08 février 2026

Les bons sentiments

de Karine Sulpice

****

979-1034910403

Autre fruit de ma pêche au hasard de Gravillons à la bibli (pour ceux qui suivent), ce titre que je n’aurais certainement pas lu sans cette activité halieutique… et cela aurait été bien dommage.

Je ne connaissais pas l’auteure, journaliste dont c’était le premier roman, mais je vois qu’un second est paru en janvier 26, « Méchante ».

J’ai admiré la maîtrise et l’habileté de la construction de ce récit vu par dessus l’épaule de la commandante de police Maurane Le Queuvre appelée en cette nuit de Noël pour une prise d’otages dans les locaux d’une association caritative. Prise d’otage sérieuse puisqu’il y a déjà un otage blessé par balle, mais si vous aimez les déploiements et actions d’éclat du RAID, ou les âpres négociations style « Une après-midi de chien » et autres, laissez tomber. En fait, autant qu’au dessus de l’épaule de Le Queuvre, nous allons être au-dessus de celle du preneur d’otages à qui, en fine négociatrice, elle va passer la parole et qu’elle va laisser se raconter tout son saoul. Cette prise d’otage va ainsi être l’occasion de visiter les rouages de cette association caritative (de toutes, en fait).

Et il (Julien) nous raconte tout depuis le début, des années auparavant. Ses brillantes études, sa carrière de jeune loup prometteur pour une multinationale. Il s’occupait des plans de restructuration des sociétés : « … vous débarquez (…) vous empestez la compétence à plein nez (…) vous faites semblant de vous passionner pour ce que vous racontent les gars en face (…) et pour finir, vous appliquez la même grille d’évaluation que pour tous les autres (…) c’est étonnant comme les plans portant sur les bas salaires sont plus populaires dans les directions financières que ceux touchant les cadres sup – et je ne vous parle pas des très hauts dirigeants. »

Et son burn-out

« On pouvait donc encore faire avaler aux salariés qu’une mission d’audit avait une vocation autre que de réduire les couts de production ? Donc, la masse salariale ? »

Sa convalescence, longue, qui le laisse dans un état quasi apathique, son nouveau départ dans une voie différente, sous payée mais porteuse de sens, en mettant son savoir faire au service d’une association caritative de spectre large (en gros, elle aide pour tout)… et la suite jusqu’à se retrouver retranché dans ses locaux avec un fusil et le reste de l’équipe en otage, la nuit du réveillon. Là encore, Karine Sulpice sait de quoi elle parle, pour connaître le milieu, je peux vous dire que sa peinture en est très juste, tout comme son analyse des mécanismes les plus subtils. Vraiment, très bien fait.

Mais les histoires tout court tournent mal, en général.

« Comment autant de bonne volonté, une ruche de gens bien, peut-elle générer un système aussi invivable ? »

Humain, trop humain.

Parallèlement, nous suivons une autre histoire, moins détaillée, mais non moins poignante, un cas de maltraitance d’enfant, présente du début à la fin mais néanmoins en train de passer au-dessous des radars.




12 commentaires:

  1. J'ai beaucoup aimé cet opus. c’est un roman social, profondément humain. L’écriture est juste. J'ai noté aussi que l'autrice a écrit un second livre.

    RépondreSupprimer
  2. Une autrice que je ne connais pas du tout. Je m'aperçois en voulant chercher comme toi dans les rayons de ma médiathèque qu'il y a très peu de livres de moins de 200 pages...soit les lecteurs les ont déjà empruntés soit ils n'aiment que les gros pavés ce qui explique que la médiathèque n'en achète pas :)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Pas de chance! Mais la mienne est une grosse bibli, donc, plus de choix

      Supprimer
  3. J'ai repéré "Méchante", qui n'a pas l'air mal du tout aussi...

    RépondreSupprimer
  4. Je ne connais pas l'autrice, mais ce petit gravillon semble très intéressant et bien vu. Pour être engagée dans l'associatif, c'est loin d'être la panacée...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. En tout cas, ceux qui pensent donner "juste quelques heures", se mettent le doigt dans l'œil.

      Supprimer
  5. Ah, tu m'as ferrée ! On parle beaucoup des burn-out mais rarement dans le caritatif où ils ne sont pourtant pas rares et où c'est peut-être encore plus culpabilisant.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oui, on est dans une zone qui mélange complètement le travail et les sentiments, ce qui est toujours dangereux.

      Supprimer
  6. C'était donc lui ton petit polar de moins de 200 pages ! C'est drôle parce qu'aujourd'hui j'ai fait une petite virée en librairie et j'ai justement feuilleté Méchante en me disant qu'il permettrait de cocher la case Poison du bingo, mais finalement je l'ai reposé, pour me contenter de poches et occasions, mais je le regrette un peu...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oui je comprends. Moi aussi j'ai envie de lire "Méchante" mais on ne peut pas tout acheter. Et non, quand je parlais de polar, je pensais à un autre, un vrai de la collection jaune avec un masque noir et une plume (si tu vois :-)) mais le billet n'est pas encore passé.

      Supprimer

Commentaire: