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13 avril 2026

Tout le monde dans ce train est suspect

de Benjamin Stevenson

****

978-2264084965

Présentation de l’éditeur :

"Mon histoire est simple : six auteurs de romans policiers sont dans un train. À la fin du trajet, cinq seulement seront encore en vie. Et l'un d'eux aura des menottes aux poignets.

Invité à un festival consacré au roman noir, Ernest Cunningham a pris place à bord d'un train avec cinq autres écrivains. À l'arrivée, on dénombre neuf morts. Entre-temps s'est tenue la plus folle des enquêtes. Car tous les auteurs de romans policiers savent parfaitement comment résoudre les affaires les plus difficiles. Comme ils connaissent tous les recettes du crime parfait."

J'ajouterai que tous les auteurs de romans policiers sont persuadés d'être d'excellents enquêteurs. Que dis-je, excellents ? Je veux dire géniaux, et notre héros n'échappe pas à la règle. Nous retrouvons Ernest Cunningham , écrivain, personnage principal et narrateur du best-seller précédent "Tous les membres de ma famille ont déjà tué quelqu'un". Il est grand temps pour lui d’écrire maintenant un deuxième roman, mais… ça ne vient pas. Heureusement, le voilà invité à se joindre à un festival d’auteurs de romans policiers qui a l’originalité de se dérouler dans un train qui traverse l’Australie de part en part. Il s’y rend avec un autre des personnages du premier roman (mais je ne vous dis pas lequel pour ne pas le spoiler). Il compte mettre à profit cet inspirant voyage pour progresser dans sa production, et ça va être le cas.

On retrouve le ton, le savoir-faire et les ingrédients du précédent roman : un huis-clos puisque tout le monde est coincé dans ce train en marche. Pas d'intervention extérieure possible. Le/la coupable est parmi eux ! On passe un bon moment aussi bien à s'amuser des facéties du récit qu'à tenter sérieusement de découvrir qui a fait le coup. J'ai apprécié le second degré et l'humour. C'est très agréable.

On peut lire "tout le monde dans ce train est suspect" sans avoir lu le premier livre dans la mesure où c’est une histoire complètement différente, mais si c’est possible, il me semble préférable de les lire dans l’ordre pour bien connaître Ernst avant même de commencer celui-là. Il y a un troisième titre qui vient d'arriver, "Toutes les fêtes de Noël commencent par un meurtre" je ne pense pas être capable de résister à la tentation de cette nouvelle petite récréation. Et le quatrième "Lequel de ces dix suspects est le coupable?" sortira en juin 2026. Je sens que Benjamin Stevenson n'est pas du tout disposé à lâcher le filon (dans tous les sens du terme), et pour l'instant, je m'en réjouis.


09 avril 2026

Plus noir que noir

de Stephen King

****

978-2226493101

Titre original "You Like It Darker "

Dernier recueil de nouvelles de Stephen King en date. Elles sont douze, (eh oui, pas treize, mais il paraît que l'édition étasunienne au format poche en contient treize. En sera-t-il de même chez nous ? Encore un suspens). C'est vraiment un bouquet hétéroclite que le Maître nous offre-là. Il y a du court et du long, et même parfois si long qu'on aurait pu l'éditer seul comme novela (Le mauvais rêve de Danny Coughlin ou Serpents à sonnette), et différents formats intermédiaires. Il y a du tendre et du féroce. Il y a du terrible mais rationnel, mais aussi de l’irrationnel, magique ou même carrément l’intervention de petits hommes verts... Rien n'est impossible.

Ça commence par une nouvelle assez longue : "Deux crapules pleines de talent" où deux amis d'enfance sont devenus subitement célèbres en même temps, l'un comme peintre, l'autre comme romancier, à plus de 40 ans. C'est bizarre, non? Oui, ça l’est.

Les récits qui suivront nous amèneront à nous demander si les maladies mentales sont contagieuses (écran rouge), ou alors, héréditaires ("Willie le Tordu"). Et le courage (Slide inn road )? Le courage ou les troubles psychiatriques sautent parfois une génération. C'est ce que nous découvrons.

Ces récits nous amèneront aussi à nous demander si la poisse existe (Finn), et les dons ? Certains ont ils un don spécial, que ce soit en permanence ou par périodes ?

"La Cinquième Étape" m’a curieusement fait penser à un sketch de Fernand Raynaud où il disait "Si quelqu’un vous demande -Est-ce que tu veux que je te parle franchement ?; Répondez-lui, -Non, non, continue à me parler comme auparavant." Il avait raison. Faut faire attention quand les gens s'épanchent.

Il y a même le classique savant fou (Les Rêveurs) bien réussi. Et le long mais captivant "Mauvais Rêve de Danny Coughlin" m’a fait penser que Danny Coughlin est sûrement un chic type, mais qu’à sa place, je n'aurais rien dit à personne. Parfois, faut savoir se taire dans la vie. Evidemment, s’il l’avait fait, nous n’aurions pas eu d’histoire à dévorer ni cet hallucinant policier flippant, mais réaliste, à détester.

Nous rencontrerons aussi le "Spécialiste des turbulences" qui est une très curieuse histoire assez courte, qu'on ne comprend vraiment qu'à la fin. Idée très originale. C’est peut-être ma préférée du recueil avec "L'Homme aux Réponses", bien qu’il soit difficile de choisir quand les éléments sont si différents.

Et enfin, parce que tout n’est pas que stress dans la vie, King laisse parler son amour des chiens dans Laurie. Parfois, la vie des gens est en danger pour des raisons qui n’ont rien de spectaculaire, et les sauveurs ont quatre pattes…

Coup de patte de l'artiste, l'auteur nous offre même un clin d’œil appuyé à Cujo. C'est dans "Serpents à sonnette", et pourtant, il n'y a pas de chien dans cette histoire-là.

