31 juillet 2026

Nos vies désaccordées

de Gaëlle Josse

**+

978-2290059920

Ça faisait longtemps que ce n'était pas arrivé! Voilà un livre que je n'ai pas aimé. Je ne tiens pas spécialement à le descendre (il n'a pas besoin de moi) mais je fais une fiche sur toutes mes lectures et je vais essayer de dire ce que je lui reproche.

L'histoire d'abord. Un pianiste virtuose à succès rencontre l'amour de sa vie et qui plus est, en est aimé. Mais elle est un peu instable psychologiquement aussi, quand elle traverse un drame, elle ne parvient pas à gérer. Le pianiste, emporté par une tournée à succès n'est pas là pour l’épauler et elle s'effondre. Quand il revient, elle est introuvable. Des années plus tard, il la cherche toujours. etc. etc.

J'avais l'impression d'avoir déjà lu une histoire un peu comme cela, mais je n'ai pas réussi à mettre un nom dessus, alors passons. Que ce soit un fait ou juste une impression, l'histoire ne surprend pas. Elle semble même convenue, comme son évolution.

L'écriture aussi, je l'ai trouvée plate et sans recherche; sans charme également. Pour vous donner une idée du niveau littéraire, voici un extrait.

"Allons, je ne vais pas faire semblant d'être victime de ma réussite, ni de l'argent qui me donne le luxe de ne pas penser au lendemain. Mais le talent est une chose, la chance en est une autre et leur rencontre aléatoire. Le succès appelle le succès, et la gloire va à la gloire. Je suis devenu une valeur artistique et économique fiable, un gage de qualité. Les agents, les directeurs de salles et de festivals, les maisons de disques s'appuient sur une poignée de noms qui remplissent les salles. C'est plus une question de chance que de justice., et je me trouve maintenant du bon côté de la rue, c'est tout. Je ne prétends pas faire pleurer, mais il faut des nerfs solides et une bonne santé pour exercer ce métier."

Comment reprendre son souffle après une telle avalanche de lieux communs et de platitudes?

Bref, l'histoire avance peu à peu vers sa fin évidente et sans intérêt elle non plus. Le narrateur est un fat antipathique, même quand il souffre et se repent, on ne s'en émeut guère. Comme de son côté, la pauvre âme désaccordée est mutique et qu'on ne la voit pratiquement pas, l'empathie peine à s'installer (euphémisme).

Quelques pensées profondes, mais malheureusement fausses à mon sens "l'ennui réside dans une absence d'attente, de tension, de désir". Non, ça, ce serait plutôt la sérénité. L'ennui c'est quand on ne parvient pas à occuper son esprit.

Les amours de Schumann et de Clara sont évoquées au passage pour le vernis culturel. Un parallèle est établi entre leur histoire et celle de nos héros.

Bon. Je suis allée jusqu'au bout parce que c'est très court (122 pages) et j'ai trouvé que la dernière partie s'améliorait un peu.

Par contre, je me souviens d'avoir aimé, lu il y a longtemps, "Le dernier gardien d'Ellis Island" que Gaëlle Josse a publié deux ans plus tard. Comme quoi, il ne faut pas désespérer.


PS: pour info, plein de gens ont adoré ou aimé ce livre.

 Clic ! Schumann Fantasiestücke op. 12

27 juillet 2026

Marc

de Benjamin Stock

****+

978-2385061586

David, le narrateur, nous confie son histoire sur un ton le plus souvent léger, peut-être humoristique, mais je me suis parfois demandé si le comique était volontaire. Je pense en particulier à sa description de la nouvelle employée lorsqu'il la voit pour la première fois. Si on vous dit que vous avez des jambes "idéalement proportionnées, mais luxuriantes si prises à part", que vous avez "des joues pleines et prolongées par une bouche large formant presque un mufle de brebis", sans parler des "yeux surprenants, clairs mais presque jaunes" révélés trois pages plus loin, prendrez-vous cela pour un compliment ? On était encore au début du livre et je commençais à me dire que ce nouvel écrivain ferait peut-être mieux de ne pas multiplier les descriptions de personnages... et pour répondre à la question, oui, c'étaient des compliments.

