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05 septembre 2026

Je suis Romane Monnier

de Delphine de Vigan

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978-2073113252

Vous n'allez pas le croire, mais je n'avais encore jamais lu Delphine de Vigan. Je ne saurai pas dire exactement pourquoi. Une sorte d'anti-phénomène de mode. Tout le monde l'avait lue, tout le monde appréciait... donc je n'étais pas attirée. Ses sujets aussi, qui ne me branchaient pas immédiatement, mais justement, c'est par là qu'elle m'a eue : le sujet, parce que cette extrapolation sur nos relations avec notre téléphone, c'était vraiment très prometteur. Ça pouvait facilement virer banal, mais ça pouvait aussi être tout à fait passionnant... et vous savez quoi ? C'est la deuxième voie que cela a pris.

Thomas, déprimé car sa fille qu'il a élevée seul vient de quitter le nid, a passé la soirée dans un bar avec son meilleur ami, a bu pas mal et se réveille le lendemain avec un téléphone qui n'est pas le sien mais celui d'une inconnue, la Romane du titre. Nous imaginons tous sans peine la catastrophe que peut être la perte de cet outil qui contient toutes nos clés au point que nous perdons aussi les numéros de nos amis, de notre famille, du travail etc. Nous avons même un petit pincement à l'estomac pour lui. Il n'en est pas de même apparemment pour la mystérieuse Romane, qui rapporte le téléphone de Thomas au bar mais refuse de récupérer le sien. Pire, elle lui donne les codes pour qu'il puisse l'ouvrir, l'explorer et l'utiliser si il le souhaite. Pour sa part, elle s'en désintéresse. C'est la curiosité qui tue les chats, dit-on. Comment, quand on est seul et désemparé, ne pas tenter de distraire son esprit en s'adonnant à l'indiscrétion, puisque l'autre n'y trouve rien à redire ? Et Thomas transfère sa vacance mentale sur cette mystérieuse inconnue grâce à cet espion de haute volée que nous avons tous dans nos poches. La récolte est fructueuse : historique de navigation, mails et même un trésor d'enregistrements audios dont Romane semble avoir pris l'habitude avant de disparaître. Tentait-elle de s'ancrer davantage dans un réalité qu'elle sentait s’effilocher sous ses doigts ?


Thomas laisse cette exploration de l’univers d’une inconnue tourner à l’obsession. Il y consacre des heures. En tout cas, il n’est plus à se pencher sur le supposé vide de sa propre existence.

Mais ce qui est le plus intéressant, c'est qu'au fil de cette histoire, l'autrice va explorer le thème moderne de la Vérité. Au fil des siècles, on semble être passé successivement de la croyance en une Verité objective unique et indiscutable, à des Vérité nuancées selon les points de vue et voilà que nous voyons poindre une ère où la Vérité n'existerait simplement plus, faute d'être discernable parmi les documents truqués indécelables et les affirmations catégoriques totalement fausses, mais ne recevant aucune objection. Ajouté à la problématique de nos téléphones, cela nous fait tout de même un roman particulièrement riche et intéressant qui m'a emballée.

Je vais donc aller voir si les précédents roman de Delphine de Vigan sont aussi bons.

Je veux quand même dire que j'ai sauté au plafond en voyant D. de Vigan utiliser l'horreur qu'est ce barbarisme* aussi hideux qu'inutile de "gênance"!!!


* Ne me dites pas que c'est un néologisme, les néologismes sont de nouveaux mots pour des choses nouvelles et personne n'est fichu de me dire ce que ce "truc" entré dans un Larousse qui se déshonore il n' y a qu'un an, apporte de différent du mot "gêne".


336 pages