une phrase est à la mode en ce moment. Elle est du poète Pierre Reverdy : "Il n'y a pas d'amour, il n'y a que des preuves d'amour", mais alors, si un robot donnait des preuves d’amour, qu’en serait-il ?

Et d'abord, que sont exactement les sentiments ?

15 décembre 2025

 Rubrique-à-brac (5 volumes)

de Marcel Gotlib

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978-2205055726

Je fais partie des anciens enfants élevés avec un abonnement à Pilote ("Le journal qui s'amuse à réfléchir") J’étais fan absolue d’Achille Talon (mais de lui, je vous parlerai une autre fois), de "Cellulite" de Brétécher et des Dingodossiers, dessins Gotlib et textes Goscinny. Les Dingodossiers prétendaient étudier un sujet de façon scientifique en deux pages de ces petites cases pleines de phylactères que nous apprécions tant. L’humour (potache mais irrésistible) provenait, d’une part, du décalage entre le ton objectif et sérieux et la naïveté de l’observation, et, d’autre part, du décalage entre le texte et le dessin.

J’adorais ! Et je n’étais pas la seule, ça marchait bien, mais parallèlement, René Goscinny, avait lancé les aventures d’Astérix et le succès était encore plus énorme et fulgurant, si bien qu’il ne pouvait plus mener les deux opérations de front. A partir de 1968, Gotlib poursuit donc seul la grande tâche éducative et les Dingodossiers laissent la place aux Rubriques à Brac. Le principe reste le même ainsi que les personnages récurrents, et vogue la galère ! Repartie pour de nouvelles aventures hautement pédagogiques.


Mais parlons-en, des personnages récurrents. Chacun avait ses préférés, pour moi, Isaac Newton, qui ne quittait guère le pied de son pommier et sur la tête duquel tombaient les choses les plus incongrues, permettant chaque fois une découverte scientifique de première grandeur. Un autre personnage cher à mon cœur, le Processeur Burp, non pas pour son charme personnel discutable, mais parce qu'il était chargé des pages "sciences naturelles" qui me ravissaient littéralement . Des décennies plus tard, je me réfère encore à l’occasion à "la dure loi de la nature" dont les ravages navrants m’avaient beaucoup fait rire alors. (et encore maintenant, soyons honnête)

Il y avait aussi l'Enfant sauvage, Super-Dupont, l'Ecolier, Tarzan et le duo policier clairement inspiré de Maigret ou des Cinq dernières minutes, Bougret et Charolles et là, je remercie Wikipedia qui m’a appris depuis qu’ils étaient les caricatures respectives de Gébé et Gotlib. Les deux flics menaient des enquêtes totalement surréalistes mais dans lesquels on retrouvait "chaque fois deux suspects : Aristidès Othon Frédéric Wilfrid, caricature de Fred, et Blondeaux Georges Jacques Babylas, caricature de Goscinny, ce dernier se trouvant toujours être le coupable".


Dans le coin des cases, il y avait une petite coccinelle. Simple décoration amusante au départ, elle a beaucoup plu aux lecteurs (et sans doute aussi à l’auteur) si bien que son rôle est allé grandissant, elle portait sur les scènes qu’on nous montrait un regard critique et désabusé qu’elle a même fini par exprimer quand elle a été dotée de la parole.

La Rubrique-à-brac a survécu à Pilote et même aux autres mensuels de bande dessinée qui lui ont succédé. Certaines histoires prenaient trois ou quatre pages et il y a eu des planches en couleur. Elle a été éditée en albums, et il y en a eu cinq, pour les amateurs.

Maintenant, la Rubrique-à-brac est-elle accessible aux jeunes d’aujourd’hui ? Je le voudrais bien, mais je n’en sais rien. Je n’en suis pas sûre. C’est une forme d’humour qui échappe peut-être à leurs radars, il faudrait tester. Vous me direz...


16 novembre 2025

Canardo premières enquêtes

de Sokal

*****


978-2203335547

Vous allez me dire qu’en ce moment je fréquente beaucoup le peu recommandable Canardo, et vous aurez raison. C’est pourquoi j’ai pensé qu’il serait temps de mieux me renseigner sur le personnage et quoi de mieux pour ce faire que de découvrir ses débuts ? Rien. (c’était une question rhétorique) et voici donc ses premières enquêtes. Canardo officie dans les basse-cours et autres corps de ferme et c'est un personnage particulièrement peu recommandable, alcoolique, dangereux, vénal… mais cela ne l’empêche pas de gagner sa vie en résolvant (ou pas) quelques mystères dans un monde d’animaux anthropomorphes particulièrement glauque et violent.


