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07 février 2025

 Cabane

d'Abel Quentin

***+


Chronique d'une mort annoncée

D’Abel Quentin, j’avais bien aimé "Sœur" et plus encore "Le Voyant d’Étampes", c’est pourquoi, quand à la rentrée de septembre 2024 j’ai vu apparaître un nouveau titre de lui, je me suis tout de suite juré de le lire. Ce qui fut fait quelques mois plus tard. C’est peu dire que j’ai été déçue. Le sujet m’intéressait, pourtant. J’aurais tendance à dire que c’est un livre raté. Ça arrive aux meilleurs et cela ne m’empêchera pas d’aller mettre mon nez dans son prochain roman. J’aimerais beaucoup mentir un peu et dire que oui, c’est intéressant… etc. Tout le monde serait d’accord avec moi, un petit ronron de bon aloi, et ce serait plus simple. Mais non, ça ne va pas être possible, je suis ici pour dire ce que je pense.

L’histoire d’abord, elle est inspirée, de façon à la fois très proche et très libre de l’histoire vraie du "Rapport Meadows" publié en 1972. Je vous recommande à ce sujet le dossier "Ils étaient quatre mousquetaires" de Télérama. On retrouve beaucoup de faits réels dans le roman mais par contre, la psychologie des personnages est inventée par A. Quentin. Il a d’ailleurs également changé leurs noms pour que cela soit clair même pour ceux qui n’auraient pas lu l’avertissement de début de livre.

L’équipe de scientifiques qui a établi ce Rapport 21 est composée de quatre chercheurs de nationalités et spécialités différentes, dont un couple. L’auteur a choisi de présenter le couple américain puis successivement les deux autres personnages, un Français et un Norvégien, puis de regrouper ceux qui restent cinquante ans après pour une sorte de conclusion (parce que les plus malins l’auront compris, la véritable conclusion, c’est le monde qui la fera). Aucun des personnages n’est vraiment sympathique même si certains lecteurs se sentiront sans doute plus près de l’un ou de l’autre (moi, d’aucun). De plus, ils sont caricaturaux dans leur genre. La partie centrée sur le couple occupe en gros le premier tiers du livre et a été pour moi d’un ennui a peu près total. C’est terriblement plan-plan et convenu. Au point que c’est devenu pavlovien chez moi, dès qu’on reparlait du couple, l’ennui me saisissait. Ensuite, entre en scène un journaliste qui entreprend de rédiger un article sur ce que sont devenus les quatre du Rapport 21. Il se pique au jeu, et poursuit ses investigations bien plus loin que ne le nécessitait l’article.

L’idée directrice du roman pourrait être d’explorer les différentes réactions possibles quand on annonce la fin du monde et qu’on doit bien constater que votre annonce ne changera rien au déroulement des choses. Le couple se retire à la campagne pour tenir un élevage porcin (loin d’être l’option la plus écologique dans mon esprit, mais bon… je ne suis pas là pour tout discuter). Le Français décide que foutu pour foutu, il va en profiter au maximum et passer sa vie dans le luxe. Le Norvégien perd la boule et devient mi ermite - mi gourou. Le roman ne devient jamais passionnant, même si cela s’améliore au fil du livre et si les dernières dizaines de pages se tournent plus vite.

J’ai trouvé sur le net des avis contrastés. Certains ont aimé, d’autres non mais surtout des avis mitigés. Certains ne l’ont pas lu entièrement mais ont tout de même dit que c’était bien parce que Quentin est un bon auteur. Le Masque et la Plume en a parlé. Mon avis rejoint celui d’Arnaud Viviant, comme souvent, sans que ce soit une nécessité. Mais bon, c'est peut-être parce que je ne m'attendais pas à cet ennui...


NB : Répète 2 ou 3 fois "avoir les foies" dans le sens d'être en colère; ce qui n'est pas sa signification. Personne ne parle plus argot dans les comités de lecture? 😏

979-1032925430

22 mars 2022

 Sœur 

d'Abel Quentin

****


Ayant beaucoup apprécié le dernier roman d'Abel Quentin, j'ai voulu savoir ce qu'il avait publié auparavant et c'est ainsi que je me suis retrouvée avec ce livre entre les main. Pourtant, pour dire vrai, le sujet ne me tentait guère : comment des jeunes et spécialement ici des jeunes filles se retrouvent à choisir de se voiler, de partir en Syrie ou même de commettre un attentat. Ce n'était pas quelque chose dont j'avais vraiment envie qu'on me parle, mais je voulais encore davantage voir ce qu'il en était du premier roman de cet auteur. Alors, je me suis lancée.

Jenny a quinze, elle est fille unique et n'aime pas ses parents pourtant plutôt accommodants et qui lui assurent une vie confortable. Elle n'a ni beauté, ni charisme, ni gentillesse et fatalement, ses relations avec ses camarades de collège sont mauvaises. Une belle crise d'adolescence, quoi. Le monde est injuste, personne ne la comprend, les garçons ne s'intéressent pas à elle, elle rejette l'aide des adultes et tout va très mal dans sa tête jusqu'à ce qu'elle entende enfin une voix amicale et compréhensive, celle de Dounia qui lui donne raison sur tout et, accessoirement, prône un Islam radical. (J'ai beaucoup pensé à la clairvoyante Virginie Despentes disant jadis "Les choses ont changé. A notre époque, si on aimait faire chier le monde, on faisait du X, mais aujourd’hui porter le voile suffit.")

