La musique d'une vie
d’Andreï Makine
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« Au cœur de la tempête, dans l’immensité blanche de l’Oural, des voyageurs transis attendent un train qui ne vient pas. » Notre narrateur somnole dans la salle d'attente bondée en songeant vaguement à la définition du terme « homo sovieticus » qui fait florès à ce moment et lui semble extrêmement juste et évocateur. Les heures passent. Il lui semble entendre un piano jouer au loin. Attiré par le son, il découvre au fond de la gare un vieillard loqueteux qui joue. Il l'écoute discrètement puis se trouve un endroit où s'allonger et s'endort. Enfin, un train a réussi à passer malgré la neige et les voilà repartis. Il se retrouve avec cet homme. Le voyage est long. Le vieux pianiste déchu lui raconte sa vie et le fera passer des chasses aux sorcières staliniennes au Moscou d'aujourd'hui. Avec lui, nous suivrons l'évolution de l'URSS.
Cet homme étrange et misérable, c'est Alexeï Berg, jeune pianiste virtuose qui allait donner son premier concert le soir même où, alors qu'il rentrait chez lui, un voisin compatissant lui avait furtivement conseillé de fuir car la police était en train d’arrêter ses parents. Il fuit donc, passant instantanément de carrière prometteuse à fugitif dépouillé de tout. Il part se réfugier chez de lointains parents de sa mère. Où il parvient à se cacher mais, les Soviets étant entrés en guerre contre l'Allemagne, les combats atteignent ce village et il doit fuir à nouveau, lui qui n'a aucun papier. Il décide alors de prendre l'identité d'un des soldats tués.
Pour la suite, je vous laisse la découvrir. Pour ma part, j'ai été à nouveau séduite par la belle écriture d’Andreï Makine dont j'ai lu presque tous les livres, mais, curieusement, pas encore celui-ci. Je l'ai suivi sans réserve dans cette nouvelle fiction. Il nous parle comme toujours du combat d'un individu pour sa vie, du combat contre un environnement oppressif, brutal et injuste, du combat enfin pour l'amour. Il parle des faiblesses humaines, du peu de chances de l'individu face à une oppression tentaculaire et toute puissante, de tout ce à quoi il faut renoncer, des choix, bons ou mauvais.
« Elle (la musique) marque une frontière, esquisse un autre ordre des choses. Tout s'éclaire soudain d'une vérité qui se passe de mots (…) et ces notes qui scintillent comme des instants d'une nuit tout autre.»
144 pages


Je trouve le titre évocateur et intrigant. Quant à cette lutte pour la survie, elle a de quoi toucher et interroger sur l'oppression.
RépondreSupprimeroui, c'est vrai et Makine sait exprimer ces histoires-là.
Supprimeret toujours pas lu depuis mon commentaire sur ton autre billet :)
RépondreSupprimerL'occasion ou jamais. Ca te fera un gravillon de plus ;-)
SupprimerJ'ai tellement adoré "l'archipel d'une autre vie" mais été tellement déçue par "une femme aimée". néanmoins je reconnais la beauté de la plume, et l'ouvrage que tu présentes ici me tente bien.
RépondreSupprimerL'archipel, c'est mon préféré à moi aussi mais j'avais aussi aimé Le testament français
SupprimerDe l'auteur, j'ai lu "L'ami arménien". Je n'ai pas aimé plus que ça. J'en ai un autre dans ma PAL.
RépondreSupprimerJe n'ai pas lu l'ami arménien. Je te conseille vivement "l'archipel d'une autre vie"
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