25 juin 2026

Je suis une idiote de t'aimer

de Camilla Sosa Villada

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979-1022615013


Recueil de 9 nouvelles de tailles très inégales puisque d'entrée de jeu, la première est  neuf fois plus longue que la deuxième.  L'autrice Camilla Sosa Villada est transgenre, a fait des études  et a vécu de la prostitution jusqu'à ce qu'elle rencontre le succès en tant qu'écrivaine.

Je suis une idiote de t'aimer  45 pages  Première nouvelle et éponyme, elle est aussi la plus longue. New-York, Ava et Maria, Latinas noire venues d'Argentine, elles sont coiffeuses dans un quartier défavorisé. C'est Maria qui raconte. Elles sont toutes les deux des trans (mais on disait « travelos ») à une époque qui ne les accepte pas du tout. Nous sommes dans les années 50. Que la vie était dure pour elles et leurs semblables ! La nuit, elles traînent dans les mauvais quartiers de Harlem à la recherche de sexe. Ça ne se termine pas toujours bien, mais ce soir-là, leur chemin va croiser celui d'une super star du jazz dont le déclin a commencé : Billie Holiday ! Et cette dernière va s'enticher d'elles de façon définitive. Ce sera réciproque. C'est le début d'une amitié totale, de la solidarité et du soutien  entre des vies vraiment difficiles.

Le goûter  5- 6 pages  Une grand-mère discute avec sa petite fille pendant qu'elles goûtent ensemble... mais où et quand ? Il y a quelque chose de simplement génial dans cette brève nouvelle, belle comme un haïku.

Ne reste pas trop longtemps dans la fange  19 pages Dur. Visiblement très autobiographique. Je n’en dis pas plus.

Merci, Difunta Correa 11 pages  Très autobiographique. Don Sosa et son épouse sont allés en plein désert, jusqu'au sanctuaire de Difunta Correa, pour lui demander que leur enfant trans cesse de se prostituer. Quand on fait un vœu, il faut bien réfléchir à la façon de le formuler.

Femme écran   15 pages  Une exception : la narratrice est une femme. Çà m'a d'ailleurs perdue au début. Je ne comprenais pas bien. Bref, de nombreux homo, souvent dans les classes les plus aisées, ont besoin de se faire passer pour hétéro. Il leur fait donc présenter à leur famille, collègues, voisins etc. une petite amie séduisante. C'est un métier bien payé.

La nuit ne laissera pas le jour se lever 11 pages  Prostituée trans n'est déjà pas un métier facile, mais quand c'est une équipe de rugbymen qui vous embauche... ça devient franchement aventureux. Mais c'est aussi sordide et triste, bien sûr.

Le foyer de la compassion 30 pages  Flor est «pute routière de la pampa». C'est elle qui le dit. Cela signifie que cette trans tapine les routiers le long de la route qui file à travers des kilomètres de désert. Les surprises sont nombreuses. Aujourd'hui par exemple, elle a croisé une groupe de nonnes qui cheminaient dans la bonne humeur vers leur monastère de La Compassion. Mais les surprises sont aussi le plus souvent dangereuses, comme ces chiens qui, devenus sauvages, se lancent sur la route et causent de graves accidents avec les camionneurs tentant de les éviter d'un coup de volant réflexe. Et puis, les clients sont dangereux aussi. Flor a eu des problèmes aujourd'hui, et en fin de compte, elle ne s'en est peut-être pas aussi bien tirée qu'elle l'avait d'abord cru...

Cotita de la Encarnacion 11 pages  Récit de tortures et massacres perpétrés par la police à l'occasion d'une «épuration» anti-trans. Bien trop affreux pour moi. Je ne veux pas lire de récits de torture, j'ai donc tout de suite interrompu ma lecture et je ne peux rien vous dire de plus.

Six mamelles 37 pages Entièrement baigné de magie et de folklore mésoaméricain, ce récit raconte comment après une campagne de dénigrement sauvage anti-trans de plus en plus violente et omniprésente, d'incitations à la chasse et au meurtre de trans et de leurs proches, se termine en un véritable massacre. Rares sont ceux qui parviennent à fuir jusque dans la jungle où ils s'installent et apprennent à vivre autrement, sans aucun contact avec le monde... Mais on est alors en plein « réalisme magique » genre littéraire que je n'ai jamais ni bien compris, ni beaucoup apprécié, alors ...