Pour ses loisirs, il fréquente les bouges et c’est là qu’il rencontrera une certaine grue cendrée aux charmes de laquelle il ne restera pas indifférent… (c'est peu dire) et que nous retrouverons quelques albums plus tard dans "La marque de Raspoutine".



Il sera aussi confronté à un dangereux gang de rats. Donc, accrochez-vous, Canardo a commencé très fort. Dans cet album il a connu une passion amoureuse, il est passé devant les juges, il a tué plusieurs "personnes", il a lui-même "encaissé" plusieurs balles. Il s’est même marié et rangé des voitures, et puis aussi suicidé, non ?



Sacré Canardo ! Il nous avait déjà tout fait dès ces premières enquêtes, qu’a-t-il bien pu mettre dans tous les albums suivants ???

(Nouvelle question rhétorique)

Bref, c’est noir de chez noir, ambiance "Le chien debout", mais très nerveux, sans filtre, et ça part dans tous les sens. Le graphisme est déjà sublimissime. Quel maître, ce Sokal !

08 novembre 2025

Aristote

de Tassos Apostolidis

Dessins : Alecos Papadatos

*****


978-2505082965

Voilà une excellente manière de vous cultiver sans vous ennuyer et, si vous avez des ados, de les cultiver sans les ennuyer. Autant il m’est arrivé de me plaindre du manque de précision de certaines biographies en bande dessinée, autant ce ne sera pas le cas ici. Au contraire ! C'est parfait. Il faut dire que nous en avons tout de même pour 216 pages et que le texte a été rédigé par quelqu'un qui maîtrise tout à fait le sujet.

Les auteurs se sont intéressés et nous ont intéressés à tout ce qui a fait la vie d'Aristote, histoire, œuvres et vie de famille inclus. Nous suivons donc ici le philosophe, depuis son arrivée comme élève dans l'école de Platon auprès de qui il va rester vingt ans, jusqu'à sa mort, en passant par sa rencontre avec Alexandre le Grand dont il sera le précepteur, la création de sa propre école. Dès son jeune âge, il se fait remarquer par son insatiable appétit de savoir à une époque où les mêmes savants étudiaient aussi bien et en même temps, la physique, la géographie, la biologie, l'anatomie ou la botanique que la philosophie.



Aristote était un pragmatique. Pour lui, la connaissance naît de l'observation qui permettra des remarques sur lesquelles s'appuieront les théories. Ainsi Aristote ne se cantonne-t-il pas aux grandes idées, il sait que la pratique compte et quand il va créer son lycée, il s'intéressera non seulement au contenu de son enseignement mais aussi à la façon dont il le transmettra et la façon dont son lycée fonctionnera.

Fidèle à sa méthode, c'est sur cette base vécue qu'il élaborera ses théories pédagogiques et même ses conseils politiques pour un système d'enseignements ouvert à tous ceux qui désirent apprendre.

L'ouvrage est par ailleurs éclairé de cartes géographiques simplifiées mais claires, permettant de comprendre un peu les tenants et aboutissants des luttes entre Athéniens, Macédoniens, Perses etc. qui ont constamment modelé la vie du savant.

Le dessin, en pages bicolores, est vivant et expressif et non dénué de pointes d'humour qui allègent le cours que nous prenons dans ce livre. Ils montrent aussi, à l'arrière plan, la façon de vivre et les objets du quotidien de cette époque.

Ouvrage hautement recommandable !

Pour résumer :


25 octobre 2025

Dali

Texte de Julie Birmant

Dessins de Clément Oubrerie

***

978-2205202762 & 978-2205206210


Tome 1 - Avant Gala

J'avais emprunté cette bande dessinée parce que sachant peu de choses de la biographie de Salvador Dali, j'espérais en sortir moins ignorante. De ce point de vue, j'ai été déçue par ce premier volume qui ne dépasse pas ce que tout le monde sait sur Dali . On n'aura pas de détails supplémentaires. Par exemple : le déjà excentrique Salvador débarque de Figueras à l'école des Beaux Arts de Madrid où il ne connaît personne et d'entrée de jeu, rencontre une bande de trois amis qui se trouvent être Bunuel, Pepín Bello et Federico García Lorca qui l’intègrent immédiatement à leur petit groupe. Bon. C'est bien réducteur mais admettons. Ensuite, peu de choses précises. A chaque fois qu'une précision serait utile, on glisse dans le fantasme, ce qui peut se comprendre avec Dali mais moins avec une biographie. On sent néanmoins que, s'il leur cède volontiers, l'original artiste ne maîtrise pas non plus forcément ses extravagances. Bref, la période madrilène et estudiantine s’achève et nous voilà partis pour Paris, mais ce sera pour le tome 2.