Le grand art de King, c'est toujours son talent pour donner vie à ses personnages. Ils sont vraiment là. Réels. On y croit, ils ont chair, âme (tordue ou droite) et épaisseur. Il n'y a pas que les histoires (fabuleuses), chez King. J'attribue 50% de la valeur de ses récits à sa capacité à donner vie à des personnages auxquels on croit. Quand l'histoire est terminée et le livre fermé, on a l'impression qu'ils sont toujours là (les survivants du moins) à poursuivre leur existence dans leur monde. C'est ça qui fait de lui un grand.

Conclusion, un échantillonnage très varié des différentes facettes du King qui montre qu’il a encore bien des idées. Pas un super chef-d’œuvre, mais à mon avis, les recueils de nouvelles ne le sont jamais. Cependant les aficionados y trouveront bien leur compte.


624 pages   


01 avril 2026

Tous les membres de ma famille ont déjà tué quelqu'un

de Benjamin Stevenson

*****

978-2264083241

Merci à mes amies/is blogueuses/eurs littéraires sur les blogs desquels j’ai repéré cet ouvrage assez répandu. Je leur dois une vraiment excellente récréation. Benjamin Stevenson est un Australien qui commence à se faire connaître avec ses best-sellers de whodunit et je n’irai pas jusqu’à dire avec l’éditeur que ça vaut Agatha Christie, mais c’est tout de même très bien fait, et je me suis retrouvée à éteindre la lampe de chevet à des heures pas possibles parce que je n’arrivais pas à interrompre ma lecture, et franchement, cela fait longtemps que ça ne m’était pas arrivé. C’est pourquoi, je lui colle 5 étoiles.

Bien sûr, il y a des défauts, beaucoup même. C’est vrai qu’il y a beaucoup de personnages. Je conseille de prendre quelques notes au début parce qu’après on bascule sur l’un ou l’autre sans rappeler qui ils sont. Je me suis fait un petit arbre généalogique de la famille Cunningham et il m’a bien simplifié la vie, un simple coup d’œil me remettait en situation.

C’est vrai que le style n’est pas vraiment magnifique (bien que le narrateur se présente comme écrivain), mais pour un polar… ça va.

C’est vrai que cette manie qu’il a de faire des apartés et d’annoncer à l’avance ce qui va arriver est plus agaçante qu’autre chose. Je me rends bien compte que c’est pour titiller le lecteur et maintenir son attention en éveil, mais mon attention est déjà en éveil, ça va, merci, et j’ai horreur des grosses ficelles de la manipulation. Ainsi quand dès le prologue, il annonce toutes les pages dans lesquelles on découvrira un cadavre (et il va y en avoir un paquet), je ne sais pas si, avant ou après lecture, vous êtes allé vérifier, mais moi, j’ai préféré sauter le passage. Ça ne m’intéresse pas du tout de savoir ça. Les dix commandements de Ronald Knox affichés en en-tête et auxquels un roman policier ne doit jamais déroger, je les connaissais, et je ne les ai pas relues parce que je me fiche un peu que cela déroge ou non, du moment que je suis scotchée. Mais bon, Stevenson, en apprenti écrivain, y tenait.

Ceci posé, et déploré, reste qu’un gros whodunit dans un hôtel en pleine montagne !! ! C’est imparable. Qui pourrait résister ? Pas moi, en tout cas.

Ce que j’ai bien aimé aussi, c’est le ton légèrement humoristique du récit, un humour un peu noir, du cynisme parfois. Et voilà que faute de vraie police, notre narrateur, entreprend de démasquer le coupable même si tout le monde n’est pas forcément convaincu de ses capacités à le faire.

"Et croisons les doigts pour qu’il n’y ait pas de vrai meurtrier ici, ou nos vie seront entre les mains d’un écrivain. Je suppose qu’on pourrait le tabasser avec un de vos bouquins.

- Ils n’existent qu’en version numérique ai-je bafouillé avant d’ajouter, d’une voix qui tenait plus du couinement ; je suis autoédité.

- Je vois..."

Alors, tous les membres de la famille Cunningham ont-ils vraiment, oui ou non, déjà tué quelqu’un ? Vous n’allez pas tarder à le savoir, mais vous découvrirez aussi que chez eux, l’amour filial ou fraternel est un peu… spécial.

Quand je lis des avis de lecteurs reprochant à ce roman son manque de vraisemblance et ses explications alambiquées, non, mais sérieux, là? Vous attendez vraiment de ce genre d’ouvrage qu’il soit vraisemblable? C’est vraisemblable quand Miss Marple résout toutes les énigmes en tricotant dans son fauteuil ou quand la police découvre un homme assassiné dans une pièce remplie de pendules qui n'y étaient pas avant ? Et quand on vous raconte comment une guêpe morte trouvée dans un avion explique un crime, ce n’est pas alambiqué? La vraisemblance réelle, ce n’est vraiment pas quelque chose que j’attends. Une cohérence interne suffit.

Pour finir, retournons dans notre hôtel (qu’il vaudrait peut-être mieux quitter au plus vite, d’ailleurs)

"Mais nous étions enchaînés par nos propres égos, nos regrets, notre honte et notre entêtement. Il était temps de ravaler tout ça et de partir. D’autant plus que nous sommes à six chapitres de la fin et que le dénouement approche."

Pour ceux que ça intéresse, j’ai activement cherché qui était coupable et j’étais sûre d’avoir trouvé… mais j’avais tort.

A usage récréatif, je conseille à 100 % et je vais également dévorer les deux autres déjà traduits en français. Et j’ai une Bonne nouvelle : Ce titre et le suivant "Tout le monde dans ce train est suspect" sont déjà sortis en poche ce qui les met chacun à moins de 10€.

