Affichage des articles dont le libellé est Document - Essai - Témoignage. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Document - Essai - Témoignage. Afficher tous les articles

23 juillet 2026


Cerveaux augmentés (humanité diminuée ?)

de Miguel Benasayag et Thierry Murat

***+


978-2413048220

Depuis le temps que je vous dis du bien des album de la collection Découverte- Delcourt, il fallait bien que je rencontre un album qui me conviendrait moins. C'est chose faite. Ça s’appelle "Cerveaux augmentés (Humanité diminuée?)" Tout est dans le point d'interrogation : l'art douteux de dire les choses sans les dire, tout en les disant... Bref, c'est de ma faute, j'avais mal compris le titre. Je pensais qu'on allait parler de l'IA et en fait, oui... mais non. On va tout d'abord parler du mode de fonctionnement du cerveau et de la pensée humaine. Le fonctionnement de notre intelligence à nous, humains. Ensuite seulement, on comparera avec le fonctionnement des ordinateurs pour voir s'ils sont du même ordre (réponse non) et s'ils sont compatibles (réponse faut voir). Le volume est d'un niveau assez soutenu avec le petit problème que tous les mots ne sont pas toujours expliqués, alors demander à l'IA de nous expliquer un mot pour lire un commentaire humain... 😄 charme du paradoxe. Par exemple à un moment, il se met à parler des métavers et je ne savais pas ce que c'était. Mais peut-être ne dois-je m'en prendre qu'à mon ignorance mais donc, internet y a remédié, me rappelant que j'étais souvent bien contente de le trouver.

Cet album est présenté comme "le prolongement de l'ouvrage de Miguel Bensayag" du même titre. Miguel Benasayag est un philosophe, psychanalyste, chercheur en épistémologie franco-argentin. "Ses recherches tournent, depuis plus de vingt ans, sur les conséquences de la révolution digitale et les phénomènes d'hybridation avec le vivant, et se penchent particulièrement sur les processus de colonisation techno-scientifique de la vie" (Wikipedia) Thierry Murat , est un auteur de bande dessinée. Je pensais donc que Thierry Murat avait ici illustré l'ouvrage de M. Benasayag pour le rendre plus facile d’accès. Mais ce n'est pas exactement cela. M. Murat a voulu "prolonger" l'ouvrage du philosophe en collaboration avec lui, mais ça n'a pas été clair au début pour la lectrice que je suis. Je me demandais qui parlait et avec quelle autorité. Et vraiment, ce n'est pas évident.

D'abord, on "perd" les 20 premières pages à attendre que les deux protagonistes parviennent à communiquer. Bon, ça a peut-être été long et pas simple, pour des raisons de géographie ou d'emploi du temps, mais moi, ça, ça ne m'intéresse pas du tout. Tout ça pour finalement communiquer par des moyens virtuels ! Je n'ai absolument pas compris ce démarrage, ni les deux pages en plein milieu pour nous raconter qu'il prend le train, ni les diverses digressions, les films qu'il regarde, les élections... On s'éparpille. Heureusement, tout de suite après, on passe à des choses plus captivantes comme la perception, l'aperception et la connaissance. Ça m'a un peu consolée. Et j'ai rencontré quelques notions nouvelles pour moi et très intéressantes, par exemple que l'irruption de l'informatique dans notre vie équivaut à une révolution de l'ordre de l'invention de l'écriture. Cette remarque m'a frappée par sa justesse et par tout ce qu'elle impliquait. Plus on avance dans le livre, plus c'est intéressant mais je n'ai jamais pu adhérer totalement au traitement. Je n'ai pas aimé le graphisme. T. Murat a poussé à l’extrême ce que je n'aime déjà pas trop dans ses BD habituelles. Il y a aussi des projections ici ou là de citations en latin sans aucun rapport avec ce qui est dit (pas compris le but de la manœuvre).

Tout ça pour finir par se laisser séduire par une IA de dessin... Je ne conteste pas leur charme, au contraire, mais faudrait savoir ce qu'on veut. Après presque 200 pages à critiquer l'IA, ça surprend. Surtout de la part d'un dessinateur.

Bref, cet album m'a intéressée mais ma position n'a pas changé. Pour moi, l'IA est, comme l'argent "un bon serviteur et un mauvais maître", mais saurons nous le maintenir à sa place ?


07 juillet 2026

 French Theory: Itinéraires d'une pensée rebelle

de François Cusset

Illustrations : Thomas Daquin

****

9782413082927

Depuis quelque temps, je m'intéresse à la collection La Decouverte Delcourt qui nous propose des bandes dessinées de plus de 200 pages, traitant de façon très sérieuse et documentée, des sujets qui correspondent tout à fait à mes centres d’intérêt. D’eux, j'avais déjà lu "La Distinction - librement inspiré du livre de Pierre Bourdieu" par Tiphaine Rivière et je viens seulement de repérer que ma bibliothèque avait plusieurs titres de cette collection. Vous pouvez donc vous attendre à me voir revenir avec d'autres chroniques. Les thèmes dépendront de ce qui est mis à ma disposition, tout m'intéresse. J'apprécie beaucoup cette technique de faire porter des documentaires sérieux et précis par une bande dessinée, ce qui permet à ces ouvrages de ne plus être du tout austères, tout en gardant leur côté informatif de qualité. Bien sûr, il n'y a pas autant de renseignements que dans un ouvrages de deux ou trois cents pages, mais, cela permet au moins d'avoir un vernis de connaissances sur le sujet. On peut toujours approfondir après si on le désire, au moins, on sait vers quoi se tourner.

