19 janvier 2026

L'Histoire de la littérature 

de Xavier Chapuis

****+

979-1095434610

Dinguerie

Je partais de loin avec ce Gravillon-là. Que je vous explique : Je faisais un passage éclair à la bibli car je ne disposais que de quelques minutes et je voulais participer aux Gravillons de l’hiver. Donc, rapidement, je ramassais les livres qui me semblaient au bon format et que je n’avais pas encore lus, en commençant par la table des nouveautés, tant qu'à faire. Je n’avais pas le temps de les feuilleter, ni même de jeter un œil sur la quatrième de couverture. Juste vérifier le nombre de pages. Je me disais que je ferai le tri chez moi. Quand je vois cet opuscule, je me dis "Je me demande bien comment on peut traiter un si vaste sujet en si peu de pages !" et je m’en empare. Ce n’est que dans mon fauteuil, en entamant ma lecture, que j’ai réalisé le malentendu. Mais qu’à cela ne tienne ! J’allais le lire quand même pour mon challenge.

Cependant, quand j’ai titré ma chronique "Dinguerie", je ne parlais pas que de ce démarrage cahotique, mais aussi du contenu dudit bouquin et de son récit, pour le coup, chaotique. Venons-y.

Le narrateur, l’ineffable Cyril Poirier, contrôleur de gestion dans une administration, vient de recevoir une énième lettre de refus de l’ultime maison d’édition à laquelle il pouvait encore présenter son roman, et c’est clair, tous ces jaloux mesquins ont décidé de ne pas laisser son génie littéraire paraître au grand jour. Ces minables ne savent pas reconnaître le génie ou alors, ils craignent trop de lui être comparés. Combien de temps Cyril devra-t-il encore croupir dans ce bureau et y gaspiller sa précieuse énergie créative malgré le soin qu’il prend à en faire le moins possible ? Jean-Claude, son chef, est insupportable à toujours lui confier des tâches, et Camille, sa plus proche collègue l’ennuie terriblement avec sa gentillesse permanente. Non, la seule qui trouve grâce à ses yeux est l’inatteignable Bérénice, qui inonde un service voisin de son rayonnement. En attendant, le géant des lettres qu’est Cyril, ne parvient ni à se faire publier, ni à se faire connaître et rage secrètement comme un dément. Poussé à bout par cet ultime refus, il décide que puisqu’on ne veut pas le laisser entrer dans l’Histoire de la littérature par la grande porte et ajouter son nom au Parnasse, il entrera par celle des faits divers et sera celui qui aura fait disparaître les écrivains célèbres de son époque et ainsi, bel et bien modifié la figure de la littérature française. L’idée lui en est venue en tombant par hasard sur Philippe Sollers dans un café. Il sera donc le premier mais suivi de bien d’autres et on s’aperçoit que Cyril les a tous très bien étudiés et peut accabler chacun des plus sévères critiques.

Voilà le pitch, à vous de voir si votre curiosité est éveillée. Pour ma part, l’amusement a succédé à la surprise, puis une certaine admiration pour l’audace des attaques et critiques d’écrivains bien réels en citant leur nom. Très drôle et parfois juste. Scotchée d’un bout à l’autre, je me suis bien amusée. Je me demande ce qu’en pensent les auteurs cités… Belle tenue littéraire exagérée du récit et belle montée en puissance de la démence et de la dinguerie dont je vous parlais en titre. Chose promise, chose due.

15 janvier 2026

L'heure bleue

de Paula Hawkins

*****

978-2266348898

Très bon roman noir, bien qu’un peu long. J’apprends que l’autrice a écrit précédemment « La fille du train » qui a été un best seller, mais je ne l’ai pas lu. Cependant, cela se fera pour peu que l’occasion s’en présente car cette Heure bleue m’a bien plu.

J’ai été capturée dès le premier chapitre présentant une situation originale, et même inédite pour moi, ce qui commence à se faire rare dans le monde du polar. Les auteurs persistent à en rajouter toujours et encore dans le degré d’horreur ou de sadisme mais pour ce qui est d’inventer un truc nouveau, il n’y a plus personne. Donc, pas de gore, horreur ou de sadisme ici mais quand même plusieurs décès regrettables ou au moins prématurés. Ce roman a pour seconde qualité à mes yeux de se passer dans le monde de l’art. Cela ajoute de l’intérêt pour moi.

