17 juillet 2024

Le Couteau 

Réflexions suite à une tentative d'assassinat

de Salman Rushdie 

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Il y a presque 40 ans, des illuminés à la recherche de boucs émissaires et ayant mal lu un roman, ont décidé de condamner un écrivain à mort. On est restés sans voix. Ça avait l'air d'une histoire de fou, ou d'une blague. Mais ce n'en était pas une et ces gens qui croient qu'ils peuvent massacrer tous ceux qui disent un mot qui leur déplaît avaient bel et bien l'intention de passer à l'action. La vie de l'écrivain en a été changée, mais notre vie à nous tous, également. On était passés dans une ère où l'obscurantisme le plus opaque et le plus criminel pouvait sévir jusque dans les pays occidentaux. Et tout ce que certains (même des écrivains, Rushdie nous rappelle leurs noms) ont trouvé à dire, c'est que l'on n'aurait pas dû les contrarier! et qu'il fallait respecter leur sensibilité (!). Apparemment plus que la vie des athées. Heureusement, d'autres ont tenté de rappeler que nous étions au 21ème siècle, et leurs noms sont aussi cités*. J'ai décidé de lire et commenter ici un des romans de chacun d’eux, même si j'ai en même temps constaté que c'étaient des gens que j'avais déjà lus et aimés, et plus aucun livre de ceux du premier groupe.

Je rappelle cela pour le contexte historique car le 12 août 2022, un fanatique est finalement parvenu à poignarder Salman Rushdie, 75 ans, qui a frôlé la mort et qui après des mois de soins, gardera des séquelles de la lâche agression. Je considère que ce livre fait partie des soins. Pour dépasser ce traumatisme, il a fallu à l'écrivain, le déposer en ces pages et c'est ce qu'il a fait. Et fort bien fait.

« Je compris qu’il fallait que j’écrive ce livre que vous etes en train de lire avant de pouvoir passer à autre chose. Ecrire serait pour moi une façon de m’approprier cette histoire, de la prendre en charge, de la faire mienne, refusant d’être une simple victime. J’allais répondre à la violence par l’art. »

Nous n'avons donc pas là un roman, ni même une des ces horribles "autofiction", mais bel et bien un témoignage et un bilan de ce qui s'est passé. Cela prend 268 pages, c'est précis, humain, émouvant et intelligent. C'est profond et juste, comme l'est Rushdie, pour ce qui est de la réflexion et de l'analyse. C'est détaillé pour ce qui est des évènement et des soins.

C'est également, et de façon inattendue, une très belle histoire d'amour. Car Salman a sur le tard enfin rencontré la femme de sa vie! et cette terrible épreuve a projeté leur relation à un autre niveau, lui faisant atteindre ce qui normalement met des années, voire des décennies, à se construire. Ces écrivains, tout de même, semblent tous finir par trouver leur alter-ego!

De toute façon, que vous le lisez ou non, il faut acheter ce livre et l’avoir dans votre bibliothèque, pour montrer qu’on ne se laissera pas museler. Et rappelons-le :

« Selon moi, la croyance privée de quelqu’un ne regarde personne d’autre que l’individu concerné. Je n’ai aucun problème avec la religion dès lors qu’elle occupe la sphère privée et ne cherche pas à imposer ses valeurs aux autres. Mais lorsque la religion devient politique, quand elle devient une arme, c’est l’affaire de tous en raison de son pouvoir de nuisance. (…) Quand les croyants estiment que leurs croyances doivent être imposées à ceux qui ne les partagent pas, ou quand ils pensent qu’il faut empêcher les non-croyants d’exprimer avec vigueur ou avec humour leur incroyance, il y a un problème. (…) Dans la vie privée, croyez ce que vous voulez. Mais dans le monde tumultueux de la politique et de la vie publique, aucune idée ne saurait être protégée et soustraite à la critique. »


* Paul Auster, Colum Mccann, Hanif Kureichi, Martin AmisOrhan Pamuk, Ian McEwan et j’en oublie peut-être. Dites-le moi.

978-2073033987

13 juillet 2024

 

"L 'eau et la terre" 

"Lendemains de cendres"

Séra

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Cette bande dessinée n'est pas de la fiction (malheureusement). Elle raconte les terribles années meurtrières que le Cambodge a connues et les massacres gigantesques qui y ont été perpétrés et que la justice a ensuite choisi d'ignorer, faute peut-être de pouvoir faire autrement, mais en tout cas, c'est ce qu'elle a fait.

