09 septembre 2026

Et devant moi le monde

de Joyce Maynard

*****

978-2264055422   

Joyce Maynard est une écrivaine et chroniqueuse nord-américaine qui après une longue correspondance avec J.D Salinger, a vécu avec lui pendant neuf mois avant d'être brusquement fichue à la porte alors qu'elle était encore très férocement mentalement dépendante de lui. Elle avait dix-huit ans quand le New-York Times a publié sa longue chronique sur les jeunes de sa génération. Cet article a été un succès et était accompagné d'une photo d'elle. Salinger a été ...?? Je ne sais, séduit ? Intéressé ? Bref, il n'a pas hésité à lui écrire et a entamé avec elle une longue correspondance dont il est peu a peu ressorti qu'ils étaient des âmes-sœurs malgré la nette différence d'âge (Salinger avait 53 ans) et finalement, il lui a fait quitter ses contacts dans la presse et même l'université pour venir vivre auprès de lui. Ce qu'elle a accepté avec enthousiasme. C'est cette période qu'elle raconte, jusqu'au moment où neuf mois plus tard, à la plage, il lui a annoncé qu'il serait mieux qu'elle parte devant pour faire sa valise et qu'elle ne soit plus là quand lui-même rentrerait. 

Elle raconte aussi ce que fut sa vie après jusqu'à l'âge mûr où elle parvint enfin à jeter un regard sur cette expérience, à la dire, à la surmonter. Elle n'accuse même pas violemment Salinger, elle raconte, plutôt. Elle était consentante et même follement amoureuse, et ne se libère de l'emprise que deux décennies plus tard. Elle rédige son autobio et découvre à cette occasion qu'elle est loin d'avoir été un cas unique, ce qui lui remet tout à fait les pieds sur terre. Jusque-là elle croyait toujours à un amour réciproque et exceptionnel, pas à un schéma répétitif chez le monsieur.

Si Joyce Maynard publiait ce livre aujourd'hui, gageons qu'il recevrait un tout autre accueil que celui qui fut le sien à sa sortie en 1998 où il a soulevé une véritable levée de boucliers, un déferlement de haine et d'injures, tout le monde se précipitant pour défendre l'idole incritiquable qu'était J.D Salinger, fleuron de la littérature nord-américaine. « Défense de gratter la dorure sur l'idole » Rares ont été ceux, et à vrai dire, plutôt celles, qui l'ont défendue. Chapeau à cette occasion à Joyce Carol Oates.

« Ce livre parle de la vie d'une femme , ainsi que de la honte et du secret. Mais (…) nombre de gens ont estimé que , dans la mesure où mon histoire englobait celle d'un grand homme qui exige qu'on ne parle pas de lui, je lui devais de garder le silence. » (C'est commode, il faut l'avouer).

On l'a accusée d'avoir voulu utiliser son histoire avec Salinger comme étant son seul moyen de se faire valoir. Certains lui ont même contesté le titre d'écrivain alors que c'est de cela qu'elle a toujours vécu.

La polémique a fait flamber les ventes, ce dont Maynard ne pouvait que se réjouir, mais lui a fermé d'innombrables portes (magazines, journaux, éditeurs, conférences...) Beaucoup ont fait tout ce qu'ils ont pu pour détruire sa carrière et l'effacer. (Fallait vraiment pas toucher à la dorure). Heureusement pour elle, les USA ne sont pas le monde et son livre a connu des traductions dans 16 langues différentes et les ventes qui vont avec, sans compter les lecteurs anglophones du monde entier que le scandale avait alertés.

Et en France où il n'a paru qu'en 2011 (c'est long quand même)? En France, ça a été plus sournois. Personne ne l'a agressée et plusieurs, femmes et hommes, l'ont défendue et jugé son livre intéressant – ce qu'il est vraiment. (En particulier Christiane Besse et Florence Noiville), mais souvenons-nous quand même que d'autres ont pudiquement détourné les yeux, comme F. Beigbeder qui a préféré continuer à cultiver le mythe et à clamer haut et fort son amour/admiration pour le Maître sans jamais avoir manifesté qu'il ait lu, vu, su, entendu parler de « Et devant moi le monde ». Maynard a alors dit de lui « il se prosterne devant l’autel de Salinger, il ramasse les petites miettes. »

Et pan ! Dans l’œil !

