23 septembre 2026

LES PAVÉS DE L ÉTÉ

 PALMARÈS 2026


38 lectrices et lecteurs s'étaient inscrits mais 3 d'entre eux sont forfaits. Donc, 35 ont réellement participé et nous avons aligné 170 pavés. Ces deux nombres m'enchantent, d'abord parce que ce sont des comptes ronds (qui ont ma préférence), ensuite parce que notre record est battu (je reconnais que la canicule qui nous a cloués au sol a bien aidé). 

Médaille de kryptonite

30 titres lus !!!

BELETTE2911


Médaille supersonique sidérale météoritique

14 titres lus ! : TACHAN


Médaille de platine

13 titres lus !SIBYLLINE


Médaille de palladium

10 titres lus ! :  INGANNMIC


Médaille de diamant

9  Titres lus !:  MANOU


Médaille d'or

8 titres lus ! : ATHALIE


Médailles d'argent

7 titres lus ! :  PHILIPPE D. & DASOLA


Médailles de bronze

6 Titres lus ! : MISS SUNALEE


Médaille de nougat

5 Titres lus ! : MAPERO, ENNA & AUDREY


Médaille de chocolat

4 Titres lus ! 

VIOLETTE, ALEXANDRA, TA D LOI DU CINE & SANDRION


Médailles de caramel

Titres lus ! :

ALEX MOT-A-MOTS, KITTY LA MOUETTE, GERALDINE, DAME IDA & EIMELLE


Médailles de meringue

2 titres lus ! : 

NANOU, FANJA, ANNE, KEISHA, AGATHEB2K & PATRICE


Médailles de barbe à papa

1 titre lu ! :

CATH L., AIFELLE, SACHA, NATHALIE, FABY, BASTIEN, ANNE - YES & ANNA KRONIK



BRAVO A TOUS !!

Je donne à tous rendez-vous en décembre pour les Gravillons de l'hiver! Invitez du monde!

Tous les blogueuses et blogueurs cités au palmarès s'afficheront maintenant dans ma liste de blogs amis =>

que je vais bientôt remettre à jour

22 septembre 2026

   PAVES DE L'ETE 2026

ATTENTION ! DERNIER JOUR !

Vous avez jusqu'au mardi 22/09 à minuit.

Réveillez ceux qui s'étaient inscrits et n'ont encore rien envoyé 

Et pour tous: vérifiez que vous avez bien envoyé tous vos liens

21 septembre 2026

Un animal sauvage

 de Joël Dicker 

****

978-2889730889 

Pas mal du tout. C'est ce que je me suis dit en tournant la dernière page. Pourtant, ce n'était pas gagné. D'abord, je n'avais pas l'intention de lire ce polar, mais il est apparu dans ma boîte à livres. C'était inattendu . Il est rare que l'on y trouve des ouvrages sortis depuis moins de six mois, mais ce sont les vacances. Les touristes achètent un roman pour la plage ou les journées et soirées farniente et n'ont pas envie de s'encombrer en faisant les valises du retour. Alors voilà. Qui suis-je pour lutter contre les destin ? Je l'ai lu. Très vite, d'ailleurs. La prose de Joël Dicker est de celle qui s'avale plus vite que la normale. C'est factuel, phrases sans complexité, claires, un récit visuel. L'atout de l'auteur n'est pas dans son style d'écriture, il est dans ses intrigues.

Arpad et Sophie, couple idéal tant physiquement que socialement sont très amoureux et habitent une luxueuse maison près de Genève avec leur deux enfants. Non loin de là, mais dans un quartier beaucoup moins chic, vivent Greg, flic de haut niveau, son épouse Karine et leurs deux enfants. MAIS, Greg, flic d'élite sur le point d'avoir encore une plus haute promotion est littéralement fasciné par sa voisine et commence à faire n'importe quoi... alors tout va commencer à sortir des sentiers balisés, les choses ne faisant bientôt plus que s’aggraver... Et puis, il y a également un personnage mystère qui rode, espionne, tourne autour des maisons et file les voitures... Une fois tout cela mis en place, voyons comment les choses vont évoluer.

Les personnages de ce roman m'ont semblé se rattacher à de grands archétypes reliftés à l'époque actuelle. J'ai plusieurs fois pensé aux histoires de braquages des films de ce genre (Gabin, Delon, Ventura etc.) bien qu'on ne soit pas du tout dans ces années-là. On est bel et bien en ce moment même. Mais mentalement, il y avait de ça. Jusqu'à l'idée d'organiser un braquage elle-même qui n'est pas hyper moderne. Mais quel braquage ! On est loin de Tom Cruise mais les surprises ne vont pas manquer et vous n'allez pas être déçu. 

