Nerona
d' Hélène Frappat
****
Nerona règne en maîtresse absolue sur son pays. Elle sait parler à son peuple. Elle lui donne à volonté de ces discours populistes, démagogiques, sans vérité ni profondeur qui font vibrer les foules et les emportent. Elle fait sa loi, sans référence à aucune autre loi, si ce n'est justement cette foule violente et prompte à s'enflammer qu'elle dirige à sa guise. Aucune institution ne pourrait s'y opposer sous peine d’être emportée. Elle est là et elle règne. Seule. Car seule, elle l'est. Elle est entourée d'employés qui ne l'estiment ni ne l'aiment mais savent parfaitement que leur seule chance de survie est la plus complète servilité. Elle a conservé dans son entourage sa mère et sa sœur, mais elles n'ont pas de pouvoir, ni même d'influence. Elles gênent un peu, même. Elle a enfin sa fille, Victoire, qu'elle aime un peu, à sa façon et qui lui ressemble pas mal pour le caractère, mais on devine que l'une finira par tuer l'autre. C'est fatal.
En attendant, elle s'occupe de son royaume violent et de son peuple. Peuple qu'elle assassine indirectement sans vergogne quand la corruption qu'elle ne combat d'aucune façon, élève des constructions qui s'effondrent et l'écrasent, par exemple; mais qu'elle gave de ces jeux brutaux et féroces dont il raffole. Du pain et des jeux, c'est bien connu. On le sait depuis longtemps. L'éloge et l'admiration des grands sentiments et aspirations ont disparu de ce monde-là. Au contraire "S'il triche et que ça marche : pouce en l'air! S'il triche et qu'il perd: pouce en bas!"
Comme son peuple, Nerona aime la violence. Ni incendies, ni émeutes ne lui font peur. Une application décomplexée de la loi du plus fort. Pauvres et migrants, sont écrasés sans retenue. Pour ces derniers, les "camp de rétention", sont de véritables camps de concentration. Ils peuvent participer aux Jeux du Prince, s'ils veulent s’entre-tuer pour gagner... un emploi misérable!
C'est un livre où rien n'est expliqué. Comment cette femme de milieu modeste et sans soutien a pu se glisser jusqu'à la tête d'un parti d'extrême droite qu'elle a complètement transformé à sa solde (et rebaptisé) pour l'amener jusqu'au pouvoir suprême après en avoir éliminé tous les pontes. Pourquoi alors qu'en tant que femme elle devrait être d'autant plus fière d'avoir atteint le statut de dictatrice incontestée, elle se fait appeler Le Prince et n'est aucunement féministe. Rien n'est expliqué, mais tout est montré sans pudeur.
Il y a de l'Ubu Roi et du Trump, de la force brutale et ignorante, du mépris de la justesse et de la justice au profit du plus puissant. On est dans l'outrance, le chaos, l'horrible et le clownesque.
Ça se lit vite, sans faiblir. Ça décoiffe.
"- Va falloir réagir tout de suite, si on ne veut pas se laisser dépasser sur notre droite...
(...)
- On déclare une guerre?
- A qui?
- Pour les détails, on verra après. »