 504 pages

05 septembre 2026

Je suis Romane Monnier

de Delphine de Vigan

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978-2073113252

Vous n'allez pas le croire, mais je n'avais encore jamais lu Delphine de Vigan. Je ne saurai pas dire exactement pourquoi. Une sorte d'anti-phénomène de mode. Tout le monde l'avait lue, tout le monde appréciait... donc je n'étais pas attirée. Ses sujets aussi, qui ne me branchaient pas immédiatement, mais justement, c'est par là qu'elle m'a eue : le sujet, parce que cette extrapolation sur nos relations avec notre téléphone, c'était vraiment très prometteur. Ça pouvait facilement virer banal, mais ça pouvait aussi être tout à fait passionnant... et vous savez quoi ? C'est la deuxième voie que cela a pris.

Thomas, déprimé car sa fille qu'il a élevée seul vient de quitter le nid, a passé la soirée dans un bar avec son meilleur ami, a bu pas mal et se réveille le lendemain avec un téléphone qui n'est pas le sien mais celui d'une inconnue, la Romane du titre. Nous imaginons tous sans peine la catastrophe que peut être la perte de cet outil qui contient toutes nos clés au point que nous perdons aussi les numéros de nos amis, de notre famille, du travail etc. Nous avons même un petit pincement à l'estomac pour lui. Il n'en est pas de même apparemment pour la mystérieuse Romane, qui rapporte le téléphone de Thomas au bar mais refuse de récupérer le sien. Pire, elle lui donne les codes pour qu'il puisse l'ouvrir, l'explorer et l'utiliser si il le souhaite. Pour sa part, elle s'en désintéresse. C'est la curiosité qui tue les chats, dit-on. Comment, quand on est seul et désemparé, ne pas tenter de distraire son esprit en s'adonnant à l'indiscrétion, puisque l'autre n'y trouve rien à redire ? Et Thomas transfère sa vacance mentale sur cette mystérieuse inconnue grâce à cet espion de haute volée que nous avons tous dans nos poches. La récolte est fructueuse : historique de navigation, mails et même un trésor d'enregistrements audios dont Romane semble avoir pris l'habitude avant de disparaître. Tentait-elle de s'ancrer davantage dans un réalité qu'elle sentait s’effilocher sous ses doigts ?


Thomas laisse cette exploration de l’univers d’une inconnue tourner à l’obsession. Il y consacre des heures. En tout cas, il n’est plus à se pencher sur le supposé vide de sa propre existence.

Mais ce qui est le plus intéressant, c'est qu'au fil de cette histoire, l'autrice va explorer le thème moderne de la Vérité. Au fil des siècles, on semble être passé successivement de la croyance en une Verité objective unique et indiscutable, à des Vérité nuancées selon les points de vue et voilà que nous voyons poindre une ère où la Vérité n'existerait simplement plus, faute d'être discernable parmi les documents truqués indécelables et les affirmations catégoriques totalement fausses, mais ne recevant aucune objection. Ajouté à la problématique de nos téléphones, cela nous fait tout de même un roman particulièrement riche et intéressant qui m'a emballée.

Je vais donc aller voir si les précédents roman de Delphine de Vigan sont aussi bons.

Je veux quand même dire que j'ai sauté au plafond en voyant D. de Vigan utiliser l'horreur qu'est ce barbarisme* aussi hideux qu'inutile de "gênance"!!!


* Ne me dites pas que c'est un néologisme, les néologismes sont de nouveaux mots pour des choses nouvelles et personne n'est fichu de me dire ce que ce "truc" entré dans un Larousse qui se déshonore il n' y a qu'un an, apporte de différent du mot "gêne".


336 pages


03 septembre 2026

On peut à nouveau commenter.

Vendredi 4 : Apparemment, Blogspot s'est réveillé ce matin en décidant d'empêcher les commentaires sur mon blog. Pour bien faire, j'étais loin d'un ordi toute la journée

En attendant qu'il se ressaisisse, envoyez vos commentaires et liens pour les Pavés par mail à sibylline.lecture@gmail.com

J'essaie de corriger au plus vite

Résultat : l'autorisation pour tous de commenter est toujours en place. C'est purement un dysfonctionnement Blogspot. :-( 


  BONNE NOUVELLE !

Nous avons dépassé ce soir le nombre 

de participants des années précédentes

et bientôt, 

le nombre de livres !

Bravo à tous

Et il reste 18 jours !    