Bref, notre David a rencontré un succès fou en créant sa première société à la pointe de ce qui se fait, et dont il dit lui qu'il ne sait plus trop bien ce qu'elle produit à part des études, des réunions, des brain storming, des ateliers de réflexion, des dossiers etc. Mais en tout cas, tout cela est hyper branché et très cher. On a toutefois un peu l'impression que le jeu consiste plus à mimer un travail sérieux et fiévreux qu'à le fournir. "La Share Academy n'était qu'un miroir embellissant, un divertissement parmi les autres,entretenu par des fonds d'investissement, des subsides publics et la complicité de multinationales payant payant pour ces "services" inutiles". Donc, David règne sur tout cela en s'ennuyant quelque peu puisque "personne (lui non plus) ne savait son rôle exact". Sa vie personnelle est de la même eau. Heureusement que la "brebis" dont je vous parlais plus haut va venir apporter un peu de piment à son existence en lui révélant l'existence d'un gigantesque complot dont la clé serait Marc (Lévy) !!! David n'en croit pas ses oreilles mais comme malheureusement, tout comme moi, il n'a jamais lu l'auteur de best seller, il ne peut guère suivre celle qu'il veut séduire dans l'initiation qu'elle lui propose. Aussi commence-t-il à lire Marc ! (sous le manteau, il ne tient pas à ce qu'on se fiche de lui) et voilà que cela lui plaît ! Beaucoup, même. Il découvre ensuite la très élitiste Fabian Society et réalise à quel point ce complot mondial est réel.

Et s'ajoute à cela, l'étrange et perturbant incident du non moins étrange garçon de café, et notre David, entreprend une thèse sur Sartre... qui évoluera sournoisement en thèse sur Marc.

Et tout continue à partir en vrille ainsi, prenant comme vous le voyez une tournure tout à fait hallucinante (à un point que vous n'imaginez pas) pour aboutir à un final à tout casser que vous n'aurez sûrement pas vu venir.

Je ne mettrai pas 5 étoiles parce qu'il y a deux-trois petites erreurs qui m'ont chiffonnée, mais allons-y pour 4 ½ pour l'originalité et l'inventivité de l'histoire.

En conclusion

"Il tira vers eux le journal humide qui gisait sur le comptoir. Visages de scientifiques en pleurs sur la couverture ; le GIEC publiait un nouveau rapport inaudible. Ailleurs on apprenait qu'en deux ans, les milliardaires avaient doublé leurs richesses – assez pour financer l'adaptation au changement climatique, la protection sociale et la santé dans le monde entier. Page 2, les ministres dénonçaient la montée des populismes"

Tu m'étonnes...



544 pages



23 juillet 2026


Cerveaux augmentés (humanité diminuée ?)

de Miguel Benasayag et Thierry Murat

***+


978-2413048220

Depuis le temps que je vous dis du bien des album de la collection Découverte- Delcourt, il fallait bien que je rencontre un album qui me conviendrait moins. C'est chose faite. Ça s’appelle "Cerveaux augmentés (Humanité diminuée?)" Tout est dans le point d'interrogation : l'art douteux de dire les choses sans les dire, tout en les disant... Bref, c'est de ma faute, j'avais mal compris le titre. Je pensais qu'on allait parler de l'IA et en fait, oui... mais non. On va tout d'abord parler du mode de fonctionnement du cerveau et de la pensée humaine. Le fonctionnement de notre intelligence à nous, humains. Ensuite seulement, on comparera avec le fonctionnement des ordinateurs pour voir s'ils sont du même ordre (réponse non) et s'ils sont compatibles (réponse faut voir). Le volume est d'un niveau assez soutenu avec le petit problème que tous les mots ne sont pas toujours expliqués, alors demander à l'IA de nous expliquer un mot pour lire un commentaire humain... 😄 charme du paradoxe. Par exemple à un moment, il se met à parler des métavers et je ne savais pas ce que c'était. Mais peut-être ne dois-je m'en prendre qu'à mon ignorance mais donc, internet y a remédié, me rappelant que j'étais souvent bien contente de le trouver.

Cet album est présenté comme "le prolongement de l'ouvrage de Miguel Bensayag" du même titre. Miguel Benasayag est un philosophe, psychanalyste, chercheur en épistémologie franco-argentin. "Ses recherches tournent, depuis plus de vingt ans, sur les conséquences de la révolution digitale et les phénomènes d'hybridation avec le vivant, et se penchent particulièrement sur les processus de colonisation techno-scientifique de la vie" (Wikipedia) Thierry Murat , est un auteur de bande dessinée. Je pensais donc que Thierry Murat avait ici illustré l'ouvrage de M. Benasayag pour le rendre plus facile d’accès. Mais ce n'est pas exactement cela. M. Murat a voulu "prolonger" l'ouvrage du philosophe en collaboration avec lui, mais ça n'a pas été clair au début pour la lectrice que je suis. Je me demandais qui parlait et avec quelle autorité. Et vraiment, ce n'est pas évident.

