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25 avril 2026

 Houston, Houston, me recevez-vous ?

de James Tiptree Jr.

***+

978-2381630878

C'est un billet paru sur le blog d' Anna Kronik qui m'a donné envie d'aller voir de plus près ce bref roman. J'espérais l'avoir fini avant la fin des Gravillons de l'hiver, mais le printemps m'a doublée dans le sprint final.

L'auteur, déjà, avait retenu mon attention. Figurez-vous que ce James Tiptree Jr. cache en réalité une identité plus féminine, à savoir Alice Bradley Sheldon. Écrivaine du 20ème siècle, mariée mais attirée en fait par les femmes, elle a beaucoup réfléchi aux questions de genre à une époque où cela ne se faisait pas encore. Pour mieux y réfléchir et nous amener à y réfléchir aussi, elle les a mises en scène dans quelques romans qualifiés de "féministes", dont celui-ci. Et il l'est, effectivement.

On est dans les années 70 (enfin, peut-être). Trois astronautes, bloqués dans leur navette, sont en difficulté dans l'espace. Ils tentent de rejoindre la terre mais, depuis qu'ils ont traversé une tempête solaire, Houston ne répond plus à leurs appels. Le matériel a dû être endommagé...

Ils s’entêtent à lancer des appels, "Houston, Houston, me recevez-vous ?", d'autant que, comme on dit, il n'y a pas de plan B pour rentrer sur terre. Et ils veulent absolument rentrer, Bud pour retrouver les "poulettes", vu qu'il est un tombeur professionnel, Dave pour retrouver son église et sa famille, vu qu’il est un pater familias très investi, Doc pour retrouver son écervelée de femme et ses chères études, et tous pour survivre, vu qu'ils ne peuvent pas rester éternellement dans cette minuscule capsule spatiale.

Et voilà qu'une voix féminine leur répond. Ils ont été repérés par un autre astronef à l'équipage féminin et ça déjà, ils sont incapables de seulement le concevoir, celui qui ne peut même pas prononcer le mot "femme" (trop humain) mais seulement "poule", celui qui ne conçoit qu'une féminité de mère et de ménagère et celui qui n'a même jamais écouté ce que raconte sa charmante épouse, tellement il est sûr que ce ne sont que des futilités. Mais c'est pourtant bien vrai. Obligés de se réfugier dans leur vaisseau spatial, ils doivent bien le constater, tout comme ils sont obligés d'apprendre qu'ils ont fait un bond de 300 ans dans leur futur et qu'entre temps, les terriens ont été presque totalement exterminés par une épidémie. Leur monde s'écroule ! Et ils ne comprennent vraiment rien à celui qu'ils découvrent. Forcément. Ils sont loin d'avoir suffisamment étudié la pensée féminine naturelle...

Et encore, ce n'est pas tout.

Il y a quelques autres mauvaises (pour eux) nouvelles.

La postface de l'auteure est très éclairante. J'ai passé un bon moment dans ce vaisseau spatial et j'ai regardé ces deux mondes interagir avec un intérêt teinté d'amusement. Par contre, le style, problème réel ou traduction, je l'ignore, est très moyen. Je ne compte plus les passages que j'ai dû relire à cause de leur manque de clarté. "La clarté est la politesse des écrivains" disait Jules Renard. Ne l'oublions jamais.

21 avril 2026

 La montagne dans la mer

de Ray Nayler

****

978-2381631493

L’action est située dans un futur non précisé où l’homme finit d’épuiser les ressources naturelles en étant de plus en plus prédateur et non en tentant de ralentir, voire cesser avant la totale désertification, l’extinction des espèces et l’impossibilité de les faire revenir. Dans une petite île du Vietnam, une grosse multinationale (Dianima) a évacué la population pour y mener à bien ses recherches sur une créature qu’elle vient de découvrir au fond de l’eau. La quatrième de couverture donne un peu l’impression que ce serait une vie extraterrestre, mais ne l’ayant pas lue avant d’avoir fini le roman, je n’y ai pas pensé un instant. Il s’agit de pieuvres particulièrement anciennes et installées de tout temps dans des zones profondes auxquelles l’homme n’accédait pas jusqu’alors. Mais la surpêche démentielle qui sévit maintenant, est allée les perturber et agresser et elles tentent de se protéger. Dianima envoie sur cette île maintenant déserte et protégée par un no man’s land où on tire à vue, la docteure Ha, meilleure spécialiste mondiale des pieuvres, une androïde de combat pour la protéger, et sous la forme d’un autre androïde, la plus puissante des IA (trop puissante même pour que l’humanité l’accepte).

Ce récit s’appuie sur une réelle connaissance des pieuvres sur lesquelles nous apprenons énormément de choses. Je ne peux que vous conseiller de jeter un œil sur la page que Wikipedia leur consacre : « Les pieuvres se distinguent par leurs capacités intellectuelles étonnantes pour un invertébré. Celles-ci reposent sur 500 millions de neurones répartis entre l'encéphale central, les lobes optiques et les huit bras. » En clair, elles n'ont pas qu'un cerveau central comme nous. Ce qui intéresse tellement Dianima, justement, c’est de comprendre et utiliser cette forme différente d’intelligence afin de devenir encore plus puissante.

A l’extérieur, le monde est devenu un enfer de surexploitation. L’un des personnages de ce récit à trois voix a été enlevé lors d’une soirée dans un port et se retrouve maintenant esclave dans un bateau de pêche géré par une IA. C’est à dire que cette IA, qui n’a qu’une seule consigne : gérer le bateau de pêche de la manière la plus productive possible, ne connaît aucune limite, n'est accessible à aucun raisonnement, ni loi (morale ou légale) en dehors de cette consigne.

Le troisième personnage est un spécialiste des systèmes de défense informatique. Il a été contacté par un concurrent de Dianima dans un but qu’on ne comprend bien que vers la fin.