Donc, voilà, alors qu’il visite tranquillement une exposition de l’artiste renommée Vanessa Chapman maintenant décédée, un médecin remarque qu’une de ses « installations » dans un cube de verre, comportant des éléments divers, pour la plupart glanés, contient justement un os et qu’il en est sûr, cet os est humain. Homme de devoir, il signale le fait à l’organisateur de l’exposition qui consulte d’autres médecins et, devant leurs avis convergents, alerte la police et les ayant droits de l’artiste car, pour étudier cet os, il faut abîmer l’œuvre, or, un Chapman, c’est très cher. L’incident, tout comme antérieurement l'héritage, va amener les personnalités à se révéler.

Nous poursuivons sur cette lancée, faisons connaissance des proches de l’artiste et examinons le cours de sa vie à elle, isolée sur une île avec la seule compagnie d’une amie de toujours car Vanessa n’a pas eu d’enfant et son mari, coureur casse-cou porté disparu depuis bien longtemps est sans doute mort n’importe où dans le monde, dans une de ses aventures exagérées.

Comme je l’ai déjà dit, j’ai bien aimé ce roman. L’auteure nous fait découvrir la personnalité des personnages principaux avec art, sans jamais donner l’impression de nous expliquer les choses. Elle nous montre des scènes et nous comprenons qui et ce qu’ils sont. Le lecteur piégé se demande à qui est cet os, s'il y a un assassin, cherche à comprendre certaines choses obscures... C’est parfaitement maîtrisé et la fin ne déçoit pas.




11 janvier 2026


Le démon de Mamie 

ou la sénescence enchantée

de Florence Cestac

*****


978-2205212280

Démarrage un peu difficile avec cette BD parce que je n’appréciais pas trop le dessin (les visages), les gros nez, tout ça… un graphisme que j’estimais « brutal ». C’était mon premier Cestac. Mais je me suis lancée quand même parce que le thème m’amusait, et puis le graphisme, je m’y suis faite et ce, d’autant plus facilement que je me retrouvais dans un humour qui me convenait tout à fait. Cet album m’a souvent fait rire et, chacun le sait, quand on rit, c’est qu’on est séduit. A la fin, j’aimais même bien les dessins. Les gros nez, on s’y habitue quand le scenario est bon. Comme quoi, on est souvent rebuté par ce qui est nouveau et une fois, familiarisé, on voit les charmes/avantages/ qualités (selon le contexte).

Cet album - dont je n’ai pas bien compris le titre (ça démarrait fort). Les démons, j'aurais compris, mais le démon... non.– illustre ce qu’est une vie de Mamie, depuis la naissance des merveilleux petits enfants, les méthodes de soin puis d’éducation différentes de celles qu’on pratiquait de son temps, le rôle de baby-sitter, les galères de la garde d’enfants, 

la retraite, l’âge merveilleux où on s’occupe à la fois des vieux parents et des jeunes petits-enfants, les loisirs et occupations, les copines, la mise à l’écart, le corps qui fout le camp, la santé aussi, les disparitions (relatives, des enfants ou définitives d’amis/es), les derniers coups de cœur, l’animal de compagnie, la maison de retraite… la fin. Tant d’occasions de rire, vous vous en doutez bien. Si, si.


Bien placée pour en juger, je peux vous dire que le regard de Florence Cestac tape juste et son humour touche exactement où ça grattouille. Il y a des scènes qu’on a vécues ou que des copines nous ont racontées. On s’y retrouve, c’est nous, ça ! Sacrées mamies ! Je crois que personne ne les comprend en dehors du groupe des mamies. Alors merci à l’auteure de nous rappeler qu’on n’est pas toute seule, il y en a toute une génération, des comme nous, et on ira jusqu’au bout ! Coûte que coûte, et le sourire aux lèvres. Merci Florence !