D'abord, on "perd" les 20 premières pages à attendre que les deux protagonistes parviennent à communiquer. Bon, ça a peut-être été long et pas simple, pour des raisons de géographie ou d'emploi du temps, mais moi, ça, ça ne m'intéresse pas du tout. Tout ça pour finalement communiquer par des moyens virtuels ! Je n'ai absolument pas compris ce démarrage, ni les deux pages en plein milieu pour nous raconter qu'il prend le train, ni les diverses digressions, les films qu'il regarde, les élections... On s'éparpille. Heureusement, tout de suite après, on passe à des choses plus captivantes comme la perception, l'aperception et la connaissance. Ça m'a un peu consolée. Et j'ai rencontré quelques notions nouvelles pour moi et très intéressantes, par exemple que l'irruption de l'informatique dans notre vie équivaut à une révolution de l'ordre de l'invention de l'écriture. Cette remarque m'a frappée par sa justesse et par tout ce qu'elle impliquait. Plus on avance dans le livre, plus c'est intéressant mais je n'ai jamais pu adhérer totalement au traitement. Je n'ai pas aimé le graphisme. T. Murat a poussé à l’extrême ce que je n'aime déjà pas trop dans ses BD habituelles. Il y a aussi des projections ici ou là de citations en latin sans aucun rapport avec ce qui est dit (pas compris le but de la manœuvre).

Tout ça pour finir par se laisser séduire par une IA de dessin... Je ne conteste pas leur charme, au contraire, mais faudrait savoir ce qu'on veut. Après presque 200 pages à critiquer l'IA, ça surprend. Surtout de la part d'un dessinateur.

Bref, cet album m'a intéressée mais ma position n'a pas changé. Pour moi, l'IA est, comme l'argent "un bon serviteur et un mauvais maître", mais saurons nous le maintenir à sa place ?


19 juillet 2026

Si ça saigne 

de Stephen King 

****

978-2253107002


Recueil de 4 nouvelles assez longues faisant appel au fantastique. On est en plein dans la veine classique de Stephen King où le réalisme le plus clair est biaisé par une touche - ou devrais-je dire un soupçon- de fantastique pour un résultat... disons, généralement un peu différent de celui attendu.

LE TELEPHONE DE Mr HARRIGAN : Un jeune garçon s'attache à un vieux voisin qui le lui rend bien. De là à glisser un téléphone dans son cercueil, il n'y a qu'un pas, mais a-t-il eu raison de le franchir?

LA VIE DE CHUCK : Amadou Hampaté Bâ l'avait déjà dit il y a environ cent ans: "Un vieillard qui meurt, c'est une bibliothèque qui brûle".  Chaque être est un cosmos, le centre d'un univers aux nombreuses planètes et aux microscopiques détails. Quand il s’affaiblit, ce monde peu à peu s'affaiblit et s'estompe. Quand il meurt, son monde s'efface complètement. Beaucoup de choses sont perdues. Quand vous lirez cette nouvelle, vous comprendrez pourquoi je vous dis cela.

SI CA SAIGNE : addenda au roman "L'outsider". nous retrouvons Holly, la détective préférée de King. Elle n'est que dans cette nouvelle. Pas dans les quatre du recueil. Elle affronte un monstre sanguinaire avec un énorme courage, d'accord, mais, je dirais aussi, avec beaucoup de chance. Ce n'est pas sa meilleure aventure.

LE RAT : Un écrivain n'arrive pas à écrire, déchiré qu'il est par ses propres pinailleries sur le choix de chaque mot, et cela le rend fou. Il a déjà eu un épisode de pur délire durant lequel il a essayé de mettre le feu à sa maison et a beaucoup effrayé femme et enfants. Depuis, il est calmé, mais il n'a plus d'inspiration et puis d'un coup, une idée géniale l'inspire soudain. A la grande inquiétude de femme et amis, il décide de se retirer dans une cabane isolée pour se livrer entièrement à cette inspiration puissante et écrire. Mais s'il faisait une nouvelle crise?