L’auteur, Ray Nayler, qui n’a auparavant publié qu’un recueil de nouvelles est plus un scientifique qu’un littéraire, et c’est le seul défaut du livre. Pour moi, tout est passionnant dans cette histoire : les pieuvres pour leurs remarquables capacités, les intelligences artificielles et tout ce qu’elles vont modifier dans notre monde et cette fiction justement, qui explore un scénario possible. La structure du récit est bonne, les trois points de vue bien vivants ont de l’épaisseur et savent convaincre, mais ! Car il y a un petit «mais», j'ai trouvé que l'auteur n'était pas un conteur hors pair. Il ne nous attrape pas comme Stephen King par exemple, ou d'autres, pour ne nous lâcher que quand il le veut bien. On ne se sent pas prisonnier (captivé) du récit. On le lit avec intérêt d'un bout à l'autre, mais de notre propre chef. Ce n'est pas pareil.

28 mars 2026

Bug

d’Enki Bilal

*****

978-2203105782

Bande dessinée de science-fiction.

Vous connaissez Bilal, les dessins sont de vraies œuvres d’art. Reconnaissables au premier coup d’œil, ils sont au-dessus de toute critique et rien n’est plus satisfaisant que de plonger dans son univers graphique. C’est comme cela que mon regard, puis ma main ont été accrochés par cet album. Je n’ai pas été déçue.

Quand Gemma et sa mère se réveillent, c’est pour constater que leurs divers appareils ne se connectent pas. Elles parviennent à capter un canal hertzien de télévision pour apprendre que le problème est mondial. Sans aucune explication et en un instant, tout le contenu de la toile numérique mondiale a disparu. Or, le monde est arrivé à un stade (pas si lointain) où absolument tout fonctionne au moins partiellement avec l’informatique. Résultat, de la plus simple à la plus sophistiquée, plus aucune machine ne fonctionne. Et comme il y a longtemps que l’on a cessé de noter quoi que ce soit sur papier ou de le mémoriser. Même les numéros de téléphone de nos proches nous sont inconnus, enregistrés qu’ils sont dans nos smartphones. Notre force actuelle est aussi notre talon d’Achille. Beaucoup mènent une vie tout à fait normale grâce à des implants médicaux informatisés qui vont soudain cesser de fonctionner. Au fil des ans, tous ont désappris l'orthographe, à rédiger, à compter, à s'orienter, à mémoriser quoi que ce soit. Toutes les données, tous les liens, toutes les archives et informations ont disparu, quant aux sauvegardes, s’il y en avait, elles étaient numériques aussi, donc : il n’y en a plus.

Quand cette brutale et incompréhensible catastrophe arrive, il y a même des stations et fusées dans l’espace et si nous nous sommes intéressés à Gemma, c’est qu’elle est la fille de Kameron Obb et que ledit Obb est le seul survivant retrouvé dans une station en orbite et qu’il ne sait pas ce qui s’est passé, mais on découvre avec stupeur qu’il dispose en lui, d’absolument toutes les connaissances disparues. Il a sur le visage, une inexplicable tache bleue. Il a également en lui un minuscule corps étranger, pour l'instant sous sa 3ème vertèbre cervicale, mais susceptible de se déplacer...

Il est devenu l’homme le plus précieux du monde.

Et la puissance qui disposera de lui, qu’elle soit actuellement petite ou grande, gouvernera le monde. Évidemment, c’est la ruée, sur lui et sur ses proches qui seraient des moyens de pression. Obb lui-même en a parfaitement conscience et à la première occasion sitôt sur terre, efficacement aidé par ses nouveaux pouvoirs, il disparaît.

Moi qui me plains souvent du manque d’imagination des auteurs ou du manque d’ampleur de ladite imagination, je suis comblée avec Bilal. Mais quelle idée géniale ! Un tel point de départ, à la fois si proche de nos quotidiens et des éventualités réelles, et si vaste par ses implications les plus imprévues ! J’en attends le meilleur. Mais attendre, hélas, est le mot qui blesse car, je n’ai emprunté que le premier tome à la bibli (je ne savais même pas que c’était une série) et, pire encore, le cinquième et dernier tome n’est pas encore publié !!! Même pas de date indiquée. Donc, j’ai beau être pleinement convaincue par ce tome 1, je ne vais pas lire pour le moment les T 2-3 et 4, je vais attendre que tout soit là pour me lancer. Néanmoins, ayant été mise en appétit, je n’exclus pas de dévorer une autre série (complète celle-là) de Bilal en attendant.

07 janvier 2026

Journal d'un AssaSynth T6

Télémétrie fugitive

de Martha Wells

****

979-1036000843

Situons d’abord un petit peu : Après avoir été séduite par le tome 1, j’ai successivement avalé les tomes 2,3 et 4 faisant tous dans les 200 pages ou moins. Mais arrivée là, je me suis heurtée aux 416 pages du tome 5. Or, autant j’aime bien m’accorder une petite récréation avec notre androïde préféré, autant je ne me voyais pas consacrer autant de temps à ce genre de lecture. Comme chaque tome correspond à une histoire à peu près complète, je n’ai pas hésité trop longtemps et je suis passée directement au tome 6. Évidemment, du 4 au 6, les relations entre les personnages et leurs positions dans leur monde ont changé mais je n’ai pas eu trop de mal à m’adapter. Je lirai peut-être le tome 5 un jour, mais pas pour l’instant.

Ici, on a à peu près un whodunit : un cadavre est trouvé au milieu d’un carrefour d’une station spatiale très pacifique où se trouvent Assasynth, Mensah et son équipe. C’est un endroit tellement «sûr» qu’il n’y a même pas de vidéo surveillance. Quant au mort, personne ne sait qui il est. Assasnth, quant à lui, n’est pas très bien accepté par la station. Il est toléré car Mensah l’exige, mais, entre l’humain et le robot, il n’a pas vraiment de statut. De plus, il fait peur (il y a de quoi). Si bien qu’il est tout de suite suspecté mais peut rapidement prouver son innocence. Il propose son aide pour l’enquête mais ils sont très réticents… Dans cet opus, Les humains vont devoir surmonter leur méfiance et leurs inquiétudes face à l’androïde, mais lui aussi va devoir accepter le travail d’équipe, et en découvrir les avantages.

Concernant ce tome 6, tout d'abord, j'ai eu l'impression que l'écriture s'était beaucoup relâchée. Ça n'a jamais été de la grande littérature mais quand même, il m'a semblé que le niveau avait baissé. Je me suis même demandé si on avait changé de traducteur, mais apparemment, non. Evolution regrettable.

