16 mars 2026

Périclès l'Athénien

de Rex Warner

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Trouvé dans une boîte à livres.

Je ne m'intéresse pas particulièrement à Périclès, ni même à l'Antiquité, mais on ne sait jamais à quel hameçon je suis capable de mordre. Je peux tomber par hasard sur un documentaire sur les bigorneaux et rester scotchée 1 heure et demie. Il n'y a pas très longtemps, j'ai déjà lu une biographie d’Aristote (très intéressante, d'ailleurs). Me voilà encore remontée une bonne cinquantaine d'années en arrière et passée du scientifique à l'homme d’État, mais on reste à Athènes. De Périclès, je ne savais à peu près rien. Vous me disiez son nom et je vous répondais « le siècle de Périclès » en espérant que vous ne vous apercevriez pas que je vous livrais ainsi la totalité de mes connaissances sur le sujet. Mais aujourd'hui, il en va tout autrement et je vous attends de pied ferme si vous voulez discuter de l’«âge d’or» de la démocratie athénienne.

… ce qui n'arrive quand même pas tous les jours, je le reconnais.

Donc voilà : l'auteur, Rex Warner, citoyen britannique, hautement qualifié (carrière universitaire, Directeur de l'Institut britannique à Athènes, traducteur d' Euripide, Plutarque et Xénophon), auteur de plusieurs roman historiques, entreprend de nous raconter la vie de Périclès, telle qu'aurait pu le faire le philosophe Anaxagore de Clazomènes devenu son ami. Il nous parle donc de lui avec familiarité. Il l'admire énormément mais il le connaît depuis son adolescence et vit dans son entourage. Il est donc bien placé pour nous livrer des renseignements de première main, précis set documentés, dans un style facile à lire. La première moitié de l'ouvrage est une biographie de Périclès depuis son jeune âge jusqu'à sa mort puis Anaxagore reprend tous les événements importants, guerres, victoires, défaites, traités etc. en les analysant en détails et en donnant tous les tenants et aboutissants. C'est un peu technique et très passionnant.

Cet ouvrage que j'ai trouvé est l'édition de 1964 (198 pages) avec les pages non encore découpées qu'il faut séparer au coupe-papier ! Quelle bouffée de nostalgie ! Mais que ceux que ma chronique mettrait en appétit se rassurent, il y a eu une réédition en 2019, et j'en conseille la lecture à tous ceux qui aiment se cultiver sans s’ennuyer. Toutefois l'éditeur se laisse emporter par son désir de vendre quand il évoque un ouvrage au niveau des « Mémoires d'Hadrien » de Marguerite Yourcenar, littérairement, on en est loin.


15 mars 2026

  Dernière semaine pour les Gravillons. Vérifiez que vous n'avez pas oublié d'en envoyer quelques uns !

(J'en ai vu mais je ne sais plus où)

14 mars 2026

Le puits, la corde et le seau

de Paul Vance

Paul Andréota

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‎ 978-2702405895

Le Masque n° 1467

J’ai décidé d’aller pêcher un peu dans la Collection Le Masque, excellente collection de romans policiers, qui a cessé de vivre il y a une quinzaine d’année. Je le fais parce que j’ai remarqué que le label de cette collection garantit tout de même un niveau de langue satisfaisant et une intrigue au moins correcte (et souvent plus). Donc, allons-y ! Comme je viens de le dire, la collection d'origine ne produit plus depuis 2012 mais sachant qu’elle compte 2540 titres et la saison des vide-greniers arrivant, je pense que je vais avoir l’occasion de m’approvisionner.

Paul Vance, alias Paul Andréota a publié beaucoup de romans et scénarios, mais chez Le Masque, il n’a publié que deux romans, tous deux en 1977. Leur héros récurrent est le Commissaire Baratier,

• Le Puits, la Corde et le Seau

• Échec à l'innocence

Série courtissime donc. N’ayant pas lu le second, je ne sais pas si ce pauvre commissaire s’est fait descendre ou a rencontré quelque autre empêchement majeur, ou si la raison est à chercher ailleurs.