Le premier volume, "L 'eau et la terre" commence le 17 Avril 1975, date à laquelle les Khmers Rouges ont décidé de vider toutes les villes du pays de leur population pour jeter celle-ci sur les routes, vers des campagnes utopiques où ils seront censés se rééduquer et participer aux travaux agricoles. Tous n'étaient bien sûr pas en état de quitter leur maison, on n'en tint pas compte. Toute rébellion -réelle ou incapacité d’obéir- était massacrée. Une espèce de folie meurtrière incompréhensible s'est emparée des Khmers Rouges soutenue par des discours idéologiques extrémistes et dénués de toute base. De plus en plus abstraits, de plus en plus meurtriers: servir le pays, écraser les ennemis du progrès, les rééduquer férocement, les faire taire, leur faire avouer leurs crimes, leur infliger des souffrances, les punir, les contraindre, les tuer... Un cauchemar sans limite. Sans espoir. Une horrible page de l'Histoire humaine. Quelque chose que je suis incapable de comprendre, qui m'oppresse et me fait peur car il rappelle qu'il n'y a pas de limite à ce que l'homme peut faire, dans le pire plus encore que dans le meilleur.



Le deuxième volume, "Lendemains de cendres" commence en 1979, et suit un jeune homme qui tente de fuir vers la Thaïlande. Au Cambodge la situation n'a fait qu'empirer. Le pays est dévasté. Les Khmers rouges ont tué tant de monde qu'ils en sont à se dévorer entre eux car leur folie meurtrière n'est pas assouvie et ne le sera clairement jamais, vu qu'elle ne mène à rien. Routes, déplacements de populations, camps, misère, famine, massacres, emprisonnements, torture, survie etc.


Quelle tristesse! Quel désespoir! Deux bandes dessinées documentaires pour dire ce qui est arrivé au Cambodge ces années-là. Pour témoigner. De très beaux dessins sombres pour montrer l'indicible et ne pas laisser le rond dans l'eau disparaître sans aucune trace dans le silence de l'Histoire. Ces vagues exterminatrices sont la marque des régimes totalitaires. Cela a existé, cela peut recommencer, ici ou ailleurs. Parfois des peuples entiers sont pris d'une folie meurtrière et sadique, généralement parée de grandes justifications théoriques et alors, l'Enfer est vraiment sur terre et il n'est que l’œuvre des Hommes.

Il y a un troisième album qui traite de cette page d’Histoire : « Impasse et rouge », mais je ne l’ai pas lu.

Des documents terribles, que Séra (de son vrai nom Phoussera Ing), Cambodgien né en 1961 et qui a quitté son pays pour la France en cette funeste année 1975, a bien fait de maintenir à la lumière, car il faut dire ces choses.

Un choc pour le lecteur. Une dévastation.


9782847897289          9782756006239

            


09 juillet 2024

 Mamie Luger

de Benoît Philippon

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J'ai entrepris cette lecture dans un but récréatif et elle a parfaitement rempli son rôle. C'est un polar aussi. Il n'y a pas d’enquête à mener, coupable et victimes vous sont servies sur un plateau, mais il y a bel et bien un nombre conséquent de meurtres et assassinats.

Ça commence fort. Le GIGN est en action, une forcenée armée retranchée dans sa maison a tiré sur son voisin, le blessant et annonce son intention de faire d'autres victimes. Complication: la forcenée a 102 ans, ce qui fait qu'une simple balle dans la tête par un tireur d'élite risque d'être mal perçue par l'opinion publique, surtout avec tous les médias autour. Fort heureusement, elle finit par se rendre et nous ferons alors connaissance de l'inspecteur Ventura, chargé d'interroger la dame et de rédiger le procès-verbal.

Pendant que la grand-mère, au commissariat, commence à expliquer pourquoi elle a tiré sur son voisin, les différents services d'investigation visitent sa maison et font à la cave de bien étranges découvertes... et je ne parle ni de l'alambic, ni de la réserve de gnôle. Ils s'intéressent plutôt à ce qui se trouve dessous... à savoir un, puis plusieurs cadavres (je vous laisse découvrir combien), non décédés de mort naturelle. La mamie ne nie rien et raconte même volontiers cette longue (eh oui, 102 ans, ce n'est pas rien) histoire compliquée (et plutôt violente) qu'a été sa vie. Je ne vous en dis pas plus pour l'histoire, je ne voudrais pas vous gâcher le plaisir de la découverte.

Pour le récit et l’écriture, je lis ici ou là que le style est contesté, eh bien moi, curieusement, je l'ai trouvé très fluide et plutôt agréable, plus par exemple que celui de Jacky Schwartzmann lu peu auparavant. Bien sûr, ce n'est pas du Simenon, mais de ce côté, rien ne m'a trop gênée. Un petit exemple de savoir-faire? Il n’y a qu’à demander :

"- Je disais donc que vous voir pratiquer un travail d'homme était fascinant.

- Vous savez, dans cette maison, y a que des femmes, alors le travail d'homme, c'est pas une nuance qu'on se permet. Y a du travail, et faut le faire, c'est tout.

Et Berthe a ponctué son raisonnement philosophique d'un coup de marteau sec sur un clou récalcitrant, faisant bondir un bout de sein hors de son corsage. Son mamelon rose est apparu brièvement, le temps pour Lucien de s'empourprer comme une tomate un jour de canicule."

Ca n’est pas comme si vous y étiez ?

 Il y a des scènes d'anthologie qu'on visualise particulièrement bien, drôles (comme la demande en mariage du dit Lucien sur un toit) ou violentes. Comme dit l'inspecteur, "Vous êtes un peu soupe au lait quand même."