Pour le récit, petite impression d’essoufflement. Comme si on avait à peu près tiré tout ce qu’on pouvait tirer du concept de base, et c’est peut-être le cas. Dans un sens cet opus 6 est réussi parce qu’on retrouve tout ce qu’on a toujours aimé dans cette série et parce que l’intrigue est bien trouvée et qu’on ne la voit pas venir. Mais par ailleurs, c’est moins passionnant parce que chacun est installé dans son rôle et il n’y a plus de surprise bouleversante. Reste une intrigue policière classique: un mort, qui l'a tué, comment, pourquoi? Il y a un tome 7 mais les infos que j’en ai me laissent un peu dubitative, déjà, on ne suit plus l’ordre chronologique. Il est donné comme «histoire qui se passe à la fin de Stratégie de sortie», soit comme un tome 4+. Faut voir… mais plus tard.


  144 pages


03 janvier 2026

Wanted 

de Philippe Claudel

****


978-2234099913

Paru au printemps 2025, ce court roman de politique fiction n’a pas beaucoup plu, eh bien moi, je l’ai bien aimé. Je crois qu’il doit son désamour au fait que ce soit de l’uchronie immédiate (ça se passerait maintenant), au fait que ça soit tellement proche de la réalité (un poil à peine nous en sépare) et au fait que ça soit si terriblement pessimiste. Mais pour moi, ces trois caractéristiques dont je pense qu’elles ont bloqué les foules et leur enthousiasme, ne sont même pas des défauts.

Mais d’abord, rappelons le scenario. Nous sommes dans le bureau ovale de la maison Blanche. Trump et Musk, encore copains comme cochons, y vont de leur petit spectacle habituel, c’est pour une conférence de presse. Tout à coup, l’homme le plus riche du monde, annonce qu’il va régler une bonne fois pour toutes tous les problèmes politiques mondiaux de la façon la plus simple qu’il soit, il met la tête de Vladimir Poutine à prix et offre une récompense de 1 000 000 000 de dollars. Vous avez bien compté les zéros, un milliard. Pfoou ! C’est beaucoup, quand même. Mais, comme il en a les moyens et qu’il fait cette déclaration devant la presse, dans le bureau ovale, en présence de l’homme le plus puissant du monde, son ami, qui ne manifeste aucune opposition… Il n’y a plus qu’à la prendre au sérieux, aussi abracadabrante soit-elle.

Et l’affaire suit son cours, avec le succès qu’on peut deviner, sous les yeux du monde ébahi, réduit au rôle de simple témoin.

Philippe Claudel déroule sa fable et développe son raisonnement. Il montre en quelques pages que la capacité de nuisance de Trump est bien plus importante que nous ne l’admettons officiellement. Le monde civilisé réagit par le sarcasme, l’ironie et la moquerie à ses actions. On le sous-estime à cause de sa bêtise, mais il ne faut pas oublier que la plus profonde stupidité n’empêche pas d’être extrêmement dangereux. La violence a courte vue peut être dévastatrice. Et même, elle est bien plus aisément dévastatrice que porteuse d’avenir.

Ce que Claudel montre aussi, c’est que les résultats sont là. La « technique » Trump marche dans une certaine mesure (ça aussi, c’est une chose que nous n’aimons pas regarder), mais elle suppose un renversement de la table de jeu et des règles de ce jeu. La première étant devenue justement qu’il n’y a plus de règle. Jusqu’à présent, on faisait plus ou moins semblant, politesse, diplomatie, accord à respecter, conventions etc. C’est fini. Tous les coups sont permis, on ne se cache même plus, seul le résultat compte. Bref, on est mentalement revenus à la néandertalienne loi du plus fort. Et Trump y joue et y fait jouer les autres parce qu’il est sûr de gagner. Claudel semble penser comme lui, mais ont-ils raison ? Les survivants nous le diront.

Je conseille vivement.


PS : Je m’engage à ne plus jamais utiliser "Amérique" ou "Américain" pour désigner l’Amérique du Nord et les nord-américains. J’y ai toujours répugné mais je le faisais parfois pour aller plus vite. Cependant, Orwell nous l’a assez répété, les mots ont un sens et c’était une erreur et elle a un prix.


140 pages


18 décembre 2025

Pino L'I.A. Émotionnelle

de Takashi Murakami

*****

978-2811674809

"Pino" est un manga et ordinairement je ne lis pas de manga. Je n’en lis pas en premier lieu parce que je n’apprécie pas la façon dont les mangakas dessinent. Cette fois, cependant, je me suis laissé tenter par le billet de Fanja car le thème m’intéressait beaucoup : Les IA peuvent-elles avoir des sentiments ? Vaste sujet. 

En ce qui concerne le graphisme, je n’ai d’ailleurs pas trop à me plaindre. Il est bien un peu figé sur les personnages (surtout ce pauvre M. Iwata) mais, quand on voit les décors, ceux-ci compensent. C’est également la première fois que je lis plus de 300 pages imprimées de droite à gauche, tant pour les pages que pour les lignes et on ne peut pas dire que j’aie apprécié. Quand on interroge sur ce point les fans européens de mangas, ils vous répondent doctement que c’est parce que les textes asiatiques se lisent dans ce sens mais c’est une blague. Pourquoi dans ce cas, imprimer les romans asiatiques ou arabes dans le sens européen de lecture ? Fanja m'explique que pour ce faire, il faudrait inverser les dessins, ce qui est gênant d'un point de vue artistique. 

Voici l’histoire : Dans une époque future, les laboratoires pharmaceutiques pratiquent encore l’expérimentation animale. Ils n’en ont pas vraiment besoin et cela ne leur apporte quasiment aucun avantage, mais "quasiment aucun" n’est pas zéro, et comme ils n’ont pas d’éthique, ils pratiquent. Pour résoudre un peu tous les problèmes qui pourraient se poser, ils les font gérer par un petit robot androïde qui, scellé dans un laboratoire isolé, reste dans sa bulle. Il est conçu pour faire naître, soigner et pratiquer des expériences sur les animaux. Choses qu’il fait parfaitement. Ces androïdes sont appelés PINO. On leur a donné une apparence proche de celle d’un enfant pour des raisons techniques et psychologiques. Un jour, la loi change et toute expérimentation animale est interdite, aussi le groupe pharmaceutique décide-t-il de détruire totalement son laboratoire. PINO est chargé de le faire.