Bilan :

Je remarque que Camilla Sosa Villada ne parle que de trans hommes devenus femmes. Elle n'évoque même pas les trans femmes devenues hommes, à croire que le phénomène n'existe pas. Je regrette ce manque de solidarité. 

Je remarque que C. Sosa Villada a une très belle écriture, et même plus que ça. 

Je remarque qu'ici (je ne sais pas si c'est toujours le cas), dès qu'elle dépasse son auto-récit pour élargir à une vision plus générale, sociologique ou politique, on passe dans l'allégorie et l'imprécis.

Juste mon premier contact avec cette autrice intéressante.


Cette chanson est chantée dans la première nouvelle

Billie Holiday - "Strange Fruit" Live 1959  






21 juin 2026

Ne jamais trembler

de Stephen King

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978-2226501875

Septième et, pour l’instant, dernier des romans avec Holly Gibney, "Ne jamais trembler" ne décevra pas les aficionados du King et de Holly. Je sais que certains vautours surveillent l’auteur en guettant le moment où ils pourront enfin dire qu’il baisse, mais ce n’est pas encore pour cette fois, ce dernier opus est bien au niveau des autres.

Nous retrouvons Holly, toujours détective privée, bien qu'elle ait un peu vieilli. King ne garde pas son héroïne immuable à travers les aventures, il la laisse vieillir. Je ne sais pas si je ne le regrette pas un peu, mais peu importe, elle est là. "petite femme aux cheveux grisonnant et au sourire discret", "petite femme bien habillée, portant des chaussures confortables. Coiffure élégante mais sobre." Mais ne croyez pas qu'on glisse doucement vers Miss Marple ! On en est loin. Holly est encore plutôt sportive. Mais avec l'âge, elle a troqué la petite prière qui terminait toutes ses journées dans "Holly", par la méditation, plus consensuelle, je suppose.

Son amie Izzy Jaynes, la policière, est en charge d'une enquête effrayante et captivante : un tueur fou assassine des innocents. Il en tuera autant qu'il y avait de jurés au procès qui a condamné un innocent. Il dit qu'il tuera 13 innocents et 1 coupable. Il a commencé. Jayne essaie de l'arrêter et en discute avec Holly dont elle admire les capacités d'observation et de déduction. Holly se passionne volontiers pour l'affaire, mais elle n'a aucun droit de s'en mêler, aussi poursuit-elle ses activités de détective.

Parallèlement, Sista Bessie, la grande chanteuse noire américaine vient donner un concert géant dans la ville, et elle veut rencontrer Barbara, la protégée de Holly, qui a publié des poèmes qu'elle aime énormément.

Encore parallèlement (il y a trois lignes, quatre, même si l'on compte le grand match de foot américain qui va opposer la police aux pompiers), la tournée de conférences de l’écrivaine des droits des femmes Kate McKay passe par la ville. Stephen King a particulièrement réussi le portrait de cette leader à la fois admirable et insupportable, que rien ne peut faire dévier de sa cause. Et justement, un fanatique religieux a juré de la tuer et comme il devient dangereux, Kate décide de prendre une garde du corps, et ce sera... Holly. Mais oui, vous aviez deviné.

Quatre événements énormes à forte charge émotionnelle dans la même zone, deux tueurs fous déjà passés à l'acte mais pas du tout identifiés, une lieutenante de police. King a multiplié les personnages féminins, ils sont tous dominants et il les a particulièrement réussis. Je ne pense pas que ce soit un hasard. Et, en passant, une victime collatérale s'appelle Epstein.

Bref, vous emmenez en même temps, votre lecteur visiter le monde des fanatiques religieux et celui des rescapés d'addictions, vous mettez tout ça ensemble, vous donnez l'impression de secouer mais en fait, vous organisez tout bien. Vous obtenez un peu plus de 500 pages captivantes. Vous servez frais.