01 septembre 2026

Se le dire enfin

d'Agnès Ledig 

***+


978-2290253205

Ah oui, tu as raison, c'est du feel-good, et je ne me feel pas mieux pour autant, car malheureusement, ça ne marche pas pour moi. Une vidéo un peu nunuche de chien ou de chaton, ça peut marcher, mais le feel-good, non, désolée, zéro résultat. On s'en tire même bien si je ne suis pas agacée, mais c'est surtout pour l'excellente raison que, normalement, je n'en lis pas. Mais là... erreur à la gare de triage. Ayant lu "Compter les couleurs" et découvrant l'autrice par ce titre, l'ayant aimé et m'étant imaginé que ça allait donner naissance à quelque chose de profond, j'avais enchainé avec celui-ci pour réaliser dès le premier chapitre qu'il y avait maldonne. Têtue (mais je préfère dire persévérante), je suis néanmoins allée jusqu'au bout (d'autant que j'avais déjà annoncé que j'allais le lire). Bon, donc, c'est fait. 

Et donc, conclusion : eh bien, si vous aimez lire des romans feel-good, celui-là a au moins le mérite d'être bien écrit, riche en péripéties et rebondissements et donc tout à fait capable de captiver ses lecteurs d'un bout à l'autre. Ca parle d'amour éternel, de couple qui se forme, de blessures profondes qui cicatrisent, de résilience face à une injustice subie, d'équilibre de la vie et de la mort, de la "vraie" vie proche de la nature (ici, la forêt de Brocéliande) par opposition à la vie citadine artificielle, des façons de gagner sa vie sans la gâcher en même temps, et tout cela est, sinon toujours facile, au moins, toujours possible. Il y a un amusant petit côté pratique, qui est toujours soigneusement sauvegardé. Je parierais qu'Agnès Ledig est une femme qui a les pieds sur terre. A la fin, aucune histoire n'est tout à fait finie mais elles ont toutes (et, mine de rien, elles sont assez nombreuses) été mises sur des rails qui vont dans le bon sens et disposent d'une énergie suffisante pour avancer toutes seules. Alors, bon vent à elles et aux amateurs/trices du genre.

Non, j'ai dit que je ne parlerai pas des situations réduites à un seul de leurs aspects et des psychologies simplifiées.

  512 pages

28 août 2026

Le pigeon

de Patrick Süskind

*****

978-2253047421

On n'a parfois pas besoin de beaucoup de pages pour faire un chef-d’œuvre, du moins, quand on s'appelle Patrick Süskind. Ici, il en a utilisé moins de cent.

Nous allons suivre monsieur Jonathan Noël, son personnage, pendant toute une journée, mais quelle journée ! Celle qui détruira son monde et lui permettra d'avoir passé une marche et de ne plus être tout à fait le même le lendemain. Monsieur Noël, la cinquantaine assumée, est vigile à la banque. Son travail consiste à stationner impeccablement, debout toute la journée à côté de la porte en fixant l'horizon. Et il y parvient sans trop de mal (ce que j'admire). Ce que nous découvrirons au fil de ce récit, c'est qu'il a eu une enfance très traumatisante et un début malheureux dans l'age adulte, qui l'ont laissé avec un très profond sentiment d'insécurité qu'il ne peut surmonter que dans la solitude et par une organisation pointilleuse de sa vie. Empêchements, frayeurs, routine apaisante, phobies. Il vit dans le cauchemar de tout perdre, aussi, est-il très heureux d'occuper une minuscule pièce sous les toits qu'il est même en train d'acheter au prix de gros efforts financiers, pour s'assurer (croit-il) de ne pas risquer de perdre au moins un toit.

Toujours tiré à quatre épingles, Monsieur Noël quitte chaque matin sa chambrette pour se rendre à la banque, y stationner pendant des heures et rentrer le soir après quelques courses alimentaires. Il est heureux comme cela, entendez qu'il maintient ses angoisses à un niveau acceptable. Mais ce matin-là ! Ce matin-là, en ouvrant la porte de sa chambre, il se trouve face à un pigeon dans le couloir où il a pénétré on ne sait comment. Or, la terreur de M. Noël face à ce volatile est totale. Il ne peut s'y confronter. Et c'est l'heure d'aller au travail.

Je ne vais pas tout vous raconter, mais il finit par arriver à sortir. Seulement, il est incapable d'envisager de revenir affronter ce pigeon, tout comme il sait qu'il ne peut demander d'aide à personne. Aussi, ce matin-là, en quittant son immeuble, Jonathan a-t-il perdu son sacro-saint « toit » et se voit-il comme SDF. Sa vie s'effondre.

Je pense que vous comprendrez mieux ce récit si vous avez vous-même une phobie car il vous paraîtra plus vraisemblable. Dans ce cas, imaginez-la à la place du malheureux pigeon.