D'après ce que je vois, ces ouvrages sont toujours rédigés par de vrais spécialistes reconnus de la question traitée. Qui saurait mieux qu'eux tirer les idées maîtresses, les formules chocs, les événements significatifs et les confier au dessinateur pour qu'il leur donne vie ? Certains de ces ouvrages s'adressent aux étudiants et tous aux éternels étudiants de la vie dont je fais partie, toujours près et curieux d'apprendre, quelque soit leur âge. Pour eux, ces albums sont une mine d'or. Je suis tellement enthousiaste que je pense qu'il est temps de préciser que je n'ai aucun lien commercial ou non-commercial avec cette collection ou maison d'édition. Même pas le moindre spécimen, mais ça, s'ils désirent y remédier, c'est quand ils veulent. :-)

Bref, revenons à notre album consacré à la French theory. Comme je trouve que la présentation du titre par l'éditeur sur les sites de vente est nulle, bête tentative d'être accrocheuse (ah zut ! C'est foutu pour le spécimen! Bon, tant pis, continuons), je vais plutôt recopier ce qui est vraiment au dos de l'album, ça vous situera l'ouvrage :

"C'est l'histoire folle de quelques philosophes français de la fin du XX~e siècle (Michel Foucault, Jacques Derrida, Gilles Deleuze, Felix Gattari, Jean Baudrillard...) dont l'Amérique a adopté les textes, les idées et l'insolence. Avec eux, elle a inventé des gestes politiques, une boite à outils critique, une pensée de la minorité pour les minorités qui débouche aujourd'hui sur ce "virus" woke dont les réactionnaires du monde entier veulent nous guérir. C'est l'histoire de substances philo-actives puissantes qui font tourner les tetes, qui ont permis de voir le monde autrement et qui, aujourd'hui, nous aident à comprendre le dernier demi-siècle et à mieux résister à l'obscurantisme. Véritable kit de déconstruction, cet essai graphique raconte l'histoire de ces penseurs et penseuses et de leurs drôles de concepts."

Vous l'avez compris : Il faut aller lire ça !

Et plutôt deux fois qu'une. Je dis ça parce que, ayant tourné la dernière page, j'ai réalisé qu'il y avait tellement de renseignements et d'idées dans cet album qu'il ne serait pas mauvais que je le relise entièrement pour m'assurer que je n'avais rien raté. Ce que j'ai fait.


PS : Oui, moi aussi, le nom du dessinateur m'a troublée :-D

13 juin 2026

Résistances queer   

d' Antoine Idier

Dessins : Philippe Pochep

*****

978-2413048596

J'ai pris cet album tout d'abord parce que j'aime bien cette collection "Découvertes - Delcourt" qui m'apporte un vernis de connaissances dans des domaines variés, et ensuite parce que je m’emmêle un peu dans les lettres du célèbre acronyme et parce je ne refuserais pas une définition claire du mot "queer". Mais évidemment, ce qui est complexe n'est pas simple, alors pour la définition simple... enfin bref.

Si le titre fait penser à l'histoire la plus récente des mouvements LGBTQI+, c'est bien l’historique complet du mouvement de manifestation, puis de revendication, qui est examiné en détail, depuis ses débuts et pas seulement la dernière période. Mais je comprends bien que l'éditeur préfère "Résistances Queer" qui accroche le chaland simple curieux à "Histoire des mouvements revendicatifs homosexuels". Ceci étant dit, l'album (144 pages) est agréable à lire et plein d'enseignement. Les dessins de Pochep sont plaisants, vifs et naturels. Pour donner vie à l'évocation des faits dans leur chronologie qui aurait pu être rébarbative, il a mis en scène trois personnages principaux (et un chat, qui fait un peu office de bâton de parole ou de boule antistress). Les personnages sont deux jeunes gays qui viennent de se rencontrer dans le quartier du Marais grâce à une appli de rencontres homo et un homosexuel vieillissant qui va croiser leur chemin et qui va entreprendre de leur raconter toute l'histoire du mouvement homosexuel. Il les invite chez lui (en échange, ils lui montent ses paquets) et entreprend de leur raconter toute l'histoire, un verre à la main, et même plusieurs. C'est un spécialiste, il a même monté un musée des mouvements homosexuels Et tout de suite, il est question de mots. Nommer, c'est faire exister mais c'est aussi cerner. Ce qui n'a pas de nom n'existe pas vraiment, on ne peut pas réfléchir dessus, mais ce qui en a un est défini par ses limites. Il y a ce qui est lui, "lesbienne" par exemple et ce qui ne l'est pas. Mais une fois qu'on a ouvert le cadenas des conduites normées, et invité chacun a suivre sa pente la plus naturelle, ça part dans tous les sens. Et chaque orientation différente a de même besoin d'un nom pour exister et est limité à ce que désigne exactement ce nom. Et ce, dans le meilleur des cas. Je veux dire, si ne s'y accole aucune hiérarchie ou jugement de valeur, comme aiment à en établir les "sachants", médecins, psy, etc.


Ce qui explique que l'acronyme ait accumulé les lettres Lesbiennes, Gay, Bi, Trans, Queer, Intersexe et finalement + pour indiquer que la liste n'est pas close. Queer, finalement, si j'ai bien compris, désigne toute personne non hétéro. Les mots sont importants, mais une fois la chose bien établie, on peut être moins pointilleux, surtout que les frontières sont poreuses.

