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22 septembre 2024

Fantastique histoire d'amour

de Sophie Divry

****+


Une histoire passionnante racontée à presque deux voix. Les chapitres "Bastien" alternent avec les chapitres "Maïa", et je dis presque parce que les chapitres "Bastien" sont à la première personne et ceux "Maïa" à la troisième.

Bastien, inspecteur du travail doit se rendre dans l'entreprise Plastirec où un accident atroce vient d'avoir lieu: un ouvrier a été broyé dans la compacteuse. Bastien doit même pénétrer lui aussi dans l'horrible machine pour procéder aux contrôles.

Maïa, journaliste scientifique va être virée de son magazine au premier prétexte venu, mais principalement pour "réduire la masse salariale". Il lui faudra vivre en faisant des piges et cela ne rapporte guère. Elle est contactée par sa tante, scientifique de haut niveau, spécialiste des cristaux scintillateurs, qui travaille au CERN à Genève et qui a un service à lui demander.

Tous deux, entre deux âges, sont célibataires, ce qu'il vivent plus ou moins bien (mieux du côté de Maïa) et bientôt en position professionnelle incertaine. Ils ne se connaissent pas, mais ce que la tante de Maïa a à lui demander et qui est ultra secret, a un rapport direct avec l'accident de Plastirec. Ils ne le savent pas encore, mais leurs vies à tous deux vont être totalement bouleversées et même mises en danger par cet effroyable accident du travail. Sans parler du violent coup de foudre qui va les frapper, prévisible chez Bastien, beaucoup moins chez Maïa.

Et à part cela? Plein de méchants très décidés, de dangers mortels, de fuites, de poursuites, de menaces mondiales, de secrets plus ou moins bien gardés, plus ou moins trahis, de rebondissements! Un vrai thriller, intelligent et captivant, au rythme maintenu jusqu’à la dernière page, mais où l’on parle aussi d'ornithologie: "Notre ouïe est plus lente que la voix de l'alouette. Il est impossible pour nous, sauf au ralenti, d'entendre tous les sons qu'elle chante. Elle émet quatre cents sons à la seconde. Nous, on peut à peine en distinguer quarante." (déclaration fascinante qui me semble ouvrir des vastes horizons sur ce qu'est le temps) et même de religion (dadas de l'une et de l'autre).

Des personnages bien campés, avec un passé, des réflexions intéressantes sur la vie, l’amour, la religion, les relations aux autres. Sophie Divry a toujours cette jolie écriture qui m'avait séduite dans ses romans précédents : "Il y avait tellement de livres que souvent, bien qu'elle fut une habituée, elle se cognait à une étagère nouvellement apparue - et qu'on aurait dit surgie par bouture à partir d'une précédente." et "un ordre alphabétique légèrement dodécaphonique". Mais Sophie Divry écrit aussi parfois des choses étranges et qui me laissent songeuse. "Il était rasé de si près qu'il semblait s'être procuré sa tondeuse dans un pays totalitaire." ??? Plus loin, "un bruit élégant et imperceptible" (je crains qu''il ne faille choisir). Et alors, si on parle cuisine, dans une scène, le père de Maïa prépare des artichauts avec un épluche-légumes et vraiment, je n'arrive pas du tout à visualiser ce qu'il peut bien leur faire. Mais si c'est une nouvelle recette, elle m'intéresse.


Keisha l'a lu aussi.

978-2021538090



03 novembre 2020

 Quand le diable sortit de la salle de bains 

de Sophie Divry
*****


  
 
Je lis ce livre après tout le monde parce que je ne suis pas pressée, mais je le lis quand même. Il y a eu trop de commentaires élogieux, il fallait que j'y aille voir. Et j'ai bien fait car ce roman m'a beaucoup plu.
  
   Il m'a beaucoup plu parce qu'il sait témoigner avec justesse et puissamment d'un phénomène de société actuel, majeur, préoccupant, mais négligé car il touche des populations qui n'ont pas accès à la diffusion de leur parole. Ce n'est pas du tout parce qu'ils ne sont pas nombreux qu'on ne parle pas d'eux. Ils sont légions au contraire, et vous en avez tous dans votre entourage, ou en avez eu, ou en aurez. Leurs récits sont bien plus poignants que celui des soucis qu'un tel a eu avec sa maman ou son papa qui ne n'ont pas été gentils avec lui... mais on ne les connaît pas car ils ne sont ni racontés ni publiés, car ces gens-là ne sont pas écrivains... Et puis parfois si, cela arrive à un écrivain et alors, il sait le dire. C'est Orwell, c'est Fondation, c'est Flynn; et puis voilà que c'est Divry, et elle en parle vraiment bien. De la lente dégringolade jusqu'à ce qu'on soit dépassé, découragé et qu'on coule vraiment, et dans l'indifférence générale. Les écrivains sont là pour parler du monde.
  
   Il m'a beaucoup plu parce que la psychologie du personnage est parfaite. Tout sonne juste du petit accroc de départ qui fait qu'une situation précaire s'écroule, jusqu'à l'épuisement final quand on réalise soudain que cette lutte est en fait sans espoir. On parle dans beaucoup de commentaires de ce livre, du côté humoristique et même comique du récit, et c'est juste, mais vraie politesse du désespoir, relisez la dernière phrase ! Riez-vous encore ? Heureusement que la bouée de sauvetage est dans les bonus !
  
   Il m'a beaucoup plu parce que c'est une œuvre littéraire avec une majuscule. Un festin, un banquet, de jeux de mots, de pastiches, de calligrammes, de contes, de citations cachées, de... tout. Sophie Divry nous offre tout de ce que peut donner un écrivain. Elle met tout dans la balance, et ce cadeau, c'est pour nous. Jetons-nous dessus.
  
   "Mais ne nous y trompons pas: ce n'est pas le chômage qui est drôle, c'est la littérature qui peut-être une fête."


978-22901294630