Cette chronique ne va pas être plus longue parce que je ne peux pas trop raconter les nouvelles au risque de les déflorer, de leur faire perdre de leur sel. Vous ne me le pardonneriez pas, et vous auriez raison. Normalement je compense en parlant de l'auteur, mais là... Stephen King, tout le monde le connait. Que pourrais-je vous dire de neuf? Ah, si, peut-être. "Si ça saigne", la nouvelle éponyme, n'est pas seulement une prolongation de "L'outsider", elle est aussi un évènement évoqué plusieurs fois dans "Ne jamais trembler" et franchement, quand je l'ai lu, j'ai regretté de ne pas avoir commencé par celle-ci. Donc, la progression idéale serait de lire 1° L'outsider 2° au moins la nouvelle "Si ça saigne" dans le recueil du même nom et enfin, 3° "Ne jamais trembler". Voilà. Au moins, je vous aurais donné un tuyau.

Et ne me demandez pas pourquoi il y a un chat en couverture, je n'en ai pas la moindre idée.


Avec Holly Gibney :

1 - Mr. Mercedes

2 - Carnets noirs

3 - Fin de ronde

4 - L’outsider

5 - Si ça saigne  (la nouvelle)

6 - Holly

7 - Ne jamais trembler


648p  

15 juillet 2026

Slava - T 2 & 3 - Les nouveaux Russes

& Un enfer pour un autre

de Pierre-Henry Gomont

*****

Après tout le bien que j'avais dit de cette trilogie russe et les cinq étoiles que je lui avais collées, vous deviez bien vous douter que la suite ne tarderait pas à arriver (encore a-t-elle été plusieurs fois reportée pour cause de Pavé à laisser passer). Eh bien je vous rassure tout de suite : je n'ai absolument pas été déçue par la suite. Attention, ne lisez pas la suite avant d'avoir fini le tome 1, je commence par un spoiler à son sujet.


Slava - Tome 2 -

978-2505119821

Toujours dans les années 90 en Russie. Nous avions laissé Lavrine pour mort... eh bien, il ne l'était pas. Il s'en était sorti, pas intégralement, comme vous verrez, mais sorti quand même et c'est le principal. Mais Slava et lui se sont maintenant perdus de vue. Slava, resté à la mine, coule des jours heureux avec Nina et a repris la peinture. Il a même trouvé son mentor.


Nina et Volodia s'occupent de faire tourner la mine et ce n'est pas facile quand deux requins lorgnent sur vous.

Les rebondissements et les sentiments forts sont toujours nombreux. Il y a des luttes, ouvertes ou sournoises (les deux tuent)... Il y a des amis fidèles et des ennemis fort dangereux...

La/e lectrice/teur n'est pas volé/e et fonce sur le tome 3.


Slava - Tome 3 -

978-2505126324

Ce dernier tome prend une profondeur humaine plus grave. Le drame se profile derrière tous les succès qui pourtant s'affichent. Ceux qui savent regarder comprendront peu à peu les mobiles secrets de Lavrine qui confirme l'intelligence et le courage qu'il a toujours manifestés. Un peu moins clownesque et un peu plus poignant que les tomes précédents (et même carrément plus car plusieurs catastrophes surviendront), ce tome 3 tient son lecteur jusqu'au bout pour un final de toute beauté ! Ne sautez pas une ligne jusqu'à la fin de la dernière page.

Cinq étoiles confirmées sur les trois albums et je vais aller regarder ce que la bibliothèque a d'autre de Pierre-Henry Gomont .




11 juillet 2026

Neuf parfaits étrangers 

de Liane Moriarty

****


 978-2253079811

J'ai emprunté cet audiolivre parce que je cherchais un pavé et parce que figurez-vous que je n'avais encore rien lu de cette autrice pourtant plutôt connue. J'ai choisi ce titre-là parce que cela se passe dans un centre de remise en forme clos et que j'aime bien les histoires de micro-sociétés. Pour ce qui est de la société, on est dans les classes aisées, voire plus. Nos neufs participants du titre sont des vedettes actuelles ou déclinantes, des gens avec de gros revenus. Ex footballer star, écrivaine à succès déclinante, coach sportif de renom, un couple d'influenceurs etc. Ils sont tous là parce qu'ils sont à un tournant de leur carrière, ou à un âge-tournant, ou à une croisée de chemins où il faut faire un choix pour lequel ils hésitent, ou parce qu'arrivé à un obstacle, ils ne parviennent ni à le passer, ni à le contourner. Il faut qu'ils fassent quelque chose. Mais ils éprouvent aussi le besoin de faire le point sur le passé et de réfléchir à leurs objectifs. C'est tout ça qui leur a donné envie de s'inscrire à cet onéreux stage de développement personnel pour "happy few", réputé pour ses méthodes totalement innovantes. "On en ressort différent de celui/celle qui est entré/e". 