18 mars 2026

Week-end chez Alice

de Gilbert Tanugi

***

978-2702409848

Le Masque n° 1593

Alice a invité ses trois amies de collège à passer le week-end chez elle, dans son chalet suisse. Cela fait quarante cinq ans qu’elles ne se sont pas vues, n’ont même pas gardé le contact, pourtant, à l’adolescence, elles ont formé un groupe d’amies très proches, même si Alice était la seule issue d’une famille modeste alors que les trois autres étaient riches. Depuis, chacune a fait sa vie, les trois amies d’Alice ont épousé un leader révolutionnaire, un multimillionnaire, un charismatique pasteur célèbre. Alice n’a épousé personne. Comme si elle n’avait plus aimé depuis qu’une mauvaise plaisanterie de ses amies lui avait fait perdre son amour de collège…

Mais voilà qu’après ces décennies, Alice a envoyé ces trois invitations inattendues et que toutes sont venues, peut-être grâce à une petite phrase sibylline qu’elle a glissée dans chacune…

Alice les reçoit royalement, repas gastronomiques, thés et petits gâteaux, mais l’ambiance est lourde et tendue, les invitées semblent craindre une menace mais si imprécise… qu’elles ne sont même pas sûre que cette menace existe.

Mais elle existe bel et bien et tout va mal se passer, comme vous vous en doutez bien.

Oui, vous vous en doutez bien et c’est ce que je reproche à ce petit polar peu original et quelque peu sans chair. La mécanique est précise et fonctionne, mais l'épaisseur psychologique et le supplément d'âme manquent sérieusement. Alice aurait consacré sa vie à se venger de la perte d’un amour qui a aucun moment ne prend vie, ni ne montre son ampleur, fautes de détails. On ne sait même pas très précisément ce qui s’est finalement passé. De même, les quatre personnages que nous voyons s’activer là ne m’ont jamais semblé très réalistes. Il y a plein de pièges et de chausse-trappes. Ces dames savent manier ces armes-là. Le combat a beau être feutré, il n’en est pas moins féroce. Qui gagnera à la fin?

Bilan : Gilbert Tanugi qui était aussi scénariste, a su nous faire un petit polar enlevé qui se lit bien et sans temps morts, mais pas d’une grande originalité, sans personnage auquel le lecteur s’attache et sans vraisemblance. C’est correct mais je ne vais pas le garder parmi mes auteurs prioritaires dans ma pêche aux Masque bien qu'il y ait publié plusieurs titres.


14 mars 2026

Le puits, la corde et le seau

de Paul Vance

Paul Andréota

****

‎ 978-2702405895

Le Masque n° 1467

J’ai décidé d’aller pêcher un peu dans la Collection Le Masque, excellente collection de romans policiers, qui a cessé de vivre il y a une quinzaine d’année. Je le fais parce que j’ai remarqué que le label de cette collection garantit tout de même un niveau de langue satisfaisant et une intrigue au moins correcte (et souvent plus). Donc, allons-y ! Comme je viens de le dire, la collection d'origine ne produit plus depuis 2012 mais sachant qu’elle compte 2540 titres et la saison des vide-greniers arrivant, je pense que je vais avoir l’occasion de m’approvisionner.

Paul Vance, alias Paul Andréota a publié beaucoup de romans et scénarios, mais chez Le Masque, il n’a publié que deux romans, tous deux en 1977. Leur héros récurrent est le Commissaire Baratier,

• Le Puits, la Corde et le Seau

• Échec à l'innocence

Série courtissime donc. N’ayant pas lu le second, je ne sais pas si ce pauvre commissaire s’est fait descendre ou a rencontré quelque autre empêchement majeur, ou si la raison est à chercher ailleurs.

Parlons-en de ce Commissaire Baratier, échantillon primitif de ce qu’on appelle maintenant HPI, il a fait d’abord de très brillantes études, s’est ennuyé dans ses débuts de «belle carrière», a tout plaqué et s’est retrouvé flic, branche qui lui a semblé moins ennuyeuse et où ses capacités intellectuelles lui ont permis de passer concours et échelons hiérarchiques à la vitesse grand V. Il a les cheveux longs, un look plutôt hippy (voir l’époque), étonne ses collègues qui ne raffolent pas de lui, mais a le soutien de sa hiérarchie qui veut bien fermer les yeux sur les détails au vu des résultats. Vous allez me dire, « un flic plutôt sympathique, quoi » Eh bien, pas tant que ça à mes yeux, encore un qui supporte mal le regard du 21èùe siècle. Bien loin de s’en douter lui-même (il se verrait plutôt comme un séducteur cool), notre commissaire est un macho qui va un peu écœurer son lectorat moderne en n’hésitant pas à secouer comme un prunier une témoin qui ne lui répond pas assez vite, ou à passer sa mauvaise humeur sur sa compagne qui s’épuise à le distraire quand il rentre chez lui contrarié. Bref non, Baratier, vous n’avez rien d’un doux philosophe. Il y a un peu d'humour dans certains dialogues, mais ça ne va pas suffire.

Le commissaire et son adjoint, sont chargés de résoudre un mystère inexplicable : le riche mécène d’une secte meurt enseveli par l’effondrement d’une voûte médiévale de son manoir alors qu’il rejoignait le gourou et les autres membres pour la méditation. Pour une raison qui ne m’a pas parue claire, le supérieur de Baratier est persuadé qu’il y a quelque chose de louche dans ce décès, mais impossible de savoir comment l’assassin s’y est pris, si assassin il y a (d’autant que le décès du type n’arrange apparemment personne). Tous les autres membres de la secte étaient réunis dans une même salle un peu éloignée, aucune machinerie ni sabotage n’est visible, ni envisageable, car une clé de voûte faisait tenir la construction de pierre, et tout le monde vous dira que c’est un système qui a fait ses preuves. Voilà notre commissaire envoyé sur place avec son gros QI pour s’assurer qu’il n’y a pas de truc ou comprendre lequel.

Pour tout arranger, Baratier est réellement subjugué par le gourou ! ...

