Affichage des articles dont le libellé est Désérable François-Henri. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Désérable François-Henri. Afficher tous les articles

03 mai 2026

L'usure d'un monde

Une traversée de l'Iran

de François-Henri Désérable

*****

978-2073058874

Il y a soixante treize ans, Nicolas Bouvier traversait l'Iran et en rapportait un livre de voyage intitulé "L'usage du monde". Chef d’œuvre des livres de voyage, le titre exprimait une époque qui voyait le monde comme un cadeau qui s’offrait à elle et qu'elle allait tenter d'utiliser au mieux.

L'us(ag)e est devenu l'us(ur)e, traduisant notre actuelle désillusion. Ce qui n'a pas empêché F.H. Désérable de se lancer soixante dix ans après, sur les traces de Bouvier et de son dessinateur Vernet, pour faire le même périple et nous le raconter. Deserable aime bien suivre des traces, Romain Gary dans "Un certain M. Piekielny", Danton dans "Tu montreras ma tête au peuple", Évariste Galois dans "Evariste", Granado et Guevara dans "Chagrin d'un chant inachevé"... et c'est de ce dernier titre que nous sommes le plus proche, puisque nous y retrouvons le déplacement sur les lieux et l'expédition aventureuse sur les pas. C'est que F.H. Désérable a pris goût aux voyages : "vous en faites une règle de vie à laquelle vous n'allez plus déroger : passer la moitié de vos jours dans ce monde à le voir, et l'autre à l'écrire."

Pour ce qui est de ce voyage-ci, il ne faut pas oublier qu'il est paru en 2023. Ainsi peut-on y lire "Et s'il paraît improbable d'imaginer Israël ou les Etats Unis engager les hostilités, tout l'enjeu est de le faire croire à la population pour la maintenir dans un état de péril imminent." Comme quoi, improbable n'est pas impossible et les trois ans de plus que les mollahs avaient eu pour écraser les Iraniens avaient été ravageurs. Ce livre était optimiste, cela frappe aujourd'hui où tout se révèle si sombre "Combien de temps faudra-t-il aux Iraniens pour se débarrasser de la République islamique ? On peut prendre des paris : un mois, deux mois, avant la fin de l'année ? On peut se perdre en conjectures. On peut aussi être honnête et dire la vérité. Et la vérité, c'est que personne n'en sait rien."

L'auteur est aussi intéressé par les lieux géographiques, les vestiges historiques, que par le peuple iranien et les autres voyageurs. Il visite tout, regarde tout, photographie et s'imprègne. Il nous le restitue dans une langue belle, précise sans cesser d'être poétique. On lit son témoignage et il nous émeut, la gorge se serre souvent "Ils m'ont condamné à mort. S'il te plait, ne dis rien à maman."

Et puis, il faut rentrer car soudain, les signes sont clairs, ça va mal tourner pour lui aussi...


"Femmes, vie, liberté

trois noms qu'à la façon d'Eluard il faudrait écrire encore et encore, partout, tout le temps."

https://youtu.be/BKo6DqTU7M8





26 septembre 2023

Mon maître et mon vainqueur

de François-Henri Désérable

***


Le sémillant narrateur se retrouve dans le bureau d'un juge d'instruction qui, contrairement à ce qu'on nous dit partout sur les juges d'instruction, n'est ni pressé ni débordé par des dizaines de dossiers en retard, bien au contraire, il est tout disposé à passer la journée à bavarder de choses et d'autres entre gens de bonne compagnie. Ainsi, il a fait venir le narrateur en tant que témoin dans une affaire criminelle, mais ne rechigne pas à laisser la conversation virer au bavardage littéraire avec de nombreuses références et anecdotes sur Voltaire, Verlaine et Rimbaud (caution culturelle certes, comme le titre l’annonce, mais ne jamais prendre des écrivains peu connus) et même, une leçon (niveau 5ème ou 6ème selon mes très anciens souvenirs de collégienne) sur le comptage des syllabes en versification. Vous vous direz, le juge va le recadrer vite fait, mais non, pas du tout, ils passent tous deux un agréable moment à compter les pieds. Et nous aussi malgré notre étonnement de voir un juge découvrir ce genre de choses comme une nouveauté (faut pas un diplôme, pour être juge?)... Et puis tout cela ne fait guère avancer notre affaire que l'on devine grave et dont nous ne saurons le fin mot qu'à la dernière page. Moi, dans le bureau du juge à l'énorme disponibilité, j'assiste à ces bavardages élégants et cultivés (mais pas ardus) et je m'ennuie vaguement...

L'histoire, vous la connaissez, enfin, je veux dire, oui, forcément, c'est la même que toujours: deux hommes sont amoureux de la même femme qui ne choisit pas et un quatrième larron (ami de tout le monde dans cette histoire) tient la chandelle d'une main et la plume de l'autre pour nous raconter tout ça. On est entre gens cultivés et éduqués du moins, dans un premier temps. Après, les testostérones s’emballent et le vernis craque un peu.

Je me suis amusée au début avec ces embrouilles rocambolesques à la BnF, jusqu'à ce qu'une coïncidence amène au même moment dans la vraie vie, le directeur du British Museum à démissionner en raison de la disparition d'une quantité invraisemblable d’œuvres placées sous sa responsabilité. Du coup, en lisant cela, je me sentais volée, ça ne me faisait plus rire. Comme plaisanterie, ça allait, comme réalité, beaucoup moins. Pour ce qui est du roman, ça se lit bien, facilement et sans déplaisir malgré une écriture un peu relâchée (voir par exemple le post scriptum) On se demande un peu où on va, vers le drame ou vers la farce? 

Je constate en fin de compte que je suis peu sensible au charme fantaisiste de F.H Désérable. Il existe certes, je ne le nie pas mais cela reste superficiel et conventionnel. Il y a une sorte de suspens parce qu'il a bien fallu que quelque chose les amène devant ce juge, mais on sait en même temps qu'on ne sera pas grandement surpris. Bref, une lecture légère et sans conséquence ni enjeu. On lit ou on passe, comme on veut.


PS: Emploi au moins deux fois de l'expression à mon avis fautive de "substitué par": exemple page 174 "J'ai substitué le marque-place avec le nom de Margaux par celui de sa voisine"

978-2073003164


Violette l'a lu aussi