Donc : "+", parce que sinon :


N'oublions pas que ce n'est qu'en 1982 (il y a moins de 50 ans!), avec R. Badinter, qu'est passée la loi dépénalisant l'homosexualité.

Bilan : un album bien fait, et très instructif, que je conseille à tous, hétéros ou non.

PS : un titre emblématique du mouvement gay est évoqué : "You make me feel mighty real" J'aime l’interprétation de Jimmy Somerville.

PPS : Et il y a des clins d'œil, aussi: Qui je vois à la manif??? 


   

03 mai 2026

L'usure d'un monde

Une traversée de l'Iran

de François-Henri Désérable

*****

978-2073058874

Il y a soixante treize ans, Nicolas Bouvier traversait l'Iran et en rapportait un livre de voyage intitulé "L'usage du monde". Chef d’œuvre des livres de voyage, le titre exprimait une époque qui voyait le monde comme un cadeau qui s’offrait à elle et qu'elle allait tenter d'utiliser au mieux.

L'us(ag)e est devenu l'us(ur)e, traduisant notre actuelle désillusion. Ce qui n'a pas empêché F.H. Désérable de se lancer soixante dix ans après, sur les traces de Bouvier et de son dessinateur Vernet, pour faire le même périple et nous le raconter. Deserable aime bien suivre des traces, Romain Gary dans "Un certain M. Piekielny", Danton dans "Tu montreras ma tête au peuple", Évariste Galois dans "Evariste", Granado et Guevara dans "Chagrin d'un chant inachevé"... et c'est de ce dernier titre que nous sommes le plus proche, puisque nous y retrouvons le déplacement sur les lieux et l'expédition aventureuse sur les pas. C'est que F.H. Désérable a pris goût aux voyages : "vous en faites une règle de vie à laquelle vous n'allez plus déroger : passer la moitié de vos jours dans ce monde à le voir, et l'autre à l'écrire."

Pour ce qui est de ce voyage-ci, il ne faut pas oublier qu'il est paru en 2023. Ainsi peut-on y lire "Et s'il paraît improbable d'imaginer Israël ou les Etats Unis engager les hostilités, tout l'enjeu est de le faire croire à la population pour la maintenir dans un état de péril imminent." Comme quoi, improbable n'est pas impossible et les trois ans de plus que les mollahs avaient eu pour écraser les Iraniens avaient été ravageurs. Ce livre était optimiste, cela frappe aujourd'hui où tout se révèle si sombre "Combien de temps faudra-t-il aux Iraniens pour se débarrasser de la République islamique ? On peut prendre des paris : un mois, deux mois, avant la fin de l'année ? On peut se perdre en conjectures. On peut aussi être honnête et dire la vérité. Et la vérité, c'est que personne n'en sait rien."

L'auteur est aussi intéressé par les lieux géographiques, les vestiges historiques, que par le peuple iranien et les autres voyageurs. Il visite tout, regarde tout, photographie et s'imprègne. Il nous le restitue dans une langue belle, précise sans cesser d'être poétique. On lit son témoignage et il nous émeut, la gorge se serre souvent "Ils m'ont condamné à mort. S'il te plait, ne dis rien à maman."

Et puis, il faut rentrer car soudain, les signes sont clairs, ça va mal tourner pour lui aussi...


"Femmes, vie, liberté

trois noms qu'à la façon d'Eluard il faudrait écrire encore et encore, partout, tout le temps."

https://youtu.be/BKo6DqTU7M8





21 décembre 2025

Combats et métamorphoses d'une femme

d’Édouard Louis

*****

978-2757894729


Quatrième de couverture de l’auteur lui-même :

« Pendant une grande partie de sa vie ma mère a vécu dans la pauvreté et la nécessité, à l’écart de tout, écrasée et parfois même humiliée par la violence masculine. Son existence semblait délimitée pour toujours par cette double domination, la domination de classe et celle liée à sa condition de femme. Pourtant, un jour, à quarante-cinq ans, elle s’est révoltée contre cette vie, elle a fui et petit à petit elle a constitué sa liberté. Ce livre est l’histoire de cette métamorphose. »

Si je vous disais que je n’avais encore jamais lu Edouard Louis ? Je me disais que je le lirais sans doute un jour, mais qu’il n’y avait pas urgence. Je ne me précipite pas sur les auto-récits car en général, je les apprécie peu. Si bien que je n’ai même pas lu « En finir avec Eddy Bellegueule » malgré tout le battage dont il a bénéficié. Mais j’ai suffisamment entendu parler du personnage pour ne pas être totalement perdue dans ce récit sur sa mère. A vrai dire, je ne m’attendais pas à être emballée… mais je l’ai été.

L’histoire de cette métamorphose donc, Edouard Louis choisit de la raconter sous forme de brèves scènes qu’il pioche dans son souvenir, dans une chronologie pas très stricte. Il raconte le souvenir de manière vivante et immédiate, très agréable à lire pour le lecteur, puis lui ajoute son interprétation de l’époque (il était enfant) et/ou son interprétation actuelle. Il voit tout sous les prismes multiples, personnels, sociaux en terme de riches/pauvreté, et de domination de genre. On voit que dans ces deux domaines, il est, de fait, « hors gabarit » : issu d’un milieu très pauvre, il accède à l’aisance, et il n’a jamais convenu aux classements hommes/femmes. Ce qui m’a séduite dans ce livre, c’est justement cet automatisme à chaque souvenir, de reculer d’un pas et de comprendre ce qui se joue vraiment derrière l’anecdotique et avec quelles règles. Il aborde ainsi d’assez nombreux problèmes. Il ne cherche jamais à se donner le beau rôle, ni à sa mère d’ailleurs : il se contente de livrer son souvenir puis de l’analyser. Il ne prétend évidemment jamais à l’exhaustivité. Il dit. à hauteur de gamin, puis de jeune, puis d’adulte et toujours, il essaie de comprendre au-delà des relations individuelles immédiates. On ne peut pas le lire sans penser à Didier Eribon. A croire que les histoires individuelles n’existent pas. Nous sommes le fruit du déterminisme social. Quoi qu’il nous soit arrivé, c’est arrivé aussi à d’autres que nous.