Parlons-en de ce Commissaire Baratier, échantillon primitif de ce qu’on appelle maintenant HPI, il a fait d’abord de très brillantes études, s’est ennuyé dans ses débuts de «belle carrière», a tout plaqué et s’est retrouvé flic, branche qui lui a semblé moins ennuyeuse et où ses capacités intellectuelles lui ont permis de passer concours et échelons hiérarchiques à la vitesse grand V. Il a les cheveux longs, un look plutôt hippy (voir l’époque), étonne ses collègues qui ne raffolent pas de lui, mais a le soutien de sa hiérarchie qui veut bien fermer les yeux sur les détails au vu des résultats. Vous allez me dire, « un flic plutôt sympathique, quoi » Eh bien, pas tant que ça à mes yeux, encore un qui supporte mal le regard du 21èùe siècle. Bien loin de s’en douter lui-même (il se verrait plutôt comme un séducteur cool), notre commissaire est un macho qui va un peu écœurer son lectorat moderne en n’hésitant pas à secouer comme un prunier une témoin qui ne lui répond pas assez vite, ou à passer sa mauvaise humeur sur sa compagne qui s’épuise à le distraire quand il rentre chez lui contrarié. Bref non, Baratier, vous n’avez rien d’un doux philosophe. Il y a un peu d'humour dans certains dialogues, mais ça ne va pas suffire.

Le commissaire et son adjoint, sont chargés de résoudre un mystère inexplicable : le riche mécène d’une secte meurt enseveli par l’effondrement d’une voûte médiévale de son manoir alors qu’il rejoignait le gourou et les autres membres pour la méditation. Pour une raison qui ne m’a pas parue claire, le supérieur de Baratier est persuadé qu’il y a quelque chose de louche dans ce décès, mais impossible de savoir comment l’assassin s’y est pris, si assassin il y a (d’autant que le décès du type n’arrange apparemment personne). Tous les autres membres de la secte étaient réunis dans une même salle un peu éloignée, aucune machinerie ni sabotage n’est visible, ni envisageable, car une clé de voûte faisait tenir la construction de pierre, et tout le monde vous dira que c’est un système qui a fait ses preuves. Voilà notre commissaire envoyé sur place avec son gros QI pour s’assurer qu’il n’y a pas de truc ou comprendre lequel.

Pour tout arranger, Baratier est réellement subjugué par le gourou ! ...

Bilan, ce qui est intéressant dans ce roman, c’est de découvrir le modus operandi. J’ai passé tout mon temps à essayer de deviner comment il avait bien pu faire et non à chercher le coupable. Et tant mieux pour moi d’ailleurs, parce qu’en fin de compte, on découvre que le coupable est X, mais je n'aurais jamais trouvé. C’est du moins l’impression que j’ai eue. Mais le truc pour la voûte, je ne l’avais pas trouvé (bien que je doute de son réalisme) et je ne regrette donc pas ma lecture.

PS : Pour en savoir plus sur Le Masque : Clic





13 mars 2026

 Dernière semaine pour les Gravillons. Vérifiez que vous n'avez pas oublié d'en envoyer quelques uns !

(J'en ai vu mais je ne sais plus où)

12 mars 2026

Qui a tué mon père

d’Édouard Louis

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979-1041426621

Contrairement à ce que je pensais (je ne sais pas pourquoi) E. Louis a écrit ce livre sur son père avant ceux dans lesquels il parle de sa mère. Pour raconter, il se place à la période où lui est adulte et où son père est mort et il évoque ses souvenirs récents avec lui, puis plus anciens.

J'ai trouvé ce livre-ci plus douloureux que ceux sur sa mère. On sent tout du long une forte tension entre un incoercible besoin d'être aimé par cet homme, son propre amour pour lui, et la prudence que les rebuffades et déceptions passées lui ont appris à avoir. S'y ajoute aussi tout ce que l'adulte cultivé et sociologue qu'il est devenu sait maintenant sur l'oppression sociale de l'ouvrier que fut son père, et qui influence son regard. Les souvenirs sont cueillis comme ils se présentent. Ce n'est pas un récit forcément linéaire, plutôt une série de scénettes qui disent une enfance dans une famille pauvre où toutes les fins de mois sont problématiques, où la simple survie matérielle est une lutte, alors quand s'y ajoutent la vie sexuelle du couple, les rêves des adultes pas encore complètement résignés à y renoncer au profit d'une vie misérable, la fatigue, la santé incertaine, l'alcool, le désir d'être un peu heureux, de s'amuser eux aussi! les enfants, les charges incessantes et puis ce gamin différent, pas viril, dont on a honte devant les voisins mais qui réussit à l'école et s'envole dans les études... Son père a très vite compris comment il était. mais n'a jamais pu l'accepter tout à fait. Cependant, dans plusieurs anecdotes, on sent l'amour qu'il avait quand même pour lui. Ce livre sur son père est un livre extrêmement douloureux. Beaucoup d'amour, de haine, de non-dits et de désir contrarié de vivre. Et voilà l’accident. A l'usine, une lourde masse est tombée sur le dos de son père et l'a broyé. Il ne marchera plus et commence pour lui la chaîne des heures, jours, mois, de douleur. La misère encore pire, la dépendance, la fin de tout espoir. Et toujours ces sentiments auxquels on est livré, qu'on ne comprend pas, qu'on maîtrise encore moins. Le gamin efféminé a grandi. Il est devenu un transfuge de classe. Il vit à Paris. Il écrit des livres. Il raconte et il sait maintenant que la vie de ses parents ne devait rien au hasard et tout à la sociologie et même, à la politique. Le choix des nantis font ce que sont et deviennent les vies des "sans dents".