Les personnages se tiennent et sont cohérents sans partir s'emmêler dans les profondeurs des analyses psychologiques. Le récit passe constamment d'une époque à une autre en expliquant au fur et à mesure, certains faits actuels par les événement survenus quelques jours, mois, voire décennies auparavant. Ce qui ne permet pas à la monotonie d'une narration linéaire de s'installer.

On est accroché d'un bout à l'autre, une tension ne se dissipe que pour laisser la place à une autre. Les imprévus se multiplient. Alors, si vous cherchez un roman policier qui va bien vous occuper l'esprit et vous distraire, celui-ci peut parfaitement faire l'affaire. Pour mon exemplaire, quelqu'un m'a déjà demandé de le lui passer.

PS : Une chose qui m'a agacée : les prénoms ! Leur côté outré et artificiel. "Fauve", "Arpad"! Sérieusement ? On se croirait chez Amélie Nothomb.


Mon dernier Pavé de l'été 2026 : 522 pages   

On passe tout notre temps à arpenter Genève en tous sens donc, pour Athalie et Ingannmic

19 septembre 2026

    PAVES DE L'ETE 2026

ATTENTION ! PLUS QUE 2 JOURS !

Vous avez jusqu'au mardi 22/09 à minuit.

Réveillez ceux qui s'étaient inscrits et n'ont encore rien envoyé 

17 septembre 2026

Dernière soirée

de Lisa Gardner

****

978-2253254973

La série des aventures de Frankie Elkin est un peu sur le même thème que Tracker (série qui passe en ce moment sur la 1), sauf que lui a réussi à s'organiser pour gagner sa vie avec sa recherche des disparus alors qu'elle, non. Elle fait ça parce que c'est sa passion et qu'elle est douée pour cet exercice, mais pour vivre, elle doit également occuper des postes temporaires de barmaid.

Quelle est la base ici ? Il y a cinq ans, une bande de jeunes hommes sont allés en montagne enterrer la vie de garçon de l'un d'eux. Ils ont trop bu au bivouac et au matin, le futur marié avait disparu. Les secours se sont lancés à sa recherche mais on ne l'a jamais retrouvé, ni vivant, ni mort. Tous les ans, son père organise une nouvelle expédition de recherche à laquelle participent les amis présents à ce fameux enterrement de vie de garçon, eux qui de leur côté, rongés par le remords de l'avoir laissé s'éloigner du camp, ne se sont jamais tout à fait remis de cette aventure.

Un honnête thriller qui fait le travail, avec ses défauts et ses qualités. Pour les défauts, je l'ai trouvé un peu trop bavard, surtout au début. Frankie s'explique et se raconte beaucoup, alors je sais bien qu'il faut que nous fassions connaissance et que c'est pour donner de la chair à son personnage, mais pendant ce temps, il ne se passe rien ou pas grand chose, et les pages défilent. D'autant que c'est le deuxième opus de la série, donc beaucoup de lecteurs la connaissent déjà. A moins que vous ne vous intéressiez aux problèmes de sevrages d'addiction, les AA etc. Dans ce cas, vous serez peut-être plus réceptif à ces digressions. Frankie est une traumatisée de la vie. Elle a vécu des horreurs qu'elle ne parvient pas à surmonter ce qui fait qu'elle ne peut pas se bâtir une vie stable et demeure une sorte d'aventurière SDF. Frankie est seule dans la vie et j'aurais tendance à penser qu'elle est fondamentalement une solitaire, mais qu'elle ne le sait pas encore. Nous verrons ce qu'elle deviendra dans les tomes suivants.

Bref, comme elle est disponible, cette année, Frankie se joint au groupe et participe aux recherches. Evidemment, nous ne sommes pas là pour rien et cette année, on va trouver la clé de l'énigme.

Pour ce qui est de l'intrigue, du suspense, des indices, fausses pistes, dangers et action en général, quand ça se décide à y aller, c'est très bien fait. Rien à redire. On reste bien accroché et on se croit dans l'action avec eux sur cette fichue montagne.

Fidèle à une habitude personnelle maintenant bien établie, j'ai suspecté successivement tous les participants sauf justement... Pfff... C'est décourageant. Je devrais arrêter les whodunit.