Enfin, une lecture hors des sentiers battus. Cent pages d'une justesse et d'une tension remarquables. Cent pages qui se dévorent. Du grand art.






24 août 2026

Les belles promesses

de Pierre Lemaitre 

****

978-2702191477

Et voilà tournée la dernière page du dernier volume de cette tétralogie qui couvre l'histoire d'une famille (et quelle histoire! Quelle famille!) pendant ce qu'on appelle "Les Trente Glorieuses", comme le titre « Les Années glorieuses »l'évoque. C'est dire que beaucoup de choses vont changer au fil des quatre tomes. Ce dernier volume qui se déroule donc dans les années soixante-dix nous permettra de retrouver les protagonistes auxquels nous nous sommes habitués et que nous connaissons bien. Ils poursuivent sur leur trajectoire, égaux à eux-mêmes. (Vous pouvez lire la suite sans crainte, avec moi, jamais de spoiler). Il ne faudrait pas me pousser beaucoup pour que je me hasarde à supposer que le préféré de l'auteur serait François qui a globalement toujours eu le beau rôle, même si les Tome 3 l'a vu traverser des moments difficiles, et puis aussi Thérèse pour qui je lui soupçonne une vraie affection, à la fois « vraie femme » et sainte. Par contre, quel sadisme avec les petits-enfants ! Il s'amuse cruellement avec le jeune Philippe tout au long de ce volume, et il n'aura vraiment pas fait de cadeau à l'héroïque Colette qui aura tout subi depuis son plus jeune âge, sans que sa remarquable capacité de résilience soit beaucoup vantée.

Mais comme on le sait, les romans de Pierre Lemaître s'appuient toujours fortement sur une page d'Histoire. Ici, ce sera donc la fin des Trente Glorieuses, l’explosion du commerce à bas prix (comment ne pas penser à la folie Tati Barbès?), le remembrement, la construction du périphérique parisien, la Guerre d'Algérie etc. Le don de Lemaître, c'est de savoir parfaitement s'emparer de tout cela et de l'intégrer si bien qu'on croirait qu'il l'a inventé pour son récit.

Les plus attentifs auront remarqué que j'ai accordé quatre étoiles et non les cinq de l'excellence, c'est parce qu'à la vérité, j'ai été dérangée puis vite agacée par les interruptions pour suivre la trajectoire tellement hors contexte de Manuel. Alors, on sait bien, depuis le début que l'auteur ne fait pas cela pour rien et que cela finira bien par aller quelque part... mais n'empêche. J'ai trouvé que ça ne s'intègre pas dans le flux. En clair : ça gène. Mais c'est juste mon avis. Bravo quand même, quelle saga ! Ce sera quoi, la prochaine ?


Tétralogie : Les Années glorieuses

1. Le Grand Monde

2. Le Silence et la Colère

3. Un avenir radieux

4. Les Belles Promesses


Athalie et Dasola l'ont lu aussi.

      512 pages  

20 août 2026


Compter les couleurs

d'Agnès Ledig

****

978-2290259092

Opuscule de 90 pages où alternent en brefs chapitres le récit des vies de nos deux personnages garçon – fille, Édouard - Elise, littéralement depuis leur venue au monde. Ils sont tous les deux des êtres plus sensibles que la moyenne (l'hypersensibilité est un thème cher à l'autrice). Édouard écrira "J'avais le sentiment de venir d'une autre planète et d'avoir été catapulté sur celle-ci sans le mode d'emploi de son troupeau d'habitants. Je me heurtais à de superficiels conflits là où j'avais besoin de profondeur paisible. Je m’insurgeais contre des injustices qui ne semblaient gêner personne." Mais quel ado n'a pas éprouvé cela ? Néanmoins, il est effectivement hypersensible.

J'ai aimé l'écriture et la vision du monde qu'elle véhicule. Je découvre Agnès Ledig avec cet ouvrage et je vais enchaîner bien sûr avec "Se le dire enfin". En fait, l'autrice nous l'explique dans la préface, elle a écrit ce livre après "Se le dire enfin" pour ancrer la réalité de ses personnages en leur donnant une vraie vie antérieure à leur rencontre dans son roman. Ouais, ouais, on dit ça. Moi je crois plutôt qu'elle s'était trop attachée à eux et qu'elle n'arrivait pas à se résoudre à les lâcher, à "tourner la page". Si le lecteur est dans le même cas, il sera ravi de l'aubaine. Quoi qu'il en soit, on peut lire "Compter les couleurs" indifféremment avant ou après l'autre. Ce sont deux romans totalement liés, mais autonomes. Dans celui-ci, les chapitres d'Elise (qui a "une âme solide dans un cœur enjoué") sont des pages qu'elle avait écrites à 17 ans, ceux d’Édouard sont celles qu'il a écrites bien plus tard... à 50 ans. J'ai trouvé cette mise en récit originale et intéressante.