Cependant, l’effet obtenu reste optimiste parce qu’en même temps que l’auteur montre le conditionnement qui appuie sur la tête des défavorisés, il montre qu’on peut s’en sortir; et aussi parce que globalement sa personnalité est positive.

A la suite de ce premier essai, j’ai décidé de lire les autres livres d’Édouard Louis, dans l’ordre:

En finir avec Eddy Bellegueule

Histoire de la violence

Qui a tué mon père

Combats et métamorphoses d'une femme

Changer : méthode

Monique s'évade

L'effondrement

(et ce qui tombe drôlement bien, c’est que plusieurs, à commencer par celui-ci, sont des Gravillons.)  

 128 pages   



10 décembre 2025

L'heure des prédateurs

de Giuliano da Empoli

*****


978-2073113207

Ma lecture de ce livre est partie sur un malentendu. Quand je l’ai pris, c’était parce que je m’attendais à un roman, dans le style du "Mage du Kremlin" que j’avais bien aimé et qui avait été un franc succès commercial. J’ai tout de suite compris le malentendu mais au bout du compte, je ne regrette pas ma lecture qui a été très instructive.

J'ai été accueillie par un court prologue où l'auteur fait un parallèle entre lui-même et un scribe aztèque rendant compte de ce qui s'est passé à partir du moment où les autochtones ont rencontré les Espagnols. De là à comprendre qu'il nous voit dans le rôle de la civilisation finissante, il n'y a qu'un pas… qui est immédiatement franchi et l’auteur, politicien toujours dans les coulisses de tel ou tel évènement important, nous en livre des scènes parlantes.

« Comme dans le cas de Moctezuma, leur docilité n’a pas suffi à assurer la survie de nos gouvernants : après avoir fait mine de respecter leur autorité, les conquistadors ont progressivement imposé leur empire. Aujourd’hui, l’heure des prédateurs a sonné et partout les choses évoluent d’une telle façon que tout ce qui doit être réglé le sera par le feu et par l’épée. »

Introduit partout, Giuliano da Empoli est extrêmement bien placé et il n’ignore rien de ce qui se passe d’un peu important. Mieux, il est dans les coulisses et voit comment cela se passe. Il nous livre ensuite une série de courts textes datés et situés qui nous en disent beaucoup sur l’état réel des choses en dehors des discours convenus et déclarations officielles. C’est tout à fait éclairant. Je m’en doutais mais ne suis pas particulièrement satisfaite de me le voir confirmer.

« Le chaos n’est plus l’arme des rebelles, mais le sceau des dominants. » … « Donald Trump, puisqu’on parle de lui est une forme de vie extraordinairement adaptée au temps présent. L’un de ses traits, dont ses conseillers, en hommage à une époque désormais révolue, se plaignent encore à voix basse, alors qu’ils devraient s’en gargariser haut et fort, est qu’il ne lit jamais. (…) Ni une page, ni une demi-page, ni une seule ligne. Il ne fonctionne qu’à l’oral. Ce qui représente un défi considérable pour quiconque souhaite lui transmettre la moindre connaissance structurée »

Je dois dire que ces courts articles se "dévorent" littéralement. Ce sont des scènes très vivantes, précises, au cœur de l’action et cela a beau être très documenté, ça n’est jamais assez long pour lasser. On reproche à l'auteur son pessimisme, d'autres appellent ça sa lucidité. Je suis dans le deuxième camp, même s'il a peut-être un peu sous-estimé notre sens de l'humour. On ne sait jamais. Et je ne pense pas que sa vision de l’IA qu’il évoque vers la fin de l’ouvrage soit très juste. Elle s’appuie d’ailleurs sur l’analyse de Kissinger qui était à mon sens trop un homme du passé pour bien sen saisir les enjeux. (juste mon avis)

Conclusion : Si vous voulez des infos sur la réalité, lisez-le. Si vous n’aimez pas les mauvaises nouvelles, passez votre chemin.

14 juin 2025

 Le Barman du Ritz

de Philippe Collin

****

978-2226479938

Roman historique dont on parle beaucoup en ce moment, ce «Barman du Ritz» va nous placer supposément dans l’esprit du célèbre barman et dans les coulisses de l’établissement iconique du luxe et de l’esprit parisien. Le récit commence avec l’arrivée des Allemands au bar et se termine avec celle des Américains. Quatre ans se sont écoulés, quatre ans durant lesquels il a bien fallu… s’adapter. La France envahie honteusement s’était repliée sous la ligne de démarcation, Pétain entouré de sa clique qui n’allait faire que croître et donner de plus en plus de gages aux nazis sans trop se faire prier. Mais le Ritz est à Paris, je ne vous l’apprendrai pas et lui, avait bel et bien les nazis à sa table et à son zinc. Il fallait faire bonne figure, et sans avoir l’air de se forcer. Et, comme tous les comportementalistes vous le diront, à force de mimer un sentiment, on l’éprouve. Telle était la France occupée. Une partie de la population essayant de vivre avec le minimum de changements et qui dirait à la Libération ne jamais avoir collaboré ; et une autre partie qui elle, de par sa profession, était bien obligée de cohabiter de manière rapprochée et donc de se soumettre davantage.