Série Frankie Elkin (ref Wikipedia)

L'Été d'avant, 2024 (Before She Disappeared, Dutton, 2021)

Dernière Soirée, 2025 (One Step Too Far, Dutton, 2022)

Douze ans après, 2026 (Still See You Everywhere, Dutton, 2023)

Kiss Her Goodbye 2025


528 pages     

13 septembre 2026

   PAVES DE L'ETE 2026

ATTENTION ! PLUS QUE 4 JOURS !

Réveillez ceux qui s'étaient inscrits et n'ont encore rien envoyé 

Une île à l'envers

de Léa Arthemise

****

978-2898222276

J'ai tout de suite été séduite par ce court roman dépaysant et poétique qui nous emmène à La Réunion, là où les Réunionnais la voient, la pensent et la parlent. Je me laissais emporter le sourire aux lèvres sur les courants réunionnais, leurs magies (au sens propre comme figuré), leurs superstitions insensées et évidentes... Une pépite!

Le récit est actuel mais n'hésite pas pour autant à nous emporter au début du 18ème siècle, dans les cales des pirates ou sur leurs gibets. Il y en a eu des trésors disparus! partis dans un naufrage, dilapidés ou prudemment et secrètement enterrés sur une côte déserte! Oh oui, il y en a eu et en conséquence, bien des cartes au trésor que des gaillards roublards vendaient sous le manteau dans des tavernes mal famées. A la suite de quoi, il y a eu un gros intérêt pour ces histoires de pirates. Des historiens se sont très doctement chargés d'étudier leur histoire, même quand ils se sont parfois révélés n'être que des romanciers manipulateurs publiant sous une identité totalement fictive. Il en fut ainsi de Daniel Defoe qui signa en 1724 une "Histoire générale des plus fameux pirates" sous le nom de Capitaine Charles Johnson. "Le travail de Charles Johnson a été déterminant dans l'élaboration des conceptions populaires de la piraterie et est la principale source pour les biographies de nombreux pirates." nous dit Wikipédia qui admet toutefois que certains le contestent... mais il reste qu'il n'existait aucun capitaine Charles Johnson dans les registres. Comme vous le voyez, c'est aussi clair qu'une carte au trésor et il y avait de quoi mettre le feu à bien des cervelles. Jusqu'au grand-père de J. M. G. Le Clézio qui est lui aussi, avec sa petite pelle, allé creuser au pied de cocotiers ou de rochers reconnaissables. Chasseur de trésor, ce n'est pas que dans la tête, c'est aussi dans les bras... et les jambes. En tout cas, depuis quatre siècles, ça nous fait des récits passionnants. L'autrice ne s'y est pas trompée, mais loin de s’en tenir à ces récits d'aventures, elle appelle également les années honteuses dont on ne parle pas en métropole, où Michel Debré fit mener des rafles d'enfants* et sur les femmes, des interventions que je n'ai pas clairement comprises mais qui semaient la terreur chez les Réunionnaises. Il faisait office de croquemitaine et hantait les cauchemars de la nourrice qui l'appelait "Michou la colère" et des jumeaux, centres du récit actuel.

Mais ne vous trompez pas, ce n'est pas un récit tragique, bien plutôt un récit d'aventure aux limites du fantastique et de la poésie. Les personnages, quelle que soit leur époque, sont fabuleux et si pleins de vie ! Cerise sur le gâteau, l'autrice a souvent l’œil qui frise, l'humour n'est jamais loin :

"N'en reste pas moins que, dans ce cryptogramme spécifique, une dizaine de signes semblent se traduire indifféremment par une lettre ou par un chiffre. L'historien décèle certaines prononciations dures ou expressions typiques du Nord-Est de la France. L'auteur du pictogramme pourrait ainsi être français, natif de Calais. Concernant le contenu, qui devrait dévoiler plus ou moins directement l'emplacement d'un trésor, il est littéralement fait mention d'une paire de cœurs, de pigeons, d'un chien turc et d'un onguent. L'historien admet son désarroi."

J'ai aimé, donc, même si un petit lexique m'aurait bien aidée à certains moments où j'ai eu un peu de mal à suivre..


* Voir L'affaire des enfants de la Creuse.  Ce n'est que 60 ans après (!) que l'assemblée votera l’ouverture d’un droit à réparation sous forme d’allocation forfaitaire. Aucune poursuite pénale, bien sûr.


