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09 avril 2026

Plus noir que noir

de Stephen King

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978-2226493101

Titre original "You Like It Darker "

Dernier recueil de nouvelles de Stephen King en date. Elles sont douze, (eh oui, pas treize, mais il paraît que l'édition étasunienne au format poche en contient treize. En sera-t-il de même chez nous ? Encore un suspens). C'est vraiment un bouquet hétéroclite que le Maître nous offre-là. Il y a du court et du long, et même parfois si long qu'on aurait pu l'éditer seul comme novela (Le mauvais rêve de Danny Coughlin ou Serpents à sonnette), et différents formats intermédiaires. Il y a du tendre et du féroce. Il y a du terrible mais rationnel, mais aussi de l’irrationnel, magique ou même carrément l’intervention de petits hommes verts... Rien n'est impossible.

Ça commence par une nouvelle assez longue : "Deux crapules pleines de talent" où deux amis d'enfance sont devenus subitement célèbres en même temps, l'un comme peintre, l'autre comme romancier, à plus de 40 ans. C'est bizarre, non? Oui, ça l’est.

Les récits qui suivront nous amèneront à nous demander si les maladies mentales sont contagieuses (écran rouge), ou alors, héréditaires ("Willie le Tordu"). Et le courage (Slide inn road )? Le courage ou les troubles psychiatriques sautent parfois une génération. C'est ce que nous découvrons.

Ces récits nous amèneront aussi à nous demander si la poisse existe (Finn), et les dons ? Certains ont ils un don spécial, que ce soit en permanence ou par périodes ?

"La Cinquième Étape" m’a curieusement fait penser à un sketch de Fernand Raynaud où il disait "Si quelqu’un vous demande -Est-ce que tu veux que je te parle franchement ?; Répondez-lui, -Non, non, continue à me parler comme auparavant." Il avait raison. Faut faire attention quand les gens s'épanchent.

Il y a même le classique savant fou (Les Rêveurs) bien réussi. Et le long mais captivant "Mauvais Rêve de Danny Coughlin" m’a fait penser que Danny Coughlin est sûrement un chic type, mais qu’à sa place, je n'aurais rien dit à personne. Parfois, faut savoir se taire dans la vie. Evidemment, s’il l’avait fait, nous n’aurions pas eu d’histoire à dévorer ni cet hallucinant policier flippant, mais réaliste, à détester.

Nous rencontrerons aussi le "Spécialiste des turbulences" qui est une très curieuse histoire assez courte, qu'on ne comprend vraiment qu'à la fin. Idée très originale. C’est peut-être ma préférée du recueil avec "L'Homme aux Réponses", bien qu’il soit difficile de choisir quand les éléments sont si différents.

Et enfin, parce que tout n’est pas que stress dans la vie, King laisse parler son amour des chiens dans Laurie. Parfois, la vie des gens est en danger pour des raisons qui n’ont rien de spectaculaire, et les sauveurs ont quatre pattes…

Coup de patte de l'artiste, l'auteur nous offre même un clin d’œil appuyé à Cujo. C'est dans "Serpents à sonnette", et pourtant, il n'y a pas de chien dans cette histoire-là.

Le grand art de King, c'est toujours son talent pour donner vie à ses personnages. Ils sont vraiment là. Réels. On y croit, ils ont chair, âme (tordue ou droite) et épaisseur. Il n'y a pas que les histoires (fabuleuses), chez King. J'attribue 50% de la valeur de ses récits à sa capacité à donner vie à des personnages auxquels on croit. Quand l'histoire est terminée et le livre fermé, on a l'impression qu'ils sont toujours là (les survivants du moins) à poursuivre leur existence dans leur monde. C'est ça qui fait de lui un grand.

Conclusion, un échantillonnage très varié des différentes facettes du King qui montre qu’il a encore bien des idées. Pas un super chef-d’œuvre, mais à mon avis, les recueils de nouvelles ne le sont jamais. Cependant les aficionados y trouveront bien leur compte.


624 pages   


27 juin 2023

Harry Dickson La terrible nuit du zoo

suivi de Messire l'Anguille

de Jean Ray

***


Il me semble que je n'ai jamais trop lu Jean Ray. Peut-être un ou deux livres quand j'étais ado mais sans bien accrocher. Eh bien, ceux qui disent qu'on ne change pas vraiment avec l’âge semblent avoir raison, cette nouvelle tentative n'a pas été une réussite non plus.

Cet opuscule de la collection Librio réunit deux nouvelles d'une soixantaine de pages chacune. La première, "La terrible nuit du zoo" fait appel au fantastique alors que la seconde "Messire l'Anguille" se contente de fantasmes exotiques de pacotille. C'est du grand guignol.

Pour "La terrible nuit du zoo", Harry Dickson ("le Sherlock Holmes américain", bien qu'il opère à Londres ) doit enquêter sur un meurtre en chambre close au zoo de Londres. La chambre close se trouve être la galerie des fauves où un énorme loup blanc venait d'être installé. Au matin, le gardien de nuit qui s'était enfermé à l'intérieur, est découvert massacré et le loup blanc est sorti de sa cage. Vous pensez que c'est lui le coupable, mais il se trouve qu'il est mort aussi. Donc, un local fermé de l'intérieur et deux cadavres!! Mais hélas, la solution relevant du fantastique, le problème de chambre close est à peu près sans intérêt (à mon avis).

Seconde nouvelle, une série de maisons de vieillards visitées par un cambrioleur qui ne vole rien et repart après les avoir un peu rudoyés. Evidemment, on ne comprend pas ses mobiles. Ça devient vite plus saignant au fil de l’histoire mais les deux rebondissements sont dus à deux comportements franchement sots du héros. Finalement, après que Harry a échappé aux flammes de justesse, on le retrouve sur une île déserte des Antilles, habitée par une tribu sauvage dirigée par une vieille chamane, sacrifices humains etc. Tous les poncifs habituels. Ca ne fait pas vraiment appel au fantastique comme le loup garou et les zombies mais l'auteur a néanmoins renoncé à tout réalisme. On voit notre détective fuir à toutes jambes en massacrant le plus possible d'araignées-crabes réputées devoir le dévorer vivant alors que ces pauvres bêtes sont moches peut-être, mais végétariennes ou nécrophages. On peine à admirer son exploit aussi hautement mis en valeur soit-il.

On note que l'auteur ne recule pas devant les formules audacieuses ("Messire l'Anguille est un rude lapin" !). On note également que l'inexactitude scientifique ne le trouble pas (crabes, on l'a vu et momie humide etc.). Pire, l'ensemble baigne dans un sexisme sous-entendu mais permanent (quand une femme lui fait des remarques sur son enquête, Dickson ne fait que sourire benoîtement sur l'air de "vous êtes charmante mais n'essayez pas de réfléchir", ce qui ne l’empêche pas de déclarer dès qu'elle a tourné les talons: "N'empêche qu'elle a raison", mais toutefois sans lui reconnaître le bénéfice des remarques intelligentes, bien sûr. Le sexisme sournois ordinaire, quoi. Et racisme latent permanent aussi. Je pense que tout cela resitue Jean Ray dans son milieu, c'est un Belge de l'époque du Congo belge et à mon sens, Harry Dikson au 21ème siècle fait surtout figure de relou. Il est loin d'avoir aussi bien vieilli que son modèle Sherlock. Je suis peut-être sévère avec lui, d’ailleurs mais pas d’atomes crochus entre lui et moi. Reste qu'on peut le lire par curiosité. A vous de voir. 

Harry Dickson a été adapté en BD, ça passe peut-être mieux… Je n’ai pas testé.

978-2277300892