Il y a eu une édition qui réunissait en un seul volume "Se le dire enfin" et "Compter les couleurs" (978-2290359174), c'est la meilleure solution, mais malheureusement elle n'est plus éditée et on ne peut la trouver que chez les soldeurs, cependant, elle est trouvable. La preuve, je l'ai achetée après avoir fini cette lecture. Sinon, il faut les acheter séparément et je vois sur Amaz' que les gens râlent parce que c'est trop cher pour si peu de pages ! Comme si c'était une tranche de pâté ! Ils n'ont qu'à faire comme moi et fréquenter les bibliothèques, c'est gratuit. On peut se goinfrer pour pas un sou et est-ce qu'ils s'y précipitent pour autant ?.

Une autrice chez qui je vais aller fouiller un peu.


16 août 2026

Les sept Sœurs -1 Maïa

de Lucinda Riley

***+

978-2368124758

C'est une série qui cartonne à tout va dans les librairies, on la voit partout. Comment y échapper? Je n'ai pas pu.

Le richissime Pa Salt vient de s'éteindre laissant derrière lui sept orphelines déjà adultes auxquelles ce décès donnera l'occasion de se revoir sur l’île privée qui était la sienne et où seule la première fille (Maïa) vivait encore, ayant regagné le nid familial après une grosse déconvenue sentimentale. Ces jeunes femmes ne sont pas ses filles biologiques, il les a toutes adoptées l'une après l'autre. Il les a toutes gâtées mais a veillé à ce qu'elle reçoivent une formation selon leurs goûts pour s'épanouir dans leurs professions (faut être sérieux quand même). A sa mort, les jeunes femmes découvrent les messages sibyllins qu'il a laissés à chacune et qui devraient leur permettre, en faisant des recherches, et si elles sont perspicaces, de retrouver leurs familles biologiques. Pourquoi ne leur a-t-il pas tout simplement donné ces renseignements?... On peut envisager plusieurs explications délicates et plus ou moins convaincantes, la mienne est que s'il l’avait fait, notre série à succès, bestseller en or, n'aurait jamais dépassé un volume de moins de 200 pages. Nous voilà donc partis pour une série de 7 volumes, puisque chaque sœur, par ordre chronologique, aura droit à son tome de recherches et de découvertes. Sept? Mais l'adoption d'une des sœurs a raté et elle n'a jamais rejoint l'île familiale. Six alors? Eh bien non, puisque je vois sur les rayonnages, un tome 7 intitulé "La Sœur disparue". Ah ! Chic! Sept alors? Eh bien non plus, huit, car j'aperçois derrière ce septième tome, un tome 8!!! rédigé par Lucinda Riley déjà bien malade et terminé par son fils après son décès, et qui lui sera axé sur... vous l'avez deviné, le mystérieux père dont les motivations ont excité toutes les curiosités et qui expliquera tous les mystères exacerbés depuis déjà sept gros volumes.

Enfin, pas pour moi, parce qu'après ce tome 1 que je n'aurais sans doute même pas lu jusqu'au bout si cela n'avait pas été un audiolivre, je n'envisage pas de continuer. La suite ne m'intéresse pas. Je ne peux même pas dire, que ce soit mauvais, c'est même plutôt bien fait. L’intérêt est capté (plus ou moins) et on est constamment dans la position de se demander comment ça va tourner ou si les suppositions qu'on a faites sont les bonnes. En général, on devine tout un peu avant qu'on ne nous le dise, et c'est tellement satisfaisant pour notre ego!

Mais c'est creux, c'est du toc. Ça ne parle de rien de vrai. Pas de vrais sentiments, vraie vie, situation plausible, interactions et relations psychologique réalistes: du toc bling-bling, soutenu par une trame documentaire superficielle sur le célébrissime Christ de Rio, qui donne au tout une aura culturelle et étoffe un peu un récit qui, sans cet ancrage à une histoire fantasmée certes, mais au moins réelle, sonnerait terriblement creux. Les femmes comme ces sept sœurs n'existent pas, les autres personnages non plus. Pa Salt est criant de trucage. C'est un type qui, au sens strict, "n'existe pas", mais son mystère tirera toute la série.