 Pour la vraisemblance, toi qui entres dans ce livre, abandonne tout espoir. Bien sûr que c'est plein de raccourcis, d'exagérations et d'invraisemblances, mais personnellement, dans les polars, j'aime autant. Les récits détaillés, précis, bien sordides et bien glauques, très peu pour moi. Ca ne m'intéresse pas, j'ai déjà la réalité tout autour. Donc pas tracassée non plus de savoir si une femme de plus en plus âgée au fil du temps et des meurtres peut transporter et enterrer ses victimes dans la caves, s'il est bien normal que les disparus soient si peu recherchés ou toute autre invraisemblance. Le livre fait quand même 450 pages d"'exécutions", alors bien sûr que ça tourne au systématique et grand guignol, que c'est exagéré et que la mamie règle de plus en plus facilement tous ses problèmes à coup de fusil, mais arrivé là, le lecteur est embarqué er ricane sans plus se poser de questions.

Donc, un bon moment de détente pour qui est décidé à ne rien prendre au sérieux et pour tout dire, un joli final, assez inattendu (pour moi du moins).

978-2253241485

04 juillet 2024

La Cité des nuages et des oiseaux

d’ Anthony Doerr

*****

 

J’ai été désarçonnée au début par ce gros roman (plus de 800 pages) aux chapitres disparates qui avait l’air d’un gros fouillis incompréhensible ; et c’est ce qu’il est tant qu’on n’en a pas trouvé le personnage principal, alors je vous le dis tout de suite, le personnage principal est un livre : "La Cité des nuages et des oiseaux" d’un certain Antoine Diogène, supposé auteur grec de l’antiquité. Ou plutôt non, ce livre n’est pas le vrai personnage principal, il n’en est que l’incarnation. Le personnage principal est la Littérature. Si vous avez bien cela en tête, tout va se mettre en place avec le plus grand naturel au fur et à mesure que vous tournerez les pages.

 Il y a six personnages principaux (et même sept si on compte Diogène, l’auteur du conte), vivants dans des lieux et des époques très différents et sans rapport entre eux. Sans rapport ? Pas tout à fait, bien sûr. Ils ont tous un lien fort avec le livre dont je vous parlais qui est l’histoire d’un berger un peu benêt, racontée par lui-même. Il rapporte les mésaventures qu’il a vécues quand il a décidé de quitter son village natal pour courir le monde à la recherche d’une sorcière capable de le transformer en oiseau "de préférence un aigle farouche ou une splendide chouette" afin de pénétrer dans un monde idéal, une sorte de paradis où seuls les oiseaux peuvent aller. Nos autres héros, que nous ne rencontrerons pas non plus par ordre chronologique sont Konstance, jeune adolescente, seule à bord d’un vaisseau spatial où tout est géré par le robot Sybil. Il y a aussi Anna petite fille apprentie brodeuse surexploitée dans la Constantinople du Moyen-Age où elle obtiendra le livre ; puis Omeir, paysan bulgare de la même époque, enrôlé de force dans le siège de Constantinople, justement. Viennent enfin Zéno, immigré grec ostracisé du milieu du 20ème siècle aux USA, puis Seymour, jeune autiste du 21ème siècle qui ne supporte pas les atteintes à la nature qu’il voit autour de lui et qui n’a qu’une mère très pauvre pour l’aider...

A chaque fois, dans les situations les plus critiques voire désespérées et désespérantes qu’ils vivaient, le livre était là et la littérature les a sauvés, au moins partiellement.

 C’est énorme, protéiforme, luxuriant. Ça part dans tous les sens semble-t-il mais tout est en fait millimétré avec une maîtrise parfaite par Anthony Doerr qui avait obtenu le Prix Pulitzer pour son précédent roman "Toute la lumière que nous ne pouvons voir" et a reçu le Grand prix de littérature américaine pour celui-ci. Un roman extrêmement bien écrit que je conseille vivement si vous vous sentez capable de vous lancer dans un voyage au long cours plein de rebondissements et de surprises et plein tout autant de l’éternel humain dont nous sommes tous et porteurs et témoins.


 978-2253249030

 816 pages 

29 juin 2024

Americana 

(ou comment j'ai renoncé à mon rêve américain)

de Luke Healy

*****


Luke Healy, Irlandais, a toujours voulu vivre aux États Unis. Il a obtenu ou pas, selon les années des visas pour y passer des périodes d'études et son projet initial était de s'y installer et rejoindre la cohorte des Irlandais partis se faire une nouvelle vie "en Amérique". Mais Luke est un artiste. Plus précisément, il travaille dans la bande dessinée et on dirait que les USA ne recherchent pas particulièrement des immigrants dans cette branche, si bien qu'après plusieurs déceptions, il commence à envisager de renoncer à son projet, mais auparavant, il voudrait accomplir un dernier exploit: réussir le Pacific Crest Trail qui va du Mexique au Canada « en traversant 25 parc nationaux ».

