Affichage des articles dont le libellé est Süskind Patrick. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Süskind Patrick. Afficher tous les articles

28 août 2026

Le pigeon

de Patrick Süskind

*****

978-2253047421

On n'a parfois pas besoin de beaucoup de pages pour faire un chef-d’œuvre, du moins, quand on s'appelle Patrick Süskind. Ici, il en a utilisé moins de cent.

Nous allons suivre monsieur Jonathan Noël, son personnage, pendant toute une journée, mais quelle journée ! Celle qui détruira son monde et lui permettra d'avoir passé une marche et de ne plus être tout à fait le même le lendemain. Monsieur Noël, la cinquantaine assumée, est vigile à la banque. Son travail consiste à stationner impeccablement, debout toute la journée à côté de la porte en fixant l'horizon. Et il y parvient sans trop de mal (ce que j'admire). Ce que nous découvrirons au fil de ce récit, c'est qu'il a eu une enfance très traumatisante et un début malheureux dans l'age adulte, qui l'ont laissé avec un très profond sentiment d'insécurité qu'il ne peut surmonter que dans la solitude et par une organisation pointilleuse de sa vie. Empêchements, frayeurs, routine apaisante, phobies. Il vit dans le cauchemar de tout perdre, aussi, est-il très heureux d'occuper une minuscule pièce sous les toits qu'il est même en train d'acheter au prix de gros efforts financiers, pour s'assurer (croit-il) de ne pas risquer de perdre au moins un toit.

Toujours tiré à quatre épingles, Monsieur Noël quitte chaque matin sa chambrette pour se rendre à la banque, y stationner pendant des heures et rentrer le soir après quelques courses alimentaires. Il est heureux comme cela, entendez qu'il maintient ses angoisses à un niveau acceptable. Mais ce matin-là ! Ce matin-là, en ouvrant la porte de sa chambre, il se trouve face à un pigeon dans le couloir où il a pénétré on ne sait comment. Hors, la terreur de M. Noël face à ce volatile est totale. Il ne peut s'y confronter. Et c'est l'heure d'aller au travail.

Je ne vais pas tout vous raconter, mais il finit par arriver à sortir. Seulement, il est incapable d'envisager de revenir affronter ce pigeon, tout comme il sait qu'il ne peut demander d'aide à personne. Aussi, ce matin-là, en quittant son immeuble, Jonathan a-t-il perdu son sacro-saint « toit » et se voit-il comme SDF. Sa vie s'effondre.

Je pense que vous comprendrez mieux ce récit si vous avez vous-même une phobie car il vous paraîtra plus vraisemblable. Dans ce cas, imaginez-la à la place du malheureux pigeon.

Enfin, une lecture hors des sentiers battus. Cent pages d'une justesse et d'une tension remarquables. Cent pages qui se dévorent. Du grand art.