"Tu appartiens à cette catégorie d’humains à qui la politique réserve une mort précoce."

Malgré les situations difficiles, il y avait une évidence et une simplicité des sentiments dans les livres sur sa mère qui s'opposent à la passion, les contradictions  et la violence des sentiments que l'on affronte ici. Quand les gens sont morts, on s'aperçoit parfois des choses qu'on aurait dû régler ou pacifier avec eux, accepter ou leur demander, et qu'on ne peut plus rattraper... mais ça ne s'est pas fait, pour diverses raisons, et une grande partie du vide que l'on ressent vient de là. C'est ce qui est arrivé.

« … la politique, c'est la distinction entre des populations à la vie soutenue, encouragée, et des populations exposées à la mort, à la persécution, au meurtre. »


En finir avec Eddy Bellegueule

Histoire de la violence

* Qui a tué mon père

* Combats et métamorphoses d'une femme

Changer : méthode

* Monique s'évade

L'effondrement

08 mars 2026

Macario

ou Le troisième invité

de B. Traven

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9782377290666

Comme il a toujours voulu (ou dû) vivre dans la clandestinité, on a difficilement découvert les grandes lignes de la vie de Ret Marut, alias B. Traven probablement né en Pologne à la fin du 19ème siècle. On l'a suivi en Allemagne, à travers toute l'Europe centrale avec une troupe de théâtre ambulante. Puis, activités révolutionnaires anarchistes dans l'Allemagne du premier quart du 20ème siècle qui le feront condamner à mort. Mais il parvient à s'enfuir. Pays-bas, Londres, tout cela sous diverses identités, puis New-York où son titre de séjour n'est pas validé, et il disparaît vers le Mexique. «Un pays où s’enquérir du nom de quelqu’un, de son métier, de l’endroit d’où il vient et où il va est un manque de tact, presque une insulte.» Il devait donc s'y plaire, il s'y plut.

Il écrit, il dénonce l'exploitation des Indiens. À partir de 1926, il vit dans une cabane de bois près de Tampico, fait de nombreux séjours dans la forêt de Lacandone et la région du Chiapas. Il écrit sur les Indiens et le Mexique. Il choisit toujours une forme de clandestinité. Un détective étant parvenu à le localiser et s'étant bien sûr, empressé de le faire savoir partout ; il change à nouveau de nom et disparaît une fois encore. Il poursuit l'activisme, en particulier en aidant des Américains oppressés par le Maccarthysme à passer la frontière mexicaine.

En 1959, il signe l’adaptation de la nouvelle « Le Troisième convive », portée à l’écran sous le titre « Macario » par Roberto Gavaldon.

En 1969, il meurt à Mexico sous le nom de Hal Croves. Son identité n'étant révélée qu'après son décès. En conclusion, il aura mené une vie digne des meilleurs romans d'aventure.

Pour en revenir à ce très court roman, je n'ai pas vu le film, mais le peu que j'ai pu lire à son sujet m'a donné l'impression qu'il s'éloignait assez nettement de l'histoire du roman. Nous allons donc d'autant moins nous y intéresser, puisque ici, nous parlons de livres.

Pour écrire «Macario», B. Traven s'est inspiré très librement d'un conte du folklore européen que les frères Grimm avaient déjà eux-mêmes récupéré. Un bûcheron très très misérable a 12 enfants et tout le monde souffre en permanence de la faim. Aussi, son rêve sans cesse ressassé est d'avoir une dinde rôtie entière à manger seul. A la suite de diverses péripéties, le bûcheron se trouve doté du pouvoir de juger si un malade très atteint peut être sauvé ou non. Dans le premier cas, il le sauve et devient vite ainsi, riche et célèbre. Les détails et la suite... je vous laisse les découvrir dans cet opuscule fort bien écrit.

