25 septembre 2026

Tenir sa langue

de Polina Panassenko

****+

9782757898123

Prix Femina des lycéens 2022.

Cet ouvrage, présenté comme un roman, a toutes les allures d'une autobiographie partielle. L'autrice y raconte son enfance à Moscou où elle est née et sa vie jusque dans l'âge adulte lors d'une action en justice qu'elle a entreprise, maintenant qu'elle vit en France pour recouvrer l'écriture russe de son prénom. C'est de là que nous partons.

« Mon audience a lieu au tribunal de Bobigny. Convocation à 9 heures. »

Du charme kafkaïen des procédures et décisions de justice.

Donc, elle est Pauline sur ses papiers officiels et elle veut redevenir Polina pour renouer avec ses racines russes. Cela lui est refusé, elle fait appel et s'engouffre ainsi dans le long labyrinthe des délais judiciaires... Je me dis qu'à sa place, je ne me serais même pas lancée là-dedans car pour moi, le nom est vraiment peu de chose et ne mérite pas frais et temps de ma précieuse vie. Mais elle pense autrement et après tout, c'est son droit, cependant en conséquence, à ce stade, mon niveau d'identification est plutôt bas. Je vais m'intéresser davantage à la suite, ce préambule ayant pour objet de nous amener à découvrir sa vie moscovite puis française et bien d'autres choses...

Quand elle est toute petite, elle vit à Moscou dans un appartement que ses parents partagent avec les parents de sa mère. Grand-père et grand-mère adorent Polina et sa sœur, mais il n'en est pas de même pour leur gendre à qui ils reprochent (la grand-mère surtout) principalement d'être juif. On ne s'étonnera pas dans ces conditions, que le père, mathématicien de formation, s'empresse dès la chute de l'URSS, de trouver un poste à l'étranger et de faire venir auprès de lui femme et enfants (mais pas beaux-parents) et c'est ainsi que la très jeune Polina débarque à Saint-Etienne, découvre la France, le français, les Français et la maternelle. Les débuts ne sont pas hyper faciles mais les années passent, entre vie en France et vacances en Russie chez la grands-parents...

Le récit m'a beaucoup plu. Il est extrêmement naturel et vivant tout en regorgeant de vraies trouvailles littéraires. C'est beau, c'est intéressant à lire, c'est vivant et ça sonne vrai. Là pour le coup, mon identification fonctionne. Enfant, elle parle de ses fantasmes constructeurs de Russe. Cette façon de magnifier son identité minoritaire pour croire vraiment en sa propre histoire.

Adulte, elle qui travaille dans la langue (écriture, traduction, élocution car actrice) parle des relations des expatriés avec leur langue d'origine et avec leur langue d'adoption, leur éventuelle impression d'avoir un «devoir», oui, mais lequel ? C'est assez bref, moins de deux cents pages, ça se dévore et c'est très passionnant. Si elle poursuit sa bio, je poursuivrai ma lecture avec plaisir.


La chanson "Les fenêtres de Moscou" de Leonid Outiossov, adorée du grand-père suit tout le livre dont elle constitue la dernière phrase alors...  On passera par chez Miss Sunalee

2 commentaires:

  1. Je ne connais pas du tout, mais tu donnes envie.
    Un peu petit pour moi les caractères de ton billet d'aujourd'hui ou alors c'est la couleur, mais j'ai du mal...

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