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15 mai 2026

West 

de Carys Davies

*****

978-2021381429

Un petit chef d’œuvre de 175 pages.

19ème siècle. Cy Bellman vit dans un village anglais. Il a perdu sa femme et ne pense même pas à la remplacer, même si certaines au village seraient disposées à lui prêter une oreille bienveillante. Il élève seul sa fille Bess qui n'a que dix ans. Sa sœur Julie, qui n'habite pas loin, l'aide de son mieux. Cy est encore jeune, fort et aventureux et les affaires ne vont pas trop mal pour lui et son petit élevage. Mais la vérité c'est qu'au fond, cette vie de père de famille ne lui suffit pas, aussi, lorsqu'il apprend par le journal qu'on a découvert les os d'énormes animaux inconnus dans le lointain Ouest américain (il y a même des photos !), son sang ne fait-il qu'un tour. Il lui faut absolument participer à cette découverte extraordinaire, découvrir lui aussi ces ossements qui changent la vision du monde, ou au moins, les voir réellement. Oubliant tous ses devoirs, il décide d'entreprendre le long voyage qui l'amènera sur place, pour voir ce prodige de ses propres yeux. Sa sœur et d'autres gens plus raisonnables ont beau lui rappeler que sa fille a besoin de lui, tout comme sa ferme, on ne peut le retenir et il se lance dans ce voyage insensé qu'il estime devoir durer deux ans, alors qu'il ne connaît même pas l'emplacement exact de son futur terrain de fouilles. Julie viendra habiter sa maison avec Bess, et pour les gros travaux, le voisin, prêtera la main...

Une partie du récit suivra Cy dans son voyage au far-west, ses campements errants, ses recherches qui durent et n'aboutissent pas. Il découvre les Indiens, par l'entremise de son jeune guide dont le mode de vie et la façon même d'appréhender et concevoir le monde lui sont totalement inconnus et peu compréhensibles. Tous deux endurent une éprouvante vie errante dans des contrées sauvages et parfois très inhospitalières. A chaque fois qu'il atteint une étape, il envoie une lettre à Bess, mais le courrier est incertain à cette époque des USA au Royaume uni.

L'autre partie du récit demeurera en Angleterre et verra Bess grandir dans son village en pensant toujours à son père dont elle espère le retour sans faiblir, bien qu'un an, puis deux et plus passent, sans qu'elle reçoive la moindre lettre... Elle ne peut qu'imaginer et espérer qu'au moins, il ne soit pas mort et revienne un jour. Mais sa vie a beau être bien moins sauvage que celle de son père, elle n'en aurait pas moins grandement eu besoin d'un parent et protecteur. C'est une fille intelligente, qui cherche à s'éduquer et ne doutera jamais de son père.

Ce roman fait dialoguer le besoin de sens, de découverte et de progrès qui par définition habite l'humain, avec le besoin de bâtir, assurer et protéger. Cette antinomie taraudante : le désir d'ailleurs et le désir de racines. Le récit est simple, dénué de tout artifice et nous conquiert par sa sobriété et son évidence. L''écriture est splendide. C'est beau, poignant, puissant. Quel plaisir de lire ce genre de texte ! On sent que cela fait du bien à l'âme.


« Ce jour-là, la pensée de tout ce qu'il ne connaissait pas lui avait donné le vertige, et il avait compris qu'il ne pouvait rester chez lui, il avait été totalement incapable d'expliquer cela à quiconque, ni à Julie, ni à Elmer, pas même au nouveau bibliothécaire qui l'avait aidé à trouver les cartes et le journaux de bord. A présent, il se demandait si cela était dû à la possibilité qu'à travers ces animaux géants, une porte s'ouvre soudain sur le mystère du monde. Ici, dans l'Ouest, il lui arrivait d'être allongé par terre certaines nuits, enveloppé dans son manteau, et de contempler le ciel, sa pluie d'étoiles, le visage étincelant et brisé de la lune, et de se demander ce qu'il pouvait bien y avoir là-haut _ ce qu'il découvrirait s'il trouvait le moyen de s'y rendre pour jeter un œil.»