Le testament de Maître Mussard
de Patrick Süskind
***+
978-2842054465
Bien que nouvelle ou novella, plutôt que roman, ce titre de Patrick Süskind a été édité à part par Fayard dans la collection Mille-et-une-nuits, d'où sa présentation ici, mais à l'origine, il faisait partie du recueil "Un combat et autres récits" qui "rassemble des nouvelles noires sur les thèmes de l'angoisse, de la solitude, du repli sur soi et de la vocation au désastre."
C'est donc ce testament, que Mussard rédige comme un récit de sa fin de vie, que nous lirons ici. Il souffre d'une maladie qui le paralyse progressivement (on pense à la sclérose en plaques ?) mais nous sommes au début du 18ème siècle et la médecine sait peu de choses. Dans sa jeunesse, Maître Mussard fut orfèvre, et doué semble-t-il, ce qui lui valut de faire fortune et de côtoyer "du beau monde". Assez vaniteux, il entreprit de se cultiver lui-même, fréquentant les "salons scientifiques" et manifestant tous les défauts et qualités des autodidactes, ce qu'il est loin de reconnaître. Il est persuadé d'être l'égal des savants, ce qui entraînera la suite de cette aventure. La retraite venue, il s'est acheté une petite propriété à Passy où il a tendance à s'ennuyer... jusqu'à ce qu'il trouve des coquillages fossilisés dans son jardin et n'hésite pas à en conclure toute une grandiose et très audacieuse théorie "scientifique" mêlant paléontologie et géologie, que ses recherches et expériences viendront confirmer. Il n'est pas peu fier d'être le seul savant à avoir compris que le cosmos, la terre et tous les êtres qu'elle porte sont en train de se transformer en coquillages ainsi que le confirme la dégradation de son propre corps...
Je crois qu'on ne peut pas lire ce récit absurde sans penser à Bouvard et Pécuchet, mais en moins jovial, optimiste et enthousiaste. Beaucoup moins. (moins inspiré aussi, il faut bien le dire). Il y avait chez Bouvard et Pécuchet, eux aussi autodidactes, une jovialité dont on n'a pas une goutte ici. Je ne sais pas si c'est la maladie, les coquillages ou la mort qui approche, mais tout ici est froid et désincarné. On reste distant. Sans compter que la théorie de Mussard est si "énooorme", qu'on peut difficilement y croire ou penser qu'il y a cru. Je sais que le début du 18ème était marqué par l'obscurantisme, mais nous, lecteurs du 21ème, nous n'y croyons jamais vraiment.
Bref, autant "Le pigeon", lu dernièrement m'avait convaincue, autant ce Testament, non. Mais ça reste du Süskind, pour ce qui est de la qualité du texte. A lire quand même, donc.