Le "maître d’œuvre" de tout cela est une maîtresse, femme de très fort caractère, ex-scientifique au passé soviétique douloureux, maintenant convaincue d'avoir trouvé La Voie par l’intermédiaire d'un mode de vie hyper sain, et désireuse de diffuser sa méthode... et d'être riche et puissante. 

 Pour commencer, aucune connexion, téléphones et ordinateurs confisqués, alcool et sucre interdits. Portes verrouillées. Voitures "garées ailleurs". Et c'est parti avec les développements et les résultats que nous verrons.

Bien sûr, c'est intéressant, et tout lecteur normalement constitué aura envie de savoir comment tout cela va se terminer. Cependant, j'aurais un net bémol sur la façon dont le roman est "monté" et le suspense activé. Liane Moriarty commence son roman en présentant ses neufs curistes l'un après l'autre pour qu'on les connaisse avant que l'action débute ou dès qu'elle commence. C'est vrai que c'est bien qu'on les connaisse et qu'on cerne un peu leur situation et leurs problèmes. Mais le défaut de cette façon de faire, c'est qu'elle est plan-plan. Au niveau action et tension, il y aurait nettement à redire. Disons que le lecteur est intéressé, mais pas haletant. Chose que j'accepte volontiers d'une œuvre littéraire, mais beaucoup moins d'un thriller. C'est clair et efficace mais pas captivant.

Après ce bémol, je relève tout de même un récit intelligent et quelques réflexions très justes au niveau de la psychologie.

Donc, quatre étoiles, je relirai peut-être cette autrice à l'occasion, mais je ne vais pas sauter dessus, dès mon prochain achat.

672 pages                                  

07 juillet 2026

 French Theory: Itinéraires d'une pensée rebelle

de François Cusset

Illustrations : Thomas Daquin

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9782413082927

Depuis quelque temps, je m'intéresse à la collection La Decouverte Delcourt qui nous propose des bandes dessinées de plus de 200 pages, traitant de façon très sérieuse et documentée, des sujets qui correspondent tout à fait à mes centres d’intérêt. D’eux, j'avais déjà lu "La Distinction - librement inspiré du livre de Pierre Bourdieu" par Tiphaine Rivière et je viens seulement de repérer que ma bibliothèque avait plusieurs titres de cette collection. Vous pouvez donc vous attendre à me voir revenir avec d'autres chroniques. Les thèmes dépendront de ce qui est mis à ma disposition, tout m'intéresse. J'apprécie beaucoup cette technique de faire porter des documentaires sérieux et précis par une bande dessinée, ce qui permet à ces ouvrages de ne plus être du tout austères, tout en gardant leur côté informatif de qualité. Bien sûr, il n'y a pas autant de renseignements que dans un ouvrages de deux ou trois cents pages, mais, cela permet au moins d'avoir un vernis de connaissances sur le sujet. On peut toujours approfondir après si on le désire, au moins, on sait vers quoi se tourner.

D'après ce que je vois, ces ouvrages sont toujours rédigés par de vrais spécialistes reconnus de la question traitée. Qui saurait mieux qu'eux tirer les idées maîtresses, les formules chocs, les événements significatifs et les confier au dessinateur pour qu'il leur donne vie ? Certains de ces ouvrages s'adressent aux étudiants et tous aux éternels étudiants de la vie dont je fais partie, toujours près et curieux d'apprendre, quelque soit leur âge. Pour eux, ces albums sont une mine d'or. Je suis tellement enthousiaste que je pense qu'il est temps de préciser que je n'ai aucun lien commercial ou non-commercial avec cette collection ou maison d'édition. Même pas le moindre spécimen, mais ça, s'ils désirent y remédier, c'est quand ils veulent. :-)

Bref, revenons à notre album consacré à la French theory. Comme je trouve que la présentation du titre par l'éditeur sur les sites de vente est nulle, bête tentative d'être accrocheuse (ah zut ! C'est foutu pour le spécimen! Bon, tant pis, continuons), je vais plutôt recopier ce qui est vraiment au dos de l'album, ça vous situera l'ouvrage :