...


Des années plus tard, des PINO sont encore utilisés. C’est la génération 3. Ils sont tout particulièrement dédiés à des tâches de soins aux humains, aux animaux ou aux plantes, mais d’autres peuvent par exemple faire du déminage ou de l’enseignement. Ils sont très efficaces. Nous allons suivre l’un de ces nouveaux PINO qui tient auprès d’une vieille dame sénile, le rôle du petit garçon qu’elle a perdu des décennies plus tôt et qu’elle croit voir en lui. Il est en fait son soignant et son auxiliaire de vie. Nous sommes dans un quartier particulièrement pauvre d’un monde très abîmé. Par ailleurs, nous faisons la connaissance de M. Iwata qui avait fait une enquête sur la destruction du labo pharmaceutique et était parvenu à la conclusion que les problèmes avaient été dus au fait que ce PINO 1ère génération avait éprouvé une émotion. Cette expertise réputée invraisemblable, lui avait immédiatement valu de perdre son emploi. Maintenant chômeur, il poursuit cependant ses recherches pour confirmer ou infirmer que les PINO peuvent éprouver des sentiments. C’est ce que ce manga nous raconte.


Comment tout cela finira-t-il ? Et surtout, quelle est exactement notre position vis-à-vis des I.A, émotionnelles ou non ? Que peuvent-ils pu ne peuvent-ils pas faire, être, apporter ? Sont-ils un plus ou un moins pour nous ? Nous, qui sommes à coup sûrs des êtres émotionnels, nous y attachons nous comme à un moulin à café ou comme à un être ? Vous savez, nous, les humains qui avons toujours donné des petits noms à nos voitures ?

Une phrase est à la mode en ce moment. Elle est du poète Pierre Reverdy : "Il n'y a pas d'amour, il n'y a que des preuves d'amour", mais alors, si un robot donnait des preuves d’amour, qu’en serait-il ?

Et d'abord, que sont exactement les sentiments ?

24 novembre 2025


Tovaangar

de Céline Minard

*****

978-2743667917


La civilisation humaine n’est plus. Céline Minard nous projette dans un monde futur qui s’est reconstruit sur ses ruines. Ici ou là, apparaissent encore des vestiges, "le betume", "le concrète", "le barraj"… en voie de disparition et qui plongent les nouveaux habitants de la terre dans la perplexité quant à leur raison d’être et dans le dégoût quant à leur composition. Nous sommes peut-être à l’ancien emplacement de Los Angeles*, bien que dire cela n’ait plus aucun sens. Le monde est maintenant habité par des êtres (appelés "corps") dans lesquels on retrouve certaines caractéristiques animales ou humaines connues actuellement, mais tout cela s’est combiné différemment et rien n’est semblable à ce que nous connaissons. Aucune espèce n’est dominante ou alors pas au-delà d’un petit territoire très délimité. Les espèces cohabitent plus ou moins harmonieusement car la loi commune est que chacune est en droit de jouir du monde. De toute façon, aucune n’aurait l’idée de consommer, détruire ou exploiter plus qu’il ne lui est strictement nécessaire. Chacune reconnaît instinctivement aux autres le droit d’exister et de veiller à ses propres intérêts. Les langages ont suffisamment de socle commun pour qu’un minimum de compréhension soit possible et généralement, bien plus. Mais tous ces langages ne sont pas oraux. Certains par exemple, comme notre héroïne, captent aussi le langage des plantes qui s’expriment par émanations. Il y a également quelques robots. Devenus autonomes, ceux qui se contentaient de l'énergie solaires continuent leurs tâches (souvent observer, archiver) et se mêlent plus ou moins aisément aux espèces biologiques. Vestiges anachroniques d’un monde haï, ils ont parfois du mal à se faire accepter. Une mémoire ancestrale les classe du côté de l'ennemi maintenant disparu.

De très anciennes légendes, dont il ne reste plus guère que des rumeurs incertaines, parlent d’un monde qui les aurait précédés, peuplé par ce que l’on appelle "les Extracts" car ils avaient basé toute leur existence sur l’extraction et la captation forcenée des ressources naturelles. Cette façon de faire méprisable et brutale portait à l’évidence en elle sa propre condamnation. Ce qui advint. On appelle cette époque "la Sauvagerie", ce qui resitue bénéfiquement ce que nous appelons aujourd’hui "sauvage". C'est dans ce nouveau monde que nous allons suivre notre personnage principal et ses amis/es. Ah oui, j'oubliais, personne n'est strictement genré, ni même spéciste.

Suivez Céline Minard qui vous emmène visiter ce nouveau monde et qui vous y introduira, vous faisant assister à des scènes et vivre des aventures qui ne peuvent que nous paraître inouïes mais dont globalement, la douceur naturelle malgré les dangers, vous étonnera et vous séduira. Vous découvrirez un monde où même les mots ne sont plus exactement les mêmes, mais surtout, c’est la relation au monde et à l’autre qui a complètement changé. Nous découvrons qu’il y a au moins une mais forcément plusieurs, façons viables d’être au monde.

Brillant, original, riche, puissant, captivant, humoristique, aventureux, expérimental, innovant, portée par une belle écriture, nécessitant un bon niveau de vocabulaire (pas de pensée riche avec un vocabulaire pauvre)… Alors qu’il figurait dans la première sélection du Prix Médicis, "Tovaangar" a été évincée de la seconde au profit d’œuvres bien moins originales et créatives. Je ne cite personne. On sait ce que valent les prix littéraires.


* Tovaangar est le nom du territoire ancestral du peuple Tongva qui correspond au bassin de Los Angeles,

12 novembre 2025

Zem

de Laurent Gaudé

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978-2330140946


Moitié polar moitié science fiction dystopique, ce roman est la suite de «Chien 51». Nous retrouvons Zem Sparak ainsi que l’inspectrice Salia Malberg, tous deux à moitié détruits mais toujours debout. Salia poursuit sa carrière dans la police tandis que Zem est devenu le garde du corps personnel de Barsok, un des hommes à la tête du pouvoir chez Goldtex. Les conditions de vie sont de plus en plus difficiles pour tous les cilariés maintenant que la pénurie d’eau s’est installée, mais la classe dominante de la zone 1 n’envisage pas de se priver le moins du monde. L’important, c’est le mélange de force coercitive et de distraction qui maintient le peuple dans la soumission. Aussi Barsok a-t-il lancé des «Grands Travaux» qui occupent les gens et promettent des améliorations.

