03 janvier 2026

Wanted 

de Philippe Claudel

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978-2234099913

Paru au printemps 2025, ce court roman de politique fiction n’a pas beaucoup plu, eh bien moi, je l’ai bien aimé. Je crois qu’il doit son désamour au fait que ce soit de l’uchronie immédiate (ça se passerait maintenant), au fait que ça soit tellement proche de la réalité (un poil à peine nous en sépare) et au fait que ça soit si terriblement pessimiste. Mais pour moi, ces trois caractéristiques dont je pense qu’elles ont bloqué les foules et leur enthousiasme, ne sont même pas des défauts.

Mais d’abord, rappelons le scenario. Nous sommes dans le bureau ovale de la maison Blanche. Trump et Musk, encore copains comme cochons, y vont de leur petit spectacle habituel, c’est pour une conférence de presse. Tout à coup, l’homme le plus riche du monde, annonce qu’il va régler une bonne fois pour toutes tous les problèmes politiques mondiaux de la façon la plus simple qu’il soit, il met la tête de Vladimir Poutine à prix et offre une récompense de 1 000 000 000 de dollars. Vous avez bien compté les zéros, un milliard. Pfoou ! C’est beaucoup, quand même. Mais, comme il en a les moyens et qu’il fait cette déclaration devant la presse, dans le bureau ovale, en présence de l’homme le plus puissant du monde, son ami, qui ne manifeste aucune opposition… Il n’y a plus qu’à la prendre au sérieux, aussi abracadabrante soit-elle.

Et l’affaire suit son cours, avec le succès qu’on peut deviner, sous les yeux du monde ébahi, réduit au rôle de simple témoin.

Philippe Claudel déroule sa fable et développe son raisonnement. Il montre en quelques pages que la capacité de nuisance de Trump est bien plus importante que nous ne l’admettons officiellement. Le monde civilisé réagit par le sarcasme, l’ironie et la moquerie à ses actions. On le sous-estime à cause de sa bêtise, mais il ne faut pas oublier que la plus profonde stupidité n’empêche pas d’être extrêmement dangereux. La violence a courte vue peut être dévastatrice. Et même, elle est bien plus aisément dévastatrice que porteuse d’avenir.

Ce que Claudel montre aussi, c’est que les résultats sont là. La « technique » Trump marche dans une certaine mesure (ça aussi, c’est une chose que nous n’aimons pas regarder), mais elle suppose un renversement de la table de jeu et des règles de ce jeu. La première étant devenue justement qu’il n’y a plus de règle. Jusqu’à présent, on faisait plus ou moins semblant, politesse, diplomatie, accord à respecter, conventions etc. C’est fini. Tous les coups sont permis, on ne se cache même plus, seul le résultat compte. Bref, on est mentalement revenus à la néandertalienne loi du plus fort. Et Trump y joue et y fait jouer les autres parce qu’il est sûr de gagner. Claudel semble penser comme lui, mais ont-ils raison ? Les survivants nous le diront.

Je conseille vivement.


PS : Je m’engage à ne plus jamais utiliser "Amérique" ou "Américain" pour désigner l’Amérique du Nord et les nord-américains. J’y ai toujours répugné mais je le faisais parfois pour aller plus vite. Cependant, Orwell nous l’a assez répété, les mots ont un sens et c’était une erreur et elle a un prix.


140 pages


13 commentaires:

  1. Je lirais plutôt celui-ci que celui de Giuliano da Empoli, peut-être parce que c'est une uchronie, mais n'est-il pas déjà un peu dépassé par l'actualité ?

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    1. Il faut dire que mon billet programmé à l'avance est tombé pile pour illustrer à quel point la pire dérive est devenue possible. Mais tu ne devrais pas renoncer au Da Empoli

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  2. On se croise ... Je viens de publier ma note sur Da Empoli ... Ce Claudel me plairait aussi, j'en suis certaine. Mais je vais retourner au polar pépère pour le moment.

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  3. Damned, je voulais le lire et puis, je l’ai oublié dans les tréfonds de ma PAL… Merci pour la piqûre de rappel, en plus, il est court, ce qui est parfait pour ton challenge ! Ok, n’en jetez plus, je l’ajoute sur ma liste des trucs à ne pas oublier de lire ;-))

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  4. Cette lecture tombe à pic. Je n'ai pas lu ce court roman mais j'en ai lu d'autre de Philippe Claudel et j'aime beaucoup son style

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  5. J'ai beaucoup aimé certains de ses premiers titres, et puis d'autres m'ont un peu déçue, mais je retiens le conseil..

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  6. J'ai lu 2-3 Claudel puis je l'ai laissé tomber. Celui-ci, je ne le connais pas du tout.

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  7. Je te remercie pour ton avis. Je vais lire ce livre, c'est certain, parce qu'on est déjà dans le far-west.

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