La
mer à l’envers
de
Marie Darrieussecq
***
978-2072936296
Bon,
disons-le tout de suite, trois étoiles, je n’ai pas accroché avec
ce livre. On va voir pourquoi.
D’abord,
l’histoire : Rose, psychologue pour enfants parisienne, fait une
croisière sur un de ces immeubles flottants qui labourent la
Méditerranée. Elle est accompagnée de ses deux enfants, tandis que
son mari, agent immobilier qui a le whisky chic, est resté at
home. L’idée est
de faire une pause et de se recentrer, car Rose est arrivée à un
tournant de sa vie. Elle a quarante ans et quitte Paris pour
s’installer dans la demeure familiale dont elle a hérité, et
retrouver donc la province. Pour l’instant, elle se laisse aller à
l’indolence de la croisière vers la Grèce. On en profitera pour
montrer le Parthénon au fils aîné, c’est bon pour ses études.
Mais, comme pour tous, cette croisière, c’est surtout une pause
hors du temps et de la réalité. Farniente, trop manger, trop boire.
Mais une nuit, grand branle-bas : le bateau se trouve en présence
d’une embarcation fragile, pleine de migrants clandestins
africains. Ils montent à bord, et Rose, qui est là, remarque un
adolescent noir, seul et si démuni qu’elle est émue. Il est
nigérien, il s’appelle Younes ; en dehors de cela, ils ne se
comprennent pas. Sans doute en quête d’actes plus brillants dans
sa vie que le train-train quotidien, elle lui apporte rapidement des
vêtements chauds de son fils, et lui donne même le téléphone de
ce dernier. Puis, à la première escale, les clandestins sont
débarqués — elle ne sait pour quel avenir — mais, on l’a
deviné, le téléphone restera un lien et, plus tard, Younes,
clandestin livré à lui-même et perdu, la contactera.
Pendant
ce temps, la croisière s’est, bien sûr, terminée et la vie a
repris. Rose a retrouvé son mari picoleur, mais gentil, au fond.
Elle redécouvre la vie de province, où elle a ouvert un cabinet et
attend de se faire une réputation pour qu’on lui envoie des
patients, mais les gens d’ici sont plus attirés par les pratiques
non scientifiques en tous genres que par la médecine classique (je
la rassure, il y en a autant à Paris, c’est juste qu’elle ne les
avait pas vus). Mais ce n’est pas grave, car voilà qu’elle-même
se découvre un don de "toucheuse" (bah voyons), et sa petite
entreprise prospère peu à peu.
Bon,
je vous en ai assez dit sur l’histoire. Je vais essayer maintenant
de comprendre pourquoi j’ai été perpétuellement agacée du
premier au dernier mot. D’abord, le style. Vraiment, je n’ai pas
trouvé de charme à l’écriture utilitaire de Marie Darrieussecq.
Ça raconte l’histoire, ça ne la transcende pas. Il n’y a pas
une seule phrase qu’on ait envie de relire pour s’imprégner de
sa beauté. Ensuite, les personnages : Younes, dont on finit par ne
plus savoir si c’est un ado, pourquoi il a quitté le Niger où sa
famille semble aisée, et notre Rose ! Je n’ai pas du tout aimé
cette bobo, c’est le moins qu’on puisse dire. L’argent trop
facile, le gagne-pain « à la noix », la position toujours un peu
bâtarde vis-à-vis de Younes (et de tout, d’ailleurs), sa
meilleure amie qu’elle n’aime pas, en fait, son mari qu’elle
hésite à garder, la vie trop facile dont elle n’a pas conscience,
sa bonne conscience, justement, ses certitudes molles et son absence
de toute autocritique… Bref, quelqu’un que je ne chercherais pas
à fréquenter si je la rencontrais, mais avec laquelle il a fallu
que je cohabite pendant des pages. D'autre part, tout est montré
comme étant vécu superficiellement, sur le mode du ressenti
immédiat, sans réflexion, sans approfondissement ni analyse, et ce
point m'a gênée et déçue. Qu'un auteur montre juste des faits sans les commenter, c'est une chose, mais que le personnage principal vive tout sans dépasser la surface des choses...