Petit détail final : Je tiens à dire que je réprouve que Jaynes ait décidé de ne pas poursuivre celui qui l'a gravement blessée (je ne dis pas qui pour ne pas spoiler). J'ai trouvé que cela relevait de ce formatage que les femmes reçoivent, à l'indulgence pour leurs agresseurs et qui est d'ailleurs vu comme une faiblesse par les "méchants". Pour une fois, je crois qu'ils ont raison. On nous a affaiblies. Il ne faut pas faire ça.


Avec Holly Gibney :

1 - Mr. Mercedes

2 - Carnets noirs

3 - Fin de ronde

4 - L’outsider

5 - Si ça saigne 

6 - Holly

7 - Ne jamais trembler


528p. 

20 juin 2026

   PAGE RECAPITULATIVE PAVES DE L'ETE 2026

Actuellement :

 participants 

pour  9 titres

*

Comment ça va se passer?

Je vais relever ici les liens que vous aurez mis en commentaire et qui sont conformes aux règles du challenge.  (Clic ici)



Les participants seront classés par ordre alphabétique jusqu' au 23 septembre. Le 24, il y aura aussi un récapitulatif selon les scores avec DISTRIBUTION DE MEDAILLES ! 👍👏

Les livres de plus de 750 pages pourront aussi participer aux Epais de l'été


Amusez-vous bien !  😄😁

*




ANNE - YES
  
DASOLA
"Fox" de Joyce Carol Oates 

  ENNA
"Une colonne de feu" (Les piliers de la terre T3) de Ken Follett 

INGANNMIC
"Je ne suis pas là" de Lize Spit

MISS SUNALEE
"Peste noire" de Patrick Boucheron

PHILIPPE D.
"Créance de sang" de Michaël Connelly

SANDRION
"Cache-cache" de Søren Sveistrup

SIBYLLINE 
"Ne jamais trembler" de Stephen King 


VIOLETTE
"Histoires de la nuit" de Laurent Mauvignier 


19 juin 2026

 

Luttons contre l’invisibilisation des femmes dans l’art, la culture et les sciences.


Lu dans un article déjà ancien de ONUFemmes:  

"Il y a toujours eu des femmes artistes, mais on a tout simplement ignoré leur travail et l'histoire les a oubliées.
Un oubli qui nous rend toutes et tous ignorant.e.s d’une partie de notre patrimoine culturel et artistique : en effet, en dehors de quelques références, qui connaît les noms de ces femmes architectes, compositrices, artistes, cinéastes, écrivaines qui ont participé à l’édification de notre culture"
Tentons de donner leur place aux écrivaines, à notre modeste niveau, ne serait-ce qu'en lisant autant d'autrices que d'auteurs. 
Alors que je suis féministe depuis toujours, j'ai constaté que je lisais nettement plus d'auteurs. Cela m'a étonnée, je pensais être à peu près à égalité. Bien sûr, ils sont beaucoup plus mis en avant. Ceci explique sans doute cela si on ne fait pas attention (La carte forcée du magicien). Alors justement, faisons attention. Faisons, nous aussi, l'effort de compter dans nos blogs et de rééquilibrer quand il le faut. Je viens de commencer, alors pour 2026, le score (pas fameux) est.

Femmes 16    -    Hommes 26

Et je le mettrai à jour à chaque nouvelle lecture. Qui se joint à moi?  Lançons ce mouvement salutaire qui fera du bien à tous. Que dites-vous de ce logo? Pour moi, il va maintenant s'afficher dans la colonne de droite =>

PS: Si vous lisez 2 livres d'une même personne, cela compte 2

17 juin 2026

Eclaircie

de Carys Davies

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979-1037114693

Deuxième livre que je lis de cette écrivaine et me voilà décidée à lire tout ce qui paraîtra d'elle en français. Je viens d'acheter "Le voyage d'Hilary Byrd" que mes biblis n'avaient pas. Quand l’éditeur parle de "style concis et puissant", pour une fois, il n'exagère pas. En moins de 200 pages, C. Davies nous emmène non seulement dans un lieu tout à fait spécial, mais même dans une époque et un monde que nous ne soupçonnions pas. Elle donne aussi vie à des personnages absolument marquants, profonds, originaux et riches que je ne suis pas près d'oublier. Ces trois-là vont rester longtemps avec moi.