Toutes les héroïnes sont des princesses millionnaires, donc dégagées de tout trivial souci matériel. Aaahh, (soupir), ça fait du bien à la lectrice, tous ces voyages formule luxe sans limites, les palaces somptueux, toute la domesticité qu'il faut pour ne jamais se poser la question des repas, des courses, des tâches ménagères etc. Sait-on même que cela existe? tout en étant "tellement simple" qu'on est persuadée d'être comme tout le monde. On travaille même pour gagner sa vie! Ce n'est pas super, ça? Entendons-nous, que des emplois passionnants et jouissant d'un certain prestige.

Mais bon, pourquoi pas ? Lecture facile pour été paresseux. Pourquoi pas ? Faut bien se détendre.


   527 pages

12 août 2026

Un été prodigue

de Barbara Kingsolver

*****

978-2743651190

Vous ne serez pas surpris, ce roman traite comme toujours de thèmes qui sont chers à l'autrice : ici, particulièrement, les femmes, l'écologie et la vie agricole, la place de l'humain dans la nature.

L'action se situe à l'époque actuelle, vers le haut d'une petite montagne des Appalaches où quelques familles de fermiers implantés depuis longtemps, gagnent leur vie grâce à l'agriculture et à l'élevage, d'une façon qui n'a rien d'immuable mais qui au contraire s'adapte d'année en année au marché. La solidarité du village existe et plus encore celle de la famille «Les voisins et la famille n'acceptent pas d'argent.» (de salaire)

Une de ces ferme est occupée par Cole Widener et Lusa, jeune femme de la ville qu'il vient d'épouser et d'installer avec lui dans la ferme familiale dont il est l'héritier. Ses sœurs et leurs familles occupent d'autres fermes alentour. Mais très vite, alors que Lusa fait encore figure d'étrangère, Cole meurt dans un accident. Lusa se retrouve à la tête d'une exploitation agricole, bien ancestral des Widener qu'elle n'aurait pas la force de faire tourner, même si elle avait les connaissances nécessaires. Ils la regardent. L'été arrive.

Plus loin vit Nanie 76 ans, écologiste convaincue et militante, arboricultrice bio célèbre tant pour ses diverses variétés de pommes, toutes succulentes, que pour sa joie de vivre, sa gentillesse et son anticonformisme. Nanie a un vieux voisin qui est tout le contraire d'elle. Ancien professeur d'agriculture sévère et craint, il a gardé ce genre de caractère acariâtre pour cacher la grande tristesse dans laquelle l'a plongé la mort de sa femme il y a déjà longtemps, mais dont il n'arrive pas à se remettre.

La troisième femme, c'est Deanna, femme forte et solitaire, garde forestière et qui veille sur la zone de forêt, plus haut dans la montagne afin d'entretenir les sentiers mais aussi d'éviter le braconnage. Elle adore cette vie solitaire qui lui va comme un gant, et se trouve très bien dans sa petite cabane depuis deux ans. Sa passion, ce sont les coyotes, espèce presque disparue car massacrée par les fermiers, et à laquelle elle a consacré ses études et sa thèse.

Ces 500 pages se lisent sans ennui et sans temps morts si les thèmes de l'autrice vous parlent (comme c'est mon cas). Les personnages expliquent leur vision écologique du monde et donc, si vous ne désirez pas comprendre ces données, vous allez trouver ces passages ennuyeux. Par exempte, vous baillerez quand Nanie expliquera à son voisin, fan des insecticides, comment grâce à ceux-ci, les insectes nuisibles aux récoltes se développent au lieu de diminuer. Mais moi, ça m'a intéressée. Je n'avais jamais pensé à ça. Le voisin non plus, d'ailleurs. Même chose quand Deanna explique pourquoi les coyotes, uniquement vus comme les ennemis des troupeaux, sont en fait nécessaires à l'équilibre naturel de tout l'écosystème. Etc. Les aspects psychologiques, comme le deuil, la perte, les êtres différents etc. sont eux aussi très bien vus.

L'été est la saison des récoltes et celui-ci, le titre vous l'a annoncé, sera prodigue.

Il faut le dire, plus je lis Barbara Kingsolver, plus je l'aime. 