Une île, des pirates et des cartes au trésor, c'est pour 

09 septembre 2026

Et devant moi le monde

de Joyce Maynard

*****

978-2264055422   

Joyce Maynard est une écrivaine et chroniqueuse nord-américaine qui après une longue correspondance avec J.D Salinger, a vécu avec lui pendant neuf mois avant d'être brusquement fichue à la porte alors qu'elle était encore très férocement mentalement dépendante de lui. Elle avait dix-huit ans quand le New-York Times a publié sa longue chronique sur les jeunes de sa génération. Cet article a été un succès et était accompagné d'une photo d'elle. Salinger a été ...?? Je ne sais, séduit ? Intéressé ? Bref, il n'a pas hésité à lui écrire et a entamé avec elle une longue correspondance dont il est peu a peu ressorti qu'ils étaient des âmes-sœurs malgré la nette différence d'âge (Salinger avait 53 ans) et finalement, il lui a fait quitter ses contacts dans la presse et même l'université pour venir vivre auprès de lui. Ce qu'elle a accepté avec enthousiasme. C'est cette période qu'elle raconte, jusqu'au moment où neuf mois plus tard, à la plage, il lui a annoncé qu'il serait mieux qu'elle parte devant pour faire sa valise et qu'elle ne soit plus là quand lui-même rentrerait. 

Elle raconte aussi ce que fut sa vie après jusqu'à l'âge mûr où elle parvint enfin à jeter un regard sur cette expérience, à la dire, à la surmonter. Elle n'accuse même pas violemment Salinger, elle raconte, plutôt. Elle était consentante et même follement amoureuse, et ne se libère de l'emprise que deux décennies plus tard. Elle rédige son autobio et découvre à cette occasion qu'elle est loin d'avoir été un cas unique, ce qui lui remet tout à fait les pieds sur terre. Jusque-là elle croyait toujours à un amour réciproque et exceptionnel, pas à un schéma répétitif chez le monsieur.

Si Joyce Maynard publiait ce livre aujourd'hui, gageons qu'il recevrait un tout autre accueil que celui qui fut le sien à sa sortie en 1998 où il a soulevé une véritable levée de boucliers, un déferlement de haine et d'injures, tout le monde se précipitant pour défendre l'idole incritiquable qu'était J.D Salinger, fleuron de la littérature nord-américaine. « Défense de gratter la dorure sur l'idole » Rares ont été ceux, et à vrai dire, plutôt celles, qui l'ont défendue. Chapeau à cette occasion à Joyce Carol Oates.

« Ce livre parle de la vie d'une femme , ainsi que de la honte et du secret. Mais (…) nombre de gens ont estimé que , dans la mesure où mon histoire englobait celle d'un grand homme qui exige qu'on ne parle pas de lui, je lui devais de garder le silence. » (C'est commode, il faut l'avouer).

On l'a accusée d'avoir voulu utiliser son histoire avec Salinger comme étant son seul moyen de se faire valoir. Certains lui ont même contesté le titre d'écrivain alors que c'est de cela qu'elle a toujours vécu.

La polémique a fait flamber les ventes, ce dont Maynard ne pouvait que se réjouir, mais lui a fermé d'innombrables portes (magazines, journaux, éditeurs, conférences...) Beaucoup ont fait tout ce qu'ils ont pu pour détruire sa carrière et l'effacer. (Fallait vraiment pas toucher à la dorure). Heureusement pour elle, les USA ne sont pas le monde et son livre a connu des traductions dans 16 langues différentes et les ventes qui vont avec, sans compter les lecteurs anglophones du monde entier que le scandale avait alertés.

Et en France où il n'a paru qu'en 2011 (c'est long quand même)? En France, ça a été plus sournois. Personne ne l'a agressée et plusieurs, femmes et hommes, l'ont défendue et jugé son livre intéressant – ce qu'il est vraiment. (En particulier Christiane Besse et Florence Noiville), mais souvenons-nous quand même que d'autres ont pudiquement détourné les yeux, comme F. Beigbeder qui a préféré continuer à cultiver le mythe et à clamer haut et fort son amour/admiration pour le Maître sans jamais avoir manifesté qu'il ait lu, vu, su, entendu parler de « Et devant moi le monde ». Maynard a alors dit de lui « il se prosterne devant l’autel de Salinger, il ramasse les petites miettes. »

Et pan ! Dans l’œil !