Cela se passe au milieu du 19ème siècle, au nord de l’écosse. John Ferguson, pasteur presbytérien, cœur pur, très amoureux de sa femme Mary qui le lui rend bien, a quitté son poste confortable pour rallier un schisme plus idéaliste de son église. Du coup, le ménage perd tous ses revenus et John qui ne songe qu'à installer sa nouvelle église, ne parvient pas à trouver un emploi. A force de demander, il se voit attribuer un travail dont il ne mesure ni la laideur, ni la dangerosité. Dans le froid et les bourrasques, l’archipel des Shetland est constitué de toutes petites îles presque incultes où un hameau, une famille, voire un homme ou une femme seul vivotent, tirant comme ils peuvent leur pitance de ce sol et ce climat hostiles. Plus que leur pitance, même car ces terres appartiennent quand même à des capitalistes continentaux qui pressurent à mort leurs derniers fermiers. En cette époque "moderne" de recherche de rentabilité maximum, les propriétaires trouvent que le jeu n'en vaut plus la chandelle et décident d'expulser les derniers occupants pour les remplacer par des troupeaux de moutons qui se débrouilleront seuls entre deux récoltes de laine et prélèvements de boucherie. Dans l'île où est envoyé Ferguson, il ne reste plus qu'un homme, Ivar, qui ne parle qu'une langue ancienne qu'il est seul à connaître, un colosse primaire, rendu plus primaire encore par des années de solitude totale. Le pasteur va être déposé dans l’îlot par un bateau de passage et repris un mois plus tard avec le fermier auquel il aura dans l’intervalle expliqué qu'il faut qu'il parte et qu'il aura une bien meilleure vie sur le continent. Notre citadin John Ferguson s'y prend si bien que dès le premier jour, avant même d'avoir rencontré Ivar, il tombe de la falaise tout nu (il prenait un bain) et gît sérieusement blessé sur les rochers où il serait mort si le fermier ne l'avait découvert par hasard. A partir de là commence un huis clos pour les deux hommes, marqué par la plus totale incompréhension, qui entraînera la constitution par le pasteur, d'un lexique laborieux mais s'enrichissant en permanence. De son côté, Mary, restée à terre, découvre tout ce qu'on leur a caché sur cette mission confiée à son mari et, en femme de caractère, décide de le rejoindre au plus vite pour l'avertir.

Belle image des papiers et actes officiels qui, lessivés par la mer, revenus au blanc d'origine, serviront pour noter le lexique élaboré soigneusement par deux hommes qui essaient de communiquer.

Une idée formidable ! Si originale, si pleine de possibilités et si magnifiquement exploitée ! L'écriture est superbe et même poétique. Je bée d'admiration ! Un roman rude mais qui, paradoxalement rend foi en l'homme, et quand j'y pense, c'est aussi l'effet que m'avait fait "West" .

Une autrice dont je vais TOUT suivre ! Si vous ne connaissez pas encore 1° Vous avez tort 2° Courrez !


Tout entier entre traversées difficiles et îles à moitié sauvages, ce roman participe au Trip en mer. Sans que j'en dise plus pour ne pas déflorer, il participe également au mois des fiertés.



Et comme nous sommes sur une île... 

13 juin 2026

Résistances queer   

d' Antoine Idier

Dessins : Philippe Pochep

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978-2413048596

J'ai pris cet album tout d'abord parce que j'aime bien cette collection "Découvertes - Delcourt" qui m'apporte un vernis de connaissances dans des domaines variés, et ensuite parce que je m’emmêle un peu dans les lettres du célèbre acronyme et parce je ne refuserais pas une définition claire du mot "queer". Mais évidemment, ce qui est complexe n'est pas simple, alors pour la définition simple... enfin bref.

