Affichage des articles dont le libellé est L'Histoire de la littérature. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est L'Histoire de la littérature. Afficher tous les articles

04 février 2026

Monique s'évade

d' Edouard Louis

****

979-1041426652

Résumé des épisodes précédents : Ayant eu, un peu par hasard, "Combats et métamorphoses d'une femme" pour première lecture de cet auteur, j'avais eu la surprise d’être intéressée puis séduite par ce court récit et parfaitement senti à quel point il était un élément d'une œuvre plus large regroupant et articulant à ce jour 7 titres. C'est en considérant l'ensemble, que l'on peut en saisir l’intérêt et la richesse. J'avais donc décidé de les lire tous, dans l'ordre de leur parution. C'était oublier un peu vite que je les lis surtout dans l'ordre où je peux les emprunter à la bibliothèque et que donc, tout comme je n'avais pas commencé avec le numéro un mais le quatre, j’enchaîne avec le six ! En fait, ce n'est pas très important. La notoriété d'Edouard Louis est suffisante pour que chacun, connaisse la trajectoire globale : différence homosexuelle dès l'enfance, évasion par les études, dangers de la vie homosexuelle adulte, regards sur les vies de sa mère (deux fois), son père, son frère. Donc, après avoir lu comment sa mère avait réussi à mettre un terme à un mariage mortifère, nous apprenons qu'elle est hélas retombée dans une relation non moins toxique. Ce phénomène n'est pas rare, malheureusement. Son fils s'en doutait peut-être, mais sans vraiment le savoir.

"Une nuit, j’ai reçu un appel de ma mère. Elle me disait au téléphone que l’homme avec qui elle vivait était ivre et qu’il l’insultait. Cela faisait plusieurs années que la même scène se reproduisait : cet homme buvait et une fois sous l’influence de l’alcool il l’attaquait avec des mots d’une violence extrême. Elle qui avait quitté mon père quelques années plus tôt pour échapper à l’enfermement domestique se retrouvait à nouveau piégée. Elle me l’avait caché pour ne pas "m’inquiéter" mais cette nuit-là était celle de trop.

Je lui ai conseillé de partir, sans attendre. Mais comment vivre, et où, sans argent, sans diplômes, sans permis de conduire, parce qu’on a passé sa vie à élever des enfants et à subir la brutalité masculine ?

Ce livre est le récit d’une évasion."

Le récit présente les mêmes qualités que le précédent : des mots simples et justes, ni langue de bois, ni déni, ni simplification, ni embellissement, ni dissimulation, ni jugement. Un récit à hauteur d'homme qui amène toujours une réflexion sociologique ou politique et surtout, ce que je préfère, je crois : le pragmatisme. Quand Edouard Louis parle de liberté, il ne part pas dans de belles envolées philosophiques sur ce qu'est un esprit vraiment libre, non. Il parle d'un emploi, d'un salaire, d'un logement, d'un espace à soi, de temps à soi. Mais également, parce qu'il est un écrivain, il parle de ce que d'autres écrivains en ont dit. Ici, il évoque particulièrement Virginia Woolf, "Une chambre à soi"

"Woolf avait compris cent ans plus tôt que la liberté n'est pas d'abord un enjeu esthétique et symbolique mais un enjeu matériel et pratique. Que la liberté a un prix."

Je continue mes lectures.

128 p

19 janvier 2026

L'Histoire de la littérature 

de Xavier Chapuis

****+

979-1095434610

Dinguerie

Je partais de loin avec ce Gravillon-là. Que je vous explique : Je faisais un passage éclair à la bibli car je ne disposais que de quelques minutes et je voulais participer aux Gravillons de l’hiver. Donc, rapidement, je ramassais les livres qui me semblaient au bon format et que je n’avais pas encore lus, en commençant par la table des nouveautés, tant qu'à faire. Je n’avais pas le temps de les feuilleter, ni même de jeter un œil sur la quatrième de couverture. Juste vérifier le nombre de pages. Je me disais que je ferai le tri chez moi. Quand je vois cet opuscule, je me dis "Je me demande bien comment on peut traiter un si vaste sujet en si peu de pages !" et je m’en empare. Ce n’est que dans mon fauteuil, en entamant ma lecture, que j’ai réalisé le malentendu. Mais qu’à cela ne tienne ! J’allais le lire quand même pour mon challenge.

Cependant, quand j’ai titré ma chronique "Dinguerie", je ne parlais pas que de ce démarrage cahotique, mais aussi du contenu dudit bouquin et de son récit, pour le coup, chaotique. Venons-y.

Le narrateur, l’ineffable Cyril Poirier, contrôleur de gestion dans une administration, vient de recevoir une énième lettre de refus de l’ultime maison d’édition à laquelle il pouvait encore présenter son roman, et c’est clair, tous ces jaloux mesquins ont décidé de ne pas laisser son génie littéraire paraître au grand jour. Ces minables ne savent pas reconnaître le génie ou alors, ils craignent trop de lui être comparés. Combien de temps Cyril devra-t-il encore croupir dans ce bureau et y gaspiller sa précieuse énergie créative malgré le soin qu’il prend à en faire le moins possible ? Jean-Claude, son chef, est insupportable à toujours lui confier des tâches, et Camille, sa plus proche collègue l’ennuie terriblement avec sa gentillesse permanente. Non, la seule qui trouve grâce à ses yeux est l’inatteignable Bérénice, qui inonde un service voisin de son rayonnement. En attendant, le géant des lettres qu’est Cyril, ne parvient ni à se faire publier, ni à se faire connaître et rage secrètement comme un dément. Poussé à bout par cet ultime refus, il décide que puisqu’on ne veut pas le laisser entrer dans l’Histoire de la littérature par la grande porte et ajouter son nom au Parnasse, il entrera par celle des faits divers et sera celui qui aura fait disparaître les écrivains célèbres de son époque et ainsi, bel et bien modifié la figure de la littérature française. L’idée lui en est venue en tombant par hasard sur Philippe Sollers dans un café. Il sera donc le premier mais suivi de bien d’autres et on s’aperçoit que Cyril les a tous très bien étudiés et peut accabler chacun des plus sévères critiques.

Voilà le pitch, à vous de voir si votre curiosité est éveillée. Pour ma part, l’amusement a succédé à la surprise, puis une certaine admiration pour l’audace des attaques et critiques d’écrivains bien réels en citant leur nom. Très drôle et parfois juste. Scotchée d’un bout à l’autre, je me suis bien amusée. Je me demande ce qu’en pensent les auteurs cités… Belle tenue littéraire exagérée du récit et belle montée en puissance de la démence et de la dinguerie dont je vous parlais en titre. Chose promise, chose due.