04 mars 2026

Choses qui arrivent

de Touhfat Mouhtare

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978-2227503021

Livre autobiographique, pas mes préférés...

La narratrice (sans doute l’auteure, ou presque), qui est arrivée facilement en France, fille d’une famille aisée et considérée, accepte mal les contraintes, il est vrai très pénibles, du renouvellement de son titre de séjour (des heures d’attente dehors, en file indienne, dans le froid, avec le risque d’atteindre la porte trop tard et de devoir recommencer le lendemain). Aussi, finalement, néglige-t-elle de s’y rendre et se retrouve en situation irrégulière. Sans doute sa vie jusque-là privilégiée lui avait-elle fait sous-estimer les risques encourus, mais la voilà en situation irrégulière, et ils ne vont pas tarder à se faire connaître. Il ne lui suffira plus maintenant de prendre place dans la file pour retrouver un statut légal. L’argent et l’entregent de son père, pourtant diplomate international, se révèlent inopérants. La voilà devenue clandestine, au même titre que les autres, ce qu’elle n’avait pas prévu.

"Un petit mouvement de révolte, un sursaut de dignité aux conséquences phénoménales."

Elle est étudiante, écrivaine débutante. Elle aime la France et veut y vivre. Ce moment de révolte qu’elle a eu se met à lui coûter vraiment cher. Nous allons la suivre dans la vie qu’elle va mener maintenant : la peur des contrôles, les difficultés qu’elle va connaître et devoir surmonter, et la façon dont elle va le faire. Les conseils d’un clandestin expérimenté lui seront précieux et lui permettront de surnager dans le nouveau monde dans lequel elle vient de basculer.

Ce qui rend ce récit intéressant, c’est que, dans cette épreuve et ce parcours d’obstacles, elle fait œuvre d’écrivaine. Elle s’accroche à l’écriture comme à ses études. J’ai trouvé sa façon d’écrire sur les pages blanches et les marges des livres fascinante. Tellement "écrivaine" ! Parce que de peu d’intérêt pratique, si on y réfléchit, mais précieuse et lourdement chargée de sens. J’espère qu’elle a gardé ces livres, car je sais qu’elle les voudra plus tard, qu’ils lui seront très précieux.

C’est un livre intéressant qui réfléchit à ce qu’est "être un/e immigré/e", "être clandestin" ou non. Touhfat Mouhtare élargit sa réflexion aux répercussions de la précarité sur tout l’être (physique et mental) de celle/celui qui vit ces états. C'est une écrivaine que je relirai si elle produit une œuvre de fiction.


28 février 2026

Poison d'avril

de Louis C. Thomas

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978-2702415955

Pêché dans une boite à livre où j'ai repéré qu'un amateur larguait ses vieux polars au compte-goutte, mais régulièrement, ce petit masque a l'avantage de ne compter que 124 pages, ce qui fait de lui un joli gravillon. Et c'est tout ce qu'il y aura de joli dans cette histoire plutôt moche.

Un homme accompagne une jeune femme qui tient à peine debout jusque dans un bistrot où il l'installe sur une banquette. Le patron qui en a vu d'autres ne s'étonne pas outre mesure mais voilà que le "petit cognac" apporté pour la requinquer, loin d'avoir l'effet escompté, la laisse totalement inconsciente. L'inconnu part chercher un taxi tandis que le patron continue de balayer la sciure. L'inconnu ne revient pas, la femme n'a pas bougé d'un poil. Le patron va voir si elle va bien, mais justement non, elle ne va pas trop bien, étant donné qu'elle est morte. Le patron appelle la police, le roman est lancé.

Ce roman a remporté le pris du Quai des Orfèvres en... 1957 ! Alors, tout ce qui est téléphones portables, ordinateurs, internet sans même parler de l'IA, oubliez. On ira à la cabine téléphonique quand ce n'est pas au Central téléphonique et on prendra le temps que les messages et renseignements s'acheminent d'un point à un autre. On est dans une époque virile de gros flics dans des voitures pétaradantes. L'inspecteur tout fier, roule en R18. Ces messieurs ont en permanence la clope au bec, en intérieur comme en extérieur, et l'apéro à la main. Ces dames essaient de se faire respecter.