Si le titre fait penser à l'histoire la plus récente des mouvements LGBTQI+, c'est bien l’historique complet du mouvement de manifestation, puis de revendication, qui est examiné en détail, depuis ses débuts et pas seulement la dernière période. Mais je comprends bien que l'éditeur préfère "Résistances Queer" qui accroche le chaland simple curieux à "Histoire des mouvements revendicatifs homosexuels". Ceci étant dit, l'album (144 pages) est agréable à lire et plein d'enseignement. Les dessins de Pochep sont plaisants, vifs et naturels. Pour donner vie à l'évocation des faits dans leur chronologie qui aurait pu être rébarbative, il a mis en scène trois personnages principaux (et un chat, qui fait un peu office de bâton de parole ou de boule antistress). Les personnages sont deux jeunes gays qui viennent de se rencontrer dans le quartier du Marais grâce à une appli de rencontres homo et un homosexuel vieillissant qui va croiser leur chemin et qui va entreprendre de leur raconter toute l'histoire du mouvement homosexuel. Il les invite chez lui (en échange, ils lui montent ses paquets) et entreprend de leur raconter toute l'histoire, un verre à la main, et même plusieurs. C'est un spécialiste, il a même monté un musée des mouvements homosexuels Et tout de suite, il est question de mots. Nommer, c'est faire exister mais c'est aussi cerner. Ce qui n'a pas de nom n'existe pas vraiment, on ne peut pas réfléchir dessus, mais ce qui en a un est défini par ses limites. Il y a ce qui est lui, "lesbienne" par exemple et ce qui ne l'est pas. Mais une fois qu'on a ouvert le cadenas des conduites normées, et invité chacun a suivre sa pente la plus naturelle, ça part dans tous les sens. Et chaque orientation différente a de même besoin d'un nom pour exister et est limité à ce que désigne exactement ce nom. Et ce, dans le meilleur des cas. Je veux dire, si ne s'y accole aucune hiérarchie ou jugement de valeur, comme aiment à en établir les "sachants", médecins, psy, etc.


Ce qui explique que l'acronyme ait accumulé les lettres Lesbiennes, Gay, Bi, Trans, Queer, Intersexe et finalement + pour indiquer que la liste n'est pas close. Queer, finalement, si j'ai bien compris, désigne toute personne non hétéro. Les mots sont importants, mais une fois la chose bien établie, on peut être moins pointilleux, surtout que les frontières sont poreuses.

Donc : "+", parce que sinon :


N'oublions pas que ce n'est qu'en 1982 (il y a moins de 50 ans!), avec R. Badinter, qu'est passée la loi dépénalisant l'homosexualité.

Bilan : un album bien fait, et très instructif, que je conseille à tous, hétéros ou non.

PS : un titre emblématique du mouvement gay est évoqué : "You make me feel mighty real" J'aime l’interprétation de Jimmy Somerville.

PPS : Et il y a des clins d'œil, aussi: Qui je vois à la manif??? 


   

09 juin 2026

Slava - T1 - Après la chute

de Pierre-Henry Gomont

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978-2505115250

Premier tome d’une trilogie qui a pour cadre, et parle de la Russie post soviétique. Nous sommes dans les années 90, les années Eltsine. Le gros gâteau a été mis sur la table et les rapaces ont sauté dessus. Les plus forts, les plus rapides, les mieux organisés se sont taillé la part du lion mais il reste encore des miettes et la lutte des appétits continue. Les non-rapaces assistent à la curée impuissants et tentent de préserver quelque chose pour eux… C’est le règne du système D.

Nous faisons connaissance de Slava, un homme jeune, un artiste peintre qui se cherche. Il a connu le succès, mais il avait un goût amer. Il cherche autre chose, alors il a tout arreté et il « zone » et fait des magouilles avec un ami d’enfance retrouvé, Lavrine. Lavrine, lui, c’est tout le contraire, il n’a rien d’un artiste, mais le sens des affaires, par contre, il l’a. Il l’a toujours eu, même enfant, et maintenant, on peut dire que la période s’y prête. La corruption et la voracité règnent en maîtresses. Il a des connaissances dans les nouveaux milieux huppés et écume tous les lieux susceptibles de contenir des objet d’art, les pille, et vend au plus offrant. Il a embauché Slava. Ils sillonnent le pays, qui est loin d’être vraiment sûr, et ça se passe parfois bien et facilement, et d’autres fois… beaucoup moins. Çà sera le cas pour le pillage d’aujourd’hui qui avait pourtant toutes les apparences d’un coup en or. Oui, je sais, c’est souvent comme ça.

Pendant ce temps, tout est à vendre dans le pays, et pour pas cher. Si vous voulez savoir comment ça marche (parce que ça a aussi servi ailleurs), c'est parfaitement expliqué en moins d'une page, tant il est vrai qu'un petit dessin vaut mieux qu'un long discours.