« Au fond, le pays ne demandait que ça : la paix et basta cosi. »

Et puis les lois antisémites, qui se mettent en place et là encore, deux clans chez les Français, ceux qui approuvent et ceux qui choisissent le déni. Souvenez-vous de vos arrières-grands-parents vous racontant qu’ils ne savaient pas.

Les années passaient, chacun avait une famille à nourrir, des proches à protéger, un commerce, une carrière à mener… il fallait bien faire avec. Il ne faut jamais oublier que la grosse différence entre eux et nous, c’est nous savons que cela a duré quatre ans. Eux l’ignoraient. Tel que c’était parti, les Allemands pouvaient très bien être là pour toujours. Ça change la façon d’estimer les choses et de choisir un comportement. Les irréductibles ont organisé la résistance, mais on n’en parle pas dans ce roman. Les autres se sont adaptés.

« Quant à tous les autres, guidés par l’opportunisme et surtout par la peur de perdre leurs privilèges, ils se sont adaptés aux exigences des temps nouveaux. »

Le Ritz au premier rang, c’est le moins qu’on puisse dire, mais Guitry, Arletty, Chanel, Cocteau, Mistinguett aussi, fidèles clients de l’établissement. Bref, de l’adaptation à la collaboration il n’y a qu’un pas sur une surface bien glissante… Si bien qu’à la fin,

« Au fond, personne n’aura envie de savoir ce qui s’est passé dans ce bar pendant quatre ans. Telle est la vocation d’un palace : un palais de contes de fées où le rêve ne doit jamais s’interrompre. »

Mais je le rassure, il y a bien d’autres endroits où on n’a pas eu envie de savoir, globalement, tous ceux où les personnages concernés étaient nécessaires à la poursuite des activités et au retour à la normale. On s’en est tenu aux cas les plus criants. Le pragmatisme gagne toujours.

Voilà ce que nous raconte ce roman historique : quatre années d’occupation nazie dans le Tout Paris. Il mêle une majorité de personnages réels et de faits historiques à quelques personnages fictifs apportant une touche émotionnelle. La focalisation sur le barman permet une vision toute personnelle et même une histoire d’amour. Il y a un peu de suspens, une résistance, plutôt suggérée que vraiment prouvée, il faut bien le dire. Du trafic de faux papiers qui sauve quelques Juifs, mais si bien rémunéré qu’on se demande si on est dans la résistance ou dans le business. Le barman sauve un jeune juif, mais celui-là, c’est un personnage fictif. Hemingway s’en va, Hemingway revient, et l’histoire est finie. Je n’ai pas spécialement aimé notre héros, j’ai méprisé (même si elle a pris cher) sa Blanche bien aimée qui confond addiction incontrôlée et résistance. J’ai compati pour certains mais globalement, ils sont tellement tous dans la normalité moyenne qu’on ne s’attache pas vraiment et j’ai trouvé que le récit manquait un peu de rythme et de punch au moins dans sa première moitié. Cependant, je l’ai lu avec intérêt et sans avoir à me forcer.

La maison d’édition, qui a du savoir-faire, a publié en même temps « L’Art du cocktail: Par le barman légendaire du Ritz » de Frank Meier, que les amateurs d’alcools forts et/ou d’Histoire et/ou les alcooliques mondains s’empresseront d’acquérir, mais moi j’en suis restée au pianocktail de Vian.


16 avril 2025

Un mois à Sienne

de Hisham Matar

****

978-2072850028

Ce court ouvrage (140 pages) relate un séjour que l’auteur a fait à Sienne en 2015. Il explique que, passionné d’art et plus particulièrement de peinture, il a nourri depuis ses 19 ans une véritable fascination pour l’École siennoise et que ce séjour était donc la réalisation d’un rêve ancien. Ce livre va être une sorte de compte-rendu de son séjour là-bas. Nous allons avec lui visiter les musées, stationner des heures devant les mêmes tableaux comme il a coutume de le faire, et le voir les ressentir et les comprendre. Nous allons avec lui visiter la ville à sa façon déterminée de poursuivre ses marches tout droit jusqu’à la limite de la cité, puis de faire demi-tour. Nous allons y faire des rencontres, peu nombreuses, mais chaleureuses et éclairantes.

L’intérêt du livre tient à la culture et à l’intelligence de l’auteur puisqu’il consigne par écrit ses connaissances sur l’histoire, l’architecture et l’art de la ville, comme sur les tableaux qu’il observe longuement l’un après l’autre. Il évoque également savamment la période historique, les effets civilisationnels de la Grande Peste, par exemple.

