24 avril 2024

Rwama, Mon enfance en Algérie (1975-1992)

de Salim Zerrouki

***+


Après Riad Sattouf et son enfance au Moyen-Orient lu il y a peu, me voici avec Salim Zerrouki et son enfance en Afrique du Nord, et plus précisément car lui ne se déplacera pas, en Algérie. Mais j'avais tort de comparer les deux albums car ils n'ont en fait pas grand chose en commun (à part que je les ai lus l’un après l’autre). Salim Zeerouki s’est davantage orienté vers le contexte historique et a choisi de faire de l'immeuble dans lequel il a passé son enfance le personnage principal de l'album plutôt que du petit garçon qu’il a été. Rwama, c’est le nom de ce beau bâtiment. Boumédiène avait fait construire une Cité pour les Jeux méditerranéens qui se sont déroulés à Alger en 1975. Dans cette cité-vitrine, on avait mis le summum du confort moderne algérien de l'époque, l'immeuble baptisé Rwama accueillait les familles du personnel de l'Institut National du Sport. C'est là que débarqua Selim âgé de 6 mois.

(pour lire les phylactères, cliquer sur l'image)


Il y a grandi dans un confort très enviable mais au bout de quelques années, le pouvoir algérien étant en déliquescence, l'entretien de l’immeuble se réduisit jusqu'à disparaître tandis que s'implantait tout près une cité d'appartements pour familles plus que nombreuses et nécessiteuses qui envièrent tout de suite le luxe (relatif) qui s'étalait sous leurs yeux. De l'envie à la haine, de la haine à l'attaque, les choses vont vite...

S. Zerrouki a également choisi d'axer principalement son récit sur l'aspect historique. Ce qu'il nous raconte ici, c'est surtout l'Histoire de l'Algérie depuis le début des années 70 jusqu’à la fin du 20ème siècle. Il apparaît rapidement que c'est un portrait à charge. Il montre comment la dictature a entraîné la corruption puis, un peu plus tard, la montée des Islamistes intégristes du FIS. Il parle de la ruine, de la perte progressive, d'abord des biens matériels avec les pénuries de plus en plus graves, de la sécurité avec les émeutes puis de la liberté individuelle avec la montée de l'intégrisme qui imprègne de plus en plus profondément la population.


Ce tome 1 s'achève quand Selim va entrer au lycée. Il a grandi en nourrissant un sentiment d'injustice de plus en plus puissant, au sein d'une famille qui est progressivement devenue intégriste... L'adulte qu'il est devenu raconte en soulignant gâchis et absurdités, et porte un regard sévère (et peut-être justifié) sur son pays, l'Algérie. Un album à conseiller à ceux qui s'intéressent à l'Histoire moderne de ce pays et à son évolution.

Il y aura une suite.


978-2205204551 

8 commentaires:

  1. J'aime beaucoup ce type de BD, qui sont plus ou moins autobiographiques et nous apprennent beaucoup sur les pays d'origine de leurs auteurs. Je pense à Persépolis de Marjane Satrapi ou au Journal inquiet d'Istanbul d'Ersin Karabulut

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    1. Tout à fait d'accord avec toi. J'ai une période romans (ou essais) graphiques en ce moment et je découvre un monde . Il va y avoir d'autres chroniques BD, je viens d'en finir une autre très étonnante, dans un tout autre domaine. Suspens... :-D

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  2. Pour le coup je ne connais pas...

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    1. C'est une nouveauté mais il y aura d'autres volumes puisque c'est marqué "Tome 1", signe indubitable qu'on est partis pour une série. :-)

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  3. Elle n'est pas encore disponible dans ma bibliothèque, mais je revérifierai régulièrement car je m'intéresse beaucoup à l'Algérie et son Histoire récente. Et comme toi et Doudoumatous, j'aime passer par les romans graphiques pour me plonger dans ce genre de sujets.

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  4. ça m'intéresse même si on te sent moins emballée que par R. Sattouf...

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    1. C'est que je n'ai pas l'âme historienne :-) mais j'ai appris des choses sur le déroulement des choses depuis Boumediene jusqu'à l'an 2000, pas seulement les évènements, mais l'ambiance

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