Quand le chemin de nos deux pieds nickelés croise celui des mineurs qui viennent d'apprendre qu'ils vont se retrouver sans ressources parce qu'ils ont perdu leur mine au petit jeu décrit plus haut,, l'histoire va prendre une autre tournure.

Cette BD, entièrement faite par Pierre-Henry Gomont, est une vraie réussite. A la fois passionnante par ses rebondissements, amusante par ses personnages hauts en couleur, nombreux et remarquables, et instructive par tout ce qu’elle nous montre de l’intérieur. C’est fascinant. Toutes les aventures (et mésaventures) sont possibles. Comme dit l’auteur « libérée du joug communiste, la Russie est livrée en pâture au capitalisme le plus sauvage ; l’idéal égalitaire n’est remplacé par rien. »

Cependant, le métier de hyène n’est pas sans danger, d’autant que, comme on pouvait sans douter, Lavrine, s’il ne manque ni d’audace, ni de courage, ne joue pas souvent franc jeu… certains n'apprécient pas.

Allez-y, c’est un conseil, moi, je saute sur les tomes 2 et 3.



05 juin 2026

 Trois hommes, deux chiens et une langouste

Iain Levison

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979-1034906697

Pittsburgh et l'univers de Iain Levison et des tout petits salaires américains dans ce roman noir. Trois amis, la trentaine, végètent à tirer le diable par la queue grâce à des boulots épuisants, mal payés et dont on se fait facilement virer. Le plus heureux serait encore Kevin, qui a monté sa petite affaire de promeneur de chiens de citadins trop occupés. Il ne sera jamais riche, mais au moins, il a une activité saine, pas de patron et des collègues (les chiens) plutôt sympathiques. Mitch travaille dans une grande surface. C'est lui qui remplit les rayons vides en matériel pour voitures et autres. Client névrosés et petits chefs font de sa vie un enfer. Doug travaille dans une cuisine, mais il n'est pas cuisinier. Il se charge des corvées et il passe son temps à imaginer qu'il pourrait choisir et commencer un autre métier, comme pilote par exemple. Il y croit vraiment. Au moins un peu. En attendant, ils croupissent sur le divan devant la télé en buvant des bières et fumant de l'herbe. Mitch et Doug vivent là en coloc, Kevin est marié et même père d'un enfant mais c'est là qu'il se réfugie à chaque fois qu'il peut. Avant de promener des chiens, il était en prison pour avoir fait pousser de l'herbe chez lui... Ils sont tous pauvres, surtout. C'est ce qui les qualifie principalement. Ils essaient d'arrondir un peu les fins de moi avec des combines compliquées et peu rentables... voler une télé, voler une Ferrari...

Et voilà que Doug et Mitch perdent leur boulot ! Evidemment, personne n'a le moindre sou de côté pour voir venir. Le loyer court. C'est l'angoisse ! Surgit une occasion de dealer en plus grand, mais encore faudrait-il avoir le réseau et la clientèle; et voilà que le hasard montre à Kevin un casse possible : un fourgon de banque ! Carrément ! Comme des grands !

Tout est dans la préparation, comme on dit, et déjà, à ce niveau-là, on va voir l’envergure des bonshommes...

Ceux qui aiment Iain Levison ne seront pas perdus, comme je disais en intro, c'est son univers depuis le début, très humain. Les paumés coincés dans leurs vies comme des mouches dans un bocal. C'est drôle parfois. Ça a un intérêt sociologique et psychologique, mais au bout d'un moment, c'est un peu toujours pareil. Ils ont non seulement des vies trop restreintes, mais leurs capacités le sont tout autant et ce n'est pas en comatant sur leur divan à griller leurs derniers neurones que ça risque de s'arranger. Maintenant, pour que cela deviennent à nouveau captivant, il faudrait que l'auteur glisse un surdoué dans sa prochaine bande de loser.


01 juin 2026

 

CHALLENGE PAVÉS DE L’ÉTÉ 2026 *

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Bonjour à tous !   😀

Voici bientôt venir l'été et les vacances, tout le temps de lire des grooooos livres. Ce billet pour vous parler du Challenge des Pavés de l’Été qui va commencer le 21 juin, Les règles sont exactement les mêmes que l'année dernière.