Quant à la morte, tout d'abord, on ne sait pas du tout qui elle est. Aucun papier, aucun nom. Puis des noms, elle en aura deux, enfin des prénoms, Monique et Brigitte. Toujours pas de nom. Qui peut-elle bien être ? Et de quoi est-elle morte ? L'inconnu du bistrot, lui, n'a pas de chance, l'inspecteur le connaissait et le reconnaît d'après le portrait robot du patron de bistrot. L'enquête va donc progresser, La troupe des personnages s'agrandit, il y a un docteur, un vieil Anglais excentrique, un asile de fous, un galeriste, un peintre, un nudiste, un escroc, un dealer, de la drogue, une vieille servante... Le train-train, quoi. Tout le monde ment au moins un peu. Le commissaire a du travail. Le pauvre lecteur soupçonne tout et tout le monde, mais ne trouve pas... vers la fin, il est pourtant sûr d'avoir deviné... mais non ! Ce n'était pas ça. Vexant.

Le bouquin jaune va retourner dans une autre boîte à livres.

 124 pages

24 février 2026

 La musique d'une vie

d’Andreï Makine

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978-2020542852


« Au cœur de la tempête, dans l’immensité blanche de l’Oural, des voyageurs transis attendent un train qui ne vient pas. » Notre narrateur somnole dans la salle d'attente bondée en songeant vaguement à la définition du terme « homo sovieticus » qui fait florès à ce moment et lui semble extrêmement juste et évocateur. Les heures passent. Il lui semble entendre un piano jouer au loin. Attiré par le son, il découvre au fond de la gare un vieillard loqueteux qui joue. Il l'écoute discrètement puis se trouve un endroit où s'allonger et s'endort. Enfin, un train a réussi à passer malgré la neige et les voilà repartis. Il se retrouve avec cet homme. Le voyage est long. Le vieux pianiste déchu lui raconte sa vie et le fera passer des chasses aux sorcières staliniennes au Moscou d'aujourd'hui. Avec lui, nous suivrons l'évolution de l'URSS.

Cet homme étrange et misérable, c'est Alexeï Berg, jeune pianiste virtuose qui allait donner son premier concert le soir même où, alors qu'il rentrait chez lui, un voisin compatissant lui avait furtivement conseillé de fuir car la police était en train d’arrêter ses parents. Il fuit donc, passant instantanément de carrière prometteuse à fugitif dépouillé de tout. Il part se réfugier chez de lointains parents de sa mère. Où il parvient à se cacher mais, les Soviets étant entrés en guerre contre l'Allemagne, les combats atteignent ce village et il doit fuir à nouveau, lui qui n'a aucun papier. Il décide alors de prendre l'identité d'un des soldats tués.

Pour la suite, je vous laisse la découvrir. Pour ma part, j'ai été à nouveau séduite par la belle écriture d’Andreï Makine dont j'ai lu presque tous les livres, mais, curieusement, pas encore celui-ci. Je l'ai suivi sans réserve dans cette nouvelle fiction. Il nous parle comme toujours du combat d'un individu pour sa vie, du combat contre un environnement oppressif, brutal et injuste, du combat enfin pour l'amour. Il parle des faiblesses humaines, du peu de chances de l'individu face à une oppression tentaculaire et toute puissante, de tout ce à quoi il faut renoncer, des choix, bons ou mauvais.

« Elle (la musique) marque une frontière, esquisse un autre ordre des choses. Tout s'éclaire soudain d'une vérité qui se passe de mots (…) et ces notes qui scintillent comme des instants d'une nuit tout autre.»


  144 pages

22 février 2026

 Bonjour, 😏

Est-ce que quelqu'un serait intéressé(e)

par une lecture commune de ce titre:


Périclès l'Athénien de Rex Warner

que je viens de piocher dans une boîte à livres

et qui m'a l'air passionnant.

C'est un livre d'Histoire, mais raconté comme un roman

Il n'est plus édité depuis longtemps donc il faut

soit le trouver chez un soldeur

soit l'avoir déjà chez soi

Il n'a pas toujours cette couverture, 

il y a eu plusieurs éditions en français

et d'autres encore dans d'autres langues.

Il fait 198 pages, c'est donc un Gravillon de l'hiver

Donc, lecture commune à publier avant le 20 mars.

Quelqu'un???