07 janvier 2026

Journal d'un AssaSynth T6

Télémétrie fugitive

de Martha Wells

****

979-1036000843

Situons d’abord un petit peu : Après avoir été séduite par le tome 1, j’ai successivement avalé les tomes 2,3 et 4 faisant tous dans les 200 pages ou moins. Mais arrivée là, je me suis heurtée aux 416 pages du tome 5. Or, autant j’aime bien m’accorder une petite récréation avec notre androïde préféré, autant je ne me voyais pas consacrer autant de temps à ce genre de lecture. Comme chaque tome correspond à une histoire à peu près complète, je n’ai pas hésité trop longtemps et je suis passée directement au tome 6. Évidemment, du 4 au 6, les relations entre les personnages et leurs positions dans leur monde ont changé mais je n’ai pas eu trop de mal à m’adapter. Je lirai peut-être le tome 5 un jour, mais pas pour l’instant.

Ici, on a à peu près un whodunit : un cadavre est trouvé au milieu d’un carrefour d’une station spatiale très pacifique où se trouvent Assasynth, Mensah et son équipe. C’est un endroit tellement «sûr» qu’il n’y a même pas de vidéo surveillance. Quant au mort, personne ne sait qui il est. Assasnth, quant à lui, n’est pas très bien accepté par la station. Il est toléré car Mensah l’exige, mais, entre l’humain et le robot, il n’a pas vraiment de statut. De plus, il fait peur (il y a de quoi). Si bien qu’il est tout de suite suspecté mais peut rapidement prouver son innocence. Il propose son aide pour l’enquête mais ils sont très réticents… Dans cet opus, Les humains vont devoir surmonter leur méfiance et leurs inquiétudes face à l’androïde, mais lui aussi va devoir accepter le travail d’équipe, et en découvrir les avantages.

Concernant ce tome 6, tout d'abord, j'ai eu l'impression que l'écriture s'était beaucoup relâchée. Ça n'a jamais été de la grande littérature mais quand même, il m'a semblé que le niveau avait baissé. Je me suis même demandé si on avait changé de traducteur, mais apparemment, non. Evolution regrettable.

Pour le récit, petite impression d’essoufflement. Comme si on avait à peu près tiré tout ce qu’on pouvait tirer du concept de base, et c’est peut-être le cas. Dans un sens cet opus 6 est réussi parce qu’on retrouve tout ce qu’on a toujours aimé dans cette série et parce que l’intrigue est bien trouvée et qu’on ne la voit pas venir. Mais par ailleurs, c’est moins passionnant parce que chacun est installé dans son rôle et il n’y a plus de surprise bouleversante. Reste une intrigue policière classique: un mort, qui l'a tué, comment, pourquoi? Il y a un tome 7 mais les infos que j’en ai me laissent un peu dubitative, déjà, on ne suit plus l’ordre chronologique. Il est donné comme «histoire qui se passe à la fin de Stratégie de sortie», soit comme un tome 4+. Faut voir… mais plus tard.


  144 pages

05 janvier 2026

Mon challenge ABC 2026

En quoi cela consiste-t-il?  C'est simple: lire tout au long de l'année, faire les billets et relever un lien par nom d'auteur de chaque lettre de l'alphabet. Le but est d'avoir rempli l'alphabet avant le 31 décembre 2026.

Si vous en faites un aussi, on peut échanger nos liens et suivre nos progrès pour nous encourager mutuellement. Dites-le moi. Nous échangerons nos liens. Ça sera sympa.


A -

B –

C – Claudel Philippe « Wanted »  

D -

E - 

F - 

G - 

H – Hawkins Paula « L'heure bleue » 

J - 

K - 

L - 

M - 

N - 

O -

P -

Q -

R -

S -

T - 

U - 

V -

W – Wells Martha "Télémétrie fugitive"   

X -

Y -

Z -

03 janvier 2026

Wanted 

de Philippe Claudel

****


978-2234099913

Paru au printemps 2025, ce court roman de politique fiction n’a pas beaucoup plu, eh bien moi, je l’ai bien aimé. Je crois qu’il doit son désamour au fait que ce soit de l’uchronie immédiate (ça se passerait maintenant), au fait que ça soit tellement proche de la réalité (un poil à peine nous en sépare) et au fait que ça soit si terriblement pessimiste. Mais pour moi, ces trois caractéristiques dont je pense qu’elles ont bloqué les foules et leur enthousiasme, ne sont même pas des défauts.