1) Lire au moins un livre D’AU MOINS 500 PAGES (tolérance zéro pour le nombre de pages) pouvant être un roman, une (auto)biographie, un récit - témoignage ou encore un essai (mais pas de roman graphique car la perception du nombre de pages est différente). C’est un volume unique (on ne peut pas additionner les pages des volumes d’une série pour arriver au total requis, à moins qu’un éditeur ne les ait rassemblés dans une intégrale papier).

2) Ce livre, vous pouvez le lire dans sa version papier ou numérique ou l’écouter en version audio, mais IL DOIT EXISTER DANS UNE VERSION PAPIER D’AU MOINS 500 PAGES (je me référerai au nombre de pages annoncé sur les sites Fnac ou Amazon puisque c'est un renseignement qu'ils donnent toujours. Qu'ils aient tort ou raison, c'est leur verdict qui comptera. Je dis cela car il y a eu des contestations mais il faut bien un juge de ligne, ce sera eux. C'est plus simple.)

3) A la fin de votre billet, vous mettez  un lien vers https://la-petite-liste.blogspot.com/search/label/Pav%C3%A9s%202026%20r%C3%A8gle%20du%20jeu           (obligatoire).


et si possible, le logo du Challenge (ci-dessous). En échange vous mettrez votre propre lien sur les pages du challenge.

4) Durée du Challenge : du 21 juin au 22 septembre inclus

Modalités de participation :

inscriptions dans les commentaires du présent billet dès à présent 

publication des billets (ou critiques sur n'importe quel réseau social pour les non blogueurs) à partir du 21 juin (et pas avant). Ces billets doivent obligatoirement faire au moins une quinzaine de lignes. dépôt des liens vers vos billets via les commentaires de la Page Récapitulative qui ouvrira sur La petite LISTE le 21 juin. Une fois homologués (très rapidement si les 3 premiers points du règlement sont ok), ils iront dans la page récapitulative elle-même.

N’hésitez pas à poser vos questions éventuelles dans les commentaires. Faites de la pub, plus on est nombreux, plus c'est intéressant. Si votre billet parle d'un livre de plus de 750 pages, vous pouvez le mettre en plus dans le challenge  "Les Epais de l'été" .

ALORS, PRÊT(E)S A RELEVER LE DÉFI ?ᅡᅠ?  Mais attention! Pas avant le 21 !

Inscrivez-vous dans les commentaires 


  








Vont participer 

Bien sûr, on peut participer même si on ne s'est pas pré-inscrit. Il suffit d'envoyer le premier lien.

Sibylline

Philippe D.

Anna Kronik

Athalie

Miss Sunalee

Anna - Yes

Manou

Cath L 

Fanja

Mapero

Tadloiducine

Audrey

Keisha

Violette

Ingannmic 

Sandrion

Alexandra 

Patrice

Nanou

Faby

Claudialucia

Belette2911

Dasola  

Anne 

Enna


     

27 mai 2026

Une brune aux yeux bleus

de Charles Exbrayat

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978-2702415467

Trouvé dans une boite à livres. Il va y retourner.


Déborah, fille d’une longue lignée de huguenots extrêmement austères, est une jeune fille de caractère qui n’a que la bible à la bouche (ou du moins ses extraits) et vit dans la montagne cévenole avec toute sa famille sous la coupe d’un patriarche tyran incontesté. Déborah est bergère mais ne craint rien ni personne (hormis dieu) et pour que ce soit clair, le premier chapitre nous la montre "mettre la pâtée" à un candidat violeur. La famille n’a de relation qu’avec le pasteur et, la montagne ne pouvant nourrir tous ses enfants, c’est lui qui se charge de trouver à la ville, des emplois pour les jeunes gens en âge de quitter le nid. Et justement, quand Déborah rentre, à peine essoufflée de son agression, c’est pour apprendre qu’on lui a trouvé une place de bonne à tout faire dans une des meilleures familles huguenotes d’Annecy. Pour elle, c’est la première sortie hors de son village et on ne peut pas dire qu’elle y soit bien préparée. Ses dehors un peu austères, voire rudes, cachent un fond plus rude encore, cependant, j’ai oublié de le préciser, Déborah est d’une beauté à couper le souffle…

Exbrayat joue à fond la carte du comique de situation avec cette pin-up biblique et sectaire jetée dans le vaste monde et se frottant à la "civilisation".