Sinon je ferai une lecture commune à moi toute seule, ce ne sera pas la première. 😁

20 février 2026

Les derniers jours d'Emmanuel Kant

de Thomas De Quincey

979-8491672943

En 2021 il a été publié une nouvelle édition de ce texte que j’ai moi-même lu dans une édition antérieure mais devenue introuvable sauf soldeurs (978-2842050603). Il est cependant possible que l’édition que j’ai lue comporte des éléments supplémentaires : de nombreuses notes mais aussi une courte analyse du texte par son traducteur Jean-Paul Mourlon, une non moins brève biographie de Thomas de De Quincey. (A noter à ce sujet qu'elle diffère sur certains points de celle donnée sur Wikipedia.) On ne doit pas les trouver dans l’édition 2021 car ce n’est pas le même traducteur. Marcel Schwob a remplacé J-P Mourlon. Et comme pour une fois, je trouve la Quatrième de couverture intéressante, je vous la livre:

«De Quincey considère que jamais l’intelligence humaine ne s’éleva au point qu’elle atteignit en Emmanuel Kant. Et pourtant l’intelligence humaine, même à ce point, n’est pas divine. Non seulement elle est mortelle mais, chose affreuse, elle peut décroître, vieillir, se décrépir. Et peut-être de Quincey éprouve-t-il encore plus d’affection pour cette suprême lueur, au moment où elle vacille. Il suit ses palpitations. Il note l’heure où Kant cessa de pouvoir créer des idées générales et ordonna faussement les faits de la nature. Il marque la minute où sa mémoire défaillit. Il inscrit la seconde où sa faculté de reconnaissance s’éteignit. Et parallèlement il peint les tableaux successifs de sa déchéance physique, jusqu’à l’agonie, jusqu’aux soubresauts du râle, jusqu’à la dernière étincelle de conscience, jusqu’au hoquet final. »

Il y a également eu d’autres éditions, y compris numériques, je ne vais pas les lister. Toujours est-il que c’est encore une fois la curiosité qui m’a fait ramasser ce livre dont je trouvais le titre étonnant. J’ignorais tout de cet opus et ne savais pas grand chose (j’en rougis) de Thomas De Quincey. Je me suis renseignée depuis et donc, je résume : Écrivain anglais né en 1785. Vie de bohème pauvre à Londres, s’est adonné à la drogue toute sa vie, ce qui lui valut d’être toujours plus ou moins dans la misère. Mort à Edimbourg en 1859.

« Les derniers jours d'Emmanuel Kant » est une biographie romancée du grand philosophe, limitée à la fin de sa vie. De Quincey s’est appuyé sur des témoignages et les notes de souvenirs laissées par le secrétaire de Kant : M. Wasianski. Après une courte introduction dans laquelle il nous explique en toute modestie que seuls des imbéciles pourraient ne pas s’intéresser au texte qui va suivre, de Quincey nous annonce qu’il va maintenant parler comme s’il était Wasianski, pour nous permettre d’accompagner le philosophe de Konigsberg au plus près. Le récit débute alors que le vieux philosophe âgé est encore en pleine possession de ses moyens, pour que nous puissions constater les évolutions, détériorations et pertes dans différents domaines de sa vie quotidienne agréable et de toute façon casanière. «Ce fut une existence remarquable moins par ses incidents que par la pureté et la dignité philosophique de sa teneur journalière.»

Il va vraiment jusqu’à son dernier souffle.

A l’intérêt que l’on peut avoir pour la fin d’une célébrité, philosophe de surcroît, -Comment accueillera-t-il la mort ? – s’ajoute celui que l’on peut avoir pour toute fin de vie. On a envie d’en savoir plus sur ce mystère final vers lequel nous allons tous. Pour ma part, ce court récit m’a passionnée même dans ses descriptions des manies pointilleuses que Kant, comme de nombreux vieillards, s’est mis à développer. Cela nous fait toucher l’humaine condition et je me sens généralement la plus grande indulgence pour ce genre de choses, et aussi, de la curiosité. Un peu comme on dit des saillies des enfants «Mais où va-t-il chercher tout ça ?». Toujours est-il que Kant, qui avait de l’argent, a joui d’une fin de vie confortable, entouré d’amis et employés zélés qui savaient qu’ils seraient récompensés de leur bienveillance à son égard. J’en suis contente pour lui. Les funérailles furent grandioses.