En attendant, l’actualité du jour est l’arrivée au port d’un cargo chasseur d’icebergs traînant une prise rare qui permettra la mise en bouteille de milliers de bouteilles d’une eau (enfin) pure datant de l’ère glaciaire et ne contenant donc aucune pollution. Evidemment ces bouteilles se vendront hors de prix et peu nombreux seront les futurs propriétaires. Mais tout est déjà vendu alors que dans les rues, la foule se précipite pour gober les gouttes d’une des trop rares averses…

Alors que Zem accompagne Barsok sur le port pour la cérémonie d’arrivée de l’iceberg, Salia débarque car elle a reçu une information disant que quelque chose d’anormal allait se passer pendant cet événement, et c’est bien ce qui se produit en effet. Un porte-conteneurs fonce dans la foule. A l'intérieur du conteneur, cinq cadavres dans un état anormal. Salia en tant qu’inspectrice chargée de l’enquête et Zem en tant que représentant de Barsok se trouvent alors à nouveau réunis pour une enquête plus définitive que la première.

Il y a de l’action, une tension qui ne se relâche jamais, des surprises, un univers poignant, une peinture sociétale et une projection dystopique très pessimiste (mais ceux qui en proposent une optimiste deviennent rarissimes). Peut-on résister dans un monde hyper surveillé et contrôlé? L'état est si puissant, l'individu si faible... Zem et Salia incarnent-ils l’espoir ? Vous le saurez en découvrant leurs aventures.


PS : ici encore, un des «personnages» est un robot doté d'une IA. C'est le cas dans beaucoup des romans que je lis maintenant. Les écrivains au moins ne sont pas comme les hommes politiques, à se demander encore si on va autoriser ceci ou interdire cela. Ils savent que cela fait un moment que le problème ne se pose plus en ces termes. 

Extrait:

(Elle demande au robot quelque chose qui va à l'encontre de sa programmation)

" - Je le ferai

- Merci

D'où viennent ces mots? Elle ne saurait le dire. Existe-t-elle vraiment, cette conscience de machine? De quelle nature est leur amitié? Est-ce un dysfonctionnement, une sorte d'accident de programmation ou, au contraire, le stade ultime du progrès? Elle l'ignore - comme elle ignore pourquoi Motus a décidé d'être avec elle, pleinement, totalement."


11 octobre 2025

Journal d'un AssaSynth T 3 et T4

Cheval de Troie  & Stratégie de sortie

de Martha Wells

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979-1036000119     979-1036000072


Les articles peuvent contenir des spoilers sur les tomes précédents mais pas sur le tome dont ils parlent, ni les suivants.

Vous savez comment c'est, On se dit « encore un chapitre », puis « encore un tome » et bref, je me retrouve à poursuivre la lecture des aventures de notre robot combattant évadé. J'ai commencé le tome trois en me disant que je ne lirai sans doute pas le 4, puis j'ai lu le 4 persuadée de ne jamais attaquer le 5, d'autant qu'il passe soudain du format « un peu plus de 100 pages » au format « un peu plus de 400 ». Allez savoir pourquoi ! Mais on ne maîtrise pas tout, c'est bien connu et donc, voici :


Tome 3, Cheval de Troie

Une fois libre, il a bien fallu qu'AssaSynth se trouve une "couverture". C'est que la vie est très réglementée et surveillée dans son monde, d'autant qu'il est recherché en tant que "SecUnit séditieuse" à savoir, une machine à tuer hors de tout contrôle et donc très dangereuse. S'il est capturé, il sera mis en pièces détachées et éparpillé. La perspective ne le tente pas. Il compte donc bien ne pas se faire prendre. Grâce à EVE, dans le tome précédent, il a pu changer son apparence physique suffisamment pour que sa silhouette ne soit pas immédiatement repérable dans une foule. Il peut passer pour un humain augmenté, ce qu'il dit être. Il décide cependant de continuer à aider l'équipe de scientifiques du Tome 1 (et en particulier le Docteur Mensah) en cherchant des preuves contre la Compagnie GrayCris qui avait tenté de les tuer. Il parvient à se faire embaucher pour assurer la sécurité et le maintien de l'ordre à bord d'un vaisseau. C'est ainsi qu'il compte se rendre discrètement sur place. Dans cet épisode, il rencontrera un robot androïde « de compagnie », et donc d'un genre bien différent du sien, mais qui lui donnera à réfléchir sur les liens sentimentaux entre humains et robots... Rien n'est simple dans ce domaine, et il le sent bien.


Tome 4, Stratégie de sortie

AssaSynth rentre de sa dernière mission qui a été une réussite et lui a permis d'envoyer au Dr Mensah la preuve des crimes de GrayCris pour apprendre que ce dernier a enlevé le docteur et exige une rançon. Hormis le fait que les scientifiques ne disposent pas de la somme, il est clair que GrayCris compte bien tuer tout le monde de toute façon. Aussi est-ce avec autant de plaisir que de surprise, qu'ils voient revenir notre SecUnit, même si la lutte est bien dangereuse, même pour lui. Cette fois, nous passons longtemps dans une base habitée, ce qui nous permet de voir un peu comment l'on vit dans ce monde. Mais ça reste quand même très parcellaire, Martha Wells ne décrit pas une vraie société. Pas de familles, pas d'enfants, pas de structures sociales, de gouvernements etc. C'est pourquoi, quand j'entends qu'elle a su donner vie à un monde imaginaire puissant... non. On ne peut pas dire ça. Elle sait bien raconter des histoires qui captivent les lecteurs et aussi, et peut-être plus encore, faire régner dans ses récits une ambiance extrêmement plaisante. Mais ça ne va pas au-delà. Cependant, pour l'instant, et alors que j'étais à peu près sûre de ne pas lire le trop gros tome 5 (je n'ai pas que ça à faire!), eh bien, en fin de compte, je crois que je vais continuer encore un peu à suivre notre SecUnit.

