Les derniers jours d'Emmanuel Kant
de Thomas De Quincey
979-8491672943
En 2021 il a été publié une nouvelle édition de ce texte que j’ai moi-même lu dans une édition antérieure mais devenue introuvable sauf soldeurs (978-2842050603). Il est cependant possible que l’édition que j’ai lue comporte des éléments supplémentaires : de nombreuses notes mais aussi une courte analyse du texte par son traducteur Jean-Paul Mourlon, une non moins brève biographie de Thomas de De Quincey. (A noter à ce sujet qu'elle diffère sur certains points de celle donnée sur Wikipedia.) On ne doit pas les trouver dans l’édition 2021 car ce n’est pas le même traducteur. Marcel Schwob a remplacé J-P Mourlon. Et comme pour une fois, je trouve la Quatrième de couverture intéressante, je vous la livre:
«De Quincey considère que jamais l’intelligence humaine ne s’éleva au point qu’elle atteignit en Emmanuel Kant. Et pourtant l’intelligence humaine, même à ce point, n’est pas divine. Non seulement elle est mortelle mais, chose affreuse, elle peut décroître, vieillir, se décrépir. Et peut-être de Quincey éprouve-t-il encore plus d’affection pour cette suprême lueur, au moment où elle vacille. Il suit ses palpitations. Il note l’heure où Kant cessa de pouvoir créer des idées générales et ordonna faussement les faits de la nature. Il marque la minute où sa mémoire défaillit. Il inscrit la seconde où sa faculté de reconnaissance s’éteignit. Et parallèlement il peint les tableaux successifs de sa déchéance physique, jusqu’à l’agonie, jusqu’aux soubresauts du râle, jusqu’à la dernière étincelle de conscience, jusqu’au hoquet final. »
Il y a également eu d’autres éditions, y compris numériques, je ne vais pas les lister. Toujours est-il que c’est encore une fois la curiosité qui m’a fait ramasser ce livre dont je trouvais le titre étonnant. J’ignorais tout de cet opus et pas grand chose (j’en rougis) de Thomas De Quincey. Je me suis renseignée depuis et donc, je résume : Écrivain anglais né en 1785. Vie de bohème pauvre à Londres, s’est adonné à la drogue toute sa vie, ce qui lui valut d’être toujours plus ou moins dans la misère. Mort à Edimbourg en 1859.
« Les derniers jours d'Emmanuel Kant » est une biographie romancée du grand philosophe, limitée à la fin de sa vie. De Quincey s’est appuyé sur des témoignages et les notes de souvenirs laissées par le secrétaire de Kant : M. Wasianski. Après une courte introduction dans laquelle il nous explique en toute modestie que seuls des imbéciles pourraient ne pas s’intéresser au texte qui va suivre, de Quincey nous annonce qu’il va maintenant parler comme s’il était Wasianski, pour nous permettre d’accompagner le philosophe de Konigsberg au plus près. Le récit débute alors que le vieux philosophe âgé est encore en pleine possession de ses moyens, pour que nous puissions constater les évolutions, détériorations et pertes dans différents domaines de sa vie quotidienne agréable et de toute façon casanière. «Ce fut une existence remarquable moins par ses incidents que par la pureté et la dignité philosophique de sa teneur journalière.»
Il va vraiment jusqu’à son dernier souffle.
A l’intérêt que l’on peut avoir pour la fin d’une célébrité, philosophe de surcroît, -Comment accueillera-t-il la mort ? – s’ajoute celui que l’on peut avoir pour toute fin de vie. On a envie d’en savoir plus sur ce mystère final vers lequel nous allons tous. Pour ma part, ce court récit m’a passionnée même dans ses descriptions des manies pointilleuses que Kant, comme de nombreux vieillards, s’est mis à développer. Cela nous fait toucher l’humaine condition et je me sens généralement la plus grande indulgence pour ce genre de choses, et aussi, de la curiosité. Un peu comme on dit des saillies des enfants «Mais où va-t-il chercher tout ça ?». Toujours est-il que Kant, qui avait de l’argent, a joui d’une fin de vie confortable, entouré d’amis et employés zélés qui savaient qu’ils seraient récompensés de leur bienveillance à son égard. J’en suis contente pour lui. Les funérailles furent grandioses.


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