« Après 1348, l’art changea parce que l’humanité avait changé. Une des premières vies que la peste emporta en arrivant à Sienne fut celle de Lorenzetti. Nombre de ses contemporains succombèrent aussi. Avec eux disparurent leur expertise et leur capacité à former la génération suivante. Les jeunes artistes étaient désormais pour la plupart privés de maîtres et de soutiens financiers : l’économie ayant été dévastée, il n’y avait plus de mécènes. La ferveur religieuse inspirée par tant de souffrances avait renforcé l’emprise de l’Église. »

S’y mêle des réflexions plus personnelles, par exemple sur son père disparu sans que l’on sache exactement dans quelles circonstances, à la suite de son enlèvement au Caire par la police secrète égyptienne et de sa remise au régime de Kadhafi. Hisham Matar sait qu’il a été enfermé dans la terrifiante prison d’Abou Salim, mais ses informations s’arrêtent là et, à l’époque où il fait ce voyage à Sienne, il est temps pour lui d’admettre qu’il n’en saura très probablement jamais plus sur ce qui est arrivé à son père. Pour cela, c’est aussi un voyage de réflexion et de deuil. J’ai aimé également le lire évoquer sa façon de penser le monde, par exemple, l’importance qu’il accorde à l’influence des bâtiments et même des objets sur les humains. C’est un de mes credo et je suis contente de ne pas être seule.

« Or, je fais confiance à la présence physique des choses – bien plus qu’aux abstractions intellectuelles.Je crois qu’un objet peut exercer une influence, indépendamment du fait que les gens qui occupent la pièce où il se trouve interagissent ou non avec lui, et lui accordent ou non la moindre attention. »

Fasciné qu’il est depuis tant d’années par cette École siennoise, il ne faut pas s’étonner de l’étendue de ses connaissances à son sujet. Il nous décrit en détail les tableaux qu’il est allé voir et nous en donne son interprétation, décrypte par exemple, les significations possibles des allégories qu’il observe. Le gros problème en l’occurrence, c’est que l’ouvrage ne nous offre que des reproductions vraiment médiocres, aussi à mon avis, on ne peut en tirer aucun bénéfice si on ne fait pas cette lecture avec un ordinateur ou une tablette qui nous permette d’observer en même temps de bonnes photos des œuvres. C’est ce que j’ai fait et autrement, vraiment, je ne vois pas ce que j’aurais pu tirer de celles du livre.

Plutôt destinée à ceux qui s’intéressent soit à Sienne, soit à l’art, soit à Hisham Matar, cette lecture est intéressante, instructive, sans jamais être ennuyeuse.


24 mars 2025

La distinction

Librement inspiré du livre de Pierre Bourdieu

de Tiphaine Rivière

*****


Vous le savez tous, "La distinction" de Pierre Bourdieu est un ouvrage majeur et passionnant… mais c’est aussi un gros livre à la lecture difficile. Pour cette raison, beaucoup ne l’ont pas lu à part quelques devoirs scolaires rapides dans les meilleurs des cas. Cet album arrive à point et va beaucoup nous aider.

Alors, une étude de presque 700 pages transposée en 280 pages de gros dessins, vous vous doutez que vous allez lire une vulgarisation simplifiée, n’empêche que vous aurez les grandes lignes et que j’ai trouvé que l’esprit n’avait pas été trahi. Je conseille non seulement de lire cet ouvrage qui devrait se trouver dans toutes les bibliothèques publiques, mais aussi de l’offrir à vos jeunes, qu’ils fassent des études ou non. Ils comprendront mieux le monde dans lequel ils vivent, car ce qui fait l’objet de cette étude de 1979 perdure encore cinquante ans plus tard et si le monde a bien changé, ce dont on parle ici, est toujours là. Preuve que Bourdieu avait bien mis à jour un élément fondamental de notre mode de vie.

Tiphaine Rivière prend le parti de transposer l’action à notre époque. Notre héros est un jeune professeur de lycée qui, face à la difficulté qu’il y a aujourd’hui à faire classe en Terminale, entreprend de faire lire à ses élèves "La distinction" de Pierre Bourdieu. Ce texte est une révélation pour ces jeunes gens qui, peu enclins au départ à accorder leur attention, ne vont pas tarder à se sentir directement concernés par ce dont Bourdieu (et leur professeur) leur parle. Ils vont immédiatement faire rapprochements et comparaisons entre leurs vies, leurs familles, leurs mondes et les théories qu’ils découvrent. Ils prennent conscience de choses qu’ils ont toujours vécues et acceptées sans jamais les comprendre ni les remettre en cause alors qu’ils sont si fiers de leur libre arbitre. A partir de là, ils s’observent eux-mêmes et questionnent leurs motivations réelles. Ils observent et interrogent leurs familles. Leurs visions du monde changent.

Le graphisme noir et blanc, simplifié, vivant, m’a bien convenu. Le montage est passionnant. La mise en scène claire. C’est complètement accessible. C’est convaincant. Beaucoup vont découvrir des choses. Tout le monde va tout comprendre… et certains, une fois cet album terminé, poursuivront les recherches. Je conseille à 100 %.

978-2413081333




12 février 2025

Maus L'intégrale

de Art Spiegelman

*****


Une lecture INDISPENSABLE. La décision des écoles du comté de McMinn, à l'est du Tennessee, en 2022 de retirer Maus du programme m’a envoyée d’urgence chez mon libraire, et je ne suis pas seule, les ventes ont explosé à ce moment-là. Messieurs les censeurs, merci. Bien sûr, je connaissais ce titre depuis des années, je l'avais déjà vu, j'en avais déjà abondamment entendu parler, je l'avais même eu plusieurs fois en main, feuilleté, lu quelques pages, mais jamais, je l'avoue, je ne m'étais assise dans un fauteuil pour le lire du premier au dernier mot, du premier au dernier dessin. Quelle erreur! Je m'en veux. Ça ne suffit pas de connaître l'existence de ce livre, ni de savoir déjà bien des choses sur la Shoah, il faut lire ce livre. On ne peut pas s'en dispenser car il nous apporte quelque chose d'unique. Faites l'expérience, vous saurez ensuite pourquoi je vous dis ça avec une telle insistance.

Tout d'abord, il ne faut jamais perdre de vue que c'est une histoire vraie. Art Spiegelman a recueilli le récit de la Shoah auprès de son père qui l'a vécue en Pologne puis dans différents camps d'extermination. A ce moment-là, ils vivent tous deux aux USA, la mère d'Art est morte et ses relations avec son père au caractère difficile sont tout sauf aisées. Le lecteur ne peut s’empêcher de penser que ce sont peut-être justement ces défauts, opportunisme, obstination forcenée, égoïsme, qui ont permis au père de survivre là où des millions d'autres sont morts.

 Le récit, documenté par l'auteur comme un reportage, a été publié par épisodes dans un magazine pendant dix ans avant qu'ils soient réunis en un livre. Sous ses apparence de bande dessinée facile avec ses petites souris, c’est un vrai document qui m’a plus d’une fois fait penser à Hilsenrath .

Il a obtenu en 1992 un prix Pulitzer "spécial"", car ce prix n’est normalement pas attribué à une BD. C’est dire s’il a impressionné .

Pourquoi des souris ? Peut-être parce que les nazis soutenaient que les Juifs n’étaient pas humains, mais pas uniquement. Les Allemands sont des chats (je ne pense pas qu’Art Spiegelman déteste les chats, mais ils sont l’ennemi évident des souris) et les Polonais des cochons. Le père parle en faisant des fautes, ce qui rappelle en permanence qu’il est un exilé. Il part d’une situation aisée, jeune, quand son mariage le fait entrer dans la très riche famille de son épouse, lui qui est moins riche. La situation devient ensuite de plus en plus difficile jusqu’à l’abomination des camps d’extermination.

Le récit sans déclaration théorique se situe à hauteur de souris et de quotidien, de survie, où on a tellement de mal à s’en tirer qu’on n’est plus à considérer les choses dans leur ensemble. Mais le lecteur lui, a le recul et la vue d’ensemble. De même, il sait comment le Reich va finir.

Les Spiegelman racontent ce dont tant d’autres ne pourront jamais témoigner. Le récit est épouvantable et on sait en refermant ce livre qu’il n’y a pas d’innocents.

 Après la Libération, les Juifs n’ont généralement pas pu récupérer leurs biens en Pologne. Ceux qui réclamaient trop, on les a fait taire.

Beaucoup ont confirmé leur déni en tentant de nuire à sa publication dans leurs pays respectifs. Wikipédia précise "La traduction vers l'arabe, envisagée depuis longtemps, ne s'est pas encore concrétisée" . Les Russes quant à eux, égaux à eux-mêmes, l’ont édité mais la vente est interdite.

C’est un livre d’une tristesse infinie, mais on ne peut pas faire l’économie de sa lecture.

978-2081278028

13 novembre 2024

L’intelligence artificielle en 5 minutes par jour

de Stéphane d' Ascoli

*****


Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur l’IA sans jamais oser le demander, déjà parce qu’on ne sait pas au juste quelles questions poser et pour ne pas avoir l’air bête et à qui demander.

Ca m’intéresse, moi, l’Intelligence Artificielle. D’abord qu’est-ce que c’est ? Comment ça marche ? Et qu’est-ce qu’on peut en faire ? Le problème, c’est que je ne suis pas du tout scientifique. Donc, quand je dis que je n’y connais rien, c’est vraiment rien, et même pas vraiment ce que c’est. Où ça commence ? Où ça se trouve ? A quoi ça sert ? Qu’est-ce que ça peut faire ? Qu’est-ce que ça ne peut pas faire ? Est-ce qu’on sait quand on s’en sert ? Et quand les autres s’en servent ? Comment le sait-on ? Est-ce que je m’en suis déjà servie ? Ma curiosité était bien titillée par cet OINI (objet immatériel non identifié), alors quand je suis tombée par hasard sur cette promesse alléchante « en 5mn par jour » !! qui plus est pour un prix dérisoire (2€ en liseuse, 3,50€ en papier), j’ai tenté le coup. Comment résister ? Je trouverai toujours bien 5 minutes par jour à consacrer à cette exploration de monde inconnu.

Et je ne l’ai pas regretté. Est-ce que cet opuscule (160 pages) tient ses promesses ? Eh bien non, parce qu’il ne m’a jamais été possible de m’arrêter au bout des 5 minutes et que j’ai le plus souvent enchaîné plusieurs chapitres pour des lectures de 15 à 20 minutes. Et encore, je m’obligeais à m’arrêter, me disant que si j’absorbais trop de notions d’un coup, je les retiendrais mal. Mais pour le reste, oui. Il s’adresse aux complets néophytes sans connaissances particulières et leur permet de ne plus se sentir complètement perdus face à se monde qui s’installe autour de nous.

L’IA peut-elle écrire, faire de la musique, peindre ? Peut-elle rêver ? Comment Siri peut-elle nous répondre et nous obéir (ou nous surveiller)? Comment Netflix peut-il nous conseiller des programmes qu’on va aimer ? (Avant, je n’évaluais jamais mes visionnages, maintenant je le fais. Alors bien sûr, L’IA va ficher mes goûts dans la big data, mais quel est l’inconvénient pour moi ? Il y a des choses que je ne lui confierais pas, mais mes goûts en matière de séries télé, je veux bien, si j’y ai un vrai avantage).