04 octobre 2025

Journal d’un AssaSynth T2

de Martha Wells

****

9791036000072


 Les articles peuvent contenir des spoilers sur les tomes précédents mais pas sur le tome dont ils parlent, ni les suivants.

Tome 2 : Schémas artificiels

Je précise que les épisodes de la série AssaSynth sont à lire dans l’ordre. Chacun est une histoire complète mais on a néanmoins besoin de comprendre l’évolution du personnage et de la situation, ce qui ne peut se faire qu’en les lisant dans l’ordre. Comme apparemment tous les volumes de la série, la quatrième de couverture n’est en fait que la copie de la première page. Economie d’effort mais au moins, elle ne spoliera pas le livre comme cela arrive de temps en temps.

Donc, notre AssaSynth est officiellement sorti des circuits et n’appartient plus à la compagnie qui le contrôlait dans le premier volume. Une place lui est attribuée dans le monde que nous découvrons au fil de ses aventures, mais tout bien considéré, il préfère opter pour une liberté totale et quitte les fichages de la voie officielle pour une discrète clandestinité. Il dit que c’est parce qu’on n’a pas besoin de lui là où on veut l’envoyer, mais visiblement, le fait qu’il doive aussi avoir un « propriétaire humain » ne lui convient pas non plus, même s’il ne se l’avoue pas clairement. A partir de ce moment, il est recherché mais  parvient tout de même à se faire accepter par un gros vaisseau spatial robot (« bâtiment scientifique d’exploration d’espace profond ») qui quitte justement la station à vide. Ce dernier, dont l’acronyme est EVE est un ordinateur géant qui peut tout faire sans équipage ni aucune intervention humaine. Il s’ennuie parfois un peu et il est donc intéressé par les stock de séries vidéo qu’AssaSynth propose pour payer son voyage. Et c’est parti ! L’évasion de notre SecUnit est réussie. Dans sa nouvelle vie, il désire résoudre l’énigme du gros bug fondateur suite auquel il a perdu la supervision humaine (je ne veux pas donner plus de détails, ce serait spoiler le T1), mais il lui faut aussi gagner sa vie. Il décide de se faire passer pour un simple « spécialiste de la sécurité » et EVE lui trouve une embauche.

Évidemment la mission qu’il acceptera sera pleine d’embûches et ses humains bien fragiles, mais il mènera quand même parallèlement à bien l’enquête sur ses propres affaires. Sacré AssaSynth !

C’est simple, c’est récréatif, on sait d’avance qui va gagner mais pas encore comment, et l’ambiance est saine (ce qui n’est plus si courant) donc, je conseille cette série et je vais de ce pas attaquer le tome 3. Ça me détend. :-)

02 octobre 2025

Journal d’un AssaSynth T1

de Martha Wells

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9782841728992


Tome 1 : Défaillances systèmes

Nous entrons dans la tête d’une SécUnit (unité de sécurité), robot anthropomorphe, ayant des parties musculaires biologiques. Doté d’une force et de capacités d’analyses surhumaines, il est conditionné pour protéger d’une façon illimitée les humains qui louent ses services à la Compagnie à laquelle il appartient. Ce sont de véritables machines à tuer (mais moins que les unités guerriers comme il le reconnaît lui-même). Ils servent de gardes du corps, d’agents de sécurité. S’il est abîmé, il se répare et régénère simplement en séjournant dans son caisson d’entretien. Sauf s’il est mort, bien sûr, mais c’est très difficile de tuer une Secunit. Il est par ailleurs doté d’un Superviseur électronique intégré qui garantit qu’il ne déviera jamais d’un iota des programmes qui lui sont implantés ou téléchargés. Sauf que celui-ci est un peu différent. Suite à un gros bug survenu antérieurement et que nous découvrirons plus tard, il a réussi à débrancher son Superviseur sans que cela se voie. Une fois la chose faite, il a découvert tous les programmes vidéos de distraction dont les humains disposent et il a adoré ça, si bien qu’au lieu de se lancer dans des aventures insensées ou, comme il le dit lui-même, dans un carnage, il a passé ses 35 000 premières heures de liberté à visionner des films, des séries et autres émissions tout en donnant le change et en maintenant une apparence de fonctionnement normal. Il a aussi décidé de se donner un nom, chose qu’il n’avait pas jusque là, et il a choisi AssaSynth.

 Son fonctionnement normal du moment, c’est d’accompagner une petite équipe de techniciens sur une zone minière pour explorer les potentialités du terrain. Simple. Classique. Aussi le fait-il en gardant un œil sur ses séries préférées, allant même jusqu’à ne pas charger les logiciels supplémentaires que sa compagnie lui envoie, pour mieux consacrer ses capacités au visionnage et au stockage de séries comme "Lune sanctuaire", sa préférée aux innombrables épisodes. Seulement voilà qu’à la première sortie, "ses" humains sont attaqués et manquent y rester. Apparemment cette expédition sans histoire déplaît à quelqu’un qui ne reculera devant rien pour la faire échouer. Or une Secunit reste une Secunit et il est viscéralement (si on peut dire) attaché à la protection de ses humains. Notre héros sauve l’équipe et se décide à accorder plus d’attention à l’entreprise en cours.

Premier volume d’une série qui en comporte actuellement 7, cet opus (128 pages) adapté aux ados mais pouvant intéresser aussi des lecteurs plus âgés, est un one shot et on peut s’arrêter là mais il m’a donné envie de lire la suite, d’autant que je l’avais déjà empruntée à la bibliothèque… C’est un peu planplan mais l’ambiance est sympathique. Que va-t-il arriver maintenant à notre Assasynth ?


Ce sont Sunalee , Keisha et Fanja qui m'ont donné l'idée  😉

06 septembre 2025

Jésus-Christ Président

de Luke Rhinehart

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9782373050653

Jésus discute avec son Père. Il est mécontent. Il en a même carrément assez. Il ne voit pas ce que les humains ne comprennent pas dans son message alors même qu’ils le répètent par cœur, avec plus ou moins d’ajouts regrettables d’ailleurs, depuis plus de 2000 ans. Il est venu sur terre et leur a tout bien expliqué et depuis, il espère et attend que ses préceptes soient appliqués (au moins par les joueurs de son équipe) mais il doit bien constater qu’il n’en est rien et que ça n’en prend même pas le chemin. Aussi demande-t-il à son Père de le laisser faire un deuxième essai. Cette fois, il ne va pas se réincarner (la crucifixion, non merci, déjà donné). Il veut s’emparer de l’âme de l’homme le plus puissant pour le faire agir vraiment selon ses préceptes et sauver le monde. Dieu le prévient tout de suite que ça ne va pas marcher.