Bilan, ce qui est intéressant dans ce roman, c’est de découvrir le modus operandi. J’ai passé tout mon temps à essayer de deviner comment il avait bien pu faire et non à chercher le coupable. Et tant mieux pour moi d’ailleurs, parce qu’en fin de compte, on découvre que le coupable est X, mais je n'aurais jamais trouvé. C’est du moins l’impression que j’ai eue. Mais le truc pour la voûte, je ne l’avais pas trouvé (bien que je doute de son réalisme) et je ne regrette donc pas ma lecture.

PS : Pour en savoir plus sur Le Masque : Clic





28 février 2026

Poison d'avril

de Louis C. Thomas

****

978-2702415955

Le Masque n° 1780

Pêché dans une boite à livre où j'ai repéré qu'un amateur larguait ses vieux polars au compte-goutte, mais régulièrement, ce petit masque a l'avantage de ne compter que 124 pages, ce qui fait de lui un joli gravillon. Et c'est tout ce qu'il y aura de joli dans cette histoire plutôt moche.

Un homme accompagne une jeune femme qui tient à peine debout jusque dans un bistrot où il l'installe sur une banquette. Le patron qui en a vu d'autres ne s'étonne pas outre mesure mais voilà que le "petit cognac" apporté pour la requinquer, loin d'avoir l'effet escompté, la laisse totalement inconsciente. L'inconnu part chercher un taxi tandis que le patron continue de balayer la sciure. L'inconnu ne revient pas, la femme n'a pas bougé d'un poil. Le patron va voir si elle va bien, mais justement non, elle ne va pas trop bien, étant donné qu'elle est morte. Le patron appelle la police, le roman est lancé.

Ce roman a remporté le pris du Quai des Orfèvres en... 1957 ! Alors, tout ce qui est téléphones portables, ordinateurs, internet sans même parler de l'IA, oubliez. On ira à la cabine téléphonique quand ce n'est pas au Central téléphonique et on prendra le temps que les messages et renseignements s'acheminent d'un point à un autre. On est dans une époque virile de gros flics dans des voitures pétaradantes. L'inspecteur tout fier, roule en R18. Ces messieurs ont en permanence la clope au bec, en intérieur comme en extérieur, et l'apéro à la main. Ces dames essaient de se faire respecter.

Quant à la morte, tout d'abord, on ne sait pas du tout qui elle est. Aucun papier, aucun nom. Puis des noms, elle en aura deux, enfin des prénoms, Monique et Brigitte. Toujours pas de nom. Qui peut-elle bien être ? Et de quoi est-elle morte ? L'inconnu du bistrot, lui, n'a pas de chance, l'inspecteur le connaissait et le reconnaît d'après le portrait robot du patron de bistrot. L'enquête va donc progresser, La troupe des personnages s'agrandit, il y a un docteur, un vieil Anglais excentrique, un asile de fous, un galeriste, un peintre, un nudiste, un escroc, un dealer, de la drogue, une vieille servante... Le train-train, quoi. Tout le monde ment au moins un peu. Le commissaire a du travail. Le pauvre lecteur soupçonne tout et tout le monde, mais ne trouve pas... vers la fin, il est pourtant sûr d'avoir deviné... mais non ! Ce n'était pas ça. Vexant.

Le bouquin jaune va retourner dans une autre boîte à livres.

 124 pages

08 février 2026

Les bons sentiments

de Karine Sulpice

****

979-1034910403

Autre fruit de ma pêche au hasard de Gravillons à la bibli (pour ceux qui suivent), ce titre que je n’aurais certainement pas lu sans cette activité halieutique… et cela aurait été bien dommage.

Je ne connaissais pas l’auteure, journaliste dont c’était le premier roman, mais je vois qu’un second est paru en janvier 26, « Méchante ».

J’ai admiré la maîtrise et l’habileté de la construction de ce récit vu par dessus l’épaule de la commandante de police Maurane Le Queuvre appelée en cette nuit de Noël pour une prise d’otages dans les locaux d’une association caritative. Prise d’otage sérieuse puisqu’il y a déjà un otage blessé par balle, mais si vous aimez les déploiements et actions d’éclat du RAID, ou les âpres négociations style « Une après-midi de chien » et autres, laissez tomber. En fait, autant qu’au dessus de l’épaule de Le Queuvre, nous allons être au-dessus de celle du preneur d’otages à qui, en fine négociatrice, elle va passer la parole et qu’elle va laisser se raconter tout son saoul. Cette prise d’otage va ainsi être l’occasion de visiter les rouages de cette association caritative (de toutes, en fait).

Et il (Julien) nous raconte tout depuis le début, des années auparavant. Ses brillantes études, sa carrière de jeune loup prometteur pour une multinationale. Il s’occupait des plans de restructuration des sociétés : « … vous débarquez (…) vous empestez la compétence à plein nez (…) vous faites semblant de vous passionner pour ce que vous racontent les gars en face (…) et pour finir, vous appliquez la même grille d’évaluation que pour tous les autres (…) c’est étonnant comme les plans portant sur les bas salaires sont plus populaires dans les directions financières que ceux touchant les cadres sup – et je ne vous parle pas des très hauts dirigeants. »

Et son burn-out

« On pouvait donc encore faire avaler aux salariés qu’une mission d’audit avait une vocation autre que de réduire les couts de production ? Donc, la masse salariale ? »

Sa convalescence, longue, qui le laisse dans un état quasi apathique, son nouveau départ dans une voie différente, sous payée mais porteuse de sens, en mettant son savoir faire au service d’une association caritative de spectre large (en gros, elle aide pour tout)… et la suite jusqu’à se retrouver retranché dans ses locaux avec un fusil et le reste de l’équipe en otage, la nuit du réveillon. Là encore, Karine Sulpice sait de quoi elle parle, pour connaître le milieu, je peux vous dire que sa peinture en est très juste, tout comme son analyse des mécanismes les plus subtils. Vraiment, très bien fait.