560 pages     


08 août 2026

 Ils savent tout de vous 

de Iain Levison

*****

978-2867467929 

Ah ! Enfin un Iain Levison qui me convainc totalement. D'abord, une excellente histoire pour ce thriller : Jared Snowe, flic plein d'idéal est au début de sa carrière. Voilà qu'il s'aperçoit soudain qu'il peut entendre ce que les gens pensent. Sacré atout dans son métier ! Aussi ne tarde-t-il pas à gravir les échelons en raison de ses excellents résultats. En dehors de cela, Snowe est toujours célibataire et aimerait bien que les choses changent à ce sujet. Seulement, l'amour, quand vous savez la moindre pensée de l'autre... ce n'est pas facile.

A l'autre bout du spectre, Denny Brooks lit lui aussi dans les pensées, et même mieux que Snowe, mais lui, il est dans le couloir de la mort pour avoir tué un flic.

Arrivé là, le lecteur souffle un peu pour se demander ce qu'il ferait et ce qui changerait dans sa vie s'il devenait lui aussi télépathe du jour au lendemain. Faites-le avant de lire la suite.

"Elle prit sa tasse et sa mallette, s'assit à la table de Snowe et posa son café sur la page des sports.

- Vous autres qui découvrez que vous avez ce don incroyable, qu'est-ce que vous faites ? Vous vous posez des questions ? Comment je peux l'utiliser pour le bien de l'humanité ? Empêcher un génocide quelque part ou retrouver des personnes disparues ? Non. Vous jouez au poker, vous fréquentez les bars pour célibataires et vous essayez de draguer dans les cafés..."

Vous venez de rencontrer le troisième personnage ! Terry Dyer (quelque chose de prémonitoire dans le nom). Elle ne lit pas du tout dans les pensées, mais au contraire, elle est la seule que les deux télépathes ne peuvent pas "lire". Sacré atout dans son métier ! Car figurez-vous que son métier, c'est de retrouver et manipuler les télépathes que le gouvernement sait éparpillés dans la nature, et qu'il entend récupérer et utiliser.

Voilà, je vous en ai assez dit, mais pas trop. 

Je suis sûre que vous aurez bien senti tout le potentiel de ce point de départ, et il est riche, très riche. Iain Levison saura en tirer le meilleur pour un roman qui vous comblera. Le meilleur de cet auteur pour moi, à ce jour.


  CLIC !  "Mr. know it all" de Teddy Swims, j'aime cette interprétation

04 août 2026

Chambre 505

de Viveca Sten

**

978-2253254812

Les lectures, c'est souvent par séries et là, on dirait que j'ai une série noire. Pauvre de moi ! Heureusement, c'était un audiolivre. C'est moins pénible. Et je suis allée au bout parce que c'était mon Pavé de la semaine.

Récapitulons :

Tout d'abord, il y a une erreur de casting, le bouquin nous est vendu comme un polar alors qu'à mon avis, aucun amateur de polar n'y trouvera son compte. C'est dans la catégorie Romance qu'il aurait fallu le mettre, là, il aurait eu des chances de rencontrer son lectorat. L'intrigue policière ici, extrêmement plate et convenue, ne sert que de prétexte aux analyses psychologiques à deux balles et aux épanchements sentimentaux consternants des uns et des autres... Quelle mièvrerie ! Quel ennui ! On a plusieurs fois dû me réveiller.

Et voilà Hanna et Daniel, inspecteurs chargés de l'enquête, "le duo de choc", comme n'hésite pas à annoncer une audacieuse quatrième de couverture. J'aurais plutôt dit duo "en carton", mais allons y pour le choc, car ça en a été un pour moi quand j'ai vu comment tout cela se tricotait. Ce n'était pas l'idée que je me faisais des polars nordiques, mais il est vrai que je ne m'y connais pas beaucoup. Enfin, j'imaginais quelque chose de plus tonique, rythmé, tendu etc. Ici, pas du tout. De très courts chapitres, dans la plupart il ne se passe rien, sauf une description détaillées des affres et dilemmes psychologiques et généralement sentimentaux du personnage dont on parle. Car, pour que personne n'ait de mal à suivre, on parle d'un personnage ou d'une action par chapitre. N'allons pas nous embrouiller. C'est pas Science-Po ici.

