La montagne dans la mer
de Ray Nayler
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978-2381631493
L’action est située dans un futur non précisé où l’homme finit d’épuiser les ressources naturelles en étant de plus en plus prédateur et non en tentant de ralentir, voire cesser avant la totale désertification, l’extinction des espèces et l’impossibilité de les faire revenir. Dans une petite île du Vietnam, une grosse multinationale (Dianima) a évacué la population pour y mener à bien ses recherches sur une créature qu’elle vient de découvrir au fond de l’eau. La quatrième de couverture donne un peu l’impression que ce serait une vie extraterrestre, mais ne l’ayant pas lue avant d’avoir fini le roman, je n’y ai pas pensé un instant. Il s’agit de pieuvres particulièrement anciennes et installées de tout temps dans des zones profondes auxquelles l’homme n’accédait pas jusqu’alors. Mais la surpêche démentielle qui sévit maintenant, est allée les perturber et agresser et elles tentent de se protéger. Dianima envoie sur cette île maintenant déserte et protégée par un no man’s land où on tire à vue, la docteure Ha, meilleure spécialiste mondiale des pieuvres, une androïde de combat pour la protéger, et sous la forme d’un autre androïde, la plus puissante des IA (trop puissante même pour que l’humanité l’accepte).
Ce récit s’appuie sur une réelle connaissance des pieuvres sur lesquelles nous apprenons énormément de choses. Je ne peux que vous conseiller de jeter un œil sur la page que Wikipedia leur consacre : « Les pieuvres se distinguent par leurs capacités intellectuelles étonnantes pour un invertébré. Celles-ci reposent sur 500 millions de neurones répartis entre l'encéphale central, les lobes optiques et les huit bras. » En clair, elles n'ont pas qu'un cerveau central comme nous. Ce qui intéresse tellement Dianima, justement, c’est de comprendre et utiliser cette forme différente d’intelligence afin de devenir encore plus puissante.
A l’extérieur, le monde est devenu un enfer de surexploitation. L’un des personnages de ce récit à trois voix a été enlevé lors d’une soirée dans un port et se retrouve maintenant esclave dans un bateau de pêche géré par une IA. C’est à dire que cette IA, qui n’a qu’une seule consigne : gérer le bateau de pêche de la manière la plus productive possible, ne connaît aucune limite, n'est accessible à aucun raisonnement, ni loi (morale ou légale) en dehors de cette consigne.
Le troisième personnage est un spécialiste des systèmes de défense informatique. Il a été contacté par un concurrent de Dianima dans un but qu’on ne comprend bien que vers la fin.
L’auteur, Ray Nayler, qui n’a auparavant publié qu’un recueil de nouvelles est plus un scientifique qu’un littéraire, et c’est le seul défaut du livre. Pour moi, tout est passionnant dans cette histoire : les pieuvres pour leurs remarquables capacités, les intelligences artificielles et tout ce qu’elles vont modifier dans notre monde et cette fiction justement, qui explore un scénario possible. La structure du récit est bonne, les trois points de vue bien vivants ont de l’épaisseur et savent convaincre, mais ! Car il y a un petit «mais», j'ai trouvé que l'auteur n'était pas un conteur hors pair. Il ne nous attrape pas comme Stephen King par exemple, ou d'autres, pour ne nous lâcher que quand il le veut bien. On ne se sent pas prisonnier (captivé) du récit. On le lit avec intérêt d'un bout à l'autre, mais de notre propre chef. Ce n'est pas pareil.