Mais les histoires tout court tournent mal, en général.

« Comment autant de bonne volonté, une ruche de gens bien, peut-elle générer un système aussi invivable ? »

Humain, trop humain.

Parallèlement, nous suivons une autre histoire, moins détaillée, mais non moins poignante, un cas de maltraitance d’enfant, présente du début à la fin mais néanmoins en train de passer au-dessous des radars.




31 janvier 2026

Bacchantes

de Céline Minard

**+

978-2743651060

Normalement, j'aime beaucoup Céline Minard, mais là, je suis complètement passée à côté de ce roman que je n'ai ni compris, ni apprécié. J’étais partie en confiance pour ce hold-up original dans la cave à vin la plus sécurisée du monde où les plus grands (et plus chers) crus étaient pris en otage et impitoyablement abattus au fil des heures de siège car la police les encercle. Pour ce qui est des vins, il y en a pour trois cent cinquante millions de dollars. La police est donc sur les dents. Des spécialistes émérites font le siège des lieux, accompagnés du propriétaire de la cave, mais ce n’est pas pour rien que les plus prestigieux œnophiles du monde lui confient leurs trésors, ladite cave est un ancien bunker capable de résister à tout assaut ou effraction. Par contre, pour ce qui est des voies de sortie… ça laisse à désirer.

Pour faire monter un peu la tension que l’auteure a peut-être devinée molle, un typhon est sur le point de ravager la baie de Hong Kong où se situe l’action.

Les gangsters sont trois femmes quasiment caricaturales, une soldate d’élite, une clown et «La Brune». Elles agissent toujours dans l’outrance et de façon irrationnelle au moins en apparence, et pour la rançon, elles exigent qu’on leur livre un colis de produits cosmétiques de luxe. (oui)

(je sais, mais oui).

C’est bien raconté, mais pas d’une clarté tout à fait lumineuse, surtout vers la fin. Ou alors, c'est moi qui me suis déconcentrée. Cependant, le récit se tient bien, et, vu le faible nombre de pages, on va facilement au bout. (Mais je n’aurais pas lu plus de 200 pages de cet acabit.)

La quatrième de couv’ nous avait promis «Revisitant avec brio les codes du film de braquage, Céline Minard signe un roman drôle et explosif, où la subversion se mêle à l’ivresse». J’estime la promesse tenue à 50 % : ça revisite les codes du film de braquage et ça explose. Par contre, je ne l’ai pas trouvé drôle et encore moins subversif. Dommage, c'étaient les 50 % qui m’intéressaient le plus. Je vous l’ai dit. Je suis passée complètement à côté, mais pas d’affolement, cet ouvrage date de 2019, Céline Minard a fait beaucoup mieux depuis.


Cath L l'a lu aussi.


  112 p


15 janvier 2026

L'heure bleue

de Paula Hawkins

*****

978-2266348898

Très bon roman noir, bien qu’un peu long. J’apprends que l’autrice a écrit précédemment « La fille du train » qui a été un best seller, mais je ne l’ai pas lu. Cependant, cela se fera pour peu que l’occasion s’en présente car cette Heure bleue m’a bien plu.

J’ai été capturée dès le premier chapitre présentant une situation originale, et même inédite pour moi, ce qui commence à se faire rare dans le monde du polar. Les auteurs persistent à en rajouter toujours et encore dans le degré d’horreur ou de sadisme mais pour ce qui est d’inventer un truc nouveau, il n’y a plus personne. Donc, pas de gore, horreur ou de sadisme ici mais quand même plusieurs décès regrettables ou au moins prématurés. Ce roman a pour seconde qualité à mes yeux de se passer dans le monde de l’art. Cela ajoute de l’intérêt pour moi.

Donc, voilà, alors qu’il visite tranquillement une exposition de l’artiste renommée Vanessa Chapman maintenant décédée, un médecin remarque qu’une de ses « installations » dans un cube de verre, comportant des éléments divers, pour la plupart glanés, contient justement un os et qu’il en est sûr, cet os est humain. Homme de devoir, il signale le fait à l’organisateur de l’exposition qui consulte d’autres médecins et, devant leurs avis convergents, alerte la police et les ayant droits de l’artiste car, pour étudier cet os, il faut abîmer l’œuvre, or, un Chapman, c’est très cher. L’incident, tout comme antérieurement l'héritage, va amener les personnalités à se révéler.

Nous poursuivons sur cette lancée, faisons connaissance des proches de l’artiste et examinons le cours de sa vie à elle, isolée sur une île avec la seule compagnie d’une amie de toujours car Vanessa n’a pas eu d’enfant et son mari, coureur casse-cou porté disparu depuis bien longtemps est sans doute mort n’importe où dans le monde, dans une de ses aventures exagérées.

Comme je l’ai déjà dit, j’ai bien aimé ce roman. L’auteure nous fait découvrir la personnalité des personnages principaux avec art, sans jamais donner l’impression de nous expliquer les choses. Elle nous montre des scènes et nous comprenons qui et ce qu’ils sont. Le lecteur piégé se demande à qui est cet os, s'il y a un assassin, cherche à comprendre certaines choses obscures... C’est parfaitement maîtrisé et la fin ne déçoit pas.




28 novembre 2025

 Les orpailleurs

de Thierry Jonquet

*****

9782070493197


Je découvre Thierry Jonquet avec ce roman, un excellent polar. J'avais été attirée par le titre qui m'intriguait, parce que pour moi, les orpailleurs, c'était surtout le 19ème siècle aux USA. Mais là, ça se passait dans les années 90 (le roman est de 1998) en Europe. J'ai voulu aller voir. Et j'ai eu bien raison.