Une promotrice femme d'affaire féroce que tout le monde déteste, vient de se faire sauvagement assassiner. Dans ce genre de roman, vous avez toujours, soit la victime que tout le monde adorait et qu'absolument personne n'aurait voulu molester, soit la victime que tout le monde détestait et que tout le monde peut avoir massacrée. Nous sommes dans le deuxième cas de figure. Hanna et Daniel foncent dans l'enquête, Hanna se révèle bientôt bien meilleure assistante sociale que flic, et Daniel... eh bien à vrai dire, jusque vers la fin, je ne sais pas trop ce qu'il a fait. Hanna en pince secrètement pour son coéquipier qui ne se doute de rien et est marié. Elle a d’ailleurs un peu tendance à en pincer pour beaucoup de messieurs... Elle est facilement émue. Je dis ça, je dis rien, car c'est une fille sérieuse, bien sûr. Hanna ronge son frein, Daniel s'épanche sur le divan de sa psy. Les autres membres de l'équipe ont des soucis aussi, du même ordre... Le lecteur s'ennuie, l'affaire ne progresse guère... Quelques centaines de pages plus loin : dénouement qui se voudrait des airs de Fort Alamo mais loucherait plutôt vers L'attaque du bac à sable. Même le lecteur le plus distrait aura compris bien avant les enquêteurs mais tout finit quand même bien, quoique sur une situation étonnamment bancale pour ce qui est des affaires sentimentales, au cas où elles auraient intéressé quelqu'un.

Ce titre n'est pas le premier du duo en carton, j'apprends que c'est une série, mais je vais bien me garder d'y mettre davantage le nez.

On me dit que c'est bientôt l'IA qui écrira ce genre de romans et je réponds : "Et alors ?"

Heureusement, ma prochaine lecture est bonne. Fin de la série noire. Ça va me faire des vacances.


31 juillet 2026

Nos vies désaccordées

de Gaëlle Josse

**+

978-2290059920

Ça faisait longtemps que ce n'était pas arrivé! Voilà un livre que je n'ai pas aimé. Je ne tiens pas spécialement à le descendre (il n'a pas besoin de moi) mais je fais une fiche sur toutes mes lectures et je vais essayer de dire ce que je lui reproche.

L'histoire d'abord. Un pianiste virtuose à succès rencontre l'amour de sa vie et qui plus est, en est aimé. Mais elle est un peu instable psychologiquement aussi, quand elle traverse un drame, elle ne parvient pas à gérer. Le pianiste, emporté par une tournée à succès n'est pas là pour l’épauler et elle s'effondre. Quand il revient, elle est introuvable. Des années plus tard, il la cherche toujours. etc. etc.

J'avais l'impression d'avoir déjà lu une histoire un peu comme cela, mais je n'ai pas réussi à mettre un nom dessus, alors passons. Que ce soit un fait ou juste une impression, l'histoire ne surprend pas. Elle semble même convenue, comme son évolution.

L'écriture aussi, je l'ai trouvée plate et sans recherche; sans charme également. Pour vous donner une idée du niveau littéraire, voici un extrait.

"Allons, je ne vais pas faire semblant d'être victime de ma réussite, ni de l'argent qui me donne le luxe de ne pas penser au lendemain. Mais le talent est une chose, la chance en est une autre et leur rencontre aléatoire. Le succès appelle le succès, et la gloire va à la gloire. Je suis devenu une valeur artistique et économique fiable, un gage de qualité. Les agents, les directeurs de salles et de festivals, les maisons de disques s'appuient sur une poignée de noms qui remplissent les salles. C'est plus une question de chance que de justice., et je me trouve maintenant du bon côté de la rue, c'est tout. Je ne prétends pas faire pleurer, mais il faut des nerfs solides et une bonne santé pour exercer ce métier."

Comment reprendre son souffle après une telle avalanche de lieux communs et de platitudes?

Bref, l'histoire avance peu à peu vers sa fin évidente et sans intérêt elle non plus. Le narrateur est un fat antipathique, même quand il souffre et se repent, on ne s'en émeut guère. Comme de son côté, la pauvre âme désaccordée est mutique et qu'on ne la voit pratiquement pas, l'empathie peine à s'installer (euphémisme).

Quelques pensées profondes, mais malheureusement fausses à mon sens "l'ennui réside dans une absence d'attente, de tension, de désir". Non, ça, ce serait plutôt la sérénité. L'ennui c'est quand on ne parvient pas à occuper son esprit.

Les amours de Schumann et de Clara sont évoquées au passage pour le vernis culturel. Un parallèle est établi entre leur histoire et celle de nos héros.

Bon. Je suis allée jusqu'au bout parce que c'est très court (122 pages) et j'ai trouvé que la dernière partie s'améliorait un peu.

Par contre, je me souviens d'avoir aimé, lu il y a longtemps, "Le dernier gardien d'Ellis Island" que Gaëlle Josse a publié deux ans plus tard. Comme quoi, il ne faut pas désespérer.


PS: pour info, plein de gens ont adoré ou aimé ce livre.

 Clic ! Schumann Fantasiestücke op. 12