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25 juin 2026

Je suis une idiote de t'aimer

de Camilla Sosa Villada

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979-1022615013


Recueil de 9 nouvelles de tailles très inégales puisque d'entrée de jeu, la première est  neuf fois plus longue que la deuxième.  L'autrice Camilla Sosa Villada est transgenre, a fait des études  et a vécu de la prostitution jusqu'à ce qu'elle rencontre le succès en tant qu'écrivaine.

Je suis une idiote de t'aimer  45 pages  Première nouvelle et éponyme, elle est aussi la plus longue. New-York, Ava et Maria, Latinas noire venues d'Argentine, elles sont coiffeuses dans un quartier défavorisé. C'est Maria qui raconte. Elles sont toutes les deux des trans (mais on disait « travelos ») à une époque qui ne les accepte pas du tout. Nous sommes dans les années 50. Que la vie était dure pour elles et leurs semblables ! La nuit, elles traînent dans les mauvais quartiers de Harlem à la recherche de sexe. Ça ne se termine pas toujours bien, mais ce soir-là, leur chemin va croiser celui d'une super star du jazz dont le déclin a commencé : Billie Holiday ! Et cette dernière va s'enticher d'elles de façon définitive. Ce sera réciproque. C'est le début d'une amitié totale, de la solidarité et du soutien  entre des vies vraiment difficiles.

Le goûter  5- 6 pages  Une grand-mère discute avec sa petite fille pendant qu'elles goûtent ensemble... mais où et quand ? Il y a quelque chose de simplement génial dans cette brève nouvelle, belle comme un haïku.

Ne reste pas trop longtemps dans la fange  19 pages Dur. Visiblement très autobiographique. Je n’en dis pas plus.

Merci, Difunta Correa 11 pages  Très autobiographique. Don Sosa et son épouse sont allés en plein désert, jusqu'au sanctuaire de Difunta Correa, pour lui demander que leur enfant trans cesse de se prostituer. Quand on fait un vœu, il faut bien réfléchir à la façon de le formuler.

Femme écran   15 pages  Une exception : la narratrice est une femme. Çà m'a d'ailleurs perdue au début. Je ne comprenais pas bien. Bref, de nombreux homo, souvent dans les classes les plus aisées, ont besoin de se faire passer pour hétéro. Il leur fait donc présenter à leur famille, collègues, voisins etc. une petite amie séduisante. C'est un métier bien payé.

La nuit ne laissera pas le jour se lever 11 pages  Prostituée trans n'est déjà pas un métier facile, mais quand c'est une équipe de rugbymen qui vous embauche... ça devient franchement aventureux. Mais c'est aussi sordide et triste, bien sûr.

Le foyer de la compassion 30 pages  Flor est «pute routière de la pampa». C'est elle qui le dit. Cela signifie que cette trans tapine les routiers le long de la route qui file à travers des kilomètres de désert. Les surprises sont nombreuses. Aujourd'hui par exemple, elle a croisé une groupe de nonnes qui cheminaient dans la bonne humeur vers leur monastère de La Compassion. Mais les surprises sont aussi le plus souvent dangereuses, comme ces chiens qui, devenus sauvages, se lancent sur la route et causent de graves accidents avec les camionneurs tentant de les éviter d'un coup de volant réflexe. Et puis, les clients sont dangereux aussi. Flor a eu des problèmes aujourd'hui, et en fin de compte, elle ne s'en est peut-être pas aussi bien tirée qu'elle l'avait d'abord cru...

Cotita de la Encarnacion 11 pages  Récit de tortures et massacres perpétrés par la police à l'occasion d'une «épuration» anti-trans. Bien trop affreux pour moi. Je ne veux pas lire de récits de torture, j'ai donc tout de suite interrompu ma lecture et je ne peux rien vous dire de plus.

Six mamelles 37 pages Entièrement baigné de magie et de folklore mésoaméricain, ce récit raconte comment après une campagne de dénigrement sauvage anti-trans de plus en plus violente et omniprésente, d'incitations à la chasse et au meurtre de trans et de leurs proches, se termine en un véritable massacre. Rares sont ceux qui parviennent à fuir jusque dans la jungle où ils s'installent et apprennent à vivre autrement, sans aucun contact avec le monde... Mais on est alors en plein « réalisme magique » genre littéraire que je n'ai jamais ni bien compris, ni beaucoup apprécié, alors ...


Bilan :

Je remarque que Camilla Sosa Villada ne parle que de trans hommes devenus femmes. Elle n'évoque même pas les trans femmes devenues hommes, à croire que le phénomène n'existe pas. Je regrette ce manque de solidarité. 

Je remarque que C. Sosa Villada a une très belle écriture, et même plus que ça. 

Je remarque qu'ici (je ne sais pas si c'est toujours le cas), dès qu'elle dépasse son auto-récit pour élargir à une vision plus générale, sociologique ou politique, on passe dans l'allégorie et l'imprécis.

Juste mon premier contact avec cette autrice intéressante.


Cette chanson est chantée dans la première nouvelle

Billie Holiday - "Strange Fruit" Live 1959