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19 janvier 2026

L'Histoire de la littérature 

de Xavier Chapuis

****+

979-1095434610

Dinguerie

Je partais de loin avec ce Gravillon-là. Que je vous explique : Je faisais un passage éclair à la bibli car je ne disposais que de quelques minutes et je voulais participer aux Gravillons de l’hiver. Donc, rapidement, je ramassais les livres qui me semblaient au bon format et que je n’avais pas encore lus, en commençant par la table des nouveautés, tant qu'à faire. Je n’avais pas le temps de les feuilleter, ni même de jeter un œil sur la quatrième de couverture. Juste vérifier le nombre de pages. Je me disais que je ferai le tri chez moi. Quand je vois cet opuscule, je me dis "Je me demande bien comment on peut traiter un si vaste sujet en si peu de pages !" et je m’en empare. Ce n’est que dans mon fauteuil, en entamant ma lecture, que j’ai réalisé le malentendu. Mais qu’à cela ne tienne ! J’allais le lire quand même pour mon challenge.

Cependant, quand j’ai titré ma chronique "Dinguerie", je ne parlais pas que de ce démarrage cahotique, mais aussi du contenu dudit bouquin et de son récit, pour le coup, chaotique. Venons-y.

Le narrateur, l’ineffable Cyril Poirier, contrôleur de gestion dans une administration, vient de recevoir une énième lettre de refus de l’ultime maison d’édition à laquelle il pouvait encore présenter son roman, et c’est clair, tous ces jaloux mesquins ont décidé de ne pas laisser son génie littéraire paraître au grand jour. Ces minables ne savent pas reconnaître le génie ou alors, ils craignent trop de lui être comparés. Combien de temps Cyril devra-t-il encore croupir dans ce bureau et y gaspiller sa précieuse énergie créative malgré le soin qu’il prend à en faire le moins possible ? Jean-Claude, son chef, est insupportable à toujours lui confier des tâches, et Camille, sa plus proche collègue l’ennuie terriblement avec sa gentillesse permanente. Non, la seule qui trouve grâce à ses yeux est l’inatteignable Bérénice, qui inonde un service voisin de son rayonnement. En attendant, le géant des lettres qu’est Cyril, ne parvient ni à se faire publier, ni à se faire connaître et rage secrètement comme un dément. Poussé à bout par cet ultime refus, il décide que puisqu’on ne veut pas le laisser entrer dans l’Histoire de la littérature par la grande porte et ajouter son nom au Parnasse, il entrera par celle des faits divers et sera celui qui aura fait disparaître les écrivains célèbres de son époque et ainsi, bel et bien modifié la figure de la littérature française. L’idée lui en est venue en tombant par hasard sur Philippe Sollers dans un café. Il sera donc le premier mais suivi de bien d’autres et on s’aperçoit que Cyril les a tous très bien étudiés et peut accabler chacun des plus sévères critiques.

Voilà le pitch, à vous de voir si votre curiosité est éveillée. Pour ma part, l’amusement a succédé à la surprise, puis une certaine admiration pour l’audace des attaques et critiques d’écrivains bien réels en citant leur nom. Très drôle et parfois juste. Scotchée d’un bout à l’autre, je me suis bien amusée. Je me demande ce qu’en pensent les auteurs cités… Belle tenue littéraire exagérée du récit et belle montée en puissance de la démence et de la dinguerie dont je vous parlais en titre. Chose promise, chose due.