Tome 2 - Gala

Dans le tome 2, Salvador est un jeune adulte, son originalité revendiquée ne parvient plus à cacher totalement les déséquilibres mentaux. Un psychiatre saurait sûrement mettre une étiquette sur leurs différentes manifestations mais ce n'est pas mon cas. En tout cas, Un chien Andalou est écrit, tourné et présenté. Dali rencontre les Surréalistes et a sa première exposition à Paris. Il est toujours puceau et s'il voit du sexe partout et aime choquer avec ses mots et ses représentations, il cache en réalité une vraie panique face aux femmes et une impuissance presque complète. Ce tome deux est un peu moins avare en renseignements biographiques mais sans atteindre à une grande précision. Par exemple, dans le cas de sa première expo, aucune précision sur les œuvres exposées. Pas davantage sur ce qu'il peint à ce moment-là. Idem pour le reste de sa vie. On dirait que Salvador a bien réussi à brouiller les pistes et à se cacher derrière ses mises en scène. Il gambade, saute sur le devant de la scène puis, toujours prêt à s'enfuir, il disparaît. Pusillanime et velléitaire, il n'assume rien. On le croit ici, il est ailleurs. Ajoutez à cela hallucinations et "faux souvenirs"... Mais moi, ce qui m'aurait intéressée, c'est Dali-Peintre et là... pas grand chose.

Je n'ai pas grand reproche à faire au dessin, il y a même des moments où il m'a plu. L'interprétation de Clément Oubrerie a des qualités indéniables. Je salue le travail.

Comme ce tome deux ne va pas plus loin que le laborieux dépucelage du héros (merci Gala), il est très possible que vienne un tome 3, mais très possible aussi que je ne le lise pas. On verra. Mais j'aimerais quand même en apprendre un peu plus sur la genèse de ses œuvres les plus marquantes...

16 octobre 2025

Les Fauves

Scénario d’ Aurelle Gaillard

Dessin de Francesca Marinelli

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9782344062135


Quatrième de couverture :

"Aïdée, Pénélope et Zora habitent en colocation. Un jour, Aïdée se heurte aux propos machistes de son prof des Beaux-Arts. Elle se confie à Pénélope et Zora. Les jeunes femmes refusent de laisser passer cet incident… Elles taguent leur première vulve chez le professeur. Galvanisées par cette expérience, Aïdée, Pénélope et Zora savent désormais comment réagir face aux comportements machistes. Peu à peu, les vulves fleurissent là où la violence de genre frappe une femme, une sœur, une voisine… "

Comme souvent, une quatrième de couverture qui en dit bien trop sur une histoire que vous préféreriez découvrir comme l’auteur a choisi de vous la raconter, aussi ai-je préféré n’en citer que les premières lignes. J’avais repéré cette BD sortie début 2025 sur un blog ami, mais lequel ?? Je n’arrive pas à le retrouver malgré mes recherches. Si c’est le vôtre, dites-le, nous échangerons nos liens.

C’est l’histoire de trois jeunes femmes, colocataires, qui se heurtent au machisme. Zora est serveuse dans un bar, Pénélope, activiste de toutes les bonnes causes, travaille dans un centre social et Aïdée, élève aux Beaux Arts, subit la ségrégation d’un vieux barbon qui est sûr que les femmes ne peuvent être des artistes. Bref, un soir de trop plein de brimades, elles décident de se défouler sur le mur dudit barbon et cela leur fait beaucoup de bien. Un peu trop même peut-être, car elles y prennent goût et se mettent à taguer de plus en plus, avec moins de discernement et en augmentant inconsidérément la prise de risque. Ce qui devait arriver arrive et tout cela finit par mal tourner. Très mal, même. Comment nos trois aventurières vont-elles se sortir de ce mauvais pas ?


BD très colorée, au dessin plaisant et enlevé qui aborde frontalement plein de problèmes et les met en action. Les filles ne sont pas au-dessus de toute critique (et tant mieux) mais elles luttent et elles se battent bien. Une aventure qui captive et qui montre bien des facettes d’un problème toujours d’actualité et qu’il n’est pas toujours bien vu de dénoncer (paraît qu'on abuse): le machisme, qui est toujours là pourtant, malgré les progrès qui ont été faits.

A lire.