« Un corps massacré est découvert dans un immeuble délabré. Non identifiable. On peut juste constater que c'est une jeune fille. Détail macabre, la main droite a été coupée. Le travail est propre, le tueur s'y connaissait. L'équipe de l'inspecteur divisionnaire Rovère est chargée de l'enquête. Une semaine plus tard, un deuxième cadavre est retrouvé. C'est aussi une femme et le rituel de l'assassinat est le même. Dès lors, l'idée d'un meurtrier poursuivant une vengeance prend forme et commence la course contre la montre pour éviter d'autres morts. »

Les personnages principaux, côté de la loi, sont donc l'inspecteur divisionnaire Rovère et la juge d'instruction Nadia Lintz. Elle a un rôle important et pas mièvre dans l'histoire, mais n'empêche que le machisme d'époque suinte un peu. Tous les personnages masculins sont nommés par leurs noms, les personnages féminins par leur prénom. L'inspecteur et elle ont des histoires personnelles très lourdes que l'on découvrira au fil du récit. Tous les personnages ont une vraie vie, une vraie épaisseur, et pourtant ils sont nombreux, ces personnages. Heureusement que j'avais pris des notes mais j'en prends toujours. C'est un roman comme on ne les fait plus, bien raconté, posément, mais sans relâcher la tension, en l'augmentant en permanence, au contraire ; avec tous les détails, mais pas un d'inutile. Les cadavres vont se multiplier quelque peu, et on va voyager jusqu'en Pologne (avec entrée en scène d'un flic local). Car on dirait que l'affaire y a eu ses racines durant la seconde guerre mondiale... Heureusement, l'un des gars de Rovère parle polonais couramment. Ça va aider. Alors, peut-être bien une ou deux coïncidences un peu grosses au démarrage, mais après, tout en finesse. On sent venir le truc mais pourtant, on ne comprend toujours pas... jusqu'à la fin.

Bref, c'est tellement bien raconté et ça m'a tellement scotchée que je lui colle 5 étoiles et que Thierry Jonquet va me revoir, si je peux m'exprimer ainsi, car il est malheureusement mort prématurément.


PS : Serie noire 1, numéro 2313



20 novembre 2025

Le cas Nelson Kerr

de John Grisham

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978-2253940258

Le personnage principal de ce roman, Bruce Cable, est libraire sur l’île (fictive) de Camino, petit paradis paisible très apprécié des touristes dont pas mal d’écrivains. Il a dans la petite ville, un vrai rôle d’animateur culturel et reçoit régulièrement des écrivains pour des rencontres avec dédicaces. Il les reçoit bien et ils ne se font pas prier pour revenir. Et justement, l’une de ses préférées, Mercer Mann revient présenter son nouveau best-seller. La séance est suivie d’un excellent repas chez Cable, en compagnie d’autres écrivains installés eux, sur l’île, sauf Nelson Kerr qui s’est désisté, et tout le monde passe une excellente soirée. La suivante le sera moins car c’est celle que choisit le cyclone Leo pour changer de trajectoire et venir sur Camino. Il ne reste que quelques heures pour fuir se mettre à l’abri. Ce que fait la majeure partie des îliens, mais d’autres, estimant leur maison assez solide, choisissent de se calfeutrer, et de faire le dos rond. Au matin suivant, le libraire et son étudiant-vendeur qui a tenu à rester également, sont sains et saufs mais les dégâts sont énormes et il y a quelques victimes. Parmi elles, Nelson Kerr qu’ils découvrent eux-mêmes près de chez un ami, en faisant le tour de leurs connaissances restées sur l’île. Une grosse branche semble être tombée sur lui, mais pourquoi est-il sorti ? C’était de la folie. De plus, en grands habitués des romans policiers, Bruce et ses amis trouvent ses blessures et sa mort suspectes. Ils le disent, si bien qu’au lieu de simplement enlever le corps comme elle s’apprêtait à le faire, la police plus que débordée accepte de procéder à une autopsie, mais pour ce qui est de l’enquête… les circonstances ne s’y prêtent guère, ou du moins, il faudra attendre un peu. On devine bien que nos trois découvreurs du corps vont se charger de la faire progresser.

Je ne vais pas vous en dire plus sur l’histoire, ce sera mieux pour vous, et je vais plutôt vous donner mon avis sur ma lecture. C’est un polar bien classique pour ce qui est de la forme (ce qui n’est pas un défaut), avec des personnages (américains) crédibles et humains. Pas de grands excès simplificateurs, de tueur fou, de super-héros, de conduite irrationnelle etc. Il y a une excellente idée au niveau des mobiles et la progression de l’enquête est bien racontée. Pas de temps mort, pas d’ennui, pas d’invraisemblances. Le regard sur le monde de exploitation économique de la fin de vie par les laboratoires, les maisons de retraite etc fait frémir le lecteur, d’autant qu’il est tout à fait crédible. (Saisie d'un doute, je suis allée jusqu'à faire des recherches... c'est dire).

Ce roman est peut-être mon premier Grisham (comment se souvenir de tout ce que j’ai lu?) et je dois reconnaître que c’est du travail bien fait. Bien organisé, bien raconté et avec une idée originale (il y a tant de polars qui ne font que répéter une histoire déjà lue ou vue cent fois!). Il n’est donc pas impossible que j’audiolise d’autres romans de cet auteur et je lui colle quatre étoiles..


12 novembre 2025

Zem

de Laurent Gaudé

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978-2330140946


Moitié polar moitié science fiction dystopique, ce roman est la suite de «Chien 51». Nous retrouvons Zem Sparak ainsi que l’inspectrice Salia Malberg, tous deux à moitié détruits mais toujours debout. Salia poursuit sa carrière dans la police tandis que Zem est devenu le garde du corps personnel de Barsok, un des hommes à la tête du pouvoir chez Goldtex. Les conditions de vie sont de plus en plus difficiles pour tous les cilariés maintenant que la pénurie d’eau s’est installée, mais la classe dominante de la zone 1 n’envisage pas de se priver le moins du monde. L’important, c’est le mélange de force coercitive et de distraction qui maintient le peuple dans la soumission. Aussi Barsok a-t-il lancé des «Grands Travaux» qui occupent les gens et promettent des améliorations.