"C'est l'histoire folle de quelques philosophes français de la fin du XX~e siècle (Michel Foucault, Jacques Derrida, Gilles Deleuze, Felix Gattari, Jean Baudrillard...) dont l'Amérique a adopté les textes, les idées et l'insolence. Avec eux, elle a inventé des gestes politiques, une boite à outils critique, une pensée de la minorité pour les minorités qui débouche aujourd'hui sur ce "virus" woke dont les réactionnaires du monde entier veulent nous guérir. C'est l'histoire de substances philo-actives puissantes qui font tourner les tetes, qui ont permis de voir le monde autrement et qui, aujourd'hui, nous aident à comprendre le dernier demi-siècle et à mieux résister à l'obscurantisme. Véritable kit de déconstruction, cet essai graphique raconte l'histoire de ces penseurs et penseuses et de leurs drôles de concepts."

Vous l'avez compris : Il faut aller lire ça !

Et plutôt deux fois qu'une. Je dis ça parce que, ayant tourné la dernière page, j'ai réalisé qu'il y avait tellement de renseignements et d'idées dans cet album qu'il ne serait pas mauvais que je le relise entièrement pour m'assurer que je n'avais rien raté. Ce que j'ai fait.


PS : Oui, moi aussi, le nom du dessinateur m'a troublée :-D

03 juillet 2026

Le complexe d'Eden Bellwether

de Benjamin Wood

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978-2843049590

Oscar est un simple aide-soignant dans une maison de retraite, ce qui ne l’empêche pas d'être un jeune homme très intelligent et d'une grande valeur morale. Il aurait pu faire des études mais une relation difficile avec son père l'a poussé à devenir autonome financièrement le plus tôt possible. Le conflit entre ces deux-là semble profond mais il ne nous est divulgué que très progressivement et partiellement. Dans son travail, qu'il effectue avec bonté, il s'est particulièrement attaché à un vieillard grognon extrêmement cultivé et les deux hommes aiment parler ensemble. C'est en l'accompagnant un jour hors de la résidence pour rencontrer un vieil ami qu'Oscar fera la connaissance d'un très éminent psychiatre, hélas en phase terminale d'un cancer. Son rôle dans l'histoire sera très important.

Autres personnages importants, Iris et Eden Bellwether. Oscar fait leur connaissance un soir que, se promenant, il est attiré par la musique d'un concert donné en une église par un jeune pianiste à la virtuosité saisissante. Entré pour l'écouter, il rencontrera sa sœur Iris et les deux jeunes gens tomberont rapidement amoureux l'un de l'autre. (ce qui est étonnant, entre un aide-soignant et une riche héritière, mais bon... les romans sont faits pour ça). Iris le présente à son frère qui est un étudiant surdoué en musique et qui se croit doué aussi d'un pouvoir de guérison par la pensée. C'est avant tout un manipulateur de première force et un type avec un énoooorme complexe de supériorité. (Pour faire court, il est tout à fait puant.). Mais Oscar est introduit dans le cercle fermé que ces deux-là forment avec deux autres amis riches étudiants qui forment leur quatuor classique. Eden est vraiment un musicien de génie, mais ce que tous croient également, c'est qu'il a le pouvoir de guérir. Iris cependant, est moins convaincue et s'inquiète car elle commence à douter de la santé mentale de son frère. Elle demande finalement à Oscar de l'aider à réunir des preuves de la folie d'Eden, dans l'idée de le faire hospitaliser et soigner. Voilà la situation... Du moins, jusqu'à ce qu'elle soit elle-même convaincue des pouvoirs surnaturels de son frère et renonce à ce projet.

J'ai failli abandonner très vite car je ne supportais vraiment pas le très infatué Eden Bellwether. La patience d'Oscar à son égard est un peu difficile à croire mais on peut l'attribuer à son amour pour Iris qui elle-même aime son frère, et qu'il ne veut pas choquer. Difficile à croire également son admission facile dans ces milieux riches et bigots pour les parents, riches et intellectuels pour les amis, lui qui est pauvre, athée et sans aucun diplôme. Quand le roman montre de plus en plus Eden en action, la tension monte car le lecteur sent la dangerosité de ses expériences .

Je vous laisse lire la suite si le sujet vous inspire, ce n'est pas un chef-d’œuvre de la littérature, mais ce n'est pas mauvais non plus comme thriller et ça peut vraiment occuper les longues heures de vacances. C'est un très honnête roman de détente. Alors, à votre avis? Don surnaturel ou folie? Et comment tout cela va-t-il tourner? Allez, un indice:

Très mal.


528 pages