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26 août 2024

L'origine des larmes

de Jean-Paul Dubois

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Quel roman! Un gros coup de cœur pour moi, je vais tenter de vous dire pourquoi.

Paul passe devant le juge. Il a tiré deux balles de revolver dans le crâne du cadavre de son père qu'il venait de faire rapatrier de Montréal à Toulouse où il habite. Thomas Lanski était certes déjà mort, mais c'est interdit quand même et c’est pourquoi Paul est dans ce tribunal. Regrette-t-il son geste? Oui et non. Non, car il n'a pas de remords, oui parce que ne s'en étant pas trouvé soulagé, il commence à penser que cela ne valait pas tous ces embêtements qui lui arrivent maintenant. En tête des embêtements, une obligation de soins psychiatriques à raison d'une séance mensuelle pendant un an. Et c'est ainsi qu'entre en scène Frédéric Guzman psychiatre, assez représentatif de la profession me semble-t-il bien que je n'aie pas encore eu l'occasion d'en fréquenter personnellement. Mais comment vivre en notre 21ème siècle sans en avoir jamais vus et écoutés sur nos ondes et écrans?

Ce psychiatre va obliger Paul à se raconter sur son enfance avec ce père tant haï. Nous découvrons alors que c'est surtout une enfance sans mère, celle-ci étant morte lors de l'accouchement qui vit également le décès du frère jumeau que Paul aurait dû avoir. A la suite de cette naissance calamiteuse (mais pas par chagrin), le père a effacé toute trace des deux morts au point que Paul n'a jamais trouvé une seule photo de sa mère et ignore même où elle a été enterrée et où était sa famille.

Guzman exige sa livre de chair à chaque séance en choisissant lui-même les sujets. Les points sensibles, évidemment. Paul, qui par nature n'est guère porté aux épanchements et que ces séances font énormément souffrir, se demande s'il ne ferait pas mieux d'accepter la prison ferme plutôt que la "thérapie". Mais il est difficile de choisir l'enfermement, le bruit et la promiscuité quand on est un introverti hyper-solitaire, chef d'entreprise et libre de tous ses choix.

Les séances mensuelles avec le docteur Guzman se poursuivent donc, toujours plus invasives et déstabilisantes, détruisant le fragile équilibre, anormal certes, mais équilibre tout de même sur lequel reposait la vie de Paul. Le psychiatre, persuadé de son bon droit et même de son savoir-faire, poursuit son œuvre sans jamais se remettre en question. Et l'histoire se déroule.

Dans ce roman, une légère uchronie nous a portés en 2031. La dégradation du climat nous vaut une pluie permanente, illimitée. Le développement des IA aurait par ailleurs pu apporter une aide précieuse à Paul qui l'avait d'ailleurs trouvée tout seul, mais le psychiatre n'a que mépris pour ce substitut et n'en tient pas compte… Il pleut toujours. Ces larmes du ciel sont le décor de cette histoire dont le noyau est la mort, celle de la mère à sa naissance, celle du père qui l’a amené là, celle pour laquelle l’entreprise dont il a vécu fabrique des housses mortuaires

Au fil des séances, nous saurons tout de l’enfance de Paul traumatique au-delà de ce que l'on aurait pu imaginer et nous découvrirons en fait plusieurs origines des larmes. Nous le verrons lutter contre la sape que causent les séances («ce protocole introspectif et intrusif»), tenter de compenser la destruction de ses structures de sécurité, au profit de plus saines selon le docteur qui a clairement sous-estimé la fragilité de l'édifice et ne se doute de rien, au profit d'un trou béant que nul amour de chien ou amitié d’IA ne viendront colmater, selon ce que voit le lecteur...

« Il n’y a rien à retirer de tout ça. Que de la peine. »

Une histoire triste donc, mais on aime les histoires tristes également, non ? quand elles sont aussi belles, aussi bien racontées et nous disent des choses sur le monde et son fonctionnement.


PS : Lecture interrompue par plusieurs consultations de Google pour des mots inconnus (« trognies » ?) ou des personnages. J’adore ça.



978-2823620795

30 novembre 2020

  La succession  

de Jean-Paul Dubois

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Paul est un homme heureux. Depuis quatre ans, suite à sa rupture des liens familiaux, géographiques, professionnels etc. Paul s'est installé dans sa vie de rêve, c'est à dire, exactement l’existence dont il rêvait. Il a dit adieux à une famille hautement toxique, à sa carrière de médecin toute tracée, avec reprise du cabinet paternel et à la France, pour se téléporter à Miami, dans une carrière de pelotari professionnel. La pelote basque, c'était la seule chose au monde qui l'intéressait et le faisait vibrer, alors, pouvoir en vivre, même modestement...
   
   Il nous raconte sa vie maintenant, dans ce monde de soleil, de sport, de parieurs, ce Nirvana d'éternel adolescent. Il a une modeste demeure, une voiture qui tient de la pièce de collection, et un bateau guère plus vaillant, mais qui lui permet quelques échappées sur la grande bleue. C'est d'ailleurs là qu'il va rencontrer et sauver son meilleur ami en la personne d'un jeune chien tombé à la mer ou jeté d'un autre bateau -va savoir- et bientôt il rencontrera la femme de sa vie...
   
   Pendant qu'il nous raconte tout cela, il mêle à son histoire des récits, des souvenirs de sa famille, une famille très étrange, aux mœurs nettement psychotiques, et une famille de suicidés. Des quatre personnes auprès desquelles il a grandi, trois se sont suicidées : son grand-père, son oncle, sa mère. Il ne reste que son père, qui ne va plus tarder à faire de même. C'est de lui qu'il recevra la Succession du titre. Bientôt, s'en sera fini du paradis terrestre qui n'aura duré que quatre ans...
   

   Une très belle histoire, très poignante, pleine de vie (paradoxalement) et de mort aussi (d'accord). Une très belle écriture. Un personnage principal vraiment sympathique (pour moi, du moins) que l'on suit avec intérêt tout au long du récit de ses pensées et de ses souvenirs, récit qui risque d'autant moins de lasser que les anecdotes sur tous ces personnages étranges qu'il a côtoyés sont nombreuses, surprenantes, et bien faites pour piquer notre curiosité et notre intérêt. Le chien, la voiture, le bateau, la maison, feront le voyage -littéraire- avec nous tout au long de ce récit d'une totale cohérence. Je me suis régalée.


978-2757869406 

22 octobre 2020

 

 Tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon

de Jean-Paul Dubois
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Sans doute pas mon préféré des romans de Jean-Paul Dubois, mais un bon roman quand même.
 
   Quand on lit Jean-Paul Dubois, ce que l'on retrouve toujours, sous les différents costumes de différentes histoires sous différents cieux, c'est sa philosophie de la vie ; et si cette philosophie est aussi la vôtre, vous serez toujours bien dans ses pages. D'abord, vous les comprendrez, ensuite, vous vous sentirez compris, ou pouvant être compris, par ses personnages sympathiques. C'est comme un microcosme amical, ne demandant qu'à vous accueillir. En clair, c'est un moment éminemment agréable. Vous y découvrirez (Jean) Paul, lui-même en un de ses avatars, et comme vous l'aimez bien, vous passerez d'excellent moments en sa compagnie. Vous ferez la connaissance de tous ses personnages "secondaires" dans la création et l'animation desquels l'auteur excelle, et votre expérience du monde en sera enrichie.
 
   Le travail de Jean-Paul Dubois tient de l’exercice de style, avec les constantes que l'on se doit de retrouver dans tous les romans, l'enracinement sociétal, et la richesse de l'imagination de l'auteur qui nous en tirera toujours des récits totalement différents à chaque fois. J'admire.
 
   Ici nous passerons 240 pages en prison, partageant la cellule d'un biker assassin, forcément, ça ne bouge pas beaucoup et les souvenirs portant sur les vingt-six années précédentes, attachées à un immeuble, ne sont pas très mobiles non plus. C'est peut-être ce côté statique qui m'a fait un peu moins aimer cet opus, mais vraiment, cela vaut quand même la peine d'être lu, et largement. De plus, je sais par expérience que les romans de J-P Dubois restent en mémoire, on garde leurs personnages avec nous longtemps. Ils ne font pas partie de ces livres qui s'effacent, hélas, rapidement. J'attribue cela à l'écho profond qu'ils trouvent en nous, une résonance.




978-2823615166

23 mars 2020

Les accommodements raisonnables 
 Jean-Paul Dubois

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Présentation de l'éditeur : 
"Paul Stern – toulousain, la cinquantaine – hésite. Entre une épouse (Anna) qui s'enfonce dans une profonde dépression et s'éloigne de lui chaque jour davantage et un père (Alexandre) dont le remariage scandaleux lui révèle soudain la vraie nature, il est tenté de tout abandonner. La proposition d'un studio de cinéma tombe à pic : quoi de plus providentiel qu'une année à Hollywood pour réécrire le scénario d'un film français afin d'en tirer un remake ?
Embauché par la Paramount, Paul découvre un univers entièrement factice qui le renvoie à ses propres contradictions. Jusqu'au moment où, dans un couloir des studios, il rencontre Selma Chantz. Et sa vie bascule. Car Selma est le sosie parfait d'Anna, avec trente ans de moins..."


Juste quelques notes :
Script doctor comme Karoo (Steve Tesich)  Petit monde hollywoodien et ses anecdotes

Son père égoïste n'arrête pas de l'appeler au milieu de la nuit sans se soucier du décalage horaire et lui ne songe même jamais) condamner son téléphone.

Adultère pas assumé: en trompant sa femme c'est toujours elle qu'il recherche et il finira par lui revenir, elle fermera les yeux.


Pas transcendant mais plaisant à lire