16 février 2026

Petits travaux pour un palais

de László Krasznahorkai

*****

9782386690501

Je vous avais raconté comment j’avais pris six livres au hasard sur le seul critère de leur nombre de pages inférieur à 200, eh bien, moi qui ne suis pas comme les détectives de romans et qui crois aux coïncidences, j’en ai ainsi rencontré une : Sur ces six brefs romans, trois (ce n’est pas rien) étaient les récits de la folie d’un homme*. Peut-être même quatre si on compte un burn-out spectaculaire. Le plan en est toujours le même : mise en place du décor, époque, lieu, environnement, suivi de la description/narration des événements de la période de troubles, conclusion de l’affaire (asile ou réintégration dans la vie normale). Alors allons-y, celui-ci est mon troisième fou. Contrairement aux autres, le critère du nombre de pages n’avait pas été le seul, le fait qu’il soit l’œuvre du dernier Prix Nobel de littérature dont j’ignorais tout et sur lequel je voulais aussi me renseigner, a joué.

herman melvill, sans e final et qui ne se reconnaît pas le droit aux majuscules, les réservant à son illustre homonyme, «n’est qu’un bibliothécaire de petite taille, un peu bedonnant et souffrant d’un affaissement de l’arche interne du pied». A force de se voir faire des réflexions sur son nom, il s’est mis à s’intéresser à Melville, pas seulement pour son œuvre bien qu’il l’ait étudiée en détail, mais aussi et peut-être plus encore, pour sa vie quotidienne. Ainsi s’est-il aperçu qu’il n’habite pas très loin de l’endroit où l’écrivain habitait quand il était agent des douanes, et se met à faire le chemin qu’il faisait pour se rendre à son bureau de douanier. Un pur hasard le fait s’intéresser à Malcolm Lowry et ne voilà-t-il pas qu’il le trouve lui aussi traînant dans ce quartier !

« J’étais alors quasiment convaincu que ces parallèles n’étaient pas totalement fortuits, du moins dénués de sens ».

Ses marches sur leurs pistes se multiplient.

En tant que bibliothécaire, herman a la particularité de détester les lecteurs et son ambition suprême (comme de tous les bibliothécaires prétend-il et il m’est arrivé de le soupçonner) est de les empêcher de déranger et pire, emprunter les livres. Son grand projet est de bâtir la grande «Bibliothèque Eternellement Fermée». «Je me considère comme le petit ouvrier de ce Palais bibliothèque», d'où les "petits travaux" du titre. Il en a même déjà choisi le lieu, l’immeuble brutaliste d’AT&T à Manhattan (je suis bien sûr allée le voir sur le net et on le voit un peu sur la couverture).

En attendant, toutes ces recherches occupant son temps et sa conception de son métier n’aidant pas, herman se met à avoir des difficultés avec sa hiérarchie, quant à sa femme à laquelle il n’avait plus une minute d’attention à accorder, elle est partie et il trouve qu’elle a eu bien raison. Tout se désagrège subtilement. Il perd également la notion de temps.

«on était disons… mardi après-midi et j’étais toujours assis dans mon fauteuil, enfin, c’est ce qu’il me semble, mais naturellement on était toujours le fameux lundi, si vous voyez ce que je veux dire, ceci dit, vous pouvez aussi bien l’appeler jeudi, je n’ai jamais eu une très bonne mémoire».

Tout ce récit est rédigé pratiquement sans point. Nous suivons au fil de son cheminement erratique, la pensée de notre héros qui saute du coq à l’âne, de Melville à ses collègues, de sa femme à Malcolm Lowry, non sans discourir longuement sur l’œuvre révolutionnaire** de l'architecte Lebbeus Woods (qu’il m’a fait découvrir et merci à lui). On ne s’y perd pas du tout malgré cela et je n’ai eu aucun mal à suivre mon bibliothécaire dans ses dédales. Le problème se pose seulement quand on doit interrompre sa lecture. On n’est pas habitué à s’arrêter au milieu d’une phrase, mais on s’y fait.

László Krasznahorkai n'a pas eu son Nobel de Littérature à la FIFA, croyez-moi. Encore un 5 étoiles! J'ai été chanceuse dans cette pêche aux Gravillons.


* Histoire de la Littérature, Une journée dans l’autre pays et celui-ci.

** si révolutionnaire qu’elle a été très peu bâtie (un seul bâtiment, en fait).

120 pages

Lecture commune avec Ingannmic , AifelleCléanthe et Virginie Vertigo