Mais d’abord, rappelons le scenario. Nous sommes dans le bureau ovale de la maison Blanche. Trump et Musk, encore copains comme cochons, y vont de leur petit spectacle habituel, c’est pour une conférence de presse. Tout à coup, l’homme le plus riche du monde, annonce qu’il va régler une bonne fois pour toutes tous les problèmes politiques mondiaux de la façon la plus simple qu’il soit, il met la tête de Vladimir Poutine à prix et offre une récompense de 1 000 000 000 de dollars. Vous avez bien compté les zéros, un milliard. Pfoou ! C’est beaucoup, quand même. Mais, comme il en a les moyens et qu’il fait cette déclaration devant la presse, dans le bureau ovale, en présence de l’homme le plus puissant du monde, son ami, qui ne manifeste aucune opposition… Il n’y a plus qu’à la prendre au sérieux, aussi abracadabrante soit-elle.

Et l’affaire suit son cours, avec le succès qu’on peut deviner, sous les yeux du monde ébahi, réduit au rôle de simple témoin.

Philippe Claudel déroule sa fable et développe son raisonnement. Il montre en quelques pages que la capacité de nuisance de Trump est bien plus importante que nous ne l’admettons officiellement. Le monde civilisé réagit par le sarcasme, l’ironie et la moquerie à ses actions. On le sous-estime à cause de sa bêtise, mais il ne faut pas oublier que la plus profonde stupidité n’empêche pas d’être extrêmement dangereux. La violence a courte vue peut être dévastatrice. Et même, elle est bien plus aisément dévastatrice que porteuse d’avenir.

Ce que Claudel montre aussi, c’est que les résultats sont là. La « technique » Trump marche dans une certaine mesure (ça aussi, c’est une chose que nous n’aimons pas regarder), mais elle suppose un renversement de la table de jeu et des règles de ce jeu. La première étant devenue justement qu’il n’y a plus de règle. Jusqu’à présent, on faisait plus ou moins semblant, politesse, diplomatie, accord à respecter, conventions etc. C’est fini. Tous les coups sont permis, on ne se cache même plus, seul le résultat compte. Bref, on est mentalement revenus à la néandertalienne loi du plus fort. Et Trump y joue et y fait jouer les autres parce qu’il est sûr de gagner. Claudel semble penser comme lui, mais ont-ils raison ? Les survivants nous le diront.

Je conseille vivement.


PS : Je m’engage à ne plus jamais utiliser "Amérique" ou "Américain" pour désigner l’Amérique du Nord et les nord-américains. J’y ai toujours répugné mais je le faisais parfois pour aller plus vite. Cependant, Orwell nous l’a assez répété, les mots ont un sens et c’était une erreur et elle a un prix.


140 pages


01 janvier 2026

J'ai participé à plusieurs challenges en 2025, mais ne les avais pas notés. Ce serait trop long de les rechercher maintenant pour en parler ici. J'essaierai de faire mieux l'an prochain.

Il reste mes deux challenges qui courent sur toute une année:

J'ai fini (de justesse) mon Challenge ABC (Clic!)   (challenge individuel)

et

J'ai rempli 6 lignes dans le Petit Bac (challenge collectif). Si vous voulez faire celui de 2026 inscrivez vous vite il y a une date limite. 

J'estime que les challenges sont bons pour les lecteurs car ils nous font quitter notre routine et même parfois notre zone de confort. Ils élargissent notre horizon en nous obligeant à lire des œuvres vers lesquelles on ne serait pas allés naturellement. Je referai ces deux-là en 2026 et d'autres encore, que je choisirai parmi ceux-là

Pour ce qui est du présent, j'anime les Gravillons de l'hiver (en attendant les Pavés de l'été) Rejoignez nous !

Je participe aussi aux excellents challenges Hiver Polar de Je lis, je blogue



et ‭ « North American Year 3 » de La belette

27 décembre 2025


L'homme qui lisait des livres

de Rachid Benzine

*****

978-2260056867


Comment peut-on dire et faire comprendre autant en si peu de pages?