En attendant, l’actualité du jour est l’arrivée au port d’un cargo chasseur d’icebergs traînant une prise rare qui permettra la mise en bouteille de milliers de bouteilles d’une eau (enfin) pure datant de l’ère glaciaire et ne contenant donc aucune pollution. Evidemment ces bouteilles se vendront hors de prix et peu nombreux seront les futurs propriétaires. Mais tout est déjà vendu alors que dans les rues, la foule se précipite pour gober les gouttes d’une des trop rares averses…

Alors que Zem accompagne Barsok sur le port pour la cérémonie d’arrivée de l’iceberg, Salia débarque car elle a reçu une information disant que quelque chose d’anormal allait se passer pendant cet événement, et c’est bien ce qui se produit en effet. Un porte-conteneurs fonce dans la foule. A l'intérieur du conteneur, cinq cadavres dans un état anormal. Salia en tant qu’inspectrice chargée de l’enquête et Zem en tant que représentant de Barsok se trouvent alors à nouveau réunis pour une enquête plus définitive que la première.

Il y a de l’action, une tension qui ne se relâche jamais, des surprises, un univers poignant, une peinture sociétale et une projection dystopique très pessimiste (mais ceux qui en proposent une optimiste deviennent rarissimes). Peut-on résister dans un monde hyper surveillé et contrôlé? L'état est si puissant, l'individu si faible... Zem et Salia incarnent-ils l’espoir ? Vous le saurez en découvrant leurs aventures.


PS : ici encore, un des «personnages» est un robot doté d'une IA. C'est le cas dans beaucoup des romans que je lis maintenant. Les écrivains au moins ne sont pas comme les hommes politiques, à se demander encore si on va autoriser ceci ou interdire cela. Ils savent que cela fait un moment que le problème ne se pose plus en ces termes. 

Extrait:

(Elle demande au robot quelque chose qui va à l'encontre de sa programmation)

" - Je le ferai

- Merci

D'où viennent ces mots? Elle ne saurait le dire. Existe-t-elle vraiment, cette conscience de machine? De quelle nature est leur amitié? Est-ce un dysfonctionnement, une sorte d'accident de programmation ou, au contraire, le stade ultime du progrès? Elle l'ignore - comme elle ignore pourquoi Motus a décidé d'être avec elle, pleinement, totalement."


29 octobre 2025


Un avenir radieux

de Pierre Lemaitre

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978-2702183625


Quel talent ! Mais quel savoir-faire ! Pierre Lemaitre a réussi à me faire lire ce troisième volume alors même que depuis le précédent, je me sens moyennement captivée par les mésaventures de ses héros. Il faut dire que j'ai utilisé la version audio lue par l'auteur. Ça aide. La famille Pelletier, je l'aime bien, avec ses stéréotypes intéressants et ses vies qui se déroulent avec beaucoup de surprises et d'aventures tout en nous faisant visiter du pays, d'autant que l'auteur n'hésite pas à corser les situations, mais quatre gros volumes, un serial killer qui continue à sévir, une sériale harpie toujours impunie, une pauvre Colette à qui on aura vraiment tout fait, Jean, Hélène, François, leur courageux père, leur sainte mère... C'est beaucoup. Aurais-je la force de continuer ?

Ici, l'histoire familiale déjà riche se double d'une palpitante histoire d'espionnage qui nous fera visiter les geôles derrière le rideau de fer. J'ai cru qu'on allait perdre l'un de nos héros, (Lemaitre est capable de cela. Il l'a déjà fait.) Mais très malheureusement, je n'aime pas les histoires d'espionnage. Je ne sais pas pourquoi. Je n'ai jamais réussi à m'y intéresser. Une récente nouvelle tentative avec un Le Carré l'a confirmé en se soldant par une lecture non conclue par un billet, ce qui n'arrive jamais. Bref, celle de Lemaitre valait bien celle de Le Carré, c'est tout ce que je retiendrai.

Comme dans toute bonne tétralogie, il faudra attendre encore un volume avant que tout ne se termine. Ce sera pour l'année prochaine. Si Pierre Lemaitre veut bien encore nous le lire, bien sûr que je serai incapable de résister. S'il faut que je le lise moi-même, c'est moins sûr. J'ai une telle PAL...


Tétralogie : Les Années glorieuses

1. Le Grand Monde

2. Le Silence et la Colère

3. Un avenir radieux

4. Les Belles Promesses, paraîtra en 2026


20 septembre 2025


Strange Pictures

de Uketsu

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978-2021578102

On parle souvent de "casse-tête chinois", mais en fait, je me demande s'ils n'étaient pas plutôt japonais. Bref, la tendance nippone actuelle met sur le devant de la scène un "mystérieux auteur", Uketsu dont l’éditeur nous annonce qu’il « est l'écrivain le plus vendu au Japon, et le leader de la nouvelle vague des auteurs de thrillers et d'horreur. Artiste complet, il écrit, dessine, publie des vidéos d'horreur et de suspense et compose de la musique. On ne connaît pas sa véritable identité, il apparaît toujours vêtu de noir avec un masque blanc. »

Bon. Si vous avez vu plus haut les étoiles que je lui ai attribuées, vous aurez deviné que ce n’est pas avec moi qu’il va beaucoup gonfler ses ventes. Le coup de « l’auteur dont nul ne connaît l’identité » commence tout de même à avoir beaucoup servi et deux minutes de réflexion suffisent à savoir que cela est matériellement impossible. Alors, il faudrait songer à nous l’épargner.