 504 pages

05 septembre 2026

Je suis Romane Monnier

de Delphine de Vigan

*****


978-2073113252

Vous n'allez pas le croire, mais je n'avais encore jamais lu Delphine de Vigan. Je ne saurai pas dire exactement pourquoi. Une sorte d'anti-phénomène de mode. Tout le monde l'avait lue, tout le monde appréciait... donc je n'étais pas attirée. Ses sujets aussi, qui ne me branchaient pas immédiatement, mais justement, c'est par là qu'elle m'a eue : le sujet, parce que cette extrapolation sur nos relations avec notre téléphone, c'était vraiment très prometteur. Ça pouvait facilement virer banal, mais ça pouvait aussi être tout à fait passionnant... et vous savez quoi ? C'est la deuxième voie que cela a pris.

Thomas, déprimé car sa fille qu'il a élevée seul vient de quitter le nid, a passé la soirée dans un bar avec son meilleur ami, a bu pas mal et se réveille le lendemain avec un téléphone qui n'est pas le sien mais celui d'une inconnue, la Romane du titre. Nous imaginons tous sans peine la catastrophe que peut être la perte de cet outil qui contient toutes nos clés au point que nous perdons aussi les numéros de nos amis, de notre famille, du travail etc. Nous avons même un petit pincement à l'estomac pour lui. Il n'en est pas de même apparemment pour la mystérieuse Romane, qui rapporte le téléphone de Thomas au bar mais refuse de récupérer le sien. Pire, elle lui donne les codes pour qu'il puisse l'ouvrir, l'explorer et l'utiliser si il le souhaite. Pour sa part, elle s'en désintéresse. C'est la curiosité qui tue les chats, dit-on. Comment, quand on est seul et désemparé, ne pas tenter de distraire son esprit en s'adonnant à l'indiscrétion, puisque l'autre n'y trouve rien à redire ? Et Thomas transfère sa vacance mentale sur cette mystérieuse inconnue grâce à cet espion de haute volée que nous avons tous dans nos poches. La récolte est fructueuse : historique de navigation, mails et même un trésor d'enregistrements audios dont Romane semble avoir pris l'habitude avant de disparaître. Tentait-elle de s'ancrer davantage dans un réalité qu'elle sentait s’effilocher sous ses doigts ?


Thomas laisse cette exploration de l’univers d’une inconnue tourner à l’obsession. Il y consacre des heures. En tout cas, il n’est plus à se pencher sur le supposé vide de sa propre existence.

Mais ce qui est le plus intéressant, c'est qu'au fil de cette histoire, l'autrice va explorer le thème moderne de la Vérité. Au fil des siècles, on semble être passé successivement de la croyance en une Verité objective unique et indiscutable, à des Vérité nuancées selon les points de vue et voilà que nous voyons poindre une ère où la Vérité n'existerait simplement plus, faute d'être discernable parmi les documents truqués indécelables et les affirmations catégoriques totalement fausses, mais ne recevant aucune objection. Ajouté à la problématique de nos téléphones, cela nous fait tout de même un roman particulièrement riche et intéressant qui m'a emballée.

Je vais donc aller voir si les précédents roman de Delphine de Vigan sont aussi bons.

Je veux quand même dire que j'ai sauté au plafond en voyant D. de Vigan utiliser l'horreur qu'est ce barbarisme* aussi hideux qu'inutile de "gênance"!!!


* Ne me dites pas que c'est un néologisme, les néologismes sont de nouveaux mots pour des choses nouvelles et personne n'est fichu de me dire ce que ce "truc" entré dans un Larousse qui se déshonore il n' y a qu'un an, apporte de différent du mot "gêne".


336 pages


03 septembre 2026

On peut à nouveau commenter.

Vendredi 4 : Apparemment, Blogspot s'est réveillé ce matin en décidant d'empêcher les commentaires sur mon blog. Pour bien faire, j'étais loin d'un ordi toute la journée

En attendant qu'il se ressaisisse, envoyez vos commentaires et liens pour les Pavés par mail à sibylline.lecture@gmail.com

J'essaie de corriger au plus vite

Résultat : l'autorisation pour tous de commenter est toujours en place. C'est purement un dysfonctionnement Blogspot. :-( 


  BONNE NOUVELLE !

Nous avons dépassé ce soir le nombre 

de participants des années précédentes

et bientôt, 

le nombre de livres !

Bravo à tous

Et il reste 18 jours !    