En une belle langue poétique, Rachid Benzine nous raconte l’histoire du libraire de Gaza et, à travers lui, celle des Palestiniens. Pour le libraire, nous nous le représentons d’autant plus aisément qu’il évoque irrésistiblement cette photo célèbre du libraire de Rabat (je ne me risque pas à vous la montrer ici, il doit y avoir des droits d’auteurs, mais vous la trouverez sans peine). Ce n’est pas de lui qu’il s’agit mais l’image est là. Pour le narrateur, c’est un photographe français, venu faire des photos du conflit. Les journalistes étant devenus charognards, il sait qu’il vendra mieux des photos violentes ou poignantes, mais au détour d’une rue il tombe sur le spectacle d’un vieux libraire qui lit assis sur une chaise, à l’entrée de sa boutique qui déborde de livres, et cette vue le subjugue, touche une part de lui qui n’est pas dans le spectaculaire-marchand. Une oasis au cœur de la guerre. Il veut prendre une photo mais le vieil homme refuse, disant qu’on ne peut prendre une photo de quelqu’un dont on ne sait rien, dont on ne connaît pas l’histoire, ce qui est faux, bien sûr, mais sans doute a-t-il besoin de parler, de raconter une fois encore son histoire, de réveiller ses souvenirs. Le libraire lui offre une tasse de thé s’il veut bien prendre le temps de l’écouter. Séduit, le photographe accepte, il lui faudra plusieurs visites et de nombreuses tasses de thé pour arriver au moment où la photo sera prise.

C’est l’histoire désespérée d’un homme qui est allé de perte en perte depuis sa naissance au village, son enfance passée dans des camps de plus en plus dangereux, et voyant au fil des années, tous ses proches mourir de mort violente. C’est un récit sans une once de haine, sans jugement non plus.

« Une soixantaine d’habitants a ainsi été massacrée. Surtout des hommes, mais aussi quelques femmes et enfants. Pour venger des Juifs tués par des Arabes à la raffinerie de pétrole, parait-il. Des Arabes qui eux-mêmes avaient été victimes de Juifs de l’Irgoun. Cette terre est une litanie de représailles sur représailles, de haines empilées, de tristesse recouverte de tristesse. »

Bien sûr, venant d’un libraire fou de livres, qui donne autant qu’il vend, qui a, à vrai dire, dans cette zone dévastée, dépassé le stade du commerce et semble se nourrir de thé, le récit est littéraire. De nombreux écrivains sont évoqués, Mohamed Dib, Mourid al Barghouti, Frantz Fanon et d’autres. Et surtout, il parle si bien de la lecture ! C’est un enchantement au milieu des ruines et du deuil. Lui aussi croit depuis son enfance que les livres nous sauveront de tout, à commencer par l’ignorance.

« Je voulais tout lire. Toujours plus. Comme si j’étais pris d’une fièvre. Des histoires, des essais, des textes religieux, des revues. Même les vieux journaux abandonnés. Je voulais comprendre, m’évader, grandir, respirer, m’envoler. Et en même temps être utile aux autres.»

Et il est là, maintenant, pour un temps encore, témoignant de tout et, envers et contre toutes les horreurs, n’ayant jamais lâché ses livres qui sont sa foi, sa seule vie, et son âme.

« Mais moi, je les attends. Je les attends tous, mes lecteurs. Imaginaires ou réels, qu’importe. Je ne suis pas seul. Les mots des livres déchirent tous les silences. »

Un texte beau et utile.

« Les mots des livres déchirent tous les silences. »

  128p

25 décembre 2025

Le banquier anarchiste

de Fernando Pessoa


****

978-2267048667

Ce très court roman de Fernando Pessoa se présente comme une discussion de fin de repas entre un banquier très prospère et un de ses amis. En fait de dialogue, le banquier parle longuement et l’ami, dans le rôle d’interviewer, ne fait qu’écouter et relancer la conversation quand besoin est. Le banquier explique qu’il a toujours été un anarchiste convaincu. Dès sa prime jeunesse, il a refusé de suivre les sentiers battus des règles communes et a tenu à soumettre toute loi et toute organisation à son propre jugement. Pour ce faire, il a rejoint des groupes et lu et étudié les auteurs anarchistes. C’est le cheminement de sa philosophie de la vie depuis sa jeunesse jusqu’à son présent de banquier prospère qu’il explique à son interlocuteur pour lui démontrer que tel qu’il est actuellement, il est encore plus anarchiste que dans sa jeunesse d’activiste et que même, il a atteint le summum en la matière.