"Le Pacific Trail traverse des déserts arides, des sommets enneigés, des forêts quasi tropicales et sillonne les Etats de Californie, d'Oregon et de Washington.   


Exploit sportif considérable alors que Luke n'est pas spécialement sportif, exploit humain personnel car il s'y engage seul et que c'est seul qu'il devra affronter ces heures, jours et semaines de marche difficile, ces nuits sous la tente, ces bivouacs sous la pluie et les éventuels coups durs (comme la visite d’un ours). Luke n'est même pas un campeur expérimenté. Il finit de nombreuses nuits sous une tente effondrée car nous sommes avant l'invention des tentes-parapluies et il s'avère que notre randonneur ne sait même pas fixer une tente correctement. Au début, il n'est même pas un très bon marcheur. En clair, notre héros manque d’entraînement, "Il n'y a pas de déserts en Irlande".

Sur le chemin du trail, on rencontre assez souvent d'autres randonneurs avec lesquels on discute, on échange des informations, des conseils, d'autant que certains n'en sont pas à leur premier passage, on se lie d'amitié. Des groupes se forment mais ils sont éphémères car c'est une marche que chacun doit faire à son rythme. Luke est lent, de toute façon, il ne peut rester longtemps avec aucun groupe. Tous échangent néanmoins camaraderie, solidarité, partage et soutien mutuel bien que chacun se doive d'être autonome. Ils se retrouveront plus loin ou non. Peut-être à l'occasion d'une halte dans une bourgade, McDo, motel... Beaucoup abandonneront à un moment où à un autre du parcours, que cela soit prévu ou non. Pour Luke, je vous laisse le découvrir vous même.

Voici le départ: "Une centaine de personnes seulement parviennent chaque année à boucler le PCT*. Entre le kilométrage monstrueux et la fenêtre météo extrêmement réduite, ce trek est impitoyable. Je triture encore mon sac à dos comme si je n'avais pas passé les deux derniers jours à vérifier son contenu. Au nord, je devine l'étendue du désert derrière les collines environnantes. Cette langue de terre américaine sera mon foyer pour les cinq prochains mois. Le compte à rebours a déjà commencé, mieux vaut ne pas y penser." D'autant que dans cinq mois, son visa aussi arrivera à expiration et que, parcours terminé ou non, réussi ou non, il devra quitter les USA sans aucune prolongation possible.

Mi-pages de lecture, mi-bande dessinée comme on le voit ici :

avec un dessin et un choix graphique parfaitement adaptés et un personnage (l'auteur) que j'ai trouvé particulièrement attachant, « Americana » est toujours agréable à lire et constitue un vraiment excellent récit de trail, une expérience de vie, l’occasion d’un bilan et un tournant dans la vie du narrateur tant il est vrai que la marche y est propice, alors 4000 km, vous pensez !

978-2203211933

24 juin 2024

Le problème à trois corps

de Cixin Liu

***+


Je me suis lancée dans la lecture de ce roman de science fiction parce que la série était sur Netflix et je ne veux pas regarder la vidéo avant d’avoir lu le roman dont elle est inspirée. Ce "problème" est le premier volume d’une trilogie* mais je peux dire dès maintenant que je n’irai pas plus loin et voici pourquoi :

Tout d’abord une quatrième de couverture bien intrigante, qui vous donne envie d’aller voir tout cela de plus près : En pleine Révolution Culturelle, le pouvoir chinois construit une base militaire secrète destinée à abriter un programme de recherches de potentielles civilisations extra-terrestres. Ye Wenjie, une jeune astrophysicienne en cours de «rééducation» parvient à envoyer dans l’espace un message contenant des informations sur la civilisation humaine. Le signal est intercepté par les Trisolariens qui s’apprêtent à abandonner leur planète mère, située à quatre années lumières de la terre et menacée d’un effondrement gravitationnel provoqué par les mouvements chaotiques des trois soleils de son système. En raison de la distance, Ye Wenjie met près de huit ans à recevoir la réponse des Trisolariens. Elle tient désormais entre ses mains rien de moins que le destin des l’espèce humaine.

Trente-huit ans plus tard, alors qu’une étrange vague de suicides frappe la communauté scientifique internationale, l’éminent chercheur en nanotechnologies Wang Miao est témoin de phénomènes paranormaux qui bouleversent ses convictions d’homme rationnel. Parmi eux, une inexplicable suite de nombres qui défile sur sa rétine, tel un angoissant compte à rebours…