Compétent, Stéphane d’Ascoli, doctorant au sein du Laboratoire de Physique de l'École Normale Supérieure et ayant déjà publié plusieurs ouvrages de vulgarisation, l’est à n’en pas douter, et il est aussi très habile à tout expliquer très simplement. J’ai l’impression d’avoir compris tout ce qu’il a dit. C’est une preuve. En 44 courts chapitres, il vous expliquera d’abord que oui, vous utilisez déjà l’IA. Il vous expliquera ce que les algorithmes font (et d’abord ce qu’est un algorithme) ce que les algorithmes donc, peuvent faire ou pas, comment ils fonctionnent et comment on les fabrique. Et ça, ça m’a vraiment éclairée. Dès qu’on aura fait une IA capable de discuter avec moi de tout sujet qu’on lui aura inculqué, j’en prends une ! Mon rêve ! (clin d’œil à l’excellent origine des larmes ) . Seule chose, cet ouvrage a déjà quatre ans et les choses vont vite en ce domaine, je me demande si l’auteur ne reverrait pas aujourd’hui un peu à la baisse (de durée) ses prévisions de développement. Juste une idée de quelqu’un qui n’y connaît rien, notez bien. En tout cas cet ouvrage vous apprendra bien des choses sur l'intelligence artificielle, étant bien entendu qu'il s'adresse à des lecteurs totalement débutants et qu'il reste au niveau 1 de la vulgarisation sur ce sujet.

Je suis contente d’avoir éclairé ma lanterne aussi simplement. Maintenant, j’ai les bases pour comprendre un peu ce que je vis en ce domaine, parce que de toute façon, on n’y échappera pas. Se demander si on est pour ou contre, c’est être complètement à côté de la plaque. La question n’a pas de sens, de toute façon, ça se fera. Il faut donc essayer de ne pas se laisser dépasser et profiter au contraire des avantages, parce que les inconvénients, eux, ils ne nous rateront pas..

978-2412059845



16 octobre 2024

Crayon noir - Samuel Paty, histoire d'un prof

Texte de Valérie Igounet

Dessins de Guy Le Besnerais 

*****


Une fois encore, la forme graphique a été choisie pour présenter un dossier extrêmement sérieux, précis et documenté. Cette fois, il s'agit du meurtre de Samuel Paty, professeur d'Histoire, par des fanatiques religieux le 16 octobre 2020. Cette date anniversaire, quatre ans plus tard, est le bon moment pour en parler.

Le choix de la forme graphique me parait être une excellente idée car elle permettra à de nombreuses personnes qui ne se seraient pas lancées dans la lecture d'un volume serré, d'avoir accès à tous les faits et leurs enchaînements. C'est par ailleurs, une totale réussite. Ce livre devrait se trouver dans toutes les bibliothèques et CDI pour le sérieux de son enquête et l'objectivité de sa narration.

Le graphisme est clair, dépouillé mais hyper réaliste et juste. J'ai aimé ces dessins. Les portraits sont frappants. Les couleurs sont en à plats. L'album commence par l'enterrement et les cérémonies d'hommage, les honneurs officiels, tout un pays horrifié derrière son cercueil. Ensuite, l’album reprend le film des évènements depuis le tout commencement, sans omettre le passé professionnel de l'excellent professeur motivé qu'était Samuel Paty.

On est juste après les massacres de Charlie Hebdo et le professeur entreprend de faire un cours sur la liberté de la presse dans une République.


Et on voit comment de petit mensonge en exagération et diffusion d' "informations" non vérifiées, on voit les gamins se donner de l'importance en répétant des versions de plus en plus intéressantes mais également de plus en plus éloignées de la réalité.

.. et les adultes qui s'en mêlent, mais hélas pour ne faire qu'amplifier et dramatiser et diffuser la désinformation et la haine. On n'est consterné de voir ça. Partir de si peu pour déclencher un tel torrent de haine, et finalement cet acte odieux. On a un sentiment d’impuissance face à un engrenage. Comme toujours, à part l'assassin final, personne n'aura rien fait, ou presque rien, et ne se reconnaît coupable que de pas grand chose: de s'être trompé ou plutôt d'avoir été trompé, d'avoir mal réagi, mais parce qu'on avait insulté sa religion (en fait non, alors, qu'est-ce que c'est que cette réponse?) etc. Toutes ces petites malveillances ordinaires mais terribles, participaient en fait d'un assassinat annoncé. On espère que c'est ainsi qu'ils seront jugés et on leur souhaite de réaliser un jour ce qu'il ont vraiment fait.

Les collégiens qui avaient alimenté la campagne de diffamation contre Samuel Paty et permis son assassinat ont été condamnés à des peines de prison avec sursis allant de 14 à 24 mois. Le procès des adultes est prévu pour fin 2024. Tiens! C'est bientôt. Quelles seront leurs peines?

Au vu de l’immobilisme de l’administration ou de la police qui étaient au courant de la situation et avait promis protection, la famille Paty a porté plainte contre l'Etat pour non assistance à personne en danger et non empêchement de crime. On attend.

Depuis le drame, un proviseur s'est trouvé pris dans une spirale similaire à celle qui a emporté S. Paty et a choisi de démissionner peu confiant en la protection qu'il pouvait espérer. Combien de proviseurs ou professeurs allons nous encore céder à l'obscurantisme, nous qui en manquons déjà? Je ne parle même pas de ceux qui, au vu de la situation, ne s'orienteront pas vers l'enseignement.

9782958292782