Nous voyons à cette occasion que Fernando Pessoa connaît parfaitement les théories et penseurs anarchistes et qu’il sait de quoi il parle. Son raisonnement, spécieux par nature, a toutes les apparences de la plus parfaite logique et de la plus parfaite justesse. C’est un sophisme. Il interpelle, amuse, séduit… ou pas. En tout cas, il capte l’intérêt car on est curieux de savoir comment le plus parfait anarchiste pourrait se trouver être un banquier prospère… et il nous le dit. Il n’élude pas, ne biaise pas et n’a pas recours à la si commune langue de bois. C’est tout à fait bien fait. L’ironie court bien sûr tout au long du dialogue, mais on est forcé d’admettre sa cohérence interne. C’est intéressant. Mais on le sait, les banquiers gouvernent le monde et ont toujours su nous montrer les choses sous l’angle qui leur convenait. Fernando Pessoa, connu pour n’être jamais satisfait de ses œuvres, valida pourtant celle-là. Ce dialogue lui plaisait. Il m’a plu aussi. Je ne peux pas être plus royaliste que le roi. Oups ! Plus anarchiste que le banquier. Malgré des errements terriblement misogynes que je mettrai sur le compte de l'époque et d'un célibat pénible.


"Ecoute... Détruis tous les capitalistes du monde, mais sans détruire le capital. Vingt-quatre heures après, le capital, déjà passé dans d'autres mains, perpétuera sa tyrannie à travers celles-ci. Détruis au contraire, non plus les capitalistes, mais le capital, est-ce qu'il restera des capitalistes ? … Tu vois?"

 128p

23 décembre 2025

Nouvelles orientales

de Marguerite Yourcenar

*****

978-2070299737


Ce recueil de nouvelles a été publié en 1938 mais souffre peu du vieillissement. Cela est dû à la forme proche du conte qui leur est donnée et aux thèmes éternels qui sont abordés. : le but de la vie, les relations amicales, amoureuses ou de pouvoir entre les hommes, l’art, la mort. Nous évoluons dans des mondes aux possibilités magiques où toute transformation st possible, bel accès à la poésie.

Le prétexte central d’une croisière d'Européens nantis sur la Méditerranée les unit de façon lâche. Sur le pont ou en escale, ces coreligionnaires d’occasion aiment se distraire les uns les autres en se racontant des histoires qu’ils ont eux-mêmes glanées au fil de leurs voyages. L’inspiration en est "orientale", mais au sens large d’un Orient qui va des Balkans aux confins de la Chine. Nous découvrirons ainsi dix courts récits. Mon préféré, s’il fallait en choisir un serait sans doute le premier "Comment Wang-Fô fut sauvé". Ce n’est sans doute pas par hasard qu’il est le premier à se présenter à nous, le lecteur harponné ne peut que se laisser ensuite emporter jusqu’à la fin du livre, dégustant l’une après l’autre ces dix friandises au style merveilleux, toujours étonné et toujours curieux de découvrir la surprise de la suivante. Mais n’allez pas imaginer un monde de contes de fées, bien au contraire ! Aucune de ces nouvelles n’est dénuée de violence et même, le plus souvent, de cruauté. On frémit souvent de l’extrême brutalité des événements. De même, le personnage principal survit rarement au point final. C’est dur, cruel, impitoyable, violent. Avec "Le sourire de Marko" par exemple, on atteint à une histoire atroce, ridicule et magnifique à la fois. C’est trop tout.

La morale cachée dans ces récits n’est pas une morale convenue et "sociale", c’est une réflexion individuelle, un pas dans la voie de la sagesse.

Mais ce qui frappe surtout, c’est la beauté de l’écriture de Marguerite Yourcenar et sa dimension poétique. Presque chaque phrase est une image,

"Je me représentais le monde, le pays de Han au milieu, pareil à la plaine monotone et creuse de l main que sillonnent les lignes fatales des cinq fleuves."

un dépassement de la simple réalité. Elle nous dit tant de choses à la fois ! Quelques mots lui suffisent.

"Ses mains ligotées souffraient, et Ling désespéré regardait son maître en souriant, ce qui était pour lui une façon plus tendre de pleurer."

J’ai déjà lu et aimé la plupart des romans de Marguerite Yourcenar, mais cela commence à dater un peu. Je m’aperçois qu’il est temps pour moi de la relire. Je vous parlerai à nouveau d’elle en 2026.