Avouez qu’il y a de quoi avoir envie d’y jeter un œil. Malheureusement, j’ai assez rapidement déchanté. Après un démarrage tonitruant avec une scène très violente de la Révolution Culturelle, les choses s’embrouillent quelque peu. D’abord, le style n’est ni beau, ni habile. Impossible pour moi de savoir si cela tient à l’art de Liu Cixin ou à la traduction, mais disons que c’est une écriture fonctionnelle. Le problème majeur qui se pose très rapidement au lecteur, c’est celui des personnages : une avalanche de noms chinois pas évidents à reconnaître pour nous, a tenté de me submerger et y serait parvenue sans aucun doute si je ne m’étais pas rapidement mise à prendre des notes : nom, prénom, fonction. J’en ai bientôt eu une assez longue liste vers laquelle je me suis souvent tournée pour savoir de qui on me parlait. Ensuite vient le problème des ambitions scientifiques. L’action est sans cesse ralentie par de grandes tartines d’explications physiques, astronomiques, mathématiques etc. longues de plusieurs pages, vraiment. Ces explications ne riment à rien. Elle lassent le lecteur, coupent toute action et ne prouvent rien au final parce justement, ce n’est pas réel. Et puis bon, les ambitions scientifiques ont intérêt à être modestes quand sur la même ligne, on parle d’une ligne infinie et qu’on donne sa longueur (fin p. 393).

En ce qui concerne la valeur psychologique, ce n’est pas mieux. Les relations de Ye Wenjie avec sa fille me plongent dans un abîme de perplexité (je verrai que la série a essayé de rattraper le coup sans vraiment y parvenir). Je ne développe pas pour ne pas divulgâcher mais quand même, on n’y comprend rien. Par ailleurs, la plupart des personnages, même importants comme Wang Miao n’ont aucune vie en dehors du déroulé de l’histoire. Ce qui explique sans doute que la version filmée n’ait tenu aucun compte du roman dans ce domaine et ait joyeusement redistribué les rôles, n’hésitant pas à supprimer et créer. La pointilleuse parité qui règne maintenant sur les productions nous vaut aussi une éventail scrupuleux des genres et couleurs de peau parmi les protagonistes alors que les personnages d’origines sont tous chinois et majoritairement mâles.

Vous l’avez sans doute senti venir, tout cela se termine un peu dans le flou, d’autant qu’il y a une suite pour dans quelques siècles mais même cette première partie reste en suspens. J’ai vraiment dû m’entêter pour aller au bout, au point qu’à 5 ou 6 pages de la fin, j’ai failli refermer le livre pour ne jamais le rouvrir. Mais comme il y avait quand même eu une scène surprenante et inventive (« la cithare de mort »), je lui devais ça. Ce passage sur le Canal de Panama est un vrai morceau de bravoure et pourrait justifier la lecture du roman. Le problème de ce roman, c’est vraiment l’écriture, la lourdeur, le manque de rythme, les longueurs… cependant l’histoire en elle-même n’est pas mauvaise et aurait pu être mieux servie pour nous offrir un livre captivant. Je me demande si les versions en série vidéo ou en bande dessinées sauront corriger les défauts.

Je me demande comment la série de Netflix a géré tout cela. Pour l’instant je n’ai regardé que 3 épisodes sur 8 ce qui correspond environ à la page 300 et quelques du livre qui en comporte 512 (quand je vous disais que le début s’enlise dans les longueurs. La vidéo à dégraissé). Il reste donc 5 épisodes de la série pour les 200 et quelques dernières pages, à moins qu’ils n’aient regroupé les 3 volumes de la trilogie sous le titre du premier... Je reviendrai peut-être compléter ici quand je les aurai vus (si je vais jusqu’au bout parce que ce n’est pas enthousiasmant non plus).

Je suis revenue, donc bilan: Ce n'est pas emballant non plus en vidéo mais tout de même, ça prend un peu de rythme sur la fin. Cependant, je pense que s'il y a d'autres saisons, je ne m'y intéresserai tout de même pas. Juste noté une péripétie qui m'a fortement rappelé "Mars attacks", résultat: j'ai failli rire à un moment dramatique...


Trilogie:

Le Problème à trois corps

La Forêt sombre

La Mort immortelle



978-2330181055

‎ 512 pages


20 juin 2024

 PAGE RECAPITULATIVE PAVES DE L'ETE 2024


Nous sommes le 21 juin, 😀

                Le Challenge des Pavés de l'été commence 💖

                            et se terminera le 22 septembre 2024

Si vous ne vous êtes pas encore inscrit, ce n'est pas grave, cela se fera automatiquement quand vous mettrez votre premier pavé.

*

18 participants actuellement

pour 39 titres

*

Comment ça va se passer?

Je vais relever ici les liens que vous aurez mis en commentaire et qui sont conformes aux règles du challenge.(Click ici)


Les participants seront classés par ordre alphabétique jusqu' au 22 septembre. Le 23, il y aura aussi un récapitulatif selon les scores avec DISTRIBUTION DE MEDAILLES ! 👍👏


Amusez-vous bien !  😄😁
Je sais qu'il y en a qui trépignent déjà sur les starting blocks

*

PS: Si votre pavé fait plus de 650 pages, vous pouvez aussi le mettre dans les Epais de l'été
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ANNE-YES 