Autour d'elle, la France est celle du moment où le vieux Président prestigieux se voit détrôné par son protégé aux dents longues. Aucun nom n'est donné, mais on a Sarkozy et Chirac en tête. C'est bien rendu. Un peu plan-plan mais sans que cela pose problème car ces chapitres sur le monde politique jouent le rôle de pauses dans le parcours chaotique de notre Jenny devenue Chafia et qui peine à distinguer le Coran des aventures de Harry Potter. Chafia la gamine, et "son ego boursouflé et meurtri", qui se voit "Chafia Al-Faranzi, surgie du néant pour étonner le monde."

Au final, je trouve que c'est un bon roman, qui a eu le courage de s'emparer d'un sujet délicat et difficile et de bien le traiter, mais qui a des problèmes de rythme. Ca ne file pas comme ça devrait. A certains moments, ça freine trop, à d'autres, on a l'impression d'avoir sauté une étape. On voit le gain en maîtrise de l’écrivain entre cette "Sœur" et "Le voyant d'Etampes". Tout de même, cela vaut la lecture et surtout ! l'attente du troisième Abel Quentin...


979-1032905913


15 janvier 2022

 Le Voyant d'Étampes 

d' Abel Quentin

*****


Prix de Flore 2021

J'ignorais tout d'Abel Quentin et je suis tombée un peu par hasard sur ce roman qui est son deuxième. J'ai été tellement emballée que je viens d'acheter son premier « Sœur » et que le jour où il nous en proposera un troisième, je me précipiterai. Ce voyant d'Etampes a été couronné du Prix de Flore et c'est on ne peut plus mérité. Toutes mes félicitations à l'auteur pour ce roman brillant et si intelligent.

 Jean Roscoff est un universitaire retraité depuis peu. Divorcé, sa vie sentimentale est au point mort, ses relations avec sa fille sont compliquées malgré leur affection réciproque et sa vie professionnelle n'a pas été aussi brillante qu'il l'avait espéré. Somme toute, son apogée fut le concert de SOS Racisme en 1995 dont il fut un des organisateurs. 

Roscoff est alcoolique, il l'admet, mais ne pense pas pouvoir se corriger. Facilement méprisant, Roscoff n'est pas sympathique. Roscoff est un Bobo, là encore, pas aussi riche qu'il l'aurait voulu, mais c'est, estime-t-il, qu'il a joué de malchance avec son premier livre, et n'a jamais produit le second. Il va d'ailleurs décider de le faire, maintenant que la retraite lui donne du temps libre. Ce second livre fera découvrir au public un poète noir américain qui vint à Paris à l'âge d'or de Saint Germain des prés, y retrouva son compatriote Richard Wright (avec lequel il a beaucoup de points communs), fréquenta Sartre, Camus et Vian, avant de se retirer à Etampes où il ne vit plus personne et se consacra à sa poésie avant de mourir exactement de la même façon que Camus.

 Roscoff espère beaucoup de cette biographie qu'il n’hésite pas à transformer en interprétation et dans laquelle il s'implique. Il espère qu'elle le fera enfin connaître autant qu'elle fera découvrir au grand public ce poète méconnu, et en effet, c'est ce qui se passera, mais sans qu'il en soit particulièrement satisfait.

Et c'est à ce moment que le roman devient génial. Roscoff va involontairement déchaîner contre lui toutes les forces de la bien-pensance du Net. Tout ce qui se fait de woke va s'intéresser à son cas puis se jeter sur lui et tenter de le détruire par tous les moyens possibles (et pas seulement virtuels). Plus il tentera de se justifier, plus les attaques se préciseront et seront féroces. Au début, il ne réalise pas la virulence et le sérieux de l'attaque, mais il va bientôt découvrir à quel point elle est globale.

Abel Quentin a su observer, décrire et analyser un phénomène qui sévit actuellement. J'ai admiré comme il avait bien vu les procédés et comme il nous a pris, en même temps que Roscof dans une spirale dont on a au début, l'impression qu'on peut se sortir, mais dont on découvre bientôt qu'il n'en est rien. Quand on guette tout ce que vous dites dans le seul but d'en tirer les mots que l'on pourrait vous reprocher, on trouve toujours quelque chose. Plus vous vous expliquerez, plus vous vous enfoncerez. "Tout était vrai et faux. Je lisais un procès-verbal falsifié. Tronqué selon un dessein précis. Malhonnête. C'est malhonnête." 

Au début, le lecteur en veut à Roscoff qu'il trouve en effet maladroit si ce n'est effectivement coupable, même involontairement. Puis il réalise que de toute façon, il ne pouvait s'en tirer. Abel Quentin montre parfaitement bien ce phénomène létal. Il a produit là un roman admirable, très intelligent et très cultivé. Les références culturelles sont nombreuses, même si celle à laquelle on ne cesse de penser ne sera jamais évoquée : l'horrible polémique J. K. Rowling.

On ne peut plus d'actualité, une lecture et une réflexion, à mon avis, indispensables en ces années 2020 et quelques...

979-1032909294