  168p

21 décembre 2025

Combats et métamorphoses d'une femme

d’Édouard Louis

*****

978-2757894729


Quatrième de couverture de l’auteur lui-même :

« Pendant une grande partie de sa vie ma mère a vécu dans la pauvreté et la nécessité, à l’écart de tout, écrasée et parfois même humiliée par la violence masculine. Son existence semblait délimitée pour toujours par cette double domination, la domination de classe et celle liée à sa condition de femme. Pourtant, un jour, à quarante-cinq ans, elle s’est révoltée contre cette vie, elle a fui et petit à petit elle a constitué sa liberté. Ce livre est l’histoire de cette métamorphose. »

Si je vous disais que je n’avais encore jamais lu Edouard Louis ? Je me disais que je le lirais sans doute un jour, mais qu’il n’y avait pas urgence. Je ne me précipite pas sur les auto-récits car en général, je les apprécie peu. Si bien que je n’ai même pas lu « En finir avec Eddy Bellegueule » malgré tout le battage dont il a bénéficié. Mais j’ai suffisamment entendu parler du personnage pour ne pas être totalement perdue dans ce récit sur sa mère. A vrai dire, je ne m’attendais pas à être emballée… mais je l’ai été.

L’histoire de cette métamorphose donc, Edouard Louis choisit de la raconter sous forme de brèves scènes qu’il pioche dans son souvenir, dans une chronologie pas très stricte. Il raconte le souvenir de manière vivante et immédiate, très agréable à lire pour le lecteur, puis lui ajoute son interprétation de l’époque (il était enfant) et/ou son interprétation actuelle. Il voit tout sous les prismes multiples, personnels, sociaux en terme de riches/pauvreté, et de domination de genre. On voit que dans ces deux domaines, il est, de fait, « hors gabarit » : issu d’un milieu très pauvre, il accède à l’aisance, et il n’a jamais convenu aux classements hommes/femmes. Ce qui m’a séduite dans ce livre, c’est justement cet automatisme à chaque souvenir, de reculer d’un pas et de comprendre ce qui se joue vraiment derrière l’anecdotique et avec quelles règles. Il aborde ainsi d’assez nombreux problèmes. Il ne cherche jamais à se donner le beau rôle, ni à sa mère d’ailleurs : il se contente de livrer son souvenir puis de l’analyser. Il ne prétend évidemment jamais à l’exhaustivité. Il dit. à hauteur de gamin, puis de jeune, puis d’adulte et toujours, il essaie de comprendre au-delà des relations individuelles immédiates. On ne peut pas le lire sans penser à Didier Eribon. A croire que les histoires individuelles n’existent pas. Nous sommes le fruit du déterminisme social. Quoi qu’il nous soit arrivé, c’est arrivé aussi à d’autres que nous.

Cependant, l’effet obtenu reste optimiste parce qu’en même temps que l’auteur montre le conditionnement qui appuie sur la tête des défavorisés, il montre qu’on peut s’en sortir; et aussi parce que globalement sa personnalité est positive.

A la suite de ce premier essai, j’ai décidé de lire les autres livres d’Édouard Louis, dans l’ordre:

En finir avec Eddy Bellegueule

Histoire de la violence

Qui a tué mon père

Combats et métamorphoses d'une femme

Changer : méthode

Monique s'évade

L'effondrement

(et ce qui tombe drôlement bien, c’est que plusieurs, à commencer par celui-ci, sont des Gravillons.)  

 128 pages   



20 décembre 2025

*

 PAGE RECAPITULATIVE 

LES GRAVILLONS DE L'HIVER

 2025  -  2026

Livres jusqu'à 200 pages

Actuellement :

20  participants 

pour  82  titres

*
Je vais relever ici chaque soir, les liens que vous aurez mis ci-dessous en commentaire et qui sont conformes aux règles du challenge.

Les participants seront classés par ordre alphabétique 
jusqu' au 19 mars.
 Le 20, il y aura aussi un récapitulatif selon les scores avec DISTRIBUTION DES PRIX ! 👍👏
*
Amusez-vous bien ! 

 😄😁

*
ALEXANDRA
1 "Cette belle vie qui nous attend" de Thierry Maricourt
2 "L’insaisissable Monsieur X." de Qiu Xiaolong  

ANNA KRONIK
1 "L'examen" de Richard Matheson
2 "A voté" d'Isaac Asimov 
3 " Tu aurais dû t'en aller" de Daniel Kehlmann
4 "Destination fin du monde" de Robert Silverberg
5 "Voile vers Byzance" de Robert Silverberg

ANNE
1 "L'Arbre de Judas" de Michalis Makropoulos
3 "Ce pays n'est pas pour les faibles" de Julien Gravelle

ANNE-YES

ATHALIE
1 "On était des loups" de Sandrine Collette 
3 "34 m2" de Louise Mey
4 "L’heure des prédateurs" de Giuliano da Empoli
5 "La collision" de Paul Gasnier
6 "EE" d' Olga Tokarczuk

CARO
1 "Abel" d'Alexandro Baricco 
2 "Mes femmes" de Y. Iliukha 
3 "Madame Liu" de ZHANG Yihe
4 "Le lézard noir" d' Edogawa Ranpo

CATH  L.
1 "Traverser les forêts" de Caroline Hinaul

ELETTRES
1 "La fille de son père" d'Anne Berest
2 "Qui a tué Roger Ackroyd?" de Pierre Bayard

EVA
1 "Mortel Noël" de Denis Michelis
2 "Dernière neige" de Pierre Yergeau
3 "L’enfant du vent des Féroé" d'Aurélien Gautherie

GERALDINE
1 "Éclaircie" de Carys Davies

INGANNMIC
1 "Les sources" de Marie-Hélène Lafon  
2 "Voile vers Byzance" de Robert Silverberg
4 "La tournée" de Maxime Rossi

LA BELETTE2911
1 "Un nouveau voisin pour Noël" de Séverine Balavoine    
2 "Le Mystère du Dîner de Noël Empoisonné" de José Maria Alarte Duart
3 "Les neiges bleues" de Piotr Bednarski 
4 "L'heure des prédateurs" de Giuliano da Empoli 
5 "Djamilia" de Tchinguiz Aïtmatov
7 "Le Western" de Jean-Louis Leutrat ‭
8 "Tueur de bisons" de Frank Mayer 
9 "Bérézina" de Sylvain Tesson
10 "Wanted" de Philippe Claudel
11 "L’homme posthume" de Jake Hinkson   
12 "Sortis des bois" de Chris Offutt 

MANIKA
1 "Le prince de la brume" de Carlos Ruiz Zafon 

MANOU
1 "Le Grand Jeu" de Céline Minard

MAPERO
1 "Les Billes du Pachinko" d'Elisa Shua Dusapin   
2 "Les vies de Chevrolet" de Michel Layaz
3 "La Bible" de  Péter Nàdas  
4 "L’acajou" de Boris Pilniak
5 "Qui-vive" de Valérie Zenatti 
6 "Monastère" d' Eduardo Halfon
7 "Deuils" d'Eduardo Halfon
8 "Canción" d'Eduardo Halfon
9 "Jérusalem" de Justine Augier
10 "le dernier loup" de László Krasznahorkai

PHILIPPE D.
1 "L'enfant derrière la porte" de David Bisson  
2 "Je me suis tue" de Mathieu Menegaux
3 "Tout le monde aime Clara" de David Foenkinos
4 "Les prénoms épicènes" d'Amélie Nothomb
5 "Si belle, mais si morte" de Rosa Mogliasso 
6 "L'ami arménien" d'Andreï Makine

PHILISINE CAVE
1 "Badjens" de Delphine Minoui
2 "Un, deux, trois..." d'Agatha Christie
3 "Chiennes de garde" de Dahlia de la Cerda

SIBYLLINE 
1 "Combats et métamorphoses d'une femme"  d'Edouard Louis  
2 "Nouvelles orientales" de Marguerite Yourcenar
3 "Le banquier anarchiste" de Fernando Pessoa
4 "L'homme qui lisait des livres" de Rachid Benzine
5 "Wanted" de Philippe Claudel
6 "Télémétrie fugitive" de Martha Wells
7 "L'Histoire de la littérature" de Xavier Chapuis

SUNALEE
1 "The River Has Roots" d'Amal El-Mohtar
2 "Suzuran" d'Aki Shimazaki
3 "Sémi" d'Aki Shimazaki
4 "No-no-yuri" d'Aki Shimazaki
5 "Niré" d'Aki Shimazaki
6 "Urushi" d'Aki Shimazaki

VIOLETTE