1 - "Les armes de la lumière" de Ken Follett


ATHALIE

1 - "Les Évasions particulières" de Véronique Olmi 


BELETTE

1- "Les veuves de Malabar Hill" T1 de Sujata Massey 

2 - "Mafioso" de Ray Célestin

3 - "L'affaire Baskerville T2"  d' Emma Jane Holloway

4 - "Un jour de nuit tombée" de Samantha Shannon 

5 - "Les ressuscités - La main noire" de Tarn Richardson

6 -  "La cité des marches" de Robert Jackson Bennett


CHRISTW

1- "La face nord du cœur" de Dolorès Redondo


DAME IDA

1- "Le dit du Genji" de Murasaki Shikibu

2 - "Sang d’Encre - Cormoran Strike 06" de Robert Galbraith


INGANNMIC

1- "L’audacieux monsieur Swift" de John Boyne 

 2- "Le cimetière de Prague" d'Umberto Eco

3 - "N’essuie jamais de larmes sans gants" de Jonas Gardell

4 - "Les raisins de la colère" de John Steinbeck

5 - "Le bûcher des vanités" de Tom Wolfe

6 - "Etoiles vagabondes" de Sholem Aleykhem


JE LIS JE BLOGUE

1 - "L’été des quatre rois" de Camille Pascal

2 - "Les raisins de la colère" de John Steinbeck

3 - "Le festin" de Margaret Kennedy

4 - "Faire bientôt éclater la terre" de Karl Marlantes



KATHEL 

1 - "La brillante destinée d’Elizabeth Zott" de Bonnie Garmus

2 - "Les voleurs d’innocence" de Sarai Walker

3 - "Elles" d'Alba de Céspedes


KEISHA

1 - "Les raisins de la colère" de John Steinbeck


LA GEEKOSOPHE

 1- "La promesse du sang" de Brian 

2 - "Le sourire des pendus" de Jérôme Camut et Nathalie Hug


LIVR'ESCAPADES

1 - "Les raisins de la colère" de John Steinbeck

2 - "Le secret des Deverill" de Santa Montefiore


MAPERO

1 - "Les Décombres" de Rebatet


MARA

1 - "48 histoires vraies de crimes glaçants" de Christophe Hondelatte  

2 - "La lettre d'amour interdite" de Lucinda Riley


MISS SUNALEE

1 - "Lune comanche" de  Larry McMurtry  


SANDRION

1 - "Billy Summers" de Stephen King


SIBYLLINE

1- "Le problème à trois corps" de Cixin Liu

2 - "La Cité des nuages et des oiseaux" d’ Anthony Doerr


TADLOIDUCINE

1- "Un président ne devrait pas dire cela" de G. Davet & F. Lhomme

2 - "Quatre histoires" de Jules Verne


VIOLETTE

1 - "Cézembre" d'Hélène Gestern

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19 juin 2024

Shit !

de Jacky Schwartzmann

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Jeune auteur et scénariste de bandes dessinées et de longs-métrages, Jacky Schwartzmann publie des romans noirs dotés d'un certain humour, assez dans l'air du temps (La Daronne, Mamie luger etc.).

Ici nous avons un jeune conseiller pédagogique qui, suite à une rupture amoureuse, débarque dans un quartier défavorisé de Besançon. Il est contraint de se loger dans la cité sensible plus orientée trafics qu'études et se heurte dès son arrivée au fait que le hall de son immeuble est gardé par le cerbère des trafiquants qui exige qu'il lui montre son justificatif de logement à chaque fois (toute tentative de discussion se soldant par une grosse baffe), et au second fait que le point de deal de tout le quartier est la porte en face de son appartement. Il ne connaît rien des us et coutumes de ce petit monde mais se voit dans l’obligation de vite en découvrir et accepter les règles. A part cela, au travail, ça se passe assez bien, il est bien sûr purement décoratif pour une bonne partie des élèves.

Vous savez comment c'est, le monde du trafic de drogue est plutôt dangereux, et voilà qu’un beau soir, les frères Mehmeti, propriétaires du point de deal, se font descendre et que le hasard veut que Thibault se retrouve en possession de tout leur stock, drogue et argent! Que faire ? Le remettre à la police? bien sûr... en théorie. Mais il y en a pour des millions et Thibault qui se présente comme une sorte de Robin des Bois des HLM, est entouré de gens méritants qui auraient bien besoin d'un petit coup de pouce...

Vous devinez la suite, notre CPE s'approprie le stock puis, une chose en entraînant une autre, il doit mettre sur pied son propre réseau de trafic, se sécuriser rapidement puis, comme il y a forcément un courant aspirant et des envieux dangereux, grossir et s’organiser toujours mieux. Et ce n'est pas facile quand on débarque et qu’on n’y connaît rien ni personne. Mais son seul avantage justement est sans doute que, ne connaissant pas les habitudes en ce domaine, il doit tout inventer tout seul et surprend ainsi concurrents et policiers. Mais pour faire du trafic de drogue, ne doit on pas finalement se retrouver avec une mentalité et un comportement de trafiquant de déchéance et de mort? Cette lecture nous le dira.

