Et devant moi le monde
de Joyce Maynard
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978-2264055422
Joyce Maynard est une écrivaine et chroniqueuse nord-américaine qui après une longue correspondance avec J.D Salinger, a vécu avec lui pendant neuf mois avant d'être brusquement fichue à la porte alors qu'elle était encore très férocement mentalement dépendante de lui. Elle avait dix-huit ans quand le New-York Times a publié sa longue chronique sur les jeunes de sa génération. Cet article a été un succès et était accompagné d'une photo d'elle. Salinger a été ...?? Je ne sais, séduit ? Intéressé ? Bref, il n'a pas hésité à lui écrire et a entamé avec elle une longue correspondance dont il est peu a peu ressorti qu'ils étaient des âmes-sœurs malgré la nette différence d'âge (Salinger avait 53 ans) et finalement, il lui a fait quitter ses contacts dans la presse et même l'université pour venir vivre auprès de lui. Ce qu'elle a accepté avec enthousiasme. C'est cette période qu'elle raconte, jusqu'au moment où neuf mois plus tard, à la plage, il lui a annoncé qu'il serait mieux qu'elle parte devant pour faire sa valise et qu'elle ne soit plus là quand lui-même rentrerait.
Elle raconte aussi ce que fut sa vie après jusqu'à l'âge mûr où elle parvint enfin à jeter un regard sur cette expérience, à la dire, à la surmonter. Elle n'accuse même pas violemment Salinger, elle raconte, plutôt. Elle était consentante et même follement amoureuse, et ne se libère de l'emprise que deux décennies plus tard. Elle rédige son autobio et découvre à cette occasion qu'elle est loin d'avoir été un cas unique, ce qui lui remet tout à fait les pieds sur terre. Jusque-là elle croyait toujours à un amour réciproque et exceptionnel, pas à un schéma répétitif chez le monsieur.
Si Joyce Maynard publiait ce livre aujourd'hui, gageons qu'il recevrait un tout autre accueil que celui qui fut le sien à sa sortie en 1998 où il a soulevé une véritable levée de boucliers, un déferlement de haine et d'injures, tout le monde se précipitant pour défendre l'idole incritiquable qu'était J.D Salinger, fleuron de la littérature nord-américaine. « Défense de gratter la dorure sur l'idole » Rares ont été ceux, et à vrai dire, plutôt celles, qui l'ont défendue. Chapeau à cette occasion à Joyce Carol Oates.
« Ce livre parle de la vie d'une femme , ainsi que de la honte et du secret. Mais (…) nombre de gens ont estimé que , dans la mesure où mon histoire englobait celle d'un grand homme qui exige qu'on ne parle pas de lui, je lui devais de garder le silence. » (C'est commode, il faut l'avouer).
On l'a accusée d'avoir voulu utiliser son histoire avec Salinger comme étant son seul moyen de se faire valoir. Certains lui ont même contesté le titre d'écrivain alors que c'est de cela qu'elle a toujours vécu.
La polémique a fait flamber les ventes, ce dont Maynard ne pouvait que se réjouir, mais lui a fermé d'innombrables portes (magazines, journaux, éditeurs, conférences...) Beaucoup ont fait tout ce qu'ils ont pu pour détruire sa carrière et l'effacer. (Fallait vraiment pas toucher à la dorure). Heureusement pour elle, les USA ne sont pas le monde et son livre a connu des traductions dans 16 langues différentes et les ventes qui vont avec, sans compter les lecteurs anglophones du monde entier que le scandale avait alertés.
Et en France où il n'a paru qu'en 2011 (c'est long quand même)? En France, ça a été plus sournois. Personne ne l'a agressée et plusieurs, femmes et hommes, l'ont défendue et jugé son livre intéressant – ce qu'il est vraiment. (En particulier Christiane Besse et Florence Noiville), mais souvenons-nous quand même que d'autres ont pudiquement détourné les yeux, comme F. Beigbeder qui a préféré continuer à cultiver le mythe et à clamer haut et fort son amour/admiration pour le Maître sans jamais avoir manifesté qu'il ait lu, vu, su, entendu parler de « Et devant moi le monde ». Maynard a alors dit de lui « il se prosterne devant l’autel de Salinger, il ramasse les petites miettes. »
Et pan ! Dans l’œil !