« Il ne va rien se passer. Il va se faire flinguer, probablement, comme Martin Luther King. Ou se faire foutre à l’hosto psychiatrique. En quelques mois pas plus, tout sera fini. »

A force d’insister, Jésus obtient tout de même le droit de se lancer dans cette seconde tentative, mais à la loyale. Il n’aura pas droit aux miracles. Et c’est parti !

2006, George Bush junior, réélu Président des USA depuis deux ans, s’occupe dans le bureau ovale. Soudain, il se sent investi et découvre stupéfait que Jésus est vraiment en lui. Il en est très mal à l’aise, même si ce dernier ne fait rien d’autre que d’être là. Sur ce, arrivent Don Rumsfeld, M. Dick Cheney, ses vice-président et secrétaire à la défense, pour une réunion de travail sur la guerre qu’ils mènent en Irak et notre George horrifié s’entend leur annoncer

« Vous allez déclarer un cessez-le-feu immédiat et unilatéral, et annoncer que le gouvernement des Etats Unis a décidé de reconnaître la souveraineté de l’Irak et de ramener toutes ses troupes à la maison. »

Bush ne peut contrôler ni son corps ni ses paroles. Il n’est plus qu’une marionnette dirigée par Jésus et nous allons voir maintenant qui de ce dernier ou de son Père va gagner son pari.

J’ai lu cette politique-fiction parce que 1° je lis tout de Luke Rhinehart 2° j’avais envie de me distraire et ce point de départ me semblait riche en promesses. Moi aussi j’avais bien envie de savoir ce qui se passerait si Jésus Christ disposait des pouvoirs des USA et tentait de mettre réellement en œuvre ses idées dans notre monde moderne. Alors bilan ? Cela a été bien intéressant, et drôle aussi. Car Rhinehart a choisi une voie humoristique et sarcastique. Il met tout à plat et dézingue tout le système américain, tant extérieur -fin de tout combat et retrait-, qu’intérieur.

« Quand Jésus annonça au secrétaire du Commerce et à son chef de cabinet qu'ils devaient commencer à préparer la nationalisation de toutes les entreprises pharmaceutiques, pour que les médicaments puissent être vendus à prix coûtant, George rigola beaucoup en observant leur réaction : comme si le ciel leur était tombé sur la tête.

- Les médicaments servent à sauver des vies, se justifia Jésus. Personne ne devrait en tirer profit, sinon les malades. »

Bush, consterné et opposé au début, se laisse peu à peu séduire par l’entreprise et cesse de lutter (ce qui ne change d’ailleurs rien). Les autres, les membres de son gouvernement et aussi tous les Américains, ignorent absolument la présence de Jésus. Pour eux, il n’y a que le président et sa nouvelle politique. Les réactions sont variées mais généralement violentes. Cependant, le président est le président : on obéit. Il n’y a pas d’alternative, ou alors…

C’était à une époque bénie où on n’imaginait même pas qu’un Trump puisse s’emparer du pouvoir, mais les coulisses de l’impérialisme étaient déjà bien gratinées. On visite un peu tout ça et on va même marcher un peu sur l’eau avec George, en Irak.

Vous venez ?

Jesus Invades George: An Alternative History (2013)

10 août 2025

1984

Roman graphique

de George Orwell (Auteur), Fido Nesti (Illustrations)

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9782246825760


« atmosphère envoûtante et le dessin aux teintes fantastiques de l’illustrateur brésilien Fido Nesti »  nous annonce l’éditeur qui n’hésite pas à ajouter « Il s'agit d’un des événements éditoriaux les plus importants de l’année à travers le monde. » On est modeste ou on ne l’est pas, mais ça a failli me faire passer à coté de cet album.

Je lis « 1984 » depuis mon adolescence, autant dire que ça date un peu. J’ai dû le lire intégralement trois ou quatre fois et y repenser des millions de fois. A chaque fois que je le lis, j’admire à nouveau la clairvoyance d’Orwell. Il avait déjà tout vu. On s’aperçoit aujourd’hui que notre monde a légèrement dévié de la trajectoire qu’il prédisait, ayant jugé plus facile et efficace de réduire les gens au confort du cocooning qu’à la misère maximale. Mais le résultat est le même et surtout, les moyens d’y arriver et de s’y maintenir. Bref, j’ai eu envie de relire encore une fois ce chef d’œuvre, et en même temps, de voir comment un dessinateur avait pu se tirer de cette gageure.

Au début, j’ai eu de mal à accepter le dessin. Les teintes de rouge et grisaille brune, sont tristes mais correspondent au récit. Par contre, je trouve que c’est souvent beaucoup trop sombre, au point d’être parfois peu lisible. C’est un défaut que je constate de plus en plus souvent. Je sais que ma vue baisse, mais je crois aussi que le dessin numérique a facilement ce défaut.


Le deuxième défaut constaté, c’est qu’à chaque fois que du texte anglais se trouvait dans le dessin, il n’avait pas été traduit, et cela concernait parfois des choses importantes qu’il fallait que le lecteur saisisse.


Et puis, voilà, rassurez-vous, mes reproches s’arrêtent là car, une fois le livre terminé, je me suis aperçue que je m’étais habituée au graphisme et aux couleurs qui ne me séduisaient guère au départ et que j’admettais qu’ils avaient complètement fait le job. C’était quand même un sacré défi que de se lancer dans cette retranscription graphique du roman d’Orwell. Il fallait oser et ne pas se ridiculiser totalement dans l’aventure. Je dois reconnaître que Fido Nesti a parfaitement réussi. Il a reproduit fidèlement la progression et la thèse de l’œuvre. Il n’a pas simplifié. Il a marqué toutes les étapes, et les points de l’analyse orwellienne. Il a rapporté ses arguments et démonstrations sans les appauvrir, et ça, dans une BD, ce n’était pas facile. Donc, bravo à lui aussi.