Dans ce roman policier écrit en gros caractères aérés et plein de petits schémas inutiles, nous est narrée une histoire incroyablement tarabiscotée et invraisemblable. Ca démarre très fort avec deux étudiants appartenant au « cercle occulte » de leur université. (Cercle occulte!!!) Bref. L’un a montré à l’autre un blog qu’il a trouvé contenant le bref journal intime d’un certain Ren et des dessins simplistes qui lui semblent étranges. Le blogueur est un homme jeune, très amoureux de sa femme Yuku, dessinatrice, qui va bientôt donner le jour à leur premier bébé. Il publie les dessins qu’elle fait à ce moment-là, ce sont eux les « strange pictures » du titre. Il y en a trois. Tout se passe mal, Yuku meurt en couches et Ren met brutalement fin à son blog. Sauf qu’un mois après, il ajoute un petit post annonçant qu’il a percé le secret des trois dessins et compris le crime. Quel crime ??? Après s‘être beaucoup creusé la cervelle (et le lecteur aussi), les deux étudiants le découvrent eux aussi (mais pas le lecteur). Il faut dire que la façon de découvrir la signification des dessins est tellement abracadabrante qu’à part l’auteur, personne n’aurait pu y arriver. Et ça continue comme ça : complications sans fin, invraisemblances etc.

L’écriture est plate. C’est un euphémisme. Je crois que plus plate, on ne peut pas. L’organisation du récit est pire encore. On part de présupposés qui semblent évidents à tous alors qu’ils sont insensés, comme le fait qu’il soit impossible de dessiner quelque chose que l’on n’a pas sous les yeux, même pour un prof de dessin et même un simple croquis. Ah bon ? Moi, là, tout de suite, je peux vous gribouiller un éléphant et je vous assure que je n’en ai pas en face de moi. De plus, on a un prof d'art et autres dessinateurs qui, même dans les pire situations d’urgence ne peuvent pas gribouiller le moindre dessin sans tracer d’abord un quadrillage ! Les mains dans le dos ! Je rêve.

Et tout est comme ça. Parti comme on était partis, je n’ai pas été étonnée. Finalement, le coupable sera plutôt trouvé par élimination. C’est pratiquement le seul survivant.

En conclusion, il paraît que cet ouvrage atteint des ventes phénoménales. Je n’en reviens pas.

14 août 2025

 Holly

de Stephen King

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‎ 978-2226481474

Ce n'est pas parce qu'on est vieux, perclus de rhumatisme et gâteux, qu'on n'est pas dangereux. L'histoire qui va suivre va nous le prouver amplement.

Quoi de plus banal que ce nom : Harris et que ces deux retraités de l’enseignement? Quelque peu décatis, chacun à sa manière mais très attachés l'un à l'autre, indifférents par contre au reste de l'humanité et même impitoyables avec tous ceux qui les dérangent. Ils sont grognons, fermés, autoritaires, monomaniaques ... et fragiles. Pourtant ce sont eux les assassins et ils ont déjà un beau tableau de chasse, rien que des jeunes et des sportifs. Nous le savons dès le début de l'histoire. Il nous restera à découvrir comment, pourquoi, comment cela a commencé et comment tout cela va évoluer et finir...

Dans le camp adverse: Holly Gibney jeune femme, assez maniaque elle aussi, mais sur d'autres thèmes. Elle est détective privée et elle est déjà apparue dans cinq romans de Stephen King, La trilogie Bill Hodges (" Mr. Mercedes ", " Carnets Noirs " et " Fin de ronde ") ainsi que " L’outsider " et " Si ça saigne " , mais moi, n'ayant lu aucun de ces livres, je ne la connaissais absolument pas et je l'ai découverte ici où elle est le personnage principal. Je peux témoigner que le roman est parfaitement compréhensible même si on ne la connaît pas, mais je conseillerais tout de même de lire au moins la trilogie avant si on peut. Je pense que c'est mieux, car les évocations d'évènements anciens sont nombreux dans celui-ci et les connaître doit aider pour l'ambiance, même si ce n'est pas indispensable.

Et pour tout arranger, cela se passe pendant le Covid et la première présidence Trump. L'Amérique se partage en deux camps, ceux qui craignent le Covid, évitent les contacts, portent des masques et utilisent les gels désinfectants et ceux qui à l'image de leur président, se moquent d'eux, soutiennent que c'est juste un gros rhume et ne prennent aucune précaution particulière. Les Harris en font partie tandis qu'Holly appartient catégoriquement au premier groupe. Quand le livre commence, Holly vient de perdre sa mère qui ne croyait pas au covid et vient pourtant d'en mourir. Les deux femmes ne s'entendaient pas. Ce qu'Holly découvrira à la lecture du testament confirmera que ce n'était pas sans raison. Juste après l'enterrement en vidéo-conférence par crainte de la contagion, Holly se voit confier une enquête. Une mère éplorée, l’embauche pour rechercher sa fille qui a mystérieusement disparu, car la police croit à un départ volontaire alors qu’elle-même est persuadée du contraire.

Normalement, Holly a un coéquipier plus expérimenté et musclé mais il est cloué au lit par une "sorte de grippe" qui pourrait être le Covid ou pas, mais qui en tout cas va bel et bien finir par l’envoyer à l’hôpital. Bref, cette enquête que Holly accepte sans enthousiasme mais avec un intérêt croissant au fil des découvertes, se fera sans lui.

C'est un gros bouquin, mais c'est complètement addictif. C'est très violent, King n'est pas du genre "arsenic et vieille dentelles", on le sait. Violent donc, cruel, implacable et si on se doute bien que l’héroïne va remporter la partie, on va découvrir au prix de quels efforts et de quels sacrifices car ces vieux débris sont quand même terriblement coriaces et vindicatifs. S. King sait faire. Ses méchants sont rarement des adversaires faciles. Et pourtant, dans toute cette boucherie, le Maître a tenu à introduire plus qu'une touche de littérature et de poésie, vous verrez par vous mêmes.


528p