L'ensemble capte l’intérêt et on ne s'ennuie pas à suivre les aventures de Thibault, même si, pour ma part, je me suis de plus en plus éloignée de lui. Mais on a envie de voir ce qui va se passer et comment tout ça va évoluer. Le ton est plus amusant que dramatique sans que l'on ait vraiment des scènes comiques, mais si j'avais un conseil à donner à l'auteur, se serait d'abandonner les portraits à charge (le concierge alcoolique puis sa voisine, les végétariens qui peuvent bien manger ce qu'ils veulent, non? les chauves, etc.). Exemple ;

"Cela doit faire une bonne dizaine d'années maintenant que les chauves ont trouvé cette parade: la barbe. Ils en tirent une arrogance, une assurance de chauves décomplexés. C'est une véritable coming-out capillaire. Et souvent, ils ont ce sourire qui veut dire : J'ai gagné la guerre des cheveux, dépassé ce handicap, transcendé la sacro-sainte coupe de veuches! "

Il est plus hargneux que drôle et moi, l'agressivité inutile, ce n'est pas mon truc. Je préfère de loin vivre et laisser vivre. Parfois aussi, à lire Schwartzmann , on se croirait au zinc du café PMU de la Poste si ça existait encore. "Nous passons tellement de temps devant des écrans que la réalité est devenue secondaire, anecdotique. Nous passons tellement de temps devant des écrans que nous nous évaporons physiquement. Certains décident qu'ils ne sont ni un homme, ni une femme, la réalité biologique étant balayée d'un revers de main." Non mais sérieux? Tu t''entends, là? Le sujet est peut-être un petit peu complexe pour être évacué ainsi, non? Et puis derrière tout ça, il y a des gens. Alors, c'est mon bémol. Bonne histoire, bien menée, avec des choses originales mais qui serait mieux sans les... disons, "considérations philosophiques".

978-2253196143

14 juin 2024

La vie secrète des animaux
de  Peter Wohlleben
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Peter Wohlleben est forestier depuis plus de vingt ans en Allemagne, où il dirige une forêt écologique. J'ai audio-lu cet ouvrage dont il existe aussi une version papier. Je l'ai trouvé au hasard d'une fouille dans les bacs de l’audiothèque et choisi pour agrémenter de longues heures de route. Ce n'était pas trop mal choisi. L'ouvrage est composé de chapitres assez brefs et abordant des sujets précis et des questions que, je pense, tout le monde s'est posées un jour ou l'autre, et il fait le point sur l'état des connaissances scientifiques sur le sujet.

Si presque plus personne ne pense (ou du moins ne soutient) que les animaux ne ressentent pas la douleur (à part les pécheurs ou dans les abattoirs), les discussions restent ouvertes concernant les sentiments et le degré de complexité de ceux-ci. Par exemple, puisque les animaux sentent le douleur, la craignent-ils? Ont-ils peur à l'avance? Dans ce cas, il faut admettre qu'il y a compréhension de la situation à un degré d'abstraction qui permet une projection dans le futur. Ont-ils des tactiques d'évitement? Et donc peuvent-ils faire preuve de ruse? Peuvent-ils mentir pour arriver à leurs fins? Le font-ils consciemment? Comme l'oiseau qui fait semblant d'être blessé pour que le prédateur le suive, s'éloignant ainsi du nid menacé, ou inconsciemment comme ses papillons dont les taches font passer leurs ailes pour une grosse tête dont les ocelles seraient les yeux. Ces animaux, de l’insecte au primate, ressentent-ils l'injustice? Se vexent-ils? (Ma chienne se vexe assez facilement, il n'y a aucun doute là-dessus). Bref, cet ouvrage examine ce que l'on est de plus en plus obligés d’accorder aux animaux d'accès aux sentiments et à la réflexion. Chacun de ces sentiments jusqu'ici prétendument strictement humains, fera l'objet d'un chapitre et pour chaque chapitre, Peter Wohlleben  fera état d'anecdotes qu'il a vécues ou dont il a eu connaissance ainsi que des expériences et conclusions scientifiques en leur état actuel. Certains de ces chapitres n'apprendront pas grand chose de neuf à ceux qui, comme moi, s'intéressent déjà aux animaux depuis longtemps, mais ils leur fourniront au moins des éléments objectifs toujours utiles dans une discussion. Un chapitre particulièrement marquant traite des sentiments d'empathie et de compassion (même si à mon avis, ce second terme est un peu inapproprié) éprouvés par les bêtes. De nombreuses  expériences ont été faites par des scientifiques, démontrant abondamment que certains animaux en étaient pourvus alors que les scientifiques n'en avaient aucune.

En conclusion, je conseille cet ouvrage qui trouvera bien le moyen d'étonner à un moment ou à un autre, même les connaisseurs et qui est par ailleurs tout à fait accessible aux néophytes dès l'adolescence. Grâce à la façon de raconter et à la multitude d'anecdotes, la lecture est plaisante et jamais rébarbative, grâce aux données scientifiques, il vous évitera de confondre savoir et croire et vous donnera toutes les connaissances de base et tous les arguments nécessaires pour vous-mêmes ou dans une discussion.