01 septembre 2026

Se le dire enfin

d'Agnès Ledig 

***+


978-2290253205

Ah oui, tu as raison, c'est du feel-good, et je ne me feel pas mieux pour autant, car malheureusement, ça ne marche pas pour moi. Une vidéo un peu nunuche de chien ou de chaton, ça peut marcher, mais le feel-good, non, désolée, zéro résultat. On s'en tire même bien si je ne suis pas agacée, mais c'est surtout pour l'excellente raison que, normalement, je n'en lis pas. Mais là... erreur à la gare de triage. Ayant lu "Compter les couleurs" et découvrant l'autrice par ce titre, l'ayant aimé et m'étant imaginé que ça allait donner naissance à quelque chose de profond, j'avais enchainé avec celui-ci pour réaliser dès le premier chapitre qu'il y avait maldonne. Têtue (mais je préfère dire persévérante), je suis néanmoins allée jusqu'au bout (d'autant que j'avais déjà annoncé que j'allais le lire). Bon, donc, c'est fait. 

Et donc, conclusion : eh bien, si vous aimez lire des romans feel-good, celui-là a au moins le mérite d'être bien écrit, riche en péripéties et rebondissements et donc tout à fait capable de captiver ses lecteurs d'un bout à l'autre. Ca parle d'amour éternel, de couple qui se forme, de blessures profondes qui cicatrisent, de résilience face à une injustice subie, d'équilibre de la vie et de la mort, de la "vraie" vie proche de la nature (ici, la forêt de Brocéliande) par opposition à la vie citadine artificielle, des façons de gagner sa vie sans la gâcher en même temps, et tout cela est, sinon toujours facile, au moins, toujours possible. Il y a un amusant petit côté pratique, qui est toujours soigneusement sauvegardé. Je parierais qu'Agnès Ledig est une femme qui a les pieds sur terre. A la fin, aucune histoire n'est tout à fait finie mais elles ont toutes (et, mine de rien, elles sont assez nombreuses) été mises sur des rails qui vont dans le bon sens et disposent d'une énergie suffisante pour avancer toutes seules. Alors, bon vent à elles et aux amateurs/trices du genre.

Non, j'ai dit que je ne parlerai pas des situations réduites à un seul de leurs aspects et des psychologies simplifiées.

  512 pages

28 août 2026

Le pigeon

de Patrick Süskind

*****

978-2253047421

On n'a parfois pas besoin de beaucoup de pages pour faire un chef-d’œuvre, du moins, quand on s'appelle Patrick Süskind. Ici, il en a utilisé moins de cent.

Nous allons suivre monsieur Jonathan Noël, son personnage, pendant toute une journée, mais quelle journée ! Celle qui détruira son monde et lui permettra d'avoir passé une marche et de ne plus être tout à fait le même le lendemain. Monsieur Noël, la cinquantaine assumée, est vigile à la banque. Son travail consiste à stationner impeccablement, debout toute la journée à côté de la porte en fixant l'horizon. Et il y parvient sans trop de mal (ce que j'admire). Ce que nous découvrirons au fil de ce récit, c'est qu'il a eu une enfance très traumatisante et un début malheureux dans l'age adulte, qui l'ont laissé avec un très profond sentiment d'insécurité qu'il ne peut surmonter que dans la solitude et par une organisation pointilleuse de sa vie. Empêchements, frayeurs, routine apaisante, phobies. Il vit dans le cauchemar de tout perdre, aussi, est-il très heureux d'occuper une minuscule pièce sous les toits qu'il est même en train d'acheter au prix de gros efforts financiers, pour s'assurer (croit-il) de ne pas risquer de perdre au moins un toit.

Toujours tiré à quatre épingles, Monsieur Noël quitte chaque matin sa chambrette pour se rendre à la banque, y stationner pendant des heures et rentrer le soir après quelques courses alimentaires. Il est heureux comme cela, entendez qu'il maintient ses angoisses à un niveau acceptable. Mais ce matin-là ! Ce matin-là, en ouvrant la porte de sa chambre, il se trouve face à un pigeon dans le couloir où il a pénétré on ne sait comment. Or, la terreur de M. Noël face à ce volatile est totale. Il ne peut s'y confronter. Et c'est l'heure d'aller au travail.

Je ne vais pas tout vous raconter, mais il finit par arriver à sortir. Seulement, il est incapable d'envisager de revenir affronter ce pigeon, tout comme il sait qu'il ne peut demander d'aide à personne. Aussi, ce matin-là, en quittant son immeuble, Jonathan a-t-il perdu son sacro-saint « toit » et se voit-il comme SDF. Sa vie s'effondre.

Je pense que vous comprendrez mieux ce récit si vous avez vous-même une phobie car il vous paraîtra plus vraisemblable. Dans ce cas, imaginez-la à la place du malheureux pigeon.

Enfin, une lecture hors des sentiers battus. Cent pages d'une justesse et d'une tension remarquables. Cent pages qui se dévorent. Du grand art.