Et surtout, n’oubliez pas :

«Depuis le début du XXème siècle, l’égalité était techniquement possible. Avec le développement de la production, s’il était encore nécessaire d’employer les hommes à des tâches différenciées, il ne l’était plus de les faire vivre à des niveaux sociaux ou économiques distincts. »

Et pourtant...


09 juin 2025

Vivre, Le compte à rebours

de Boualem Sansal

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9782073044778


J'ai lu ce livre pour reparler un peu sur mon blog de Boualem Sansal car je trouve important de ne pas laisser tomber dans l'oubli les écrivains emprisonnés pour délit d'opinion, que cette opinion soit la mienne ou non. La place des écrivains n’est pas en prison.

Au plus profond de son sommeil, Paolo, agrégé de mathématiques, sent son cerveau "hacké" par une entité qui y installe certaines connaissances, très parcellaires mais dont la principale n'est pas anodine puisqu'il s'agit de l'annonce de la fin du monde dans 780 jours et la seconde, qu'il est chargé de regrouper des personnes de son choix qui seront sauvées au moment ultime. Comment, pourquoi, qu'est-ce? et qui parle??? De tout cela il n'a pas la moindre idée et c'est donc un Paolo plus que perplexe qui reprend le lendemain sa routine quotidienne sans trop savoir quoi faire de ce rêve ou de cette Révélation. J'avoue que je n'avais aucune chance de résister à un tel point de départ. Je m'imagine immédiatement à sa place, que faire ? que penser? Que croire? 780 jours, c'est court quand même et d'abord, est-il bien utile de retourner travailler?

Plongé dans ses pensées, notre héros découvre un jour une affichette "-780" collée à la fenêtre d'un appartement parisien. Stupéfait, il se dit que cela ne peut être une coïncidence sans signification et entre en contact avec l'auteur de l'avis, découvrant ainsi qu'il n'est pas le seul à avoir reçu cette révélation. Nos deux "Appelés" sympathisent et se mettent en tête de rechercher d'éventuels confrères de par le monde…

Ça aurait pu être génial, et pourtant, dans un premier temps, j'ai vraiment détesté ce roman; mais vraiment détesté, au point de l'abandonner... pendant une bonne dizaine de jours. Puis je me suis dit que c'était Sansal quand même, que je ne pouvais pas ne pas lui donner entièrement sa chance, et je l'ai repris.

Pourquoi je l'avais détesté? Parce que notre Paolo, se prend pour un trublion plein d'esprit et veut à tout prix nous faire profiter de sa verve et que pour moi, ça tombait à chaque fois à plat. Il multiplie les remarques annexes qui, non seulement diluent le récit mais de plus sont parfois douteuses voire ridicules. Comme par exemple page 64 quand il utilise l'expression "Fouette cocher" et fait ensuite semblant de craindre les attaques des défenseurs des animaux ce qui nous vaut une note de 6 lignes! 6 ! Pour cette blague vaseuse ? Et ce n'est pas le seul exemple. 

Au moment de choisir qui il va sauver ou non, il consulte des "Sages", ce qui nous vaut une galerie de portraits ni très clairs, ni très bien vus (à mon sens) et s'oriente vers un choix des Sauvés en reproduction du monde actuel. Ce qui m'a semble aussi peu clairvoyant que peu audacieux. Mais bon, notre Paolo libère ses détestations et comme toujours, la haine l'égare. Il lance des piques un peu dans tous les sens comme si son esprit pétillait mais hélas, je ne trouvais pas cela drôle, même pas amusant, des remarques qui ne tombaient pas justes ou des enfonçages de portes ouvertes, des simplifications, bref de la pacotille. C'était bavard, verbeux, il jacassait, Paolo. J’espère qu’il ne représente pas l’auteur. Je me suis tout de même fait la réflexion que Sansal devait être depuis trop longtemps entouré d'une cour de flatteurs trop empressés à s'esclaffer de ses moindres mots. Mais qu'en sais-je? Et qu'importe d'ailleurs, ce temps est loin hélas et je remettrais bien volontiers Sansal parmi ses admirateurs mais là, le livre au si bon sujet m'ennuyait au lieu de me passionner. Et c'est ainsi que j'avais abandonné ma lecture, plutôt agacée qu'autre chose par ce gâchis.

Mais j'ai déjà vendu la mèche, je suis revenue. Pas tant par attirance que par une sorte de "sens du devoir". Pennac a beau dire, il y a des lectures qu'on n'a pas vraiment le droit d'abandonner.

Et le temps avait passé. De -780, nous étions passés à -365, j'avais fait mon deuil du chef-d’œuvre de SF espéré et j'étais prête à me contenter de bien moins, peut-être aussi que je m'étais habituée, peut-être que de son coté, l'auteur avait usé le plus gros de son stock de traits d'esprit et commençait à se calmer, je ne sais, mais au final, la fin du livre s'est mieux passée. Bon, il a quand même éludé tout le socio-politique, il est resté dans le flou quant aux critères de choix et a fait abstraction de deux ou trois continents, bref, raté au niveau SF. Mais, il y a quand même eu des moments plus intéressants où j'ai retrouvé le Boualem Sansal que j'aime..

"... l'humanité est entrée dans un temps inversé dans lequel l'intelligence, les sciences et les arts, se développent dans les mémoires vives des ordinateurs pendant que l'ignorance et la bêtise s'agitent pompeusement dans les cerveaux stériles des hommes. Entre les deux, il y a encore des passeurs, des traducteurs, des défenseurs des droits humains, et plein d'invisibles agents de service chargés des utilités, mais arrive le jour, pas si loin, où les machines devenues quantiques n'auront plus besoin des hommes, pas même pour leur brosser les câbles, déboucher les grilles de ventilation, les épouiller, les débarrasser de leurs virus, les rafraîchir. Et, comme allant de soi, une fois abrités dans leurs blockhaus aseptisés, ils ne se laisseront plus approcher…"

L’IA m’intéresse et je me demande moi aussi si ça va se passer comme ça.

Bref, sûrement pas le meilleur Sansal, mais à lire quand même en espérant qu'il recouvre très bientôt la liberté, la sécurité et son stylo. Le monde a besoin d'écrivains.