‎ 978-2352047377



09 juin 2024

Les couleurs de nos souvenirs

Michel Pastoureau

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Voici au format poche et sans aucune illustration ni couleur, sauf celles de la couverture, un livre qui nous parle des couleurs... et à vrai dire, cela ne pose aucun problème. Nous savons bien ce que rouge, bleu ou jaune veut dire et pour les nuances, eh bien, justement, on en parle.

« l’absence d’images en couleur gêne-t-elle le lecteur ? Je ne le crois pas.Je pense au contraire que les couleurs sont d’abord des concepts, des idées, des catégories intellectuelles. Ensuite, ce sont des mots, c’est à dire des étiquettes capricieuses qui varient dans le temps et dans l’espace et qui souvent prennent leurs distances avec la réalité. Pour parler des couleurs, nous sommes prisonniers de ces mots. Enfin - mais enfin seulement – les couleurs sont des matières, des lumières, des perceptions, des sensations. »

Vous allez en apprendre beaucoup sur les couleurs et sur leur histoire, et plus encore sur Michel Pastoureau, car peut-être que, comme moi, vous avez été trompés par le titre. "Les couleurs de nos souvenirs" avez-vous lu et vous avez eu quelques réminiscences et vous avez pensé que l'on allait vous dire comment les couleurs entrent, restent, se déforment ou non dans nos souvenirs. Et c'est vrai qu'on va vous dire tout ça, mais pas dans VOS souvenirs, dans ceux de Michel Pastoureau. Le "nous" du titre était un "nous" de majesté. Lisez plutôt "Les couleurs de mes souvenirs". L'auteur explore son passé sous l'angle des couleurs qui très jeune, l'ont fasciné et préoccupé,

« C’est vers cet âge-là, celui de mes 13 ans, que je pris réellement conscience de mon hypersensibilité chromatique .»

Aussi les anecdotes lui viennent-elles facilement et nombreuses, et si on ne peut pas ne pas voir le plaisir qu'il prend à parler de lui, on reste quand même intéressé par le nombre des histoires et leur renouvellement perpétuel. A nous ensuite de nous débrouiller pour faire le parallèle avec les nôtres, de souvenirs. Nous y apprenons quelle couleur il déteste (le violet) et quelle est sa couleur préférée, (le vert) alors que pour ma part je me demande encore comment on peut avoir des couleurs préférées ou détestées, je les aime toutes. Mais bon, d'accord, c'est noté. Vert qu'il tient à considérer comme une couleur de premier plan au même titre que le rouge, le bleu ou le jaune. Il ne dit pas ici très clairement s'il nie les notions de couleurs primaires et secondaires, mais en tout cas, cela ne détermine pas pour lui la place d'une couleur. Pour M. Pastoureau, il y a "six couleurs de base (blanc, rouge, noir, vert, jaune, bleu) et cinq couleurs du second rang (violet, orangé, rose, gris, brun) - le reste n'étant formé que de nuances et de nuances de nuances-, on obtient un total de onze couleurs". (p.213).

C'est vrai que ça étonne au début. Tous ceux qui s'intéressent aux couleurs avaient bien remarqué que le vert, répertorié couleur secondaire, avait quand même bien une place particulière. Ce n'est pas une complémentaire comme les autres. On ne peut pas le nier. De son côté, le placement du noir et du blanc au rang de couleurs, lui, ne m'a pas étonnée du tout parce qu'en fait, même si tout le monde aime bien répéter comme des perroquets que "le noir et le blanc ne sont pas des couleurs", la vérité c'est que je n'ai jamais vraiment compris ce qu'ils voulaient dire. par là. Qu’ils ne sont pas dans le prisme de Newton ? Est-ce que cela veut dire ne pas être une couleur ? Que désignait-on par le mot couleur avant la découverte d’Isaac ? Ou alors, on joue sur le mot « couleur », non ? Ainsi mon dictionnaire ne me dit-il pas que c’est une couleur, mais que c’est une « teinte ».

C'est pour ce genre de considérations, plus toutes les anecdotes vivantes, l’Histoire avec un grand H, les sources montrées, les piques contre les adversaires (les sociologues!) et ce mélange d'arguments fondés et de subjectivité que l'ouvrage captive son lecteur qui va le dévorer d'un bout à l'autre sans le moindre ennui. On s'y cherche, on s'y trouve, on s'y reconnaît, ou non, on admet, on conteste, bref, on entre complètement dans ce livre peut-être à cause de son défaut même qui est d'être trop personnel, eh bien nous aussi, on y entre personnellement et on compare avec NOS souvenirs. Pour conclure, c’est un bon ouvrage de vulgarisation, particulièrement abordable sans être simpliste , très plaisant à lire et je lirai d’autres ouvrages de l’auteur.

On notera en clin d’œil que le dernier chapitre s’intitule « Qu’est-ce que la couleur ? » Il était temps de se poser la question, en effet ! Ah mais non, on ne fait qu’y répondre depuis le début.


978-2757854471