Une île à l'envers
de Léa Arthemise
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978-2898222276
J'ai tout de suite été séduite par ce court roman dépaysant et poétique qui nous emmène à La Réunion, là où les Réunionnais la voient, la pensent et la parlent. Je me laissais emporter le sourire aux lèvres sur les courants réunionnais, leurs magies (au sens propre comme figuré), leurs superstitions insensées et évidentes... Une pépite!
Le récit est actuel mais n'hésite pas pour autant à nous emporter au début du 18ème siècle, dans les cales des pirates ou sur leurs gibets. Il y en a eu des trésors disparus! partis dans un naufrage, dilapidés ou prudemment et secrètement enterrés sur une côte déserte! Oh oui, il y en a eu et en conséquence, bien des cartes au trésor que des gaillards roublards vendaient sous le manteau dans des tavernes mal famées. A la suite de quoi, il y a eu un gros intérêt pour ces histoires de pirates. Des historiens se sont très doctement chargés d'étudier leur histoire, même quand ils se sont parfois révélés n'être que des romanciers manipulateurs publiant sous une identité totalement fictive. Il en fut ainsi de Daniel Defoe qui signa en 1724 une "Histoire générale des plus fameux pirates" sous le nom de Capitaine Charles Johnson. "Le travail de Charles Johnson a été déterminant dans l'élaboration des conceptions populaires de la piraterie et est la principale source pour les biographies de nombreux pirates." nous dit Wikipédia qui admet toutefois que certains le contestent... mais il reste qu'il n'existait aucun capitaine Charles Johnson dans les registres. Comme vous le voyez, c'est aussi clair qu'une carte au trésor et il y avait de quoi mettre le feu à bien des cervelles. Jusqu'au grand-père de J. M. G. Le Clézio qui est lui aussi, avec sa petite pelle, allé creuser au pied de cocotiers ou de rochers reconnaissables. Chasseur de trésor, ce n'est pas que dans la tête, c'est aussi dans les bras... et les jambes. En tout cas, depuis quatre siècles, ça nous fait des récits passionnants. L'autrice ne s'y est pas trompée, mais loin de s’en tenir à ces récits d'aventures, elle appelle également les années honteuses dont on ne parle pas en métropole, où Michel Debré fit mener des rafles d'enfants* et sur les femmes, des interventions que je n'ai pas clairement comprises mais qui semaient la terreur chez les Réunionnaises. Il faisait office de croquemitaine et hantait les cauchemars de la nourrice qui l'appelait "Michou la colère" et des jumeaux, centres du récit actuel.
Mais ne vous trompez pas, ce n'est pas un récit tragique, bien plutôt un récit d'aventure aux limites du fantastique et de la poésie. Les personnages, quelle que soit leur époque, sont fabuleux et si pleins de vie ! Cerise sur le gâteau, l'autrice a souvent l’œil qui frise, l'humour n'est jamais loin :
"N'en reste pas moins que, dans ce cryptogramme spécifique, une dizaine de signes semblent se traduire indifféremment par une lettre ou par un chiffre. L'historien décèle certaines prononciations dures ou expressions typiques du Nord-Est de la France. L'auteur du pictogramme pourrait ainsi être français, natif de Calais. Concernant le contenu, qui devrait dévoiler plus ou moins directement l'emplacement d'un trésor, il est littéralement fait mention d'une paire de cœurs, de pigeons, d'un chien turc et d'un onguent. L'historien admet son désarroi."
J'ai aimé, donc, même si un petit lexique m'aurait bien aidée à certains moments où j'ai eu un peu de mal à suivre..
* Voir L'affaire des enfants de la Creuse. Ce n'est que 60 ans après (!) que l'assemblée votera l’ouverture d’un droit à réparation sous forme d’allocation forfaitaire. Aucune poursuite pénale, bien sûr.