Les "meilleures familles" étant ce qu’elles sont, l’arrivée de Déborah coïncide avec le meurtre sanglant de son doyen très riche mais très avare dont tous espéraient secrètement le décès et l’héritage. Qui a fait le coup ? D’autant que l’affaire se double de la découverte d’un sombre scandale ancillaire avec éviction de la malheureuse (d’où l’embauche en urgence de Déborah) et totale incertitude sur le géniteur. L’inspecteur Plichancourt et son jeune adjoint (coureur invétéré) vont se rendre sur place pour mener l’enquête. Tout peut, et va, arriver.

Du Exbrayat pur jus. Récréatif, drôle (si on prend les choses au second degré comme il se doit) et bien écrit. Exbrayat comme on l'aime, avec ses scènes d'anthologie et ses subjonctifs. Une fin pleine de philosophie et là, j’avais trouvé qui avait fait le coup ! Ouf ! Cela faisait longtemps que ce n’était pas arrivé!

    


23 mai 2026

Baguettes chinoises 

 de Xinran 

***+

978-2809702309

Une lecture facile pour cette fois, un roman agréable qui se lit rapidement, qui nous donne aussi des infos sur la vie quotidienne en Chine, mais qui, simplifie beaucoup les choses, et qui, malgré les apparences qu’il se donne, n’a pas une vraie profondeur psychologique. La vraisemblance n’a guère été non plus une préoccupation de l’auteure. Quand une, puis trois sœurs, paysannes n’ayant jamais mis un pied en dehors de leur village, débarquent en ville, c’est pour y trouver du premier coup, des protecteurs bienveillants, un gite et un emploi idéal, et ne jamais croiser le moindre prédateur. On est clairement chez les bisounours chinois. Mais cependant, ceci admis, on peut encore trouver de l’intérêt au récit. D’abord pour tout ce qu’il nous dit de la vie dans les villages où le sexisme est toujours absolument monstrueux et où la pression morale de la communauté atteint un niveau que nous autres, Occidentaux, n’imaginons même pas.

Ces trois jeunes femmes, qui dans leur village ne pouvaient être que des « baguettes » sans importance sur lesquelles on ne pouvait compter _ car on estimait qu'on ne pouvait construire quelque chose de solide qu'avec des garçons (les « poutres ») _ ,décident de tenter leur chance en ville. Elles trouvent chacune, le jour même de leur arrivée, un emploi dans le domaine qui leur correspond le mieux. Elles s'épanouissent aussi bien moralement que financièrement. Elles pensent souvent avec amour, à leur mère, toujours étroitement opprimée. Elles pensent à leur père, qu'elles aiment, mais dont elles voient bien la nature tyrannique et égoïste. Plus tard, quand elles reviennent chez elles chargées de cadeaux, elles déclenchent d'autres vocations et contribuent à changer les mentalités du village qui méprisait les filles et valorisait uniquement les garçons. Le père lui-même, un homme dur et exigeant envers sa famille, finit par réaliser qu'un garçon ne lui aurait pas rapporté plus et par changer de regard en voyant la richesse (toute relative) et la réussite de ses filles. Cette histoire montre à quel point la réussite matérielle est importante dans la culture chinoise où elle est perçue comme une preuve de valeur personnelle. A l'inverse, la pauvreté peut être associée à une personnalité médiocre. Cette vision des choses ne correspond pas toujours aux mentalités européennes, ce qui peut parfois provoquer des malentendus lors de rencontres entre les cultures.

Xiran, qui était une sorte de Menie Grégoire chinoise puise dans les anecdotes que lui ont confiées ses auditrices, la matière de ses romans, ce qui fait qu'elle part de la réalité, mais comme je l'ai dit, elle l'agence, puis file sur son histoire sans s'encombrer de toutes les nuances, des incertitudes, erreurs et détails hors sujet qui ne seraient pas directement dans la ligne très simple de son récit. Donc, ce qu'elle nous dit peut être intéressant ou plaisant à lire, mais ce n'est pas la vie.