West
de Carys Davies
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978-2021381429
Un
petit chef d’œuvre de 175 pages.
19ème
siècle. Cy Bellman vit dans un village anglais. Il a perdu sa femme
et ne pense même pas à la remplacer, même si certaines au village
seraient disposées à lui prêter une oreille bienveillante. Il
élève seul sa fille Bess qui n'a que dix ans. Sa sœur Julie, qui
n'habite pas loin, l'aide de son mieux. Cy est encore jeune, fort et
aventureux et les affaires ne vont pas trop mal pour lui et son petit
élevage. Mais la vérité c'est qu'au fond, cette vie de père de
famille ne lui suffit pas, aussi, lorsqu'il apprend par le journal
qu'on a découvert les os d'énormes animaux inconnus dans le
lointain Ouest américain (il y a même des photos !), son sang ne
fait-il qu'un tour. Il lui faut absolument participer à cette
découverte extraordinaire, découvrir lui aussi ces ossements qui
changent la vision du monde, ou au moins, les voir réellement.
Oubliant tous ses devoirs, il décide d'entreprendre le long voyage
qui l'amènera sur place, pour voir ce prodige de ses propres yeux.
Sa sœur et d'autres gens plus raisonnables ont beau lui rappeler que
sa fille a besoin de lui, tout comme sa ferme, on ne peut le retenir
et il se lance dans ce voyage insensé qu'il estime devoir durer deux
ans, alors qu'il ne connaît même pas l'emplacement exact de son
futur terrain de fouilles. Julie viendra habiter sa maison avec Bess,
et pour les gros travaux, le voisin, prêtera la main...
Une
partie du récit suivra Cy dans son voyage au far-west, ses
campements errants, ses recherches qui durent et n'aboutissent pas.
Il découvre les Indiens, par l'entremise de son jeune guide dont le
mode de vie et la façon même d'appréhender et concevoir le monde
lui sont totalement inconnus et peu compréhensibles. Tous deux
endurent une éprouvante vie errante dans des contrées sauvages et
parfois très inhospitalières. A chaque fois qu'il atteint une
étape, il envoie une lettre à Bess, mais le courrier est incertain
à cette époque des USA au Royaume uni.
L'autre
partie du récit demeurera en Angleterre et verra Bess grandir dans
son village en pensant toujours à son père dont elle espère le
retour sans faiblir, bien qu'un an, puis deux et plus passent, sans
qu'elle reçoive la moindre lettre... Elle ne peut qu'imaginer et
espérer qu'au moins, il ne soit pas mort et revienne un jour. Mais
sa vie a beau être bien moins sauvage que celle de son père, elle
n'en aurait pas moins grandement eu besoin d'un parent et protecteur.
C'est une fille intelligente, qui cherche à s'éduquer et ne doutera
jamais de son père.
Ce
roman fait dialoguer le besoin de sens, de découverte et de progrès
qui par définition habite l'humain, avec le besoin de bâtir,
assurer et protéger. Cette antinomie taraudante : le désir
d'ailleurs et le désir de racines. Le récit est simple, dénué de
tout artifice et nous conquiert par sa sobriété et son évidence.
L''écriture est splendide. C'est beau, poignant, puissant. Quel
plaisir de lire ce genre de texte ! On sent que cela fait du
bien à l'âme.
« Ce
jour-là, la pensée de tout ce qu'il ne connaissait pas lui avait
donné le vertige, et il avait compris qu'il ne pouvait rester chez
lui, il avait été totalement incapable d'expliquer cela à
quiconque, ni à Julie, ni à Elmer, pas même au nouveau
bibliothécaire qui l'avait aidé à trouver les cartes et le
journaux de bord. A présent, il se demandait si cela était dû à
la possibilité qu'à travers ces animaux géants, une porte s'ouvre
soudain sur le mystère du monde. Ici, dans l'Ouest, il lui arrivait
d'être allongé par terre certaines nuits, enveloppé dans son
manteau, et de contempler le ciel, sa pluie d'étoiles, le visage
étincelant et brisé de la lune, et de se demander ce qu'il pouvait
bien y avoir là-haut _ ce qu'il découvrirait s'il trouvait le moyen